vendredi 25 mars 2011

Tr : Fwd: 2011, la presse 24.03

Expéditeur: Desiree von Trotha <dvt@tamagadez.com>
Date: 25 mars 2011 09:16:25 UTC+00:00
Destinataire: dvt von Trotha <dvt@tamagadez.com>
Objet: 2011, la presse 24.03

2011, la presse 24.03

 

x, d.

 

Reuters, 23 mars 2011

L'armée remet à la justice le film d'un assaut tragique au Niger

 

PARIS (Reuters) - L'armée française a remis à la justice des documents et un film sur l'intervention qu'elle a menée pour délivrer deux jeunes Français enlevés au Niger par des islamistes et tués le 8 janvier, dit le parquet de Paris.

 

Les enquêteurs se sont par ailleurs rendus sur place le 9 mars mais aucune de ces mesures d'enquête n'a permis à ce jour de découvrir la cause de la mort de Vincent Delory, qui semble avoir succombé à des brûlures, dit le parquet dans un communiqué.

 

On savait déjà que le second otage, Antoine de Léocour, était mort d'une balle dans la tête tirée "à bout touchant" par les ravisseurs, des militants d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

 

L'échec de l'opération française, au cours de laquelle ont été tués des gendarmes nigériens alors que plusieurs ravisseurs s'enfuyaient, a suscité des critiques en France.

 

Les deux jeunes gens avaient été enlevés le soir du 7 janvier dans un restaurant de Niamey par cinq ou six hommes armés, qui les ont ensuite emmenés en voiture, avant que l'armée française n'intervienne.

 

L'armée, saisie d'une demande de levée du secret-défense, a remis au parquet "de nouvelles photographies, un film de l'opération réalisé depuis un avion de surveillance, des comptes rendus de l'opération et des mains-courantes rédigées par les militaires responsables", dit le parquet.

 

Le déplacement des enquêteurs au Niger du 9 mars a permis "la réalisation d'importantes opérations de police technique et scientifique sur les deux véhicules, appartenant à l'Aqmi, restés sur place, dit le parquet. L'analyse des éléments recueillis est en cours.

 

 

AFP, jeudi 24 mars 2011

Otages du Niger : Vincent Delory n'est pas décédé à cause des tirs

 

LILLE — Vincent Delory, l'un des deux Français tués au Niger après avoir été enlevé, n'est pas décédé suite à des tirs de balles, a affirmé jeudi à Lille l'avocat de la famille Delory, Me Franck Berton, ajoutant que pour l'instant les causes exactes de sa mort n'étaient pas établies.

 

"En l'état actuel de la procédure, on ne sait toujours pas de quoi Vincent est décédé. La seule certitude que l'on a aujourd'hui, c'est qu'il n'est pas décédé par balles", a déclaré Me Berton, lors d'une conférence de presse, en présence de la soeur de la victime, Annabelle Delory.

 

Vincent Delory et Antoine de Léocour avaient été enlevés le 7 janvier à Niamey au Niger par des membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et tués lors d'un assaut donné le 8 janvier au Mali. Les autorités françaises avaient rapidement rapporté qu'Antoine de Léocour avait été exécuté par ses ravisseurs d'un tir "à bout touchant" mais il y avait un doute concernant Vincent Delory.

 

Le corps de ce dernier avait été retrouvé en partie carbonisé et présentait plusieurs impacts de balles.

 

Le parquet de Paris a affirmé mercredi que les expertises visant à déterminer les causes de la mort étaient toujours en cours et n'avaient pas permis d'aboutir à "des conclusions définitives".

 

"Le déplacement au Mali a permis des avancées, mais aujourd'hui on n'a toujours aucune certitude sur le déroulement des faits", a ajouté Franck Berton, précisant que la "procédure d'enquête du parquet de Paris est réalisée en totale transparence" vis à vis de la famille.

 

Une copie de la procédure et des analyses déjà effectuées lui a été remis le 18 mars.

