lundi 1 juin 2015

Monsieur le Président de la République française, son Excellence,



Monsieur le Président de la République française, son Excellence,
Je viens, par cette lettre, vous dire à quel point j’ai été ému par votre discours du 27 mai 2015 l’occasion de la « Panthéonisation » des résistants à l’occupation Allemande qui m’a inspiré, m’a bouleversé, m’a enseigné mais m’a aussi questionné.
Excellence, Monsieur le Président, je crois, comme vous avez su le mentionner dans votre poignant discours solennel, que : « l’histoire n’est pas une nostalgie, l’histoire est ce que nous en ferons ».
Je ne vous dirai pas peu, Monsieur le Président, Excellence, si je vous rappelle que ces hommes et femmes, résistants et résistantes, ont donné leurs tendres et précieuses âmes pour la liberté. Ils se sont sacrifiés pour la France mais aussi pour l’humanité toute entière.
Ces hommes et ces femmes craignaient, pour le peuple de France, ce qui est arrivé au peuple Touareg
Monsieur le Président, Excellence, je voudrai partager le cœur de mon questionnement. Je vous livre les épisodes de ma propre histoire, qui se réveillaient en moi alors que je vous écoutais, avec la plus grande émotion et un immense respect pour les valeurs défendues par ces braves résistants et résistantes. J’étais heureux de les voir entrer au Panthéon sous les honneurs de votre pays rassemblé.
Le peuple Touareg a eu, de tout temps, ses héros, ses résistants, ses martyrs. Ils avaient osé dire « non » à l’assujettissement. Ils ont donné leur sang précieux pour ne point obéir à l’occupation quelle qu’elle soit.
Durant la pénétration française dans le Sahara central, cinq Emirs Touareg se sont opposés à la barbarie coloniale, ils ont résisté, ils ont combattu, ils ont été vaincus sur le terrain de guerre, ils sont morts libres, nobles. Ils restent dans les mémoires des Touareg : Mohamed Ali Ag Mohamed Ahmed Ansari dit Ingonna, Chabboune Ag Fondagmo, Fihroune Ag Alinsar, Mossa Ag Amastane, Kaocen Ag Jedda. Ces hommes et leur peuple avaient une organisation politique, sociale, culturelle, économique, judiciaire et militaire.
Monsieur le Président, Excellence, la France des droits de l’Homme, la France de la résistance, la France des valeurs républicaines, la France qui dénonce à juste titre le génocide arménien, la France de la dignité humaine, la France éternelle n’a pas permis au peuple Touareg, alors qu’il se sédentarisait, de symboliser ses aspirations, ses luttes, son histoire. Mais, ses grands hommes, sont célébrés par la tradition orale. Ils sont et resteront présents dans les mémoires de chaque touareg.
Excellence, Monsieur le Président, le préjudice historique causé à mon peuple, par la volonté des grands hommes qui ont érigé le vôtre au sommet du concert des nations, est aussi présent, dans les cœurs de centaines de milliers d’hommes , de femmes et d’enfants Touaregs que chacun des battements de votre cœur pour l’amour de la France.
Excellence, Monsieur le Président, le combat pour la liberté a été de tout temps une histoire de grands hommes et de grandes femmes. Mais cette grandeur ne peut être entièrement méritée que lorsque la lutte entreprise et les idéaux qui en découlent seront lavés d’un passé moins humaniste : « ... l’histoire est ce que nous en ferons ».
Excellence, Monsieur le Président, je pense à la France des droits de l’homme et je sais votre engagement pour la liberté, pour la dignité, pour l’humanité toute entière, votre engagement aux côtés de ceux qui souffrent, votre engagement à réhabiliter tous les droits confisqués et perdus dans les ténèbres par des décennies d’injustice, votre volonté d’influencer sur les mémoires, l’histoire.
En conséquence, je vous demande, au nom de mon peuple non pas réparation mais un accompagnement pour rattraper ce monde moderne, d’où nous avons été tenu à distance par des frontières, malheureusement, tracées de façon approximative et péremptoires.
Fort de ce soutien, mon peuple vous demande la reconnaissance de son droit à l’autogestion.
Monsieur le Président, Excellence, je vous prie d'agréer, l'expression de mon profond respect et de ma haute considération.
Oumar Ag Idouwal
Nouakchott, le 28 mai 2015

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