jeudi 27 octobre 2011

A la recherche de l’avenir immédiat : le présent face au passé.

En compagnie d’un mois d’octobre vieillissant je me trouve à rendre visite au « 22 septembre» et à certains de celles et ceux qui l’ont fait. Ce n’est point que je veuille transmettre à autrui une nostalgie qui m’habiterait. L’irritation que provoque en moi la multiplication des errements visibles dans la vie publique et dans le traitement des affaires de la nation, me pousse à prendre à témoin « les compagnons de la renaissance » du Mali dont, hélas, les rangs sont de plus en plus clairsemés. Qu’y a-t-il donc pour qu’il me vienne de vouloir recourir à nos « aînés du 22 septembre » ? En un : il y a que la reforme constitutionnelle est encore en débat. Et je n’ai pas l’impression que tous les protagonistes connaissent bien l’histoire de la pensée politique du Mali. En deux : il y a que le code de la famille est toujours en débat. Et je n’ai pas l’impression que les principaux protagonistes sachent bien en quoi la République du Mali est, par naissance, laïque. En trois : il y a que les élections générales se mènent vers nous. Et je n’ai pas l’impression que tous les aspirants souverains connaissent les vertus sous lesquels le Mali nouveau a été baptisé en 1960. En quatre : il y a que l’école malienne est moribonde. Et je n’ai pas l’impression que tous les acteurs aient conscience du rôle assigné dès le départ à l’instruction du citoyen dans l’agenda de notre nation. En cinq : il y a que l’économie de notre pays est étouffée par la corruption et la criminalité pendant que le budget 2012 de la présidence de la république connait un accroissement de 44,5% par rapport à celui de 2011. Et je n’ai pas l’impression qu’il existe une volonté politique de redresser la situation. Alors j’invoque les aînés. Tous les aînés qui sont encore avec nous. Je les invoque à travers Amadou Seydou « Djikoroni » Traore et Seydou Badian Kouyaté. Que nos anciens, sous le serment de leur passé patriotique commun veuillent redresser ma parole délivrée ci-dessous si elle est tordue. Le but de ce papier est de rappeler aux uns et aux autres les serments et l’esprit qui fondent les communautés dans lesquels nous vivons. La violation de principes originels est la cause, très souvent, que les prédictions apocalyptiques se réalisent plutôt que les espérances de nos baptêmes. Le pourquoi se trouve dans la persistance, l’entêtement quelque fois, trop de fois, des hommes, à agir dans l’ignorance de ce qui a fait que nous soyons où nous sommes et qui a fait que nous soyons ce que nous sommes. Si nous ignorons où nous sommes et d’où nous venons, alors où pouvons-nous aller? Comment notre culture politique a-t-elle été construite ? Dans la génération de mes parents, on n’allait pas très longtemps à l’école. Souvent, très souvent, on n’y allait pas du tout. Nos aînés ont pu mener le Mali du jouc colonial à l’indépendance sans violence ni rancune contre le peuple de l’ancienne métropole. Je ne suis pas entrain de dire que nos aînés furent des anges ou qu’ils ont réussi tout ce qu’ils ont entrepris. Je veux dire que même lorsqu’ils se sont trompés, lorsqu’ils furent d’un coté ou d’un autre, ils ont fait des choix en se fondant sur deux choses : la conscience politique et la volonté patriotique. Même lorsqu’il leur est arrivé de se séparer, ils étaient reliés par un fil comportant deux nœuds : une vision politique et un attachement au pays. Ils avaient découvert l’arme politique, l’avaient maitrisée et s’en étaient servie. Des associations ont été le lieu de l’apprentissage de la politique. Les premières associations furent le « Foyer du Soudan » de Makane Makoumba Diabaté et Mamadou Konaté, « Art et Travail » de Modibo Keita, « Esperance » de Fodé Toure. Deux autres associations s’étaient également établies sous la forme de sections locales d’associations métropolitaines de tendances socialistes et communistes. Les « associations indigènes », « Foyer du Soudan », « Art et Travail », « Esperance » furent des lieux de rassemblement et de prise de conscience mais en réalité ce sont