mercredi 29 août 2012

RAPPORT DE SYNTHESE DE LA COALITION POUR LE MALI


RAPPORT DE SYNTHESE DE LA COALITION POUR LE MALI




Bamako, le 27 août 2012
Rappel :
Il y a 150 jours que les principales villes du nord du Mali sont tombées dans les mains de groupes armés.
 Il y a 150 jours que l’armée et l’administration se sont repliées, laissant les populations sans défense, à la merci de groupes dont certains,  notamment à Gao et Tombouctou,  se sont livrés à des actes de violences et de pillages,  à des exactions qui resteront à jamais gravés dans les mémoires.
Il y a 150 jours que les deux tiers du territoire national échappent au contrôle de l’Etat central.
Contexte :
Créée le 26 mai 2012 avec, entre autres, comme objectif de contribuer à la mobilisation des énergies de toute la Nation pour recouvrer l’intégrité du territoire national, la Coalition pour le Mali a envoyé des délégations dans les trois régions occupées, du 17 au 24 août 2012.
Les missions assignées aux délégations :

Témoigner de la solidarité de la Coalition avec les populations des territoires occupés,
Prendre contact avec les acteurs locaux.

Personnalités rencontrées :
Dans les trois capitales régionales, les émissaires de la Coalition ont rencontré deux catégories de personnes :
Les représentants des populations (notables, chefs religieux, élus, leaders de jeunes et de la société civile) qui animent la résistance intérieure dans le cadre des comités de crise ou de cadres de concertation,
Les dirigeants des forces qui occupent et contrôlent les régions du Nord.

Constatations :

Un fort besoin d’Etat :
Cinq mois après le retrait forcé de l’Etat,  de tous les services étatiques,  des ONG et des partenaires, il existe dans les régions occupées un fort besoin d’Etat. Les maîtres des lieux se rendent compte, eux-mêmes, qu’ils ne peuvent pas remplacer l’Etat. Chacun ressent l’impérieuse  nécessité de combler le vide créé et de satisfaire les besoins fondamentaux des populations (Santé, Education, approvisionnement en eau et électricité etc….),

Une forte disponibilité pour le dialogue :
Des échanges avec les principaux responsables d’Ançardine à Kidal et à Tombouctou, avec ceux  du MUJAO à Gao, il est ressorti que les voies du dialogue peuvent et doivent être explorées.
Il est apparu aux émissaires de la Coalition que Iyad Ag Ghali, Chef d’Ançardine, est un des principaux responsables des groupes armés au Nord et, à ce titre, un des principaux interlocuteurs pour toute négociation.
Vers un autre Mali ?
Autant les émissaires de la Coalition ont perçu à tous les niveaux un besoin irrépressible de la patrie malienne, autant ils ont perçu que les populations ne regrettent guère les préfets, les juges, les gendarmes, les policiers et tous ceux qui incarnent les services de l’Etat  tels que les affaires économiques, les impôts, les douanes, les eaux et forêts etc…
La Charia :
S’ils ne remettent pas en cause l’intégrité du territoire national, les interlocuteurs de la Coalition ne font aucun mystère de leur volonté d’instaurer et de faire respecter la « loi de Dieu,  la  Souna du Prophète »(PSL).
Les limites du territoire d’application de la charia varient d’une ville à l’autre : dans les strictes limites de la région à Kidal, sans limite territoriale (pour le MUJAO).
Le porte-parole d’Ançardine à Tombouctou a informé la délégation de la Coalition que son organisation a présenté des excuses à la population pour les exactions commises au nom de la charia. Il a informé nos émissaires que des sanctions avaient été prises à l’encontre des nouveaux membres d’Ançardine qui se sont rendus coupables d’abus.
ALQAEDA :
A aucun moment, dans aucune des capitales régionales, les représentants de la Coalition n’ont eu de contact avec Al Qaeda, même si notre délégation à Tombouctou a été  informée de la présence en ville des émirs Moctar Belmoktar et Abdelhamid. Abouzeïd.
Conclusion : Le chemin est désormais ouvert.
Il ressort de ces visites qu’il est non seulement possible d’aller dans les régions du Nord occupées, mais qu’il est aussi possible et souhaitable d’ouvrir, au plus vite, le dialogue avec les forces qui contrôlent cette partie du territoire national.
Sans attendre, l’Etat doit prendre le relais, en relation avec la société civile (celle qui, sur le terrain, oppose une résistance multiforme à l’occupation), et explorer toutes les possibilités de restaurer la stabilité et la paix, et mettre fin aux souffrances de notre peuple.
Celui-ci attend beaucoup de la solidarité des autres régions du pays, des autres composantes de la Nation. Il attend beaucoup de l’Etat pour restaurer l’intégrité du territoire et la dignité de la Nation.
Recommandations :

