mardi 31 mai 2011

L'Afrique et son retard scientifique

L'Afrique et son retard scientifique
D'entrée de jeu, je dis que l'Afrique «noire» a son savoir, mais ce savoir n'est
pas de même nature que celui que l'on retrouve chez beaucoup d'autres peuples du
monde. En effet, le savoir africain relève de la «para-science», c'est-à-dire la
primauté de l'antimatière (esprit, au sens religieux) sur la matière (physique
des quantas, excusez mon ignorance dans l'emploi de ces termes). C'est ce qui
fait que dans mon cas, par exemple, un tradipraticien a pu, par le biais des
«incantations», me remettre sur les jambes 21 jours seulement après un accident
de la circulation: multiple fractures du tibia, du plateau tibial et du péroné.
Un peu plus 4 mois après, j'étais complètement sur les jambes et, aujourd'hui,
je marche comme si je n'avais jamais eu d'accident.

L'autre type de savoir africain, que l'on retrouve d'ailleurs dans d'autres
parties du monde, c'est la connaissance de la flore et de la faune, qui est la
base de la médecine des plantes autrement appelée «pharmacopée traditionnelle».
Ce qui fait qu'un paysan ou un berger connaît effectivement, et à la fois,
autant sinon plus de bêtes domestiques et sauvages, d'arbres et de plantes,
leurs noms, propriétés et utilités, plus qu'un botaniste diplômé d'université
(le plus souvent spécialisé dans un seul domaine). Du moins, en ce qui concerne
la contrée qu'il pratique tous les jours, dont il connaît tous les coins et
recoins, comme la paume de sa main.

On ne peut pas dire qu'une telle personne est «ignorante», parce que,
simplement, elle ne possède pas un parchemin universitaire.

Idem pour un vieillard dépositaire de la mémoire collective, concernant la
connaissance du terroir, l'histoire et la géographie du pays, les us et coutumes
des populations, etc. C'est d'ailleurs tout le sens de la fameuse maxime
d'Amadou Hamâté BAH, à la tribune de l'UNESCO, dans les années 1960: «En
Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle».

Donc, le «retard scientifique» de l'Afrique s'entend, pour moi, en termes de
déficit de savoirs «techniques et technologiques».

Abstraction faite de la technique d'extraction du fer (connaissance du mimerais
et fabrication du haut fourneau) et celle du métier à tisser, jadis connues
avant le contact avec les Arabes, d'abord, et les Européens, ensuite.

Mais, il y a plusieurs raisons à ce retard scientifique.
La première, c'est l'absence d'écriture pour faire progresser le savoir, quel
que soit le domaine concerné, surtout le savoir technique ou mécanique. En
effet, la transmission «orale» du savoir détériore celui-ci de façon progressive
et profonde: de l'émetteur A au récepteur B, séparés par un temps relativement
long (TL), soit le message est profondément altéré, soit il est «oublié». En
tous les cas, il ne peut arriver «tel quel», c'est-à-dire «conforme à
l'original». Ce qui n'est pas le cas d'un message écrit. Ne dit-on pas que, sous
forme de boutade, si l'on veut cacher quelque chose à l'Africain noir, il faut
le mettre dans un livre dans la mesure où la lecture est la chose au monde qu'il
déteste le plus ? D'autre part, l'oralité est un gros handicap pour construire
une rationalité discursive et scientifique (démonstration des théorèmes et
autres formules mathématiques, physiques et chimiques). Or, la critique du
discours développe l'argumentation qui sert, elle-même, de levain au
raisonnement comme le premier stade de la rationalité. Celle-ci, à son tour, est
l'antichambre de la démystification des phénomènes de la nature. Un grand nombre
de ceux-ci pouvant s'expliquer par la physique des quantas dont la connaissance
et la maîtrise sont à la base des progrès techniques et technologiques sur le
temps (remise en cause perpétuelle et amélioration constante des acquis).