les deux associations à ascendance métropolitaine qui furent les vraies places de la formation politique. L’une était le « Centre d’Etude Franco Africain » (CEFA) que dirigeait Makane Makoumba Diabaté. L’autre était le Groupe d’Etude Communiste (GEC) dirigé par deux européens et trois soudanais : Morlet un agent des PT&T, Fayette un instituteur, Idrissa Diarra et Abdoulaye Diallo deux commis des PT&T, Lazare Coulibaly, un ouvrier du bâtiment. Les courants de pensée socialiste et communiste, fondamentalement et essentiellement républicains, laïcs, vont marquer la formation de la pensée politique moderne du Mali. Signalons que certaines personnalités marquantes de l’époque avaient peu participé à la formation politique. Ils avaient plutôt consacré leurs efforts à la recherche académique. Ce fut le cas, en particulier, de Fily Dabo Sissoko et de Mamby Sidibé. Ils ont porté leurs efforts sur la recherche en sciences sociales, particulièrement la sociologie, l’anthropologie et l’histoire. Beaucoup plus tard, certains jeunes « indigènes » arrivèrent et contribuèrent efficacement à l’éducation politique, souvent sur la base de théories radicales. Ces jeunes furent fortement encouragés par les échos des voix éminentes du Tiers Monde symbolisées par Ahmed Soekarno, le Pandit Nehru, le Colonel Gamal Abdel Nasser, et le Premier Ministre Chou En Lai. Voix qui furent particulièrement amplifiées par la Conférence de Bandoeng. Ces jeunes savaient désormais depuis la défaite française de Dien Bien Phu que malgré sa puissance le colonialisme pouvait être battu. Deux de ces jeunes parmi les plus représentatifs nous intéressent ici. L’un est Amadou Seydou Djikoroni Traore qui fut autant sévèrement persécuté par l’administration coloniale que ses aînés le furent. L’autre est Seydou Badjan Kouyaté, un des premiers universitaires engagés. Ce dernier fut très attentif à ce qui se passait en Chine. Avant de modifier un seul texte de base que nous avons hérité de la période de l’indépendance, né du travail méticuleux de ces femmes et hommes dotés d’une haute culture politique, risquant ainsi de déséquilibrer notre société, nous devons, en premier lieu, comprendre comment ce texte est né. La question de la double nationalité Le 22 septembre 1960, « aux douze coups de minuit », la voix du Président Modibo Keita déclara la cessation de tout lien de dépendance de notre pays d’avec la France. Débuta alors la tâche de la construction d’une nation moderne. La globalisation n’existait pas mais il y avait la guerre froide. Rappelons qu’en Guinée voisine, Sékou Toure, avait été moqué à cause des multiples complots qu’il dénonçait. Je ne dis pas que des innocents n’ont pas été victimes du régime du PDG-RDA, mais je signale que les historiens nous ont appris, depuis, qu’en vérité Jacques Foccart et les forces étatiques, clandestines et néocoloniales qui étaient entre ses mains n’ont jamais laissé de répits ni à la nouvelle Guinée ni au Mali naissant. Aujourd’hui on sait que l’utilisation de binationaux etait une des cartes maitresses que Foccart voulait jouer contre ces pays. Le Mali de l’époque était entouré, à part la Guinee, par les pays suivants tous acquis à Foccart : le Sénégal de Léopold Sédar Senghor, la Cote d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, la Haute Volta de Maurice Yaméogo, le Niger de Hamani Diori, l’Algérie francaise, la Mauritanie de Moctar Ould Dada. A cette liste de voisins immédiats, il faut rajouter des anciens partenaires de l’originelle Fédération du Mali ayant rejoint le Conseil de l’Entente créé par Houphouët-Boigny avec l’aide de Foccart : le Dahomey de Hubert Maga et Marcellin Sourou Migan Apithy. Dans ce contexte, même un pays comme le Mali ouvert, constitutionnellement, à l’abandon de sa souveraineté au profit d’un ensemble africain plus large se devait de se protéger. La moins coûteuse des protections, tout en attribuant des passeports maliens à des patriotes africains du Kameroun, de l’Azanie, pourchassés, etait de se garder contre la double nationalité offerte à certains de ses ressortissants. La menace des