jeudi 5 avril 2012

LETTRE OUVERTE AU CAPITAINE AMADOU SANOGO, CHEF DE LA JUNTE MILITAIRE AU POUVOIR AU MALI


LETTRE OUVERTE AU CAPITAINE AMADOU SANOGO, CHEF DE LA JUNTE MILITAIRE AU POUVOIR AU MALI

Mon très cher capitaine,
C’est avec beaucoup de surprise que nous avons appris le 22 mars dernier, sur les ondes nationales, le renversement des institutions de la république du Mali ainsi que la suspension de la constitution de mars 1992.
Sans vous mentir, après 20 ans de pratiques démocratiques avec ses hauts et ses bas, nous n’en revenions pas ! Nous pensions que notre pays le Mali, berceau du dialogue et du consensus, en avait fini avec les méthodes brutales pour régler ses problèmes.
Hélas, la réalité est là et implacable : nous venons de revivre encore un coup d’Etat militaire. C’est un fait, personne ne peut le nier. Même si nous aurions voulu une solution moins anticonstitutionnelle à la situation sociale délétère qui s’était installée avec les attaques du MNLA. Par exemple, l’armée aurait pu contraindre le président ATT à la démission et veiller à une succession constitutionnelle. Malheureusement, le coup d’Etat est là et c’est un fait. Nous devons gérer cet après coup d’Etat.
Mon capitaine, avant le coup d’Etat, c'est-à-dire à partir du 17 janvier, notre pays a été attaqué par le corps d’élite de l’armée libyenne (légion islamique) se faisant appelé Mouvement National de Libération de l’Azawad avec ses associés islamistes. Les raisons de cette attaque ne sont pas totalement honnêtes mon capitaine, bien que recevables en partie. Le MNLA parle de corruption, d’injustice, de pauvreté, d’abandon, etc. Ce qui est vrai, il n’y a pas l’ombre d’un doute là dessus ! Mais, ce n’est pas exceptionnel ! Tous les maliens sont victimes de ces fléaux. Le nord n’est donc pas la seule victime de cette situation, c’est tout le Mali. C’est pourquoi, ça ne peut pas être les raisons d’un divorce avec le reste du Mali.
LE DIVORCE N’EST PAS UNE SOLUTION MAIS PLUTOT L’AVEU DE L’IMPUISSANCE A TROUVER UNE SOLUTION IDOINE ET CONSENSUELLE A NOS PROBLEMES.
Dans cette guerre imposée par le MNLA à l’Etat du Mali, nous avons perdu beaucoup de frère du nord comme du sud. C’est malheureux et j’en suis très triste. Comme vous aimez à le dire, notre pays ne mérite pas ça ! C’est ingrat et injuste à la fois.
Mon capitaine, la perte inattendue de tant de nos vaillants soldats a contribué à la rupture du peuple avec son président. Ces récriminations du peuple étaient visibles et légitimes. Tout bon patriote désapprouverait la perte sauvage de ses compatriotes.
C’est dans ce climat de désamour entre le peuple et son président, entretenu par la sale guerre au nord, que vous avez exécuté un coup d’Etat militaire.
Ce coup d’Etat, j’en suis sur, mon capitaine, vous l’avez perpétré croyant que c’était la meilleure réponse à la situation que nous vivions. Et, bon nombre de nos compatriotes se sentirent soulagés par le renversement du président Amadou Toumani TOURE. Ils espéraient un retournement spectaculaire de la situation au nord en faveur de l’armée du Mali.
Je fus parmi ceux qui, dès les premières heures, condamnèrent ce putsch. Mais au fond de moi, j’espérais que ça allait marquer un coup d’arrêt aux défaites successives subies par nos soldats au front face au MNLA et compagnie.
Malheureusement, malgré que le coup d’Etat ait pu avoir lieu sans grande résistance, malgré le soutien du bas peuple qui voulait une reprise en main immédiate de la situation sécuritaire au nord, nous avons constaté que l’armée continuait à replier. C’était comme si le renversement du régime laxiste d’ATT n’avait eu aucune incidence positive sur l’évolution de la situation sécuritaire au nord. Au contraire, on pourrait même dire que le coup d’Etat du 22 mars fut le début de l’avancée fulgurante et désinvolte de la rébellion touarègue donc la débandade de l’armée malienne.
Aujourd’hui, a vrai dire, a part le fait qu’ATT ne dirige plus le Mali, je ne vois pas de changement sur le plan sécuritaire : les puissances occidentales demandent à leurs ressortissants de quitter le Mali, les rebelles touarègues règnent désormais sur plus de la moitié du territoire, les sanctions internationales s’abattent  comme la foudre sur le Mali.  Le pire, est que désormais, votre personne divise le peu qui reste du Mali : les uns voulant vous voir partir du pouvoir au plus vite, les autres voulant  que vous restiez.
Mon capitaine, en mon sens, votre mission initiale de sauvetage du Mali a engendré plus de dangers que de bénéfices :
Comme danger, il y a la progression vertigineuse des rebelles vers le sud, la bipolarisation de l’opinion publique malienne par rapport à votre personne, la rupture de la chaine de commandement militaire, l’embargo total sur le Mali, etc
Comme avantage, on a le départ d’ATT si s’en est un, votre promesse d’un Mali nouveau.
Mon capitaine, en pesant le POUR et le CONTRE de votre avènement au pouvoir par la force, je pense qu’il serait salutaire pour le Mali, que vous évitiez à tout pris de le condamner à l’isolement. Vous devez éviter que le peuple malien subisse l’embargo total de la communauté des nations en faisant en tout patriotisme et en tout sacrifice ce que vous avez à faire dans l’intérêt de tous ! Je demeure persuadé qu’il y’a encore au Mali des civils intègres pour mieux piloter la transition au Mali dans le sens que vous souhaitez mon capitaine. Vous tenez le destin immédiat du Mali dans vos mains. De vous seul dépend l’isolement du Mali sur le plan international et le sort des maliennes et des  maliens si jamais l’embargo total venait à faire son effet.
Mon capitaine, je vous demande au nom de la majorité silencieuse, de vous plier aux recommandations de la CEDEAO pour le bien de tous ! Mon capitaine, se plier à une décision capitale d’importance nationale, ne rabaisse pas, elle grandie. C’est la preuve qu’on n’a de l’humilité, qu’on sait sacrifier sa carrière pour l’intérêt général.
Mon capitaine, notre pays le Mali ne peut supporter à la fois la crise au nord, l’isolement international, la crise alimentaire et l’embargo total de la CEDEAO.
En conséquence de cause, je vous suggère humblement et respectueusement mon capitaine de démissionner le plus vite que possible pour éviter aux maliennes et aux maliens une existence chaotique certaine.

Dans l’espoir que vous considérerez cette lettre avec la plus haute importance, veuillez agréer Mon capitaine, l’expression de ma plus haute considération et de mon profond respect !
Vive la paix au Mali !
Moussa B DJOMBANA, professeur de mathématiques et analyste politique.
Fait à Bamako le 03 Avril 2012.
Email : djombi2003@yahoo.fr

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