dimanche 21 août 2011

Le Non au Referendum d’ ATT.

Le Non au Referendum d’ ATT
Le mardi 2 Août 2011, les députes du Mali ont voté pour le projet de réforme constitutionnelle, cela malgré les dénonciations de la société civile, de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) , d’une frange importante de la classe politique et surtout de la jeunesse. Auparavant certains intellectuels éclairés avaient attiré l’attention des Maliens sur le caractère dangereux et antidémocratique dudit projet. Quelques hommes politiques courageux ont minutieusement disséqué le projet de réforme tout en mettant en exergue ses insuffisances et surtout les dangers évidents d’anéantissement de la démocratie qu’il comporte.
Il sied de saluer à cet égard l’analyse approfondie du premier ministre Soumana Sacko, qui article par article, souligne les insuffisances et les incohérences dudit projet ; de même le ministre Tiéblé Dramé, ancien secrétaire général de la glorieuse Union Nationale des Élèves et Étudiants du Mali (UNEEM) a passé au peigne fin le projet et démontré qu’il prépare la fin de la démocratie au Mali.
Nonobstant toutes ces alertes et dangers, nos «vaillants» députés, dans un quasi unanimisme aberrant, ont « voté pour » (à l’exception du parti Sadi, toujours fidèle au peuple). Ils ont étalé au grand jour le caractère hideux de leur rôle de chambre d’enregistrement agissant avec un mépris souverain du peuple à qui pourtant ils doivent leurs mandats. Ceci n’étonne pas dans le contexte malien où par la corruption généralisée, combinée à l’utilisation inappropriée de la sécurité d’État et au viol de conscience le vote parlementaire n’est que farce.
Or la nouvelle constitution au lieu de corriger des anomalies s’oriente plutôt vers un renforcement des dérives dictatoriales avec l’intronisation frauduleuse sous le masque d’un président élu, d’un véritable monarque absolu. Face à cette calamité qui menace la République dans son existence même, le salut ne peut venir que de la riposte du peuple souverain : Il s’agit de voter non au referendum.
Des «Non» référentiels doivent nous inspirer pour cela:
_Comme en 1958, le «Non» de la Guinée où une puissance coloniale (la France) avait demandé à l’ensemble de ses colonies de choisir entre la liberté et leur soumission volontaire à la France ?
Le parti démocratique de Guinée (PDG) sous l’égide de Sékou Toure a voté « Non », un « Non » qui plus de cinquante après, résonne comme la manifestation de la dignité et de l’affirmation de la personnalité africaine.
De même au Mali en 1974, lors de la farce référendaire du cynique comité militaire (CMLN) pour lancer sa constitution instituant le parti unique avec restriction totale des libertés individuelles, des patriotes maliens ont dit NON, cela à travers différentes voies : tracts, manifestations et prises de parole au cours de la campagne.
Leur acte leur a valu des déportations dans le sinistre bagne de Taoudénit digne des camps nazi comme Auschwitz qui symbolise toute la cruauté des fascistes. Ces patriotes maliens ont pour noms : feu Ibrahim Ly, Sir Mathieu Samaké, Oumar Sory Ly, Adama Samassékou, Bakary Koniba Traoré, dit pionnier, feu Etienne Diendéré, Mohamédoun Dicko, Samba Sidibé, Sadibou Cissé, Many Djénépo, Mamadou Lamine Kouyaté, Seydou Thiéro, Birama Traoré. D’autres ont été torturés pour avoir tenté de publier un tract intitulé « Référendum-mystification du peuple» : Moussa Cissé, Mamadou Kanté, Fodé Kéita ; quant à Kari Dembélé, Victor Sy ils ont été arrêtés le jour même du référendum. Tous ont honoré dignement le Mali. Trente Sept ans après, nous leur rendons un vibrant hommage.
Un « NON » massif contre l’actuel projet de Constitution viendra opportunément confirmer tout l’engagement de ce grand peuple du Mali à défendre contre vents et marées ses droits inaliénables. Notre pays est cité en exemple pour la manière héroïque avec laquelle il a arraché son régime démocratique à la suite d’une vigoureuse insurrection populaire.
Dans l’ouragan démocratique qui a déferlé en Afrique au cours des années 1990, le cas Malien est une référence car c’est l’insurrection populaire qui a obligé les forces armées et de sécurité à arrêter leur chef après vingt trois ans de dictature. L’histoire retient d’ATT cette déclaration solennelle : «Nous venons parachever l’œuvre du mouvement démocratique».
Donc vingt ans après, ce serait une triste ironie de l’histoire qu’ATT soit encore hélas, celui qui mettra fin à cette démocratie. Nos députés auraient du s’inspirer de l’exemple sénégalais où le projet de succession dynastique du président Wade a été combattu avec vigueur jusqu’à ce que son initiateur le retire. Avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà tard, nous devons agir de sorte qu’ATT reste un des héros de Mars 1991, qu’il soit protégé contre lui-même pour rester le père de la démocratie malienne.
Pour cela invitons-le plutôt à organiser des élections transparentes et crédibles, desquelles sortira un président élu, appelé à faire face aux grands défis de l'heure. Cela est d’autant plus souhaitable que des rumeurs circulent tendant à accréditer la thèse du dauphin d’ATT.
Pour le Mali, il est irréfutable que cette reforme constitutionnelle comporte beaucoup d’anomalies et qu’elle prépare la mort des idéaux du 26 mars.
Agissons donc rapidement, fermement et tous ensemble pour le «Non»
Accomplissons notre devoir historique en votant «Non» «Non» et «Non» au projet.

Moussa Sow,
Washington D.C.
USA
Msow59@hotmail.com

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