forces néocoloniales contre l’indépendance nationale ; voila ce qui a conduit le Mali à ne pas reconnaitre la double nationalité dans le monde dangereux de 1960. Je rappelle que déjà sous l’autonomie interne en 1959, afin de limiter la tentation du mariage mixte à laquelle des étudiants maliens en séjours d’études en Europe pouvaient être soumis, le gouvernement territorial avait envisagé d’offrir des bourses d’études aux fiancées de nos étudiants. Ainsi de nombreuses jeunes filles maliennes iront rejoindre en France leurs fiancés étudiants. Cela permit de former certaines de la première génération d’infirmières et de sages-femmes du Mali indépendant. Le Secrétaire General des Etudiants et Stagiaires maliens en France de l’époque, Moussa Baba Diarra (qui lui se maria à une francaise, si ma mémoire est correcte), deviendra ministre du travail, quelques années plus tard. Une des raisons de sa promotion était qu’il avait réussi à implémenter ce projet. Cette période est révolue. La globalisation a ouvert une nouvelle existence à la tradition malienne du voyage initiatique permettant aux jeunes de connaitre le monde en le parcourant. Nos textes doivent reconnaitre cette réalité : il est devenu naturel pour le malien d’avoir une identité multiple, malienne à 100%, autre chose, également, à 100%. Le code de la famille dans la république laïque Au Mali, dans la période coloniale, il y a avait quatre sortes d’individus : les sujets français (la grande majorité), les évolués, les citoyens français, les étrangers (les intermédiaires libano-syriens, les commerçants grecs, les fonctionnaires extraterritoriaux). Si ma mémoire est fidele et pour donner une idée, il y avait à Bamako au milieu des années quarante, 57.000 habitants dont environ 500 citoyens français, 300 évolués et les autres, plus de 56.000 personnes représentant plus de 98% de la population qui étaient des « sujets français ». Ces chiffres transposés à l’échelle nationale signifient que plus de 98% des habitants de ce pays étaient régis par « la coutume » et « la loi de l’indigénat » qui gérait entre autres, le travail forcé. Ainsi la presque totalité des habitants de notre pays étaient sans droits humains. Après le 22 septembre 1960, il fallait donner une identité au malien et donner une identité à la brique constitutive de la société, c'est-à-dire la famille. Pour cela il fallait une Loi. Cette Loi, appelée « Code de la Famille » s’est inspirée de sources comme la coutume, la religion, et d’autres sources y compris les vertus de la république, les savoirs nouveaux provenant du progrès de la science et de la technologie. La République du Mali née le 22 septembre 1960 est héritière de la République Francaise, qui après deux siècles de réflexion a choisi de reposer sur cinq vertus qui sont : « la Liberté, l’Egalite, la Fraternité, la Justice, la Solidarité ». La République Française a choisit de fonder le progrès social sur les savoirs nouveaux et le progrès scientifique. De son aînée la République Française dérivent certains serments de baptême de la République du Mali tel le « Pacte Républicain ». Non écrit, il fonde notre laïcité. Selon ce pacte, tout apport à la loi n’est acceptable que s’il respecte les vertus précités et que s’il n’est pas contraire aux savoirs nouveaux tirés des progrès de la science. Par ailleurs, le 28 septembre 1960, en acceptant librement d’adhérer à l’Organisation des Nations Unies, la République du Mali a aussi accepté de reconnaitre que désormais le Droit International devenait une source éminente de son Droit National. En foi de cela, par exemple, défavoriser une personne selon son sexe ou selon le statut matrimonial de ses parents ne peut être la loi du fait que cela n’adhère ni à la vertu d’égalité, ni à celle de justice, ni à celle de solidarité. Par conséquent, une discrimination basée sur le sexe ou sur le statut matrimonial ne peut être loi en République du Mali, à moins de changer les bases de notre République. De même de ce que la science moderne nous dit, la République du Mali ne peut accepter, par la loi, de valider le mariage