jeudi 5 mai 2011

La mort de Ben Laden "accroît le risque d'une fuite en avant" des islamistes d'AQMI

Soumeylou Boubèye Maiga, ministre malien des affaires étrangères
La mort de Ben Laden "accroît le risque d'une fuite en avant" des islamistes
d'AQMI

| 03.05.11 | 11h59 • Mis à jour le 03.05.11 | 12h4
Soumeylou Boubèye Maiga, ancien ministre de la défense et ex-chef des services
de renseignement maliens, a été nommé ministre des affaires étrangères à Bamako
le 7 avril, alors qu'il avait critiqué récemment la mollesse de son pays face au
terrorisme.
Quelles sont les conséquences de la mort d'Oussama BenLaden sur l'activité
d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ?

Soumeylou Boubèye Maiga :Elles sont paradoxales : d'un côté, AQMI se voit privée
de sa principale source d'inspiration idéologique et opérationnelle ; de
l'autre, l'événement accroît à court terme le risque d'une fuite en avant. Les
islamistes d'AQMI n'ont jamais eu besoin matériellement d'Al-Qaida central. Mais
ils bénéficiaient de sa notoriété médiatique, notamment pour coaliser les
islamistes des différents pays de la région.
A présent, la confrontation devient plus directe. La mort d'Oussama Ben Laden
soustrait le Sahel du champ d'affrontement global "Al-Qaida contre Occident".
Cette concentration sur un espace dont l'immensité est un défi pour les Etats
laisse craindre une autoradicalisation.
Qu'y a-t-il à craindre ou à espérer pour les otages français retenus dans le
nord du Mali ?
La disparition de Ben Ladenélimine un intermédiaire : les ravisseurs ne pourront
plus renvoyer sur lui les gouvernements occidentaux. Même s'ils agissaient ainsi
pour faire diversion et s'ils sont plus intéressés par l'argent que par la
religion, ils peuvent tirer de cette nouvelle configuration des motivations pour
durcir leur discours et menacer les Occidentaux. C'est pourquoi nous devons
redoubler de vigilance.
L'événement ne compromet-il pas les négociations en cours ?
La libération de trois otages, en février, était une première étape vers celle
des quatre autres. Mais les prétentions financières des ravisseurs font
réfléchir. Le versement des 100 millions d'euros qu'ils réclament, dit-on,
risque de faciliter leur armement et leur recrutement.
Quel sens donnez-vous à la vidéo que vient de diffuser AQMI ?
Les ravisseurs ont eu besoin de rappeler leur existence, alors que la crise
libyenne les avait relégués au second plan. Mais la vidéo reflète aussi leur
inquiétude : la durée de leur opération leur pose problème, car ils doivent
assurer à la fois leur propre sécurité et celle des otages. Ils constatent aussi
qu'en frappant en Libye, les Occidentaux se sont rapprochés d'eux, et montrent
leur détermination.
Quel est l'impact au Sahel de la crise libyenne ?
Elle a fait prendre conscience aux pays de la région de la nécessité d'une
mobilisation plus forte et plus durable, afin d'assurer la sécurité et la
présence de l'Etat auprès des populations visées par AQMI.
Les événements de Libye accroissent le potentiel de violence dans la région :
nous avons enregistré sur notre territoire un afflux d'armes lourdes volées dans
les arsenaux libyens. C'est une menace de plus, non seulement pour les
étrangers, mais pour l'Etat malien lui-même.
On dit pourtant que les populations déshéritées du nord du Mali profitent de la
présence d'AQMI.
Elles y sont de plus en plus hostiles, car elles constatent que les activités
des islamistes ont fait fuir les touristes et entravent les activités
économiques.
Les Maliens accueillent-ils l'exécution de Ben Laden avec soulagement ou avec
colère ?
Un peu de soulagement peut se manifester, mais l'opinion publique est sensible à
l'argument selon lequel les Occidentaux pratiquent le "deux poids, deux
mesures". Il y a quelque temps, des tee-shirts et des photos à l'effigie de Ben
Laden se vendaient, et on ne peut pas écarter des manifestations de sympathie à
son égard. Il se trouvera donc des gens pour regretter sa mort. Pourtant, AQMI
heurte les valeurs de tolérance que nous essayons de consolider, et pèse sur la
cohésion d'une société qui n'a jamais connu de telles fractures.
En vous nommant, le président Amadou ToumaniTouré semble avoir rompu avec un
certain isolement dans la région. Quelle est votre feuille de route ?
Il s'agit de réactiver nos relations avec des pays comme l'Algérie et la
Mauritanie, qui estimaient insuffisant l'engagement malien contre le terrorisme.
Je reviens d'Alger, je suis aujourd'hui [lundi 2 mai] en Mauritanie et serai,
jeudi, au Niger. Ces Etats sont désormais dans de meilleures dispositions à
notre égard.
Vendredi 29 avril, les chefs d'état-major des pays en question se sont réunis à
Bamako, et le président Toumani Tourés'est clairement prononcé pour une présence
malienne durable sur le terrain. Il reste à unifier le commandement politique.
Une réunion des ministres des affaires étrangères, vers le 20 mai, à Bamako,
précédera une visite du président à Alger.
Le Mali se plaint de la quasi-interdiction opposée par les autorités françaises,
pour des raisons de sécurité, aux voyages au Mali.
L'interdiction de voyager entrave non seulement le tourisme, mais la coopération
et les activités des entreprises françaises. Je suis décidé à rompre avec le
discours de victimisation qui a prévalu jusqu'à présent, et j'admets que la
sécurité de ressortissants français a pu être mise en danger.
Aujourd'hui, il faut faire face ensemble. Nous sommes prêts à prendre des
mesures de contrôle et de protection visibles. Je serai à Paris la semaine
prochaine pour établir une concertation durable sur ces questions, afin que la
région ne soit pas abandonnée aux terroristes.
Propos recueillis par Philippe Bernard Article paru dans l'édition du
04.05.11 Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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