samedi 7 mai 2011

Le pouvoir des bilakoros…

Le pouvoir des bilakoros…

Pas d'offense ! C'est juré! Ce titre nous est inspiré par notre aîné Amadou KONE
en qui nous saluons la prophétie. Lui qui, il y a bientôt trois décennies, dans
un livre mémorable titré: « Sous le pouvoir des blakoros », avait trouvé
l'adjectif approprié pour décrire ceux qui prétendent nous diriger aujourd'hui.
Dans la description matérielle du blakoro, c'était ce jeune homme non circoncis
donc, non initié, et inapte subséquemment, à jouer certains rôles noble et
significatif dans la société des hommes.
Surpassant la dimension matérielle, le blakoro décrit un homme sans vertu, un
lâche, un flagorneur. C'est aussi un adepte de la palinodie car, ne pouvant ni
s'assumer ni assumer les responsabilités de ses actes. Porter sur le « moi »
outrancier, il devient très sensible à la louanges et au superfétatoire. Tout
est une épreuve de force ou de ruse pour ce personnage au courage velléitaire.
Sa conduite est beaucoup plus dictée par l'émotion que par n'importe quel autre
sentiment. Immodérément populiste, l'essentiel demeure chez lui l'apparence, le
triomphe sans gloire. Chez les africains, en tout cas chez les sahélo sahéliens,
la circoncision ne saurait être une passade ; elle est un passage obligé de
l'immaturité à la maturité, de l'irresponsabilité à la responsabilité, du
froussard à l'intrépide et du pantouflard au conquérant. Depuis l'époque
pharaonique, il est bien connu que l'un des importants legs du peuple noir à la
l'humanité est bien ce rite de passage qui fait de l'adolescent un homme tout
court.

Anecdote significatif s'il en est : dans la cour impériale des sénoufos,
Tiéba, roi de tous les sénoufos, fut prit d'une ire indescriptible lorsqu'il
s'aperçut que l'émissaire du pouvoir colonial, un toubab, qui n'était pas
balafré, qui ne chiquait pas le tabac et probablement pas circoncis donc un
blakoro, comme le cliché populaire de chez nous dépeint aujourd'hui encore
l'homme blanc, venait à s'adresser à lui directement sans intermédiaire. Dans
toute société il y a des rites initiatiques qui forgent et l'Homme et les
mentalités collectives. Il en est de même pour les sociétés secrètes telles : le
Komo chez les bambaras, le Poro chez les senoufos ou le Sagbata chez les fans.
Les toubabs ne restent pas à la traîne puisque, chez les « Frères en lumière »,
différentes loges respectent différent rituel. Même la pègre observe les siens.

Il arrive souvent que, par des circonstances malheureuses, ce type d'homme se
hisse dans les hautes hiérarchies de la société. Arrivé au sommet de l'état par
exemple, c'est tout un peuple qui assiste à la spoliation de l'image de leur
pays, à la banalisation de leurs sacrés. Le président bilakoro infecte et
affecte négativement, et pour longtemps, la moralité et le moral de toute une
nation. C'est en cela que nous sommes tout à fait en phase avec l'analyse de
notre aîné Mr KONE quand il qualifie, et à juste titre, ce pouvoir de pouvoir
des blakoros.
Voyez, au delà de l'entendement commun, le blakoro-ya est une conduite, un état
d'esprit. C'est ce manque d'égard, cette absence de grâce qui honorifie et
dignifie une personne, dans ses gestes et ses faits.

Le terme est souvent usité pour décrire une virago ou une femme aux agissements
peu féminins, on parle alors de muso-blakoro oudeblakoro muso. C'est bien
l'évidence qu'il ne s'agit pas de la simple ablation du prépuce pour entrer
dans le « bois sacré » des initiés.
Nous sommes d'avis que ni les connaissances livresques, ni la fortune et ni le
pouvoir ne font d'un homme un Homme. Soudainement arrivé aux commandes, le
blakoro ne s'affadit pas du chef, il s'extériorise en lui et le conduit droit
dans la galère. Cela nous rappelle le dicton afro-américain qui se fredonne
ainsi : « On peut sortir le villageois du village mais, jamais le village du
villageois ».