d’une fille immature. La force de la démocratie est son esprit : une saine compétition des idées La démocratie ne peut se réduire à un folklore. Etre un démocrate se manifeste par un état d’esprit et des comportements. La santé de la démocratie se retrouve dans la santé des élections. Sur cette base, si nous ne prenons garde, les élections de 2012 peuvent être entachées de deux défauts. Le premier défaut tient de l’administration. Les calculs montrent (confère un papier précédent de la Coalition Patriotique pour le Mali) que l’administration dispose d’un réservoir de votants fictifs potentiels lui permettant de faire élire quiconque avec le taux de son choix y compris au premier tour. Je n’ai pas dit que l’administration envisageait de se servir du pouvoir (illégal) qu’elle détient à travers ce stock de votants fictifs. Le second défaut vient de la liste électorale malienne, alphabétique. Une bonne liste pourrait identifier un votant à l’aide de onze (11) paramètres (nom, prénom, prenom du père, nom et prenom de la mère, date de naissance, région d’habitation, ville, commune, numéro de la rue et de la porte). La liste alphabétique actuelle se contente de sept paramètres dont deux (nom, prénom) sont vérifiables à l’aide de la carte d’électeur. Un calcul simple de combinatoire à la portée de n’importe quel élève de terminale en mathématiques, montre que chaque électeur pris comme un élément d’un espace de dimension sept identifié uniquement à l’aide de deux coordonnées peut engendrer 2500 individus. Cela signifie que chaque parti a la possibilité de se créer autant de listes et d’électeurs qu’il le souhaite puisque d’une seule vraie carte d’électeur (digitalisée ou non), on peut créer 2500 (vrais-faux) votants. Je ne suis pas entrain de dire que les partis et leurs candidats feront usage de ce pouvoir (illégal). Ce que je suis entrain de dire est que seule la volonté de respecter les vertus républicaines et la sincérité du vote peut nous garantir des élections apaisées. Les enjeux sont tels qu’il serait imprudent de sous estimer la fraude et ses conséquences dans les élections à venir. L’école du savoir et du savoir-faire au service de l’émancipation Le savoir et le savoir-faire constituent et ont toujours constitué la principale délimitation entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas. Nos aînés, par rapport au colon ne savaient pas. Ceux des nôtres qui savaient un peu s’étaient vus coller l’étiquette « d’évolués ». Les autres, « les indigènes », « les sujets », étaient soumis à l’arbitraire et à la brutalité de l’administration coloniale. C’est pour cela que le 22 septembre 1960, une des premieres tâches que se sont assignées nos aînés rassemblés étaient d’instruire les maliens. Leur volonté pris corps dans la reforme de l’éducation de 1962 dont l’objectif était d’apporter au plus grand nombre de maliens le savoir scientifique et technique. Cette reforme appartient à l’histoire de notre pays. La reforme de 1962 était une bonne réponse à de vraies problèmes dans le monde tel qu’il était en 1960. En entrant dans le 21eme siècle, le monde est devenu un village global où la compétition entre les nations est âpre et les meilleures sont déterminées par la capacité de leurs populations à produire du savoir et à résoudre les problèmes de la vie réelle. L’école du 21eme siècle qui procure ce savoir est basée sur l’esprit critique et la capacité d’analyse. Ce savoir émancipe nos populations qui acquièrent par lui la capacité de « fabriquer » les outils de son bien-être grâce à la technologie. Grâce à Internet, le savoir scientifique et technologique est disponible pour tous les peuples du monde. Cependant un peuple ne peut en tirer profit que si la vision politique, stratégique de ses leaders le permet. Le Mali a-t-il mis en place un équivalent actualisé de la reforme de 1962 ? La réponse est clairement : non. Pourquoi ? Parce que les clés pour ouvrir la porte d’accès au savoir du 21eme siècle, chaque période historique a ses caractéristiques, se compose de trois parties qui sont: (1) l’utilisation de la technologie