Conscients que le retour de l’Etat  au Nord n’est possible et viable que si la sécurité est restaurée, nous soumettons les recommandations ci-après :

Envoyer de nouvelles délégations dans les régions du Nord,
Poursuivre le dialogue ainsi entamé avec les acteurs locaux desdites régions,
Renforcer la société civile des régions occupées,
Prendre un rendez-vous ferme, en un lieu à convenir, avec Iyad Ag Ghaly pour entamer le dialogue, en vue du retour de l’Etat dans les régions du Nord,
Ouvrir, sans délai,  des discussions avec le MNLA,
Rencontrer les responsables des groupes de résistance et d’autodéfense,
Prendre contact avec les organisations humanitaires du Système des Nations Unies, les ONGs, afin d’organiser la reprise de leurs activités d’assistance dans les régions du Nord,
Etudier le retour des services techniques de base de l’Etat, dans le cadre d’un dialogue avec les maîtres des lieux et la société civile,
Prendre des dispositions appropriées pour la remise en état des équipements sociaux de base (eau, électricité, téléphone, services de santé),
Engager une réflexion profonde, impliquant les représentants de toute la Nation, en particulier ceux de toutes les communautés du Nord, sur les conditions du retour de la sécurité, de la stabilité, de la paix et de l’Administration dans les régions du Nord.

Annexe :

Liste des personnalités rencontrées :

Kidal,
Intalla Ag Attaher, Amenokcal des Kel Ifoghas,
Mohamed Ag Intalla, Député de Tin Essako,
Cheick Ag Aoussa, Responsable militaire d’Ançardine,
Alghabass Ag Intalla, député de Kidal, Ançardine,
Ahmada Ag Bibi,  député d’Abeibara, Ançardine
Yacouba Belco Maïga, Président de la communauté Songhoy à Kidal
Intahmadou Ag Albacher, élu à l’Assemblée Régionale
Ousmane Ag Abdollah, Maire de Tessalit

Gao,
Arougaya Ibrahim Touré, Chef de la Communauté Arma, membre du cadre de concertation,
Idrissa Anakokou Maïga, Imam de la mosquée Koweit,
Mohamed Ould Idriss, Président de l’Assemblée Régionale,
Babahamane Touré, Chef, Karabassane,
Abdramane Oumarou Maïga, élu communal, Soni Ali Ber,
Abdel Hakim, Chef MUJAO,
Abou El Walid, Chargé de communication du MUJAO,
Sidi Mohamed, (Almoustarat).
Personnalités rencontrées à Bamako à la veille de la mission
Ali Badi Maïga,
Mohamed Ould Matali,
Mohamed Baye.

Tombouctou,
Membres du Comité de Crise :
Halley Ousmane,
Diadié Hamadoun  Maiga,
Boubacar Toure,
Asoura Albadia,
Drawi Assekou Maiga,
Garba Maiga,
Alidji Marafa,
Ibrahim Ilasse Maiga,
Mahamane Alidji Touré,
Ibrahim Kalil Touré dit « L’enfant »,
Sekou kalil Djitteye,
Sane Chirfi Alpha,
Aboubacrine Cissé,
Mohamed Aklanagnak,
Yehia Tandina,
Alassane Bilal,
Sanda Ould Boumama, Porte-parole d’Ançardine,
Le bureau du Haut Conseil Islamique dirigé par Ben Essayouti, Imam de la grande mosquée (Djingareyber).



Composition des délégations de la Coalition pour le Mali
                         
Kidal

Homeny Belco Maïga,  Président de l’Assemblée Régionale de Kidal, secrétaire à l’action humanitaire de la Coalition ; chef de délégation,
Daouda Maïga,  Directeur de Programme Intégré de Développement Rural de la Région de Kidal PIDRK, secrétaire administratif adjoint de la Coalition,
Mahamane Lamine Hamidou Touré, Secrétaire aux Maliens de l’Extérieur de la Coalition.

Gao

Honorable Abdou A. Sidibé, Député élu à Gao, Chef de la  délégation,
Honorable Abdoul-Malick Diallo, Député élu à Ansongo,
Salerhoum T. Touré, Maire de Bara,
Aliou Ould Dahli, Notable d’Almoustarat (Bourem),
Pr Inamoud Ibny Yattara, Association  Solidarité pour  Ménaka, Coalition,
Mahamar Touré, Notable de Bamba.

