lundi 17 septembre 2012

Au Professeur Dialla Konaté : Le frère, l’érudit, le précurseur, le patriote…le mortel aussi.

Au Professeur Dialla Konaté : Le frère, l’érudit, le précurseur, le patriote…le mortel aussi.

«  Que ceux qui veulent faire du commerce le fassent et, que ceux qui veulent s’essayer a l’agriculture en soient libre… » Voici l’antienne de l’oraison funèbre sur la dépouille de Soundjata dans le Mali « antique ». Lorsque le timonier s’affaisse, les orphelins sont désemparés, laissés dans la tourmente du vide et de la solitude.                                                                                 Le Mali contemporain ne tarit pas d’Hommes de la trempe de ses bâtisseurs même si, comme peaux de chagrin, ceux-ci se raréfient inexorablement.                                                               Le Professeur émérite des mathématiques des plus prestigieuses Universités du monde, Mr Konaté, Dialla Konaté s’entend, était de ces racés intellectuels, doctes à satiété et doué en  communication interpersonnelle comme nul pareil qui, comme la comète de Haley, n’apparaissent qu’après un éclipse pluri-générationnels. L’incommensurable sachant a tiré sa révérence en ce Jeudi 13 Septembre 2012 sur la glèbe de ses ancêtres pour laquelle il venait de tout sacrifier dans l’espoir de lui donner ce dont il rêvait de bien pour elle. L’honneur, la dignité, et l’espoir. Il parait, comme dit la sagesse sempiternelle : On est suffisamment en âge de mourir dès que l’on nait. 
C’est le cœur meurtri, le moral au talon, la pensée interrogative mais l’esprit philosophe que nous appréhendons cette perte brutale, cette réalité de la mort enfouie dans notre subconscient qui se révèle a nous de façon violente aux instants les plus critiques de notre combat contre l’oubli car, n’est ce pas que la lutte de l’homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli ? Dialla, comme la petite poignée de patriotes vrais, s’était engagé à porter l’estocade finale aux chevaliers d’industries abusivement appelés ici politiciens. Renonçant progressivement à la vie académique à Virginia Tech aux USA, pour le tumulte de la vie politique du Mali qui rivalise avec les tragédies de la Grèce Antique. Cet iconoclaste avéré  avait il jaugé adéquatement le bouleversement que sa seule personne pouvait représenter sur l’échiquier politique d’un pays ou le mensonge d’état s’est érigé en valeur sociétale ?
Nul n’est prophète chez soi certes, mais, pour savoir qu’un génie est né, on le sait par le nombre d’imbéciles qui se liguent contre lui. Dialla était un esprit assurément. Nous avions souvent eu des divergences d’approches sur des sujets brulants de l’heure mais, comme la vie est la condition de la connaissance, l’erreur est aussi la condition de la vie. Mr Konaté était un humain non exempt d’erreurs. Ses convictions sont restées constantes et consistantes depuis que nous l’avions connu. En fait, en prélude à ses travaux sur la corruption (il eut aussi celui sur l’éducation, sur le problème du Nord…), nous décelâmes un homme d’une haute stature, un érudit de haut vol qui allait nous fasciner par son humilité, par sa disponibilité à partager, par la luminosité et la vivacité de ses idées Dialla forçait le respect. 
Rentrant chez nous un soir, nous écoutions sur notre « answer machine » un message d’une voix très chaleureuse nous invitant à contribuer par nos idées sur un certains nombres de fora et agora virtuels. Retournant l’appel, au bout du fil, nous allons converser avec une personnalité qui finira par nous marquer indélébilement par sa science et par sa persuasion. Nos communications iront agrandissant et s’accroissant. J’eus l’honneur de le faire intervenir par quelques fois sur des chaines de radios ou, après son départ, ce sont des milliers d’auditeurs, qui par emails, qui par sms ou par voix vives de par le monde ne sont restés indifférents a la lecture de notre temps livrée par le rhéteur du jour. 
Personnellement, nous nous réjouissons de la fraternité, de l’amitié et de la considération de ce baobab, nous rendons grâce au Tout-Puissant, Lui qui a oint cette éminence immensément pondéré, qui l’a nanti d’un amour patriotique prononcé d’avoir été en sa proximité un laps de temps et, de nous souvenir comme libellé dans St Jean : « il n’y a pas plus amour que de donner sa vie pour ceux et ce que l’on aime » Dialla s’est éclipsé devant le combat de la mort physique que nul ne peut remporter, celle là qui nous arrache de la matérialité, au palpable éphémère. L’écrit saint ne dit il pas que Tous les Etres gouteront a la mort ? Dialla survivra à l’oubli, à l’indifférence, il survivra par tant d’œuvres immatérielles tels le timbre de sa voix et la résonnance de ses brillantes idées. Ce mordu de la connaissance nous laisse avec une Université (Sahel Tech), des écrits qui finiront par étaler toute la maestria, la virtuosité de ce caïd du monde des intellos. Son legs est essentiellement immatériel, moral et psychologique de quoi lui conférer une place de choix au panthéon des immortels.
Si nul n’est indispensable, la copie conforme d’un tel astre ne court pas sous la voute céleste. Montrez-vous, pour l’amour du ciel, ceux la qui donneront du grain à moudre aux idées reçues qui ont fini par abimer le ressort de ce pays. Dévoilez-vous afin que la flamme de l’espérance ne pâlisse point. Animez les débats, comme lui, ces débats qui forgeront un malien nouveau susceptible d’accepter la critique utile et de ne pas voir en elle un moyen de dénigrement de l’autre.
Dialla s’en est allé. L’animateur public, le fonceur a la pugnacité du boxeur, le communicant a la dextérité langagière raffinée. Le leitmotiv de l’Abbé Pierre était aussi le credo de Mr Konaté à savoir : la responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire. Dialla savait et Dialla disait. Il disait ce que rare sachant de chez nous osait dire, par suffisance peut être ou par insouciance aussi mais, par manque de courage certainement.
Parlons avec la voix de la sagesse du Pr Issa N’DIAYE, ami du défunt, lors du rappel à Dieu d’un autre ami a lui, cet autre savant, Mohamed Lamine Traore : « Comme l’oiseau de Minerve, ton âme d’Initié après s’être désaltérée dans les eaux de l’oubli du Léthé, a déployé ses ailes silencieuses en direction de l’Infini et de l’Eternité… »
Repose en paix dans la paix du Seigneur. Que ton combat ne soit pas vain, que tes cris de cœur retentissent dans l’ouïe de tes détracteurs, que tes plus profonds vœux se réalisent pour ta chère patrie actuellement au creux de la vague, que ta volonté de voir ton Faso et ses fasodéh rayonner comme ton nom. Makan Konaté, dors tranquille. Koulima aleyha fan wa rajhou rabouka zil djalalil wal ikram. Seul le pouvoir de l’Eternel est éternel. Saddak Allahou lahzim. Amen !
Haïdara Cherif

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