vendredi 21 février 2014

CARTON ROUGE CONTRE LA MISE AUX ENCHERES DE LA POLYCLINQUE « ALLAMA » , LA PHARMACIE DU CAMP ET LES DOMICILES DE LA FAMILLE HAMAHADY

CARTON ROUGE CONTRE LA MISE AUX ENCHERES DE LA POLYCLINQUE « ALLAMA » , LA PHARMACIE DU CAMP ET LES DOMICILES DE LA FAMILLE HAMAHADY


A la liste des événements honteux qui font l’actualité de notre cher Mali, vous pouvez ajouter que la Polyclinique “ALLAMA”, la Pharmacie du Camp et les domiciles des familles victimes, après avoir été pillés et saccagés, à Kati, tout est sur le point d’être mis aux enchères.
Est-ce la fin de cet épisode ou faut-il s’attendre à d’autres surprises éhontées ?
Tout le Mali, voire le monde entier  (via les médias), se rappelle encore les tristes évènements survenus à Kati 1er février 2012. Les plus citoyens (au sens strict du terme) des Maliens de Kati ont été sauvés manu-militari par une « unité spéciale », formée et conduite par un officier de l’Armée de terre qui contrevenait à  tous les ordres reçus d’en haut, de laisser faire les pillages et massacres à Kati. Comme on le dit « Seul le Tout Puissant choisit le jour de chacun ». Des heures durant, cette unité spéciale, habillée en civil, s’est évertuée à mettre en œuvre une stratégie pour exfiltrer le Professeur Abdoulaye Ag Rhaly (Docteur Honoris Causa), la femme du Dr Elmehdy, son fils aîné et sa sœur aînée, quatre âmes innocentes prises au piège, et cachées dans les locaux de la Polyclinique. Au même moment, d’autres membres de la famille se débattaient, à des kilomètres de là, pour échapper soit à la colère d’une population enragée, soit à la haine d’un groupe manipulé au point d’avoir tenté de brûler des enfants vifs. Il s’agissait notamment de la femme et des enfants du Dr Aboubacrine Assadek Ag Hamahady (moi) qui fuyaient Bamako pour chercher refuge à Kati, de la famille de l’officier de l’intendance militaire Aboubacrine logée dans les résidences réservées aux officiers à Kati, et de celle de Koko, leur défunt frère de Kati, ainsi que d’autres familles proches.
Constatant que l’une des familles Touareg les plus intègres du Mali était victime de tels actes, sans que protection et secours officiels ne leur soient portés, Touaregs et Arabes vivant au sud du Mali sentirent que plus rien ne leur permettait de croire que le Mali les reconnaissait encore comme ses fils, dignes citoyens de la Nation. Cette évidence poussa tous les Touareg à s’exiler, y compris les chefs coutumiers (dont Mohamed Elmehdi Ag Attaher Aménokal des kels ansar) et les leaders politiques et traditionnels.