La seconde raison, c'est le faible contact «pacifique» de l'Afrique noire avec
le reste du monde, notamment en matière d'échanges scientifiques. Par exemple,
c'est ce qui a permis à l'Europe, par l'entremise des traducteurs arabes, de
renouer avec le savoir philosophique (donc, scientifique) de la Grèce antique et
de connaître sa renaissance culturelle et scientifique après la parenthèse
obscurantiste du Moyen-âge (du 9è au 15è siècle). C'est aussi le cas des savoirs
importés de Chine (poudre, boussole, imprimerie) dont l'Europe s'est servie
après pour dominer «militairement» une grande partie du monde aux 16è, 17è, 18è,
19è et même 20è siècles. Grâce à cet avantage, l'Europe grande encore sa
suprématie scientifique et, surtout, culturelle (notamment linguistique) sur le
reste du monde (american way of life, l'Amérique étant la fille émancipée de
l'Europe). Il y a aussi, et surtout, les chiffres phéniciens, que l'Europe a
découverts par le biais des mêmes Arabes (d'où l'appellation «chiffres arabes»).
En effet, l'importance de ces chiffres est incommensurable dans le développement
des connaissances mathématiques, physiques et chimiques en termes d'opérations
(calcul). Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les Arabes ont excellé, un
moment, dans les mathématiques comme en témoigne l'algèbre, à titre
d'illustration.
La troisième explication peut être liée à l'urbanité. En effet, l'environnement
urbain, grâce au melting-pot, est propice à la «culture scientifique». Ce n'est
pas un hasard non plus si, selon certains historiens, la plupart des Nobel
scientifiques se trouvent parmi les Juifs qui, d'après les statistiques, ont
majoritairement vécu dans les villes, aussi bien dans le Proche-orient antique
que dans l'Europe des «lumières». Or, jusqu'à une date récente, et à quelques
exceptions près, l'Afrique noire a connu très peu de villes qui, en réalité, ne
sont que de gros villages.

Enfin, et c'est très subjectif, après les phases de domination (esclavage et
colonisation), l'Africain n'a pas réagi comme le Juif, lui aussi victime de
l'Histoire ancienne (Égypte pharaonique) et contemporaine (ghetto, holocauste en
Europe), en se valorisant «socialement» par le savoir comme on peut s'en rendre
compte par le nombre élevé de Nobel scientifiques parmi les Juifs, tel que
indiqué plus haut. En effet, préférant le gain facile, l'Africain, y compris
l'Africain-Américain, a plutôt développé ses talents dans le sport et la
musique. Si l'Africain-Américain ou l'Antillais noir a une bonne excuse, parce
que vivant dans un environnement discriminatoire aux USA ou en Europe,
l'Africain vivant en Afrique, lui, n'en a aucune. La «paresse intellectuelle»
étant la chose la mieux partagée en Afrique noire.
Donc, pour rattraper ce retard, la première des choses est de travailler à
transformer la société d'oralité en société d'écriture. Et, à ce sujet, il ne
faut pas se leurrer, cela passe nécessairement par le développement des langues
africaines «transnationales» par l'enseignement, seul gage d'intériorisation ou
d'appropriation du savoir technique et technologique qui permettra, seule,
l'innovation ou l'inventivité. En créant, par exemple, des pôles universitaires
swahili, lingala, manding, fulfulde, hausa, bantu, etc., tout en favorisant des
passerelles entre eux et les universités partenaires du reste du monde. Car, il
faut, pour ce faire, une masse critique de scientifiques qui soient capables de
créativité, mais qui ne soit pas seulement abonnés à la photocopie des savoirs
comme c'est aujourd'hui le cas. Une seule hirondelle (l'exception qui confirme
la règle) ne pouvant faire le «printemps scientifique» de l'Afrique noire.

J'ai volontairement passé sous silence les autres aspects négatifs, notamment le
déficit démocratique et la culture de la médiocrité, sur fond de gestion
tribale, népotiste et régionaliste de nos Etats post coloniaux. Sans parler de
la corruption gangreneuse, à petite ou grande échelle, dans tout le corps
social.

Par SOD
Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
B.P. E3206 Bamako-Mali
Cel1 (00) 223 643 49 64
Cel2 (00) 223 653 83 44

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Interessant, toutefois certains arguments ne tiennent pas comme l'environnement urbain car l'auteur semble oublier que les grands royaumes n'etaient pas de gros villages, a plus forte raison les grands empires Africains. Ensuite, il ne faut pas tout ramener au negre faineant intellectuelment, ce qui releverai plutot des idees recues, c'est plutot le manque d'infrastructures propices telles que des bibliotheques et la facilite d'acces au savoir internet, mediatheque etc...l'existance de ces infrastructures est recente et la plupart l'utilisation est difficile a cause des delestages et autres.Enfin, l'absence d'ecritures ne veut point dire absence de sciences car la culture scientifique est multidimensionnelle et il ne faut pas0negliger les sciences sociales ou des qu'on entame des recherches on se rend compte de la richesse de l'Afrique dans ces domaines.