 

"On veut aller jusqu'au bout pour essayer de comprendre comment se sont déroulés les derniers instants de mon frère. C'est important pour nous de savoir. C'est difficile pour nous de rester avec tous ces doutes. Comme on ne sait pas, forcément on imagine le pire", a déclaré Annabelle Delory.

 

"Ce n'est pas une volonté de rechercher un coupable (qui nous anime), on a juste besoin de comprendre", a-t-elle expliqué, refusant de se prononcer sur la légitimité de l'intervention française pour tenter de libérer les otages.

 

"Aujourd'hui, l'enquête est transparente, ça avance dans le bons sens. On veut rester confiants. Mais il faut aussi qu'on se prépare à ne peut-être jamais savoir ce qui s'est passé", a-t-elle ajouté.

 

 

Le Républicain (ml), 25/03/2011

Conflits communautaires au nord: Le parti pris de l'Etat

 

L'attaque ce mardi 22 mars 2011 du camp militaire de Ouatagouna, à l'aube, traduit certes un acte de banditisme, caractérisé par les agissements d'un groupe armé contre l'armée régulière.

 

Mais elle représente aussi l'expression de frustrations nées de l'inégalité de traitements entre les différents groupes ethniques dans la zone, nous explique une source proche de la localité.

 

«Il y a une politique de deux poids deux mesures de l'Etat qui laisse certains groupes touareg circuler librement avec des armes sophistiquées.

 

Il s'agit généralement d'un groupe sur lequel se reposent les autorités pour mener leur politique dans les régions du nord Mali. Pendant ce temps d'autres groupes ethniques sont systématiquement désarmés, faisant d'eux la proie facile des ravisseurs de bétail ». Selon nos sources, ces populations défavorisées expriment souvent assez violemment leurs frustrations. Ainsi c'était le cas lorsque certaines populations du nord ont trouvé le moyen d'exprimer leur indignation à travers le mouvement « Gandaïso ». Ce groupe sera la cible d'expéditions punitives de l'armée dans le cercle de Gao, d'Ansongo et à Fafa, tuant de nombreux militants du mouvement et faisant de nombreuses arrestations pour le réduire au silence.

 

La culture de l'inégalité de traitement des groupes ethniques au nord du pays, entretenue et appuyée par certains représentants de l'Etat et des populations (gouverneur, Commandant de zone, Conseillers nationaux, directeur de projets, maires, président de chambre d'agriculture etc), ainsi que le jeu trouble des uns contre les autres dans lequel ces responsables ne sont pas neutres, ont fait le lit aux conflits sociaux et communautaires.

 

L'évènement du mardi dernier n'est pas un épiphénomène car la situation est désormais une donne dans lesdites localités. Une bande armée de peulh s'est attaquée au camp militaire de Ouatagouna à 170 km de Gao au nord Est du Mali. Bilan, de nombreuses arrestations parmi les assaillants, mais aucun tué n'a été souligné. Après recoupement, nous apprenons que les membres des assaillants dont le chef en particulier, Aliou Amadou Diallo dit Sadjo, était impliqué dans un trafic d'armes ou dans une tentative d'armer les siens dans une stratégie d'auto-défense. Parce qu'elles faisaient l'objet d'exactions de la part des groupes armés qui leur enlevait le bétail, sans avoir une protection suffisante de la part de l'Etat.

 

D'autres sources indiquent qu'il s'agissait de bandits armés venus du Niger. Une source du ministère de la défense nous a indiqué qu'il s'agissait de bandits qui ont attaqué le camp, sans en dire davantage. Ce ne sont pas des éléments du mouvement Gandaïso qui a l'habitude de réagir dans cette localité, selon un responsable du ministère de la Défense. Les assaillants auraient tenté de faire libérer leur chef, quand la riposte des militaires a été plus forte. Dix éléments parmi les assaillants ont été faits prisonniers, selon nos informations.

 

Ils auraient agi dans le but de faire libérer ''Aliou Amadou Diallo dit Sadjo'', arrêté à la suite d'une saisie d'armes sophistiquées en sa disposition.