dans l’éducation comme moyen d’amplifier l’exploration et la découverte scientifique, (2) le partenariat public-privé comme moyen d’accroitre l’efficacité de l’enseignement, (3) l’interdisciplinarité et la multidisciplinarité comme modalités nouvelles d’acquisition du savoir. Si les autorités maliennes voulaient une modernisation de l’éducation alors, elles auraient : (i) mis en place un programme subventionné d’accès à Internet pour toutes les écoles, y compris privées, en tout point sur l’étendue de la République du Mali où cela est possible, (ii) suscité entre les établissements publics et privés performants des relations de partenariat qui serviraient « l’employabilité » des diplômés, (iii) enrichir chaque établissement par création de départements divers en lieu et place de la scission actuelle de l’Université de Bamako en quatre entités excluant la multidisciplinarité et l’interdisciplinarité. Si nous voulons que nos diplômés soient employables, il faut combiner la capacité des (lourdes) institutions publiques à former dans les sciences fondamentales à la flexibilité des légères structures privées, destinées par nature, à s’adapter promptement aux besoins du marché de l’emploi. La pertinence d’un responsable du secteur de l’éducation consiste soit à discerner cela, soit à discerner et à écouter ceux qui sont capables de le lui dire. Quel gâchis cela est-il de laisser à la rue des milliers de jeunes par défaut d’opérabilité des établissements publics d’enseignement supérieur alors que bien de méritants établissements privés ne demanderaient qu’à les recevoir et à les éduquer. Quitte à encadrer ces établissements par un système approprié d’inspection. Le gouvernement malien commet, dans le traitement des problèmes de l’éducation, une faute économique, politique et sociale grave qui est d’ignorer ou de sous-estimer ce que les économistes appellent « l’analyse des coûts d’opportunité ». Dans une très large mesure, la qualité de la vie dans le futur dépend essentiellement de la façon dont les autorités courantes traitent les opportunités présentes. Pour ma part, je n’ai pas l’intention de rester immobile. Je vais écrire aux deux ministres en charge de l’éducation pour leur soumettre des propositions concrètes. Je vous tiendrai au courant. Nous n’avons pas le droit, malgré tout, de laisser le Mali dépérir surtout par son système éducatif. Politique monétaire, politique budgétaire et développement La crise économique mondiale en cours démontre à souhait, même aux yeux des plus intransigeants adeptes du néolibéralisme, l’intérêt et l’importance du rôle de l’Etat dans le développement national. Particulièrement en période de crise. L’Europe est entrain de risquer la mort en raison de déficits au delà de 6%PIB et de dettes publiques au delà de 90%PIB. Ce qui est terrible c’est que le malien vit en permanence dans cette situation de crise où le déficit dépasse 10%PIB et la dette 120%PIB !!! Rappelons à ce sujet qu’un décret colonial en date du 17 avril 1900 avait enjoint à la Colonie du Soudan de ne pas avoir de déficits budgétaires. Ce décret, il est vrai a conduit, entre autres, à l’institution du travail forcé, mais a prouvé que les ressources de ce pays peuvent être bien gérées afin de subvenir aux besoins de ses populations. Alors que tous les Etats européens s’enfoncent dans la rigueur économique (diminution des dépenses publiques, augmentation de la pression fiscale), le budget du Mali pour 2012 prévoit une augmentation de 44,5% du budget de la seule présidence !!! Les politiciens prévoient la création d’un Sénat. De nombreuses catégories professionnelles parmi les plus favorisées ne paient pas d’impôts. De nombreuses exonérations diminuent les recettes de l’Etat et enrichissent des rentiers. L’Etat a, aussi, maintenu le financement de l’université qui, depuis trois ans, ne fonctionne pas. Au profit de qui ? A ce niveau également on peut observer une grande différence entre l’attitude des fondateurs de la République du Mali et leurs successeurs. En 1960, le Président Modibo Keita qui n’avait de connaissances économiques