dimanche 11 septembre 2011

Les chiffres magiques du Mali : 48 nouveaux milliardaires et 48 milliards de budget de referendum et de présidentielle

Sekou Kyassou Diallo
. Le projet de réformes constitutionnelles initié par le président ATT a mis en effervescence la société malienne. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, les débats sont houleux. D’une part, l’opposition formule ses craintes de voir le futur président devenir un « éléphant parmi des poussins », à cause des pouvoirs qui lui seront conférés ; de l’autre, et il faut le reconnaître, le budget fixé est exorbitant dans un pays qui peine à faire prendre trois bons repas à ses citoyens et à donner une éducation scolaire décente aux enfants. A le lire attentivement, ce projet de reformes comporte des dangers réels pour la démocratie malienne qui se veut un acquis de la révolution de mars 1991. Une question pertinente se pose : pourquoi ATT a attendu la fin de son deuxième mandat présidentiel pour vouloir faire adopter une nouvelle Constitution ? Ceux qui défendent l’initiative du maitre de Koulouba avancent la thèse qu’après 20 années, le temps est venu de revoir la Loi fondamentale d’après l’expérience vécue. Mais presque qu’aucun d’eux ne donne de réponse claire sur le choix du moment, c’est à dire à la veille des élections pour lesquelles il n’y a pas encore de fichier électoral qui fasse le consensus. La Constitution malienne de 1992 est le fruit d’une conférence nationale, d’un débat auquel toutes les forces vives, toutes les couches sociales ont pris part. Le projet de réforme proposé à présent est l’œuvre de quelques experts. Si la première est le résultat d’une révolution nationale, la seconde semble être celui d’une révolution de palais. Les choses viennent de prendre une autre allure avec l’entrée inopinée sur scène de Madani Tall, le président de l’ADM (Avenir Développement du Mali) qui s’est engagé dans la lutte de l’adoption du projet. Dans son intervention devant un parterre de journalistes, tout en formulant ses réserves, Mr Tall trouve que ce projet est le plus beau cadeau qu’ATT puisse faire au peuple malien. Il ajoute: "Tous ceux qui s’opposent à la reforme sont des démagogues. » Certes, nous sommes tous unanimes que notre Général bien aimé a fait de grosses prouesses sur le plan des infrastructures : échangeurs multiples, routes, hôpitaux, etc. Mais malgré ces grandes réalisations, le peuple malien a faim. Nul ne peut nier que le pouvoir d’achat soit en chute libre et que la flambée des prix des denrées de première nécessité ait mis le dos du citoyen au mur. Sans prendre en compte l’injustice et le laisser aller qui règnent dans notre pays. Pendant ce temps, 48 nouveaux milliardaires dont beaucoup de fonctionnaires d’Etat font leur apparition sensationnelle en un laps de 8 ans. L’ex Vérificateur général, Sidy Sosso Diarra, est formel. Ce sont 338 milliards (partie visible de l’iceberg, selon lui) qui ont disparu des caisses de l’Etat. Soit plus d’un demi-milliard de dollars US. Voilà un autre grand « cadeau » fait au peuple malien. Le budget du referendum et de la présidentielle a été fixe à 48 milliards, soit 96 millions de dollars dans un pays ou la majorité écrasante de la population se livre à d’indescriptibles gymnastiques quotidiennes pour joindre les deux bouts. Ou le cholera frappe aussi bien au nord qu’au sud, faisant des victimes. Ou le Fonds mondial court jusqu’à présent derrière son argent détourné. Pour Madani Tall, le président de la République du Mali ne doit pas être le sujet de la Reine d’Angleterre ou celui du droit français ou Américain. Cette position est à saluer. Cependant, l’expérience nous montre que beaucoup de leaders africains, ne possédant même pas la nationalité d’un pays étranger, donnent l’impression d’être de véritables ambassadeurs des pays européens, plus particulièrement de la France. En ce sens qu’ils sont plus disposés à défendre les intérêts de l’Occident que de rester à l’écoute des aspirations profondes de leurs peuples. Sur ce plan, amendement ou pas, quelle différence ? Les sujets de la Reine d’Angleterre sont bien moins poursuivis par la Cour pénale internationale que certains de nos dirigeants qui n’ont pas la possibilité de se déplacer à leur guise. L’expert en économie, Mr Tall poursuit : «L’année 2012 s’annonce très délicate pour les finances internationales. Ceux qui nous prêtent de l’argent ne seront plus dignes de confiance auprès des acteurs du système financier mondial. Le monde sera bouleversé par une crise financière qui changera l’ordre des priorités. C’est dire que ceux qui nous donnent de l’argent, n’en n’auront pas suffisamment pour leur propre marmite». Qui sont les acteurs du système financier international ? En tout cas, le plus gros d’entre eux reste la Chine d’aujourd’hui, devant laquelle même l’Amérique se met à genou pour pouvoir payer le salaire de ses fonctionnaires. Cette Chine veut devenir notre grand ami pour un partenariat gagnant-gagnant, mais nous sommes curieusement plus collés aux pays qu’il est juste de qualifier de guichets automatiques de distribution de bombes! Si l’Europe a cette chance d’avoir une « marmite », l’Afrique, elle, n’en a pas malheureusement. Notre continent constitue l’aliment même qui y est préparé pour le festin des autres. Avec l’UEMOA, la BCEAO, les codes miniers en vigueur, les priorités accordées aux entreprises et multinationales occidentales, soyons rassurés que la marmite européenne ne restera jamais vide. Seuls les pays francophones d’Afrique noire ont cette « gentillesse » de donner 50% de leurs réserves en devises pour la convertibilité d’une monnaie (le CFA) qui n’est même pas reconnue sur le territoire du pays garant qu’est la France. Sans être expert en économie, le commun des Africains sait qu’il s’agit de milliards de dollars qui sont ainsi évacués du continent et déposés dans les institutions financières occidentales. Et lorsque nous avons besoin d’aide, plutôt de quelques morceaux d’aliments restés au fonds de la « marmite européenne » nous en bénéficierons toujours puisque l’essence de notre existence dans ce monde, selon les « pères » de la démocratie et leurs alliés politiques africains, c’est de vivre de ce que les autres ont horreur de consommer. Pour finir, Madani Tall estime que la Constitution n’est ni le Coran ni la Bible, donc elle demeure modifiable. C’est très logique. Néanmoins, après ces deux Livres saints, la Constitution malienne de 1992 est le troisième Livre saint pour le peuple du Mali. Elle est le symbole des vies en fleur tombées et celui du chagrin des parents qui ont perdu leurs enfants. Dans ce sens, nous ne saurons permettre qu’elle soit modifiée comme si l’on corrigeait des devoirs des élèves de troisième année d’école. A mon avis, nous avons d’autres problèmes plus aigus à résoudre. Je suis déterminé à dire NON au projet de reformes. J

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