B. Daou

 

 

Le Républicain (ml), 25/03/2011

Air cocaïne: la vérité enfin ?

 

Il est capital de savoir qui est derrière la brusque accélération du dossier d'Air cocaïne que la majorité d'entre nous croyaient enterré car la réponse nous permettrait d'imaginer jusqu'où les enquêteurs iront. Mais le fait que le dossier est ouvert et que l'enquête déclenchée par le gouvernement malien contre X en fin 2009 est en train de livrer ses premières victimes.

 

La chaîne qui permet par un boeing 727 de relier l'Amérique latine au désert saharien à défaut d'être longue - l'omerta est fonction du nombre- se doit d'être forte. Mais une chaîne, on a coutume d'entendre et de répéter, n'est jamais plus forte que le plus faible de ses maillons. Aucun inculpé dans une association de malfaiteurs n'est anodin.

 

Une vague d'arrestations conduit à une autre. Car s'il n'y a jamais de crime parfait, il peut y avoir des enquêtes parfaites. Il faut donc souhaiter que l'enquête en cours puisse aider à déconstruire la stratégie de poupée russe qui sous-tend le narcotrafic.

 

A condition bien sûr qu'il s'agisse de narcotrafic. Personne n'en a la preuve matérielle, il est vrai. Mais des fois le soupçon est plus mortel que la certitude. Et c'est qui est arrivé à notre pays quand en novembre 2009, l'épave découverte du cargo vers Tarkint, mettra le Mali à la une des grands scandales planétaires. Avec en prime, le silence embarrassé et embarrassant du pouvoir sur une affaire qui aurait dû immédiatement susciter un communiqué.

 

On se souvient qu'à l'époque, l'Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime organisé, rapidement monté au créneau avait averti que l'avion transportait vraisemblablement de la cocaïne. Le téléphone arabe si actif au Nord s'est chargé du reste.

 

La presse locale et internationale n'aura pas été en reste et les «grins» de Bamako n'en avaient plus que la carlingue au mystérieux contenu. Enfin, les indiscrétions de Wikileaks renforceront la piste du narcotrafic. Pour la première fois, étaient publiquement révélés : l'immatriculation et les caractéristiques du Boeing ; les démarches d'une partie de la communauté internationale pour savoir la vérité ; les cafouillages de nos autorités. Le tout ajoutant à l'embarras autour de l'affaire ou multipliant les doigts accusateurs vers le sommet. Les plus sages d'entre nous essaient de comprendre pourquoi l'enquête accusait de la lenteur.

 

Les plus pressés redoutent des complicités inavouables. Supplantant la grosse faute de communication de la part de nos autorités, la spirale des rumeurs, les demi-vérités, les non-dits et surtout le don de nos compatriotes pour le raccourci et la médisance ont crée l'information là où le pouvoir aurait dû la produire. Au finish : l'image atteinte du pays et le doute jeté sur des responsables, y compris dans l'entourage même du président de la République. L'opprobre est-elle lavée avec les inculpations et auditions en cours de Ben Hako, Eric Vernay, Mme Issebré et Ould Awaynat ? Non. D'abord parce que le temps a fait ses dégâts et les lenteurs du dossier ne servent pas le pouvoir.

 

Ensuite parce que devenus des Saint Thomas, les Maliens attendent de voir jusqu'où tombera le glaive de la justice. A ce propos d'ailleurs, les langues se délient et les gens s'étonnent de voir qu'un témoin aussi capital qu'Ibrahima Gueye, le représentant africain de AAA, l'agence de fret partenaire de Go Voyage ne figure pas parmi les auditionnés déjà à ce stade. En fait, seul un procès crédible concluant à leur innocence rétablira les honneurs souillés.

 

Et justement la question que se pose la nation est de savoir si un tel procès est envisageable et s'il sera rigoureux et total. Le président Touré qui avait, dans la foulée de l'affaire, remis à des chancelleries le dossier que nos services avaient pu constituer assure qu'il ne couvrira personne.