modernes que le peu qu’il avait appris durant sa formation politique au sein du GEC et du RDA. Le President Modibo Keita décida qu’il lui fallait connaitre plus sur l’économie et particulièrement sur la monnaie. Avec ses collaborateurs, il décida de prendre des cours à distance. Ces cours furent conçus et développés à la Banque Centrale de l’Europe du Nord (BCEN), une structure financière contrôlée par l’URSS et installée à Paris dans le quartier de la Gare Saint Lazare, à deux pas des Grands Boulevards. Afin d’éviter des actions de sabotage qui auraient pu voir ces cours interceptés et travestis, il fut décidé de camoufler leur acheminement. Les cours étaient, comme d’usuels matériels scolaires, envoyés à la Librairie Populaire du Mali (LPM) dirigée par Amadou Djikoroni Traore. A son tour celui-ci remettait les colis à sa secrétaire qui était l’épouse du Ministre Louis Nègre. Celle-ci remettait le courrier, le même jour, à son mari, Louis Nègre, qui à son tour, dès le lendemain, remettait les cours au Président Modibo Keita. Je peux vous garantir que la déclaration que le Président a faite en juillet 1962 sur la monnaie a été écrite sa main. Signalons cependant que le Président Modibo Keita s’était choisi depuis l’époque du Gouvernement Territorial de 1959, une très solide équipe de conseillers économiques. Cette équipe dirigée par le Professeur français Jean Bénard comprenait l’Egyptien Samir Amin, le français Jean Leroy, l’israélien Eli Lobel et le portugais Da Nombrega. De même c’est Seydou Badian Kouyaté qui présenta au retentissant « Second Séminaire du RDA » en juillet 1962 l’orientation de la politique malienne en matière économique et monétaire. Le Docteur Seydou Badian Kouyaté, un médecin de formation, avait pris la peine de s’instruire en économie. C’est ce séminaire qui bâtit l’historique « Sixième Congres » du RDA et confirma la ligne politique dont les grandes orientations avaient été édictées le 22 septembre par le Congres Extraordinaire sous la forme « d’un Mandat Impératif adressé à la Direction du Parti ». Ce congrès est historique en ce sens qu’il a été le seul tenu par le RDA entre le Congres Extraordinaire du 22 septembre 1960 et le 19 novembre 1968. A ce titre, je voudrais signaler aux jeunes que le livre de Seydou Badian publié à Présence Africaine en 1963 intitulé « Politiques de Développement et Voies Africaines du Socialisme » situent de façon non encore dépassée les problèmes de fond de l’économie malienne. Conclusions Pour terminer ce papier je vais observer que nos aînés se sont distingués, globalement par leur acharnement à se mettre au service de nos populations par une vision et un engagement politique progressistes éclairés par les savoirs scientifiques de leur époque. Loin de moi l’idée de vouloir affirmer qu’ils furent des anges et de divins bienfaiteurs. J’ai cependant l’ardente obligation de dire aux jeunes, que j’ai vu en eux des femmes et des hommes mus par des idéaux patriotiques. J’ai beau regarder autour de moi, ces jours présents, je suis en mal de trouver, parmi nous, autant de don de soi. J’ai, hélas, la triste sensation de constater que l’enrichissement personnel sans effort de l’élite et l’extension de l’ignorance à tous, sont devenus les principales ambitions et peut être les seules que nous développons. Il y a des jeunes, certains sont remuants, mais la plupart sont sans la moindre culture politique. Ils sont donc comme des serpents sans têtes, des tigres sans griffes et sans dents, donc de simples épouvantails. Le système dans son cynisme s’amuse à les affamer avant d’en acheter quelques-uns. Je vais rappeler a nous tous ces paroles de sagesse de nos terroirs en remontant encore plus loin que le 22 septembre 1960 ; elles nous apprennent que la pire forme d’esclavage est la servitude volontaire à l’argent sale et facile (Nata de be horon ke jon ye). Chère sœur, cher frère, nous sommes et demeurerons, toi et moi, responsables et de façon irrévocable du présent et du futur du Mali. Dialla Konaté, Bamako, 24 octobre 2011

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