vendredi 6 janvier 2012

Elle dort, cette Afrique.

Elle dort, cette Afrique.

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans un sommeil profond et sans souci
Dans l’attente de son bonheur providentiel
Bercée par les chimères et les belles chansons
Par des rêves et des promesses dorées

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans les champs labourés à coup de dabas
Dans les millions de terres fertiles vierges
Dans les villages lointains le soir au crépuscule
Dans les brousses vidées d’animaux et ravagées par les feux
Dans les forets dévastées et dans le désert qui avance
Au bord des fleuves et rivières sous le chant des oiseaux

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans les fagots transportés sur les chemins
Dans le bébé en califourchon sur le dos de sa mère
Dans les analphabètes et dans la complicité des lettrés
Sous le poids de l’aide et dans la mendicité

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans les coffres de la Banque mondiale
Dans les bureaux luxueux du FMI
Dans les enceintes de la BCEAO
Sur les bancs des accusés de la CPI
Dans les quatre murs de l’ONU rougis du sang des innocents
Dans les grands édifices des multinationales

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans les chaînes séculaires de l’esclavage
Sous les jougs de la colonisation
Sous les bombes de l’OTAN
Elle dort enveloppée dans les résolutions onusiennes

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
A Paris et à Washington
A Londres et à Wall Street
A Shanghai et à Dubaï
Partout dans les grandes villes du monde
Aux belles rues et aux espaces vertes

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans le thé malien qui coule à flot
Dans les débats interminables stériles
Dans les Grins qui rendent fainéante la jeunesse
Dans les bras valides éternellement croisés
Dans les pousse-pousse qui jalonnent les rues
Dans les marchands ambulants qui traînent

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans les écoles et dans les universités
Dans les intellectuels munis de grands diplômes
Dans les discussions qui ne donnent jamais de lumière
Dans les grands discours cousus de mots savants
Dans la contemplation béate et dans l’inaction

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans sa division et dans ses querelles au quotidien
Dans ses guerres civiles et dans son clivage ethnique
Dans ses frontières imaginaires et dans ses micro-Etats
Dans ses collabos et ses lèche-bottes

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Dans les urnes bourrés de cadeaux de votes
Dans les Jakarta de seconde main distribuées
Dans les masses qui votent les malhonnêtes
Dans l’insouciance manifeste de la postériorité
Dans l’espoir brisé à priori des enfants dans le ventre de leurs mères
Dans les maladies, dans les ordures
Dans sa misère si savoureuse et mielleuse pour elle

Elle dort cette Afrique, elle dort
Dans les mosquées et dans les églises
A courir derrière les Arabes qui la méprisent
A courir derrière les civilés qui la ridiculisent
Elle dort dans son aliénation
Dans son refus de ses valeurs culturelles et spirituelles
Dans son refus de son histoire et de ses langues
Dans ses imitations des autres et dans ses singeries insolites

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
Elle est muette à Addis Abeba
Elle est muette dans ses palais
Du Cap au Maghreb, de la Corne au Cap Vert
Muette dans les institutions internationales
Muette sur son sol et devant sa destinée

Elle dort encore cette Afrique, elle dort
A la queue du marathon, loin derrière les autres
Dans sa dignité bafouée et dans son être détruit
Sur ses richesses et sur ses potentialités qui profitent à autrui
Dans son manque de courage et dans sa résignation
Dans sa natte pleine de puces qui la sucent
Plongée dans un sommeil léthargique
Sous sa couverture de misère et la main tendue
Car il lui est plus facile d’être esclave que d’être libre
Elle dort à fendre l’âme de douleur et de déception

Elle dort encore cette Afrique, elle dort…
Avec son milliard d’hommes, elle dort…
Mur facebook de Sekou K Diallo.

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