 

Cela sous-entend qu'il entend sur son compte ce que nous entendons tous. S'il va au bout et que la justice démontre que nous aurons été gratuitement méchants vis-à-vis d'hommes et de femmes qui ont droit à l'honneur et à la respectabilité, alors nous devrons de sacrées excuses à bien de nos compatriotes. Et si, au final, la piste de la cocaïne, de l'armement et du narco-terrorisme ne peut pas être retenue, il nous faudra, dans l'humilité tirer les leçons de ce qui a pu arriver. Dans tous les cas, le dossier purgé, et quelque soit le verdict, ne pénalise pas le Mali. Ce qui plombe, notre pays, c'est le silence ou l'impression de silence, l'inertie ou la perception d'inertie.

Adam Thiam

 

 

AFP, 24/03/2011

Mali: 13 militaires Maliens et 3 Américains blessés lors de manoeuvres

 

BAMAKO - Seize militaires, dont treize Maliens et trois Américains, ont été blessés jeudi lors d'un accident au cours de manoeuvres militaires dans la région de Gao (nord), a appris l'AFP de sources militaires depuis Bamako.


 

"Parmi les seize, il y a trois blessés graves: un Américain et deux Maliens. Un avion spécial est venu de Ouagadougou pour évacuer le militaire américain" grièvement blessé, a précisé un militaire présent dans la région et dont les informations ont été confirmées par une seconde source militaire.


 

Selon ces sources, un instructeur américain a "mal tiré" en utilisant une arme lourde. Les projectiles sont tombés sur des rochers, provoquant une explosion.


 

L'accident est survenu à l'avant-dernier jour de ces manoeuvres, qui s'achèvent vendredi, et "entrent dans le cadre de formation des troupes maliennes aux techniques de lutte contre le terrorisme", a indiqué une des sources.


 

Aucune précision supplémentaire n'était disponible dans l'immédiat.
Depuis trois ans, de plus en plus fréquemment, les troupes américaines forment dans le nord du Mali les troupes maliennes dans la lutte contre l'insécurité et le terrorisme.

 

 

LE MONDE, jeudi 24 mars 2011

JEAN-CHRISTOPHE RUFIN, ÉCRIVAIN, ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE À DAKAR (2007-2010)

Après l'intervention en Libye, où s'arrête la guerre "humanitaire" ?

 

Réjouissons-nous, bien sûr, que la menace de massacres de civils en Libye se soit éloignée. Le dictateur sanguinaire qui opprime son peuple ne mérite aucune compassion. Mais que cette joie légitime ne nous empêche pas de voir la situation telle qu'elle est et de nous en inquiéter.

 

La France est en guerre. Elle n'est pas seulement partie prenante d'une large coalition. Le rôle prépondérant que nous avons joué dans l'opération à tous les stades, y compris militaires, nous place en première ligne. Les Libyens des deux bords ne s'y sont pas trompés : on pavoise à Benghazi avec des drapeaux tricolores et, à Tripoli, on lance des anathèmes contre la France. On peut se sentir assez fier que notre pays ait eu le courage d'agir. Cela ne dispense pas de considérer combien cette action est lourde de conséquences, de risques et de questions non résolues.

 

Car la guerre dans laquelle nous sommes engagés ne se réduit pas à la formule aseptisée de zone d'exclusion aérienne que les membres du Conseil de sécurité ont approuvée. Ce terme d'exclusion aérienne suggère une main protectrice étendue sur le ciel et venant, en douceur, empêcher toute violence. La réalité est plus crue. Nous tuons. Nous bombardons des véhicules remplis de combattants. Qu'il s'agisse probablement de criminels lancés à l'assaut de populations désarmées ne change rien à ce constat : nous avons beau affirmer que "nous n'interviendrons pas au sol", c'est bien au sol que sont tués ces soldats.

 

Nous sommes de fait engagés dans des combats terrestres, même si nous frappons - pour l'instant - depuis le ciel. Pