mercredi 7 septembre 2011

Les deux Afriques: l’une noire, l’autre de couleur inconnue!


Sekou Kyassou Diallo
‎Les deux Afriques: l’une noire, l’autre de couleur inconnue!

Pour une fois de plus, la fameuse conférence des amis de la Libye qui vient de s’achever à Paris a mis à nue les profondes divergences de l’Union africaine pour ne pas dire qu’elle a révélé que cette organisation est nulle et n’est qu’un un pur gaspillage de nos fonds. En effet, il n’y a aucun sens d’entretenir l’institution panafricaine à coup de milliards alors qu’elle rappelle en réalité un petit comptoir de marché ou certains passent leur temps à marchander les prix de « vente » de l’Afrique à qui le veut.

Pendant que les pays africains du groupe anglo-saxon appelaient au boycott de cette conférence qui rappelle assez fort celle de Berlin 1885, quand des barbus pédants se partageaient les richesses de notre continent, les dirigeants de certains pays francophones ont été présents et très ponctuels à l’Elysée, comme d’habitude. Abdoulaye Wade, le nouveau champion de la démocratie africaine et grand spécialiste des retouches constitutionnelles pour briguer un troisième mandat (normes démocratiques obligent !), est allé jusqu’à saluer l’ingérence des forces occidentales dans nos pays pour nous apporter, en plus de la « civilisation » d’hier, la « liberté » d’aujourd’hui. N’est-ce pas l’une des raisons de la présence de l’un des éminents foudres de guerre français qu’on vient d’installer fraichement à Dakar dans le but, peut-être, de ramener les Sénégalais à la raison s’ils se rebiffaient en 2012 contre la candidature d’un Wade acquis aux causes de la « radio Elysée » dont il est l’auditeur principal de nos jours.

Si Goodluck Jonathan n’a fait pas de grandes déclarations sur le sujet, par contre Jacob Zuma a déversé sa bile : il pense que tous ceux qui sont allés à la conférence de Paris sur la Libye sont des criminels, ne voulant pas se mélanger aux criminels, il a brillé par son absence.

Cependant, faisant fi de l’Union africaine, trois pays du continent, notamment l’Afrique du sud, le Nigéria et le Gabon, ont voté pour la résolution onusienne 1973 qui a délié les mains des seigneurs occidentaux de la destruction et du pillage. Président en exercice de son pays, nul n’a vu Zuma lâcher un mot. De même que le « grand Yoruba » d’Abuja. Ces deux leaders des pays phares d’Afrique, encore faut-il le rappeler, ont sincèrement cru à des promesses mythiques de Sarkozy de leur trouver une place au Conseil d’(in)sécurité d’une ONU qui est devenue une fabrique de terroristes et fait pire que la Société des Nations d’avant la deuxième guerre mondiale. Il est lieu de douter, en tout cas, qu’Hitler ait eu des appétits aussi nazistes et fascistes que ceux des « savants » actuels de la diplomatie internationale. Une place permanente au Conseil de l’ONU promise à deux Etats africains qui rivalisent à mieux fouler au pied les Textes africains !

Au moment fort de la crise ivoirienne, depuis l’Elysée et en une seule journée, Sarkozy aurait appelé 11 fois Goodluck Jonathan sur son portable au Nigéria. Du jamais vu dans l’histoire ! Ce n’est un secret pour personne que le maitre de Paris ne sait pas contenir ses émotions. Mais il n’y a aucune raison de croire cependant qu’il ait téléphoné tant de fois à Jonathan pour lui passer un « Casse-toi, pauv’con ». Zuma, lui, a voulu faire économiser à Sarkozy des unités. Au lieu de recevoir des coups d’appels intempestifs, il a préféré bruler le kérozine du contribuable sud-africain pour aller prendre un bon diner à l’Elysée. Le résultat de tout ce ballet diplomatique de Sarkozy a été le soutien indéfectible de Goodluck sur le dossier ivoirien et la brillante volte-face de Zuma à la dernière minute. Zuma est à présent fâché, car après toutes ses grimaces hilares devant l’Occident, il est devenu, tout comme son rival nigérian, le grand oublié au moment du partage de la cagnotte libyenne.

Cependant, dans un cadre général, nous notons bien l’existence de deux Afriques. D’une part, les pays africains du groupe anglo-saxon qui gardent une indépendance relativement réelle en comparaison aux autres. Pour preuve, ils ont tous battu leurs propres monnaies et enregistrent une avancée économique bien notoire. Plus rarement, on voit leurs leaders défiler à Londres comme des tirailleurs sénégalais obéissant aux ordres du maitre blanc.

Quant aux pays francophones d’Afrique noire d’autre part, voilà le bémol. UEMOA, BCEAO, franc CFA, partenariat privilégié, droits d’exclusivité ou de priorité sur les ressources minières, presque tous ces dirigeants vivant en Afrique ont toutes leurs pensées tournées vers la France. Au moindre bruit, les avions sont déjà en croisière sur le chemin de Paris qui leur est plus cher que tout. Plus cher que leurs peuples, plus cher que les mosquées et les églises. C’est une sorte de hantise même qui les suit partout.

Paris est un lieu de culte pour eux. Le boycotter serait alors une profanation !

Cette Afrique-là est de couleur inconnue. Noire-blanche en Afrique, très blanche en Europe! Des sortes d’antennes paraboliques universelles qui captent très bien tous les signaux du monde.

Quoi qu’il en soit, la conférence des amis de la Libye a été un succès, selon Paris. C’est cela l’essentiel. Les rebelles se sont vus promettre 15 milliards de dollars, sans que la date des transferts ait été clairement donnée. Entre temps les rats libyens, selon l’expression du Guide, s’affermissent à Tripoli. Le nouveau commandant militaire de la ville, un terroriste rescapé des services secrets américains, vient même d’exiger que des excuses lui soient présentées par Londres et Washington pour tortures. Malgré cela, le CNT n’est autre que la « bouche » d’une Europe qui va bien siroter le jus pétrolier libyen.

Le « succès » de telles rencontres réside aussi dans le fait que nombre de nos dirigeants francophones, une fois revenus de Paris dans leurs pays respectifs, se transforment soudainement en des sortes de baffles qui reproduisent, avec une exactitude numérique, les sons d’un microphone installé à l’Elysée.

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