mardi 31 mai 2011

Lettre ouverte au Président Nicolas SARKOZY


Lettre ouverte au Président Nicolas SARKOZY ( Alioune DIOP )

Monsieur le Président, 

Si l'émotion est nègre et la raison hellène, pour citer le poète Léopold Sédar Senghor, permettez moi, en tant que citoyen sénégalais de m'émouvoir de votre déraison.

Monsieur le Président, suite à la photo officielle du sommet du G8 qui s'est tenu dernièrement à Deauville, vous vous êtes illustrés devant les caméras du monde entier en présentant Monsieur Karim Wade, fils du Président Abdoulaye Wade au Président Barack Obama.

L'image est parfois plus puissante que le verbe, et puissante cette image l'est assurément.  

Monsieur le Président, cette mise en scène ubuesque, on s'en doute, n'est sûrement pas fortuite. Si l'on sait que le protocole diplomatique est réglé à l'avance, au millimètre et à la seconde près. Aussi, le caractère prémédité de cet acte le rend vicieux à plus d'un titre.

La fin justifiant les moyens, la question que l'on pourrait se poser est d'une banale simplicité : quel est l'objectif poursuivi ?

Est-ce pour prendre part au projet inavoué d'Abdoulaye Wade de porter son fils Karim au pouvoir, dans des conditions quasi dynastiques, donc anti républicaines ?

Est-ce pour soutenir un président certes démocratiquement élu, pointant à 85 ans( à l'état civil et la précision est de taille), après avoir exercé deux mandats présidentiels consécutifs, s'est déclaré candidat à sa propre réélection (je vous ferai l'économie du débat constitutionnel qu'il suscite dans mon pays) ?

Seuls les acteurs de cette rencontre que sont Wade père et fils, peut-être Obama et vous même êtes en mesure d'éclairer nos lanternes.  

Monsieur le Président, vous ne vous plaindrez surement pas que les médias français, si prompts à commenter abondamment l'actualité présente et passée mais décidément bien incapables d'anticiper et de décrypter en amont les signes avant-coureurs des bouleversements à venir dans le monde, n'aient relevé cette mise en scène insipide et malvenue.

Le cas Kadhafi et de manière plus générale les révolutions arabes sont une illustration assez édifiante de mon affirmation.  

Monsieur le Président, j'ose vous avouer qu'au fond, cela ne m'étonne guère non plus que vous preniez part à cette mascarade tragicomique car le récent et malheureux épisode de la candidature de votre fils Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD est encore frais dans nos mémoires.   

Monsieur le Président, je finirais mon propos en vous rappelant tout simplement que le Sénégal n'est pas le Gabon ; que le Sénégal n'est pas les Hauts de Seine et que le peuple sénégalais  souverain se dressera sur le chemin de quiconque œuvrera à la mise en place d'un pouvoir monarchique et despotique. Qui plus dans un pays où le suffrage universel est pratiqué depuis 1848.  

Tout en vous en souhaitant bonne réception de cette présente, je vous prie de croire, Excellence,  en l'assurance de ma très haute considération.  

Alioune DIOP

Kamano

 
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Savoir, c'est porter la responsabilité d'agir, et agir c'est s'engager dans la voie de la reforme de la société. L'engagement est une responsabilité sociale de l'intellectuel

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