Ces familles victimes, ces familles de Kati, ont en commun leur intégrité, leur bonne foi et leur génie, symbole de leur distinction. En creusant dans nos enquêtes chez leurs voisins depuis plus de 30 ans, nous leur avons découvert plus d’une vertu,  et avons pu vérifier que leur totem avait toujours été de rester sans couleur politique ou couleur « rebelle ».  Leur vrai et seul combat résidait dans l’affirmation de soi, via l’esprit d’entreprenariat, comme le prouvent encore leurs édifices saccagés, leurs domaines expropriés et leur entreprise ETAUR abandonnée. Et pourtant, à leur place, beaucoup auraient nourri amertume et rancœur à l’égard de l’Etat. En effet, leur père Feu Hamahady Ag Hatabaly, instituteur de profession, enseignant et fondateur de plusieurs écoles au Mali, fut arrêté et séquestré par le régime  Colonial car il avait osé préserver sa dignité face à un inspecteur français qui tentait de l’humilier devant ses élèves. Ce flambeau d’injustice fut transmis en héritage au régime de Modibo Keïta et à celui du Général Moussa Traoré. Après un long séjour dans les plus grandes prisons nationales,  l’instituteur fut transféré  au centre psychiatrique du Point-G où il subit à nouveau des séquences de tortures qui eurent finalement raison de son intégrité physique et psychologique. C’est affolé et affaibli qu’il fut rendu à ses fils, des décennies plus tard. Dans nos enquêtes, nous avons aussi appris que la Pharmacie n’en était pas à son premier saccage. Lors des évènements de 1990, un groupe de militaires et de badauds s’en étaient déjà pris aux locaux. Si les élèves militaires du Prytanée Militaire de Kati n’étaient pas intervenus, il n’en serait rien resté que des  cendres. Jamais ils ne s’en sont plaints. Jamais ils ne se sont révoltés. Si les bavures de l’Etat malien en 1990  avaient été pénalement réparées, il est évident que ceux de 2012 ne se seraient pas produits. L’impunité ne peut mener qu’à la répétition des crimes.
Dès le lendemain des évènements perpétrés à Kati, fin janvier début février 2012, les démarches par voies et moyens démocratiques et pacifiques ont été enclenchées. Le régime d’ATT n’y a accordé aucun intérêt, fidèle à la passivité active dont il avait fait montre, lorsqu’il s’était agi de sauver ces vies ces jours-là, et qu’il avait ordonné aux autorités des forces de l’ordre de ne pas s’interposer. Après le 22 mars, la junte, qui n’avait aucune légitimité, ne fut pas saisie. La transition de Dioncounda Traoré accorda encore moins d’intérêt à cette affaire que le régime précédent.
Tout l’espoir désormais reposait sur la promesse faite par IBK d’apporter « changement ».
De quel changement s’agit-il ?
Plusieurs entretiens ont été organisés, plusieurs appels ont été lancés au régime actuel pour enrayer le processus bancaire afin d’introduire l’affaire auprès des autorités compétentes, pour que justice soit rendue à ces personnes, comme tout citoyen d’une nation est en droit de l’attendre. Or, ils sont traînés en justice comme des individus insolvables, alors qu’ils ont été mis en danger de mort et leurs biens saccagés, parce que l’Etat n’a pas fait son devoir régalien de protection de ses citoyens, ce qui d’ailleurs a mis tout le pays à genoux, peu de temps après. Nonobstant la force majeure qui devrait être de mise en pareilles circonstance, Une banque de la place, dans un élan Aussi machiavélique que cynique , n’hésite pas a réclamer des mensualités d’un en-cours. Comment Tenir ses engagements quand le fruit de dizaines d'années de labeur est transformé en cendres en quelques heures? Assurément, cette banque tire sur l'ambulance. Le pire, c'est le silence assourdissant et coupable du pouvoir public car les événements de Kati Sont connus et reconnus comme consécutifs à la crise qui embrasa le nord du pays en janvier 2012. L’Etat malien doit le reconnaître et imposer sa volonté au rouleau compresseur bancaire qui décide de vendre aux enchères les biens de cette famille. L’Etat doit leur attribuer une « réparation».  L’Etat doit restituer leurs droits à ses dignes fils du Mali, et leur notifier officiellement leur statut de citoyens maliens, afin que, comme tout individu résidant sur le territoire, ils aient le droit de jouir de leurs biens.
Le combat de ces familles Touareg de Kati n’est ni le combat des groupes armés, ni celui de la Minusma. Il est le combat de tous les Maliens. L’ignorer déstabilisera à nouveau le système, car aucun Malien, épris de paix, de justice et d’égalité pour tous, ne cautionnera une énième bavure de la part d’aucun régime, IBKiste soit-il.
Si la voie vers la restauration de l’intégrité territoriale est construite sur la discrimination des uns au profit des autres, c’est assurer la gangrène au mal dont souffrent déjà les Maliens.

Bamako, le 21 février 2014.
Dr ASSADEK Aboubacrine, Enseignant-Chercheur
Au DER de maths-info FST-USTTB-Bamako-Mali.

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