jeudi 3 novembre 2011

Tensions au Nord du Mali. Tous les Touareg sont-ils des rebelles ?

Sekou Kyassou Diallo
« Nous devons tous apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons tous mourir ensemble comme des idiots » Martin Luther King. On l’avait pressenti dès le départ. Le conflit libyen et la chute du Guide ne pouvaient pas ne pas avoir des répercussions sur la bande saharienne de l’Afrique, en l’occurrence sur le nord de notre pays. Les armes parachutées par la France et celles des dépôts pillés en Libye circulent déjà dans la zone. Même s’ils ont affirmé se mettre à la disposition de la nation, l’arrivée récente d’une forte colonne de combattants sur le territoire malien a fini d’ajouter à la nervosité et à la méfiance. Ils sont Maliens, donc ils sont chez eux. Même si l’on suppose que quelques éléments à l’identité douteuse auraient pu s’infiltrer aussi. La direction du pays les accueillis en grande pompe en dépêchant de hautes personnalités pour leur offrir des cadeaux de bienvenue : des dattes, du riz et 50 millions de francs CFA. Les rapatriés maliens de Libye avaient alors craché leur raz le bol quant à la façon dont ils ont été reçus auparavant à Bamako, se sentant délaissés par les autorités. Les « Salamalecs » sont finis. Et mardi dernier, c’est la surprise générale. Des marches de protestations ont lieu dans les villes: Kidal, Gao, etc. Quelques centaines d’hommes et de femmes demandent l’indépendance de l’Azawad, en brandissant des slogans et des cartes qui laissent voir la partie du territoire malien que les manifestants réclament. Même s’ils n’étaient pas aussi nombreux, 500 à 2000 personnes, cela a suffit pour déclencher sur le Net une vague de réactions de la part des autres Maliens qui ont exprimé leur indignation. Les mots de certains d’entre eux donnent assez de peine à celui qui les lit. Dans l’ensemble, la majeure partie se prononce pour une correction exemplaire militaire. Ils trouvent que les populations du nord s’emploient à intimider le pouvoir pour bénéficier d’une nouvelle tranche financière qu’ils dépensent dans l’armement au lieu de songer au développement de la région. N’empêche, ne serait-on pas face à une tentative préméditée de déstabiliser la situation pour jeter l’ombre sur ceux qui viennent d’arriver de la Libye ? Certes, il n’est pas du tout plaisant de voir une partie des citoyens prendre les armes ou brandir des pancartes séparatistes pour se faire entendre. Cette façon n’a jamais apporté une solution et risque un jour d’aboutir à des conséquences imprévisibles. A l’opposée de bien des pays africains, le Mali a toujours été une terre de paix, surtout de dialogue entre les différentes ethnies qui cohabitent. Le « sinankouya » en est une preuve parmi d’autres. Pour savoir combien les Maliens sont paisibles, regroupez les autour du thé ! Cependant, ceux qui accusent tous les Touaregs de tous les maux le font a tort. Il est inacceptable de confondre quelques éléments égarés à toute une population dont les aspirations à une meilleure vie sont pareilles dans tous les coins et recoins du Mali. Pourquoi tant dramatiser les choses? Les Touaregs sont-ils les seuls habitants de la zone? La marche du premier novembre 2011, même si les photos exposées sur le Net sont assez ridicules, nous met en face d’une situation délicate dont la résolution dépend de toute la nation. Le problème existe et feindre de ne pas le voir ne conduit à aucune sortie. Les éléments égarés qui pensent obtenir gain de cause en brandissant les armes ou des morceaux de drapeaux se leurrent. La force ne pourrait engendrer que la force. Cette situation de menace perpétuelle et d’intimidation finirait par exaspérer l’autre partie de la population qui ne souhaite pourtant de mal à personne. Ceux qui trouvent qu’une solution militaire musclée est déjà nécessaire pour en finir définitivement avec le différend se lancent eux aussi dans des jugements hâtifs. A savoir que des ennemis extérieurs n’attendraient que la brèche ouverte pour se jeter dans le tas. Les armes qui circulent déjà, c’en est un, mais c’est surtout l’argent qui serait livré qui constituerait le nerf réel du conflit. Le chaos qui en résulterait n’apporterait aucun bien tant aux populations de la région qu’au reste du Mali. Le nord de notre pays susciterait la convoitise des USA qui désirent garder un œil sur le Maghreb. Il n’est pas exclu qu’une lutte s’engage entre des pays pour maintenir l’influence. La déstabilisation donnerait ainsi un prétexte à l’occupation réelle de la zone pour une durée indéterminée par la création de bases militaires étrangères, avec tout son lot éventuel d’attentats à la bombe qui ôteraient des vies humaines innocentes. L’Irak et l’Afghanistan sont un exemple vécu au quotidien. Le pétrole annoncé pour 2012, nous entrons déjà dans une phase qui pourrait se compliquer davantage au point que cette richesse tant attendue ne profiterait qu’à nos ennemis!

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