Comme le saltimbanque Coumba Yalah naguère en Guinée Bissau, Yahya J.J. Jammeh
de la Gambie sied bien la raison de ce papier. Le monsieur aux plusieurs titres
(Professor, Doctor, El Haj, Cheick,….dix au total). Tantôt chasseur, au figuré
comme au propre, tantôt guérisseur (il se vante d'avoir trouvé le remède au VIH
SIDA), ces agissements et sa mégalomanie souillent ce digne peuple. Connu plus
pour ses frasques conjugaux (c'est un détachement de l'armée qui alla vider la
première Première Dame de sa villa avec la consigne de ne lui laisser la moindre
aiguille tandis que la troisième Première Dame âgée que de 21 ans, sa fille
disons, n'aura se « titre» que pour quelques semaines) et son excentricité, le
sulfureux président se voit en rédempteur et en messie venu éclairer la
méconnue Gambie de Daouda K. Diawara. Arrivé au pouvoir dans les circonstances
que nous connaissons, il s'y maintient grâce à une milice ethnique et tribale
créée de toute pièce appelée : « The Greens Boys » ou encore : « The July 22nd
Mouvement ». Complice de toutes sortes de violences et d'abus de tous les
droits, cette milice est le bras séculier de cet « apôtre » du ridicule. Ce ne
sont pas les journalistes de la trempe du défunt Deyda Hydara qui contesteront.
Souhaitons qu'avec la révolte des peuples opprimés de par le monde, le pouvoir
d'Abdul Aziz Jumus Junkung, nom complet de Yahya, aille vers son décours.
Il a fallu que les Etats-Unis, cette superpuissance pourtant bienfaitrice dans
beaucoup de domaines, ait le sien pour que le monde entier se dresse contre
elle.
Nous ferons l'économie de citer tous ceux dont le pouvoir sert d'argumentaire et
de justificatif à indexer le pouvoir blakoro ; suivez simplement notre
regard. Cependant, nous ne pouvons finir ces lignes sans
indexer le caïd de la classe, le baromètre de la chose….

Jamais un régime, ces vingt dernières années, n'a mieux défini le blakoro-fanga
mieux que celui de la refondation en Côte d'Ivoire. Son fondement caractériel
même se confond avec les extrémités du blakora-ya. Tout était fanfaronnade,
violence, injure et insulte. Le mensonge et la délation n'ont jamais été autant
célébrés. Opiner différemment d'eux devenait une sentence de mort. La parole
donnée, la signature, la main sur le cœur, les références bibliques n'avaient
pour but que de gruger systématiquement. Les téméraires qu'ils jouaient, on l'a
vu à la fin de leur règne, n'était que du septième art. Le symbole de la
Refondation, les dénommés « patriotes » à l'image des greens boys de Yahya
Jammeh, c'est de là d'ailleurs que sort l'idée de cette milice de Gbagbo,
terrorisait tout un peuple. Responsable d'innombrables actes de bestialités, ils
étaient ce que le régime refondateur n'avait de mieux à brandir pour la défense
de ses idéaux haineux et xénophobes. Les symboles de ce gang de blakoros, (Blé
Goudé, Damanan Pickass, Bro Grébé, Dogbo Blé, Alcide Djédjé, etc.…) viennent
étrangement du même caha idéologique et géographique que le chef d'orchestre de
ce régime crapuleux.
La Côte d'Ivoire dégageait un « parfum » méphitique physiquement et moralement,
elle était devenue comme une facétie. Pays ou les dirigeants prêchent
l'hédonisme pour une frange minoritaire tout en invitant le peuple au spiritisme
avec les nombreux charniers qu'ils parsemaient dans les hameaux aux confins du
pays qu'ils disent aimer ; une véritable fabrique de « Lucifer » que ce régime.
Quand on se laisse surprendre par les débits excessifs dans le verbe et dans les
actes du Tzar et de la Tzarine ivoirien, quand on médite le prêche de leurs
« hommes de dieux » odieux et idolâtres, marchands de fusils et de canons,
quand on sait le rafistolage et le bricolage qu'ont fait les refondateurs de la
« gestion de la cité », on ne peut mieux se rabaisser devant la sagesse de
Joseph KI-ZERBO, éh oui!, dans ce que voici : « L'expérience du monde montre que
brûler les étapes, c'est brûler du même coup beaucoup d'autres choses, parfois
des êtres humains, sans compter le temps lui-même, lequel a-t-on dit n'épargne
pas celui qui se joue de lui ». La refondation était une aventure, des « bleu »,
une corporation de non initiés qui s'est retrouvé, comme l'histoire nous
l'impose souvent, par accident à assumer des charges dont ils ne pouvaient avoir
la décharge. Du pouvoir, ils n'ont retenu que l'étape de ce l'on peut en faire
et non de ce que l'on doit en faire. Quand Dieu octroie le pouvoir à un blakoro,
c'est qu'Il invite le peuple endormi à se réveiller, à se questionner et à se
ressaisir. Les voies du Seigneur sont impénétrables n'est ce pas ? « Sous le
pouvoir des blakoros » n'était donc pas une fiction ; nous le vivons au
quotidien sur le continent Mr KONE.

HAIDARA Chérif



Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
B.P. E3206 Bamako-Mali
Cel1 (00) 223 643 49 64
Cel2 (00) 223 653 83 44

Aucun commentaire: