jeudi 5 mai 2011

Le Mali : Etat de droit ou Etat policier?

Le Mali : Etat de droit ou Etat policier?



Après l'affaire de la maîtresse du Président, de triste mémoire, voilà que le régime d'ATT veut revenir à ses reflexes primaires en enfreignant avec mépris la précieuse liberté d'expression qui est le fondement de toute démocratie. Principe intangible, extrêmement nécessaire en démocratie, elle est l'une des plus importantes libertés publiques. Notre constitution dans son article 4 octroie ce droit fondamental à tout citoyen malien; " Toute personne a droit à la liberte de pensée, de conscience, de religion, de culte, d'opinion, d'expression et de création dans le respect à la loi."

L'article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 stipule: "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit"

La liberté d'expression est un principe fondamental, sacré, immuable et inviolable qui autorise toute personne sans restriction à émettre librement une opinion, positive, négative, flatteuse ou farfelue, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution… Ce droit a certes ses limitations juridiques.

Ces rappels nécessaires nous placent théoriquement dans le cadre de l'Etat de droit. On parle d'Etat de droit dès l'instant où le pays est doté d'une constitution dans laquelle figure la déclaration des droits des citoyens.

Notre pays, le Mali est un Etat en ceci qu'il s'est doté d'une constitution dans laquelle est consignée la déclaration des droits des citoyens. Ces droits et leurs abus doivent être les mieux partagés pour tout le monde. L'arbitraire ne devrait s'y impatroniser. Qu'on soit puissant ou misérable, les jugements de la cour devraient nous rendre blanc ou noir, pour pasticher le grand fabuliste français.

Mes frères Guillaume Diallo et Aliou Ifra Ndiaye ont abordé ce problème avant moi avec leurs propres grilles de lecture. Qu'il me soit permis de l'aborder en ma manière.

De quel meurtre le pauvre Moctar C Dicko a t-il été coupable pour qu'on le mìt à l'inquisition? Il a eu le tort d'exprimer librement son opinion au sujet du prix Kéba Mbaye dont ATT a été le bénéficiaire. La question de l'adresse officielle de son service ne fut qu'un prétexte fallacieux. Certaines personnes qui semblent être déconnectées des réalités du monde ambiant, oublient que l'ère du stalinisme, du totalitarisme est le souvenir d'un passé douloureux, les méthodes policières pour intimider, sévir les honnêtes citoyens sont à jamais révolues. C'est une véritable déviation du bon sens que de vouloir utiliser le baîllon pour un contrôle social des libres penseurs et des anti-conformistes. La victoire des Alliés a scellé le sort des régimes totalitaires en 1945. Le mur de Berlin s'est effrité en novembre 1989 et a accouché de sa belle délivrance la liberté, en 2011 un vent nouveau a soufflé à partir de Sidi Bouzid, rien ne sera plus comme avant. Certains ne réalisent-ils pas que c'est du passé , les temps glorieux de la dictature où on embastillait les gens pour avoir exprimé leurs idées avec des formules pompeuses et alambiquées du genre: " offense au chef de l'Etat ou atteinte à l'ordre public ou à la sécurité de l'Etat"? Pourquoi vouloir châtier Mr Dicko de sa témérité, sans autre forme de procès comme l'agneau de la Fontaine? C'est un acte anti-constitutionnel que de vouloir dépouiller Mr Dicko de son droit à la liberté de penser, pourquoi vouloir l'inquiéter, l'intimider ou le sanctionner pour ses opinions qu'il croit justes? Dès lors qu'un directeur Mr Mahamane A. Maiga et un sécrétaire général du ministre de la Justice, Mr Badou Traoré zélés , soucieux de conserver leur fauteuil et leurs" pains", interfèrent au nom d'une autorité publique qui ne dit pas son nom, il y a indubitablement une enfreinte à la liberté d'expression. Et pourtant, à ce que je sache, il n'a pas à travers ses idées, menacé un tant soit peu la paix ou l'ordre social, il n'a pas tenu de propos racistes, xénophobes nauséabonds, discriminatoires et rédhibitoires. Dans son argumentaire, il a tout simplement dit des choses qui dérangent certaines personnes. Monsieur Dicko a eu le toupet de dire tout haut ce que le commun des maliens ne sait que trop. Les réunions du PDES tenues dans les salles de conférence du ministère de la Justice, dirigées par le Ministre Marafa Traoré étaient permises. La justice n'était-elle pas censée s'y appliquer à tout le monde, petit ou grand, directeur ou ministre? L'égalité du droit est elle une vue de l'esprit sous nos latitudes de doux tropiques? Certains font-ils assaut de grande ardeur en servant une autorité ou leurs interêts? Le zèle hypocrite pour leur propre bien paraît plus évident que le zèle au service du Prince. Qu'on veuille bien nous dire si nous sommes dans une vraie démocratie bananière avec une Gestapo version malienne. Veut-on habilement nuire aux opposants réels ou supposés, internes ou externes de ATT? Si tel est le cas, il y a lieu de mener au Mali une autre bataille: celle de la liberté d'expression. 'Nous n'avons qu'une liberté: la liberté de nous battre pour conquérir la liberté" l'ancien journaliste française Henri Jeanson ne croyait pas si bien dire. Ce qui se passe au Mali est revoltant, il y a lieu de s'en insurger avec véhemence surtout quand on sait que le ministre de la justice n'est pas étranger à cette mascarade. Nous nous plaignons du fait qu'on veuille emmuseler les citoyens. Ils ne seront pas seuls, nous souffrirons en communion avec eux. L'heure n'est plus au baîllonnement. Dans nos espaces de discussion, nous abordons les sujets brûlants du pays, tout en faisant usage de notre droit sacré de liberté d'exprimer hardiment ce que nous ressentons. Nous sommes attentifs à toute volonté malveillante de nous brider. Personne ne saurait brandir le spectre de la justice pour nous intimider, mettre la muselière à " nos gueules" pour tomber nos jactances même si le Mali est malade de sa justice qui ne nous semble pas crédible pour défendre et protéger nos libertés d'expression. D'ailleurs, la frontière entre la liberté d'expression et son pouvoir de nuisance est tellement tenue qu'il relève de l'habileté juridique que d'en faire la démarcation. Il tient de la maladresse que de vouloir persécuter aujourd'hui les gens à cause de leurs idées. Un soleil nouveau brille sur le monde. Qu'on veuille gentillement nous laisser nous épancher sur nos fora, et autres espaces de discussion où nous donnerons libre cours à nos idées, à nos fantasmes, à nos élucubrations débridées. Quitte à dire que le Président de la Republique ne mérite pas sa médaille de l'éthique, qu'il est le maître de l'esbrouffe et du bluff. Que le Mali a été pendant son règne une démocratie du folklore basée sur une économie palatiale.