Tombouctou

Mohamed Mahmoud El Oumrany, Chef de la délégation
Djibril Barry,
Abderahmane Wangara,
Sidi Mohamed Adjawiakoye,
Oumar Allaye Touré,
Ahmed Ag Amama.
Les personnalités suivantes se sont jointes à la délégation à Tombouctou

Taher Ould El Hadj,
Mohamed Youssouf Ould Elbechir,
Mohamed Aly Ould Ahmed,
Mohamed Lamine Ould Abdel Wadoud,
Cheick Baye,
Oumar Ag Intaha,
Mohamed  Aly Ould Elwali,
San Alpha Saloum Cissé,
Oumar Ould Mohamed.

1 commentaire:

assadekab.ag.hamahady a dit…

CHRONIQUE DU VENDREDI: LE NORD ET NOUS

Le rapport de synthèse, on ne peut plus clair, de la triple mission de la Coalition pour le Mali dans les régions de Gao, Kidal et Tombouctou ne s’illusionne pas. Il y a ce que ces émissaires pouvaient faire et ce qu’ils ne pouvaient faire. On peut même aller plus loin, il y a ce qui est leur droit et ce qu’ils ne doivent pas faire. Il était possible et c’est fait de tenter une initiative citoyenne décrochée de la démarche des religieux pour laquelle l’Imam Dicko a été autant loué pour son volontarisme que critiqué pour ce que ses détracteurs appellent son agenda secret.

Il était possible et c’est fait de ne pas laisser le champ libre qu’à la seule médiation de la Cedeao parce que personne ne respecte, à terme, un pays qui s’abîme dans la guerre au maroquin en sous-traitant ses responsabilités à d’autres. Et le droit ? Tous ceux qui le peuvent sans risque pour leur vie apportent une marque de solidarité et de compassion de haute portée en allant s’asseoir, en ces heures de drame, sur la natte de communautés payant aujourd’hui les retombées d’une gouvernance qui ne leur est pas imputable.
Car le Mali n’est venu dans la dot d’aucune épouse fût-elle la plus légitime, c’est à la fois un devoir et un droit pour ceux qui le peuvent, parmi nous, de pouvoir témoigner de la détresse des nôtres, quelle que soit leur ethnie ou leur région, d’écouter les parties, de chercher à comprendre les positions et recenser les propositions dans la perspective d’éventuelles discussions.
Mais là s’arrête le pouvoir du gouverné et commence la responsabilité du gouvernant. A cet égard, la mission ne nous apporte pas que de bonnes nouvelles en disant que l’islam prendra une place centrale dans le traitement de la question du Nord. Elle a hélas raison : plus que la séparation prônée par le Mnla et plus que les réajustements imposés à un Etat qui ne peut plus être celui du sous-préfet, la plus grosse épine au pied du Mali, c’est en ce moment l’intégrisme salafiste qui colonise triomphalement le Nord en attendant peut-être de s’étendre. Les Islamistes ne négocieront pas la charia, pas plus ailleurs qu’au Mali. Seul l’Etat a fait jusque-là reculer leur dogme.
Chez nous, hélas, ce fut le contraire. Pourvu et fasse le Ciel que l’Etat malien reprenne la main avant la redoutable alliance du dogme salafiste et l’islam politique naissant au Sud de l’effroyable corruption de la vie publique et de l’échec des projets de société proposés. Une alliance susceptible de surenchères et propice à l’instrumentalisation. En attendant, ce n’est pas un petit moment mais une leçon de pédagogie que la Coalition pour le Mali vient de nous donner en obtenant que le Nord revienne au centre de nos préoccupations en lieu et place de nos piteuses querelles autour du gouvernement d’union nationale. D’abord parce qu’il y avait bel et bien une dimension chiffonnière à ces querelles qui prennent tant l’énergie de nos cadres.
Ensuite parce qu’il y a des procès, justifiés ou non qui sont indignes d’une nation qui se respecte et qu’on veut respecter. Un seul exemple de cette nième honte : la surréaliste histoire de la liste des membres du gouvernement qui n’aurait pas dû être diffusée…Enfin, pendant un moment, nous étions en train de nous égarer en pensant plus au moyen -le gouvernement- au détriment de la fin, à savoir le sursaut qui recentre le Mali sur ses ambitions premières et sur l’axe de moins en moins de sa grande Histoire.
Donc le cap, non pas sur la liquidation mais la reconquête d’un projet démocratique qui eut ses ratés mais aussi ses acquis. Le cap aussi et surtout sur la libération de notre territoire. Or sur la stratégie, les parties ne sont d’accord que sur leurs désaccords. Et pour tout dire, il faut craindre que les baffles du Sud ne continuent de couvrir les sanglots du Nord pour encore longtemps.
MLM