lundi 17 septembre 2012

Pr Dialla KONATE: un mort que le Mali Officiel feint d'oublier

Un mort que le Mali officiel feint d'oublier.


                      C'est triste et cynique que le Mali officiel fait délibérément le blackout total sur la mort de l'illustre défunt qu’est le Pr Dialla Konaté. Près de 72 heures après que le doyen(c’est ainsi que je l’appelais affectueusement) eut tiré sa révérence, aucune déclaration officielle n'a été faite à ce propos. Qu'est ce que nos autorités politiques reprochent à cet intellectuel hors pair , ce patriote-fou qui n'a ménagé ni son énergie, ni son temps, ni son savoir encyclopédique, ni sa foi inébranlable en un Mali meilleur en vue d'un changement de statu-quo? Si nos politiques peuvent faire un reproche au défunt Dialla, c’est d’avoir été une encyclopédie vivante, c’est d’avoir eu une passion quasi obsessionnelle pour son pays, c'est d'avoir asséné des vérités qui les dérangeaient, qui menaçaient leurs intérêts sordides et malhonnêtes, c’est d’avoir professé la vérité, la transparence et vilipendé la corruption et les corrupteurs. Tout éveillé, les yeux ouverts, tel un fou et un rêveur solitaire , il a imaginé  la grandeur, la magnificence et la splendeur d’un MALI nouveau. Ses chimères ont eu le mérite d’avoir enfanté l’espoir chez la jeunesse qu’il a magistralement entrenue sur nos différents fora. Oui, il était un véritable maestro!  Les Muses sont jadis descendues du Parnasse pour venir rêver aux bords du Tibre, dit-on, Dialla Konaté, est descendu de son piédestal américain, pour venir aux bords du fleuve Djoliba et tenter de  sauver le Mali en état de déconfiture avancée.  Dialla , dans ses analyses a toujours mis le doigt sur les parties douloureuses du corps d'un Mali malade. Il n’a jamais fait d’attaques personnelles, et pourtant il savait où se trouvait le linge sale de nos chers dirigeants, il savait qu’ils faisaient des vilénies sur le dos du peuple. “Ces  Antisthène, ces Diogène de Synope  de Bamako”  sans être disciples de Socrate et  membres de la secte cynique  ont joué hier la carte du désaveu, de la vindicte, de l’opprobre, de la méchanceté à l'égard de l'homme, dans leur petitesse calculée, s'ingénient par délà  la solennité(la gravité) de la mort à vouloir lui imposer une seconde mort. Quelle monstruosité! Si nous ne prenons garde, l'animalité et la bassesse des politiques maliens ne manqueront pas d'achever de détruire pour de bon ce que notre société avait jadis comme valeur humaine référentielle. La mort de Dialla serait elle différente de celle qui les happerait un jour certain? J’ai bien peur, le Mali se meurt.  Mais nous, les camarades de combat de Dialla, qui avions durement cru à la noblesse, à la pertinence et à la justesse de son combat qu’il avait courageusement mené au grand damn  des déprédateurs de notre pays, ne leur laisserons pas atteindre leur but: Dialla ne saurait subir une deuxième mort.  Un mort qu’on abandonne meurt deux fois. Cher vénéré doyen, dors en paix nous nous battrons bravement pour ton immortalité, nous tiendrons triomphalement et fièrement ce flambeau du combat pour la justice , l’égalité des chances, de l’école malienne du futur, de  la transparence dans la gestion des affaires, ……que tu as allumé. Tu n’as jamais tremblé de peur quand il s’est agi de défendre tes convictions, tu n’as pas non plus tremblé devant la mort. Tel le loup de Musset, tu n'as pas gémis.  Tu es mort en héros. A ceux des tiens qui te parlaient d’empoisonnement pendant que tu étais sur ton lit de malade, tu leur disais stoïquement que c’était la fatigue.  Si nous nous taisons aujourd’hui devant l’inacceptable méchanceté , le nanisme et la bassesse de nos dirigeants politques, nous payerons à coup sûr à ceux qui t’ont combattu hier et même par delà la mort  le vil tribut  de nos lâchetés. Tu es mort en combattant, nous vivrons en suivant les sillons profonds et indélébiles que tu as patriotiquement tracés pour nous et nos enfants. 
                Si la France a sanctifié les D’Alembert, Diderot, et autres philosophes au 18ème siècle, le Mali du 21ème siècle refusant à immortaliser un oiseau rare, un icône du patriotisme, un pictogramme( ah! j’oubliais qu’il était mathématicien) de l’humilité et de la magnanimité,  comme Dialla Konaté, ramerait dans le sens de l’autodestruction culturelle. 
              J’en appelle à travers ces lignes, qui sont  une espèce de” requiem pour le Pr Dialla Konaté”, tous ceux des maliens qui ont encore le sens de l’humain d’aimer leurs frères, non pas que des principes de religion ou de morale l’exigent, mais que la bonté et l’amour sont dans l’homme. Nous sommes tous les enfants de “ Dieu”. Roussseau ne disait-il pas que l’homme nait bon et que c’est la société qui le rend méchant? L’indifférence et le mépris affichés à la morale et la convenance ne sont que le propre de nos hommes politiques, véritable héritiers d’un machiavelisme pur et simple qui réduit ces scélerats à la plus petite expression de la bassesse humaine. 
             “Mourir pour son pays n’est pas un triste sort, c’est s’immortaliser par une belle mort” disait Corneille dans le Cid.  Repose toi bien , mon cher doyen, vous resterez pérenne dans nos mémoires car nous continuerons à porter et à incarner( in carnis) ce rêve fou, la passion effrénée  d’un Mali meilleur, grandiose et splendide que nous avons partagé en commun. A nos cyniques de l’école de Bamako, l' émérite professeur Dialla Konaté du haut de sa cathèdre vous lègue comme ultime cadeau cette docte profession de Corneille :” Allez donc, Achillas, allez avec Septime, Nous immortaliser par cet illustre crime.” 
                    Rest in peace my dear Professor!
Fatogoma mohamed ouattara
Orange, New Jersey
USA
Fouattara2@comcast.net

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