Dans un article antérieur, j'avais dit qu'il est simpliste et primaire d'honnorer notre démocratie en se satisfaisant de l'aberration de l'autoflagellation et de l'autodafé en soutenant que nous sommes une vitrine attrayante de la vraie démocratie. A quel niveau du developpement démocratique se juche le Mali? Quelle est la nature réelle du pouvoir qui s'y exerce? Qu'on se le tienne pour dit: le droit est au pouvoir ce qu'est la théorie à l'action, l'idéalisme au matérialisme. Nul n'est dupe, les maliens, surtout les fonctionnaires d'Etat sentent dangereusement la présence de l'épée de Damoclès au dessus de leur tête. A y regarder de très près le Mali ressemble à s'y méprendre au Manding de Soumangourou Kanté dont l'aura terrifiant poussait les sujets à parler dans la gourde. A la faveur de ce qui se passe présentement autour de nous, aucun peuple n'est prêt à se laisser engoncer dans un corset dictatorial ou policier qui l'étreindrait douloureusement. La volonté est réelle chez tous les peuples de soulever les chapes de plomb dont on voudrait malhabilement les couvrir.

La liberté ne s'use que si l'on ne s'en sert pas, disait comiquement Guy Bedos. Du pied de la statue de la liberté, véritable symbole de la liberté et de l'émancipation vis à vis de l'oppression, sise dans mon New Jersey adoptif, j'userai de ma liberté d'opinion en disant que ATT à une fascination particulière pour les médailles, que le prix Kéba Mbaye frise la complaisance et le ridicule. En décernant, ce prix au chef de l'état malien, à quelle éthique les sénégalais faisaient-ils allusion? ATT a été le complice coupable d'un système économique palatin basé sur la plutocratie et la cleptocratie, il a cautionné la corruption qui vit ses plus beaux jours, il a accordé son onction à une élite bureaucratique hédoniste, il endosse la responsabilité de la faillite économique de notre pays: l'aide internationale détournée et gaspillée, les dividendes de l'exploitation de nos ressources minières empruntent des destinations autres que les caisses de l'Etat, l'impunité est devenue une règle de gouvernance, le pouvoir d'ATT fut une espèce de bonapartisme éldulcoré……Dans un Etat de droit, est –ce un abus de mon droit d'exprimer que de dire que le pouvoir dans la durée a poussé ATT à tomber petitement dans les travers du narcissisme, du nombrilisme et de la mégalomanie? Nous disons librement à ATT, à sa police secrète et autres ouailles illuminées que ses différentes médailles reçues sont frappées par le sceau de l'incartade.

Liberty enlighten the world ( La liberté éclairante du monde) est le vrai nom de la statue de la liberté au pied de laquelle j'ai redigé ces lignes. J'ose espérer de tout mon coeur que cette liberté aille au délà de l'immensité de l'océan atlantique pour atteindre les rivages du fleuve djoliba et tomber dans le creux de l'oreille de ceux là qui veulent dans leur dévotion, leur envoûtement et fascination mystico-réligeuse transformer notre Etat de droit en Etat policier moyen-âgeux.

Fatogoma Mohamed ouattara

Orange, New Jersey

USA

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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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