mercredi 28 septembre 2011

Système éducatif malien : La culture de la médiocrité.

A quel malien n’a- t- on pas vanté les mérites du Savoir et de nous instruire sur les vertus salvatrices de la lecture. Les professeurs et parents, nous répètent avec panache et esprit d’émulation les mêmes slogans : la connaissance est la clef de voûte du progrès, le livre le meilleur ami, le savoir donne le pouvoir… Et la presse, bref tous les canaux de communication nationaux et leurs appendices de la presse privée, de rivaliser chaque jour d'obséquiosité en ressassant à qui mieux mieux la même rengaine. L’antienne du livre et de la lecture. Après ce survol de l’artifice de propagande, voyons de près la réalité ! Personne ne peut nier l’importance du savoir et de l’éducation. Mieux, on sait tous que le critère le plus pertinent pour évaluer du niveau d’une Nation est la qualité et l’ampleur d’instruction de ses habitants. Ceci personne ne le dispute. Ce qui est consternant chez nous c’est le contraste entre les slogans et la réalité des faits. Je vais avancer ici un exemple encore frais et indiscutable : les derniers résultats du baccalauréat. Ils sont une béance dans les annales de l’éducation nationale. Un témoignage de la faillite d’un système éducatif qui, qu'on le veuille ou non, est aussi celle d’un système politique. Je ne blâmerais pas les enfants qui sont les victimes d’un système. Non ses faussaires ! Je dirai même que les enfants sont pris en otage par le système éducatif actuel. Quelque chose comme 34 % (je me trompe peut être) de taux de réussite, voila qui doit faire rougir des décideurs politiques !!!!! D’autant plus que ces 34 % doivent forcement inclure le pourcentage de fraudes et de magouilles très élevées ces dernières années a cause du laxisme ambiant et de la démission de l'Etat. Si on fait un calcul de probabilité basique, le chiffre brut et réel sera un décimal commençant par 0, quelque chose ! Oui zéro virgule quelque chose, tel est le pourcentage de réussite de nos bacheliers! Une étude récente sur le baccalauréat malien session de juin 2009, élaboré par les spécialistes de l’éducation (je parle du document de Dougoumalé et autres) illustre ce zéro virgule quelque chose dans tous ses aspects. Quelle honte !!!! Et quelle misère intellectuelle! Et si on regarde du coté des infrastructures de ce pays dont les dirigeants ne rêvent que de cybernétique et nanotechnologie (un ministère des nouvelles technoligies est même créé!), l’effarement est à la mesure des rêveries ! Autant dire immense! Ce pays où on vante les mérites du Net n’a au jour d’aujourd’hui aucune école supérieure digne de son nom qui produise des diplômés irréprochables ni aucune condition réunie à cet effet : ni les infrastructures adéquates ; ni formateurs compétant, très mauvaise qualité du circuit électrique dans des institutions d'enseignement technique tel que la FAST bien que l'EDM existe et peut bien faire ce travail... Même le programme de la nouvelle université ne prévoient pas cette formation.! Pis ses maitrisards en Droit ou en Economie n’ont pas la possibilité de poursuivre chez eux des études doctorales car aucune faculté n’y dispose d’un troisième cycle ! (Même les ébauches de structures de formation doctorale qui ont permis de former certains de nos ainés docteurs vers les années 1970 et que l'ISFRA essaye bon gré malgré de suivre les traces, ont aussi disparues au lieu d'être consolidées. Notons que l'ISFRA essaye de former les docteurs et les DEA avec en s'appuyant sur certaines facultés et grandes écoles, ou même avec l'aide des partenaires de l'extérieur mais souvent sur une durée de 5 ans pour les DEA (au lieu de 2) ou dix ans pour les docteurs (au lieu de 3). Tout ceci après plus de 49 ans d’indépendance [j'aurai préféré "après presque 50 ans d'indépendance" car cinquante sonne mieux] et plus de combien d’années de slogans et vanité stridente! Il n’y pas un meilleur terme pour cerner l’ampleur de cette déconnexion par rapport à la réalité qui caractérise la mentalité de nos dirigeants et perpétue notre mélodrame que celui de «entrefremduung» de Bertold Brecht. S’y condensent, en effet, les notions d'étrangeté et de distanciation par rapport au réel. Au vécu quotidien. Quand il s’agit d’expliquer une réalité vécue, c’est vraiment une contrition que de ne pouvoir trouver de terme approprié ailleurs que dans l'emprunt (ou copie) au registre usuel du monde théâtral. C'est triste quand l'expérience de la vie s'apparente à l'univers du théâtre! Nos comédiens politiciens doivent se transformer en travailleurs et non rester artistes!  Un déficit de socialisation identitaire collective On peut dire en paraphrasant Kant que le credo de nos élites, leur impératif catégorique, pourrait s'intituler comme suit: "Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action soit érigée en règle universelle de corruption et de servilité!" Rares parmi elles sont, en effet, ceux qui intègrent aux structures de leurs démarches quotidiennes une éthique de la responsabilité collective ou un sens civique et universel de la probité. Une conscience générale du devoir envers la Patrie et la Nation. Les individus chez nous, fussent- ils des érudits, déterminent encore leurs choix et leurs actions en fonction de critères subjectifs qui entrent en conflit direct avec le concept de socialisation identitaire dont le socle et l'assise de base est la Nation. Les anciens espaces de fidélité rétrograde du système agropastoral traditionnel définissent encore, en dépit de l'affaissement de sa reproduction institutionnelle , pour une grande part nos schémas de représentation identitaire à la fois comme groupes et individus. En effet dans la priorité des allégeances par affinité parentale surclassent encore, et de loin, les notions on ne peut plus civiques de citoyenneté et d'appartenance. La faillite de l'Etat, sous les coups de boutoir conjugués de la mal gouvernance et des mesures d'ajustement «déstructurant», ne fait qu'accentuer le problème. Le rétrécissement des services vitaux que celui- ci était censé procurer jusqu'ici accélère le mouvement de désenchantement des individus... Du coup, le processus historique de formation de la citoyenneté se trouve arrêté. Bamako, le 9 octobre 2009. Monsieur Aboubacrine ASSADEK D.E.R de mathématiques et informatique- FAST de l’université de Bamako-Mali E-mail : assadekab@gmail.com Gsm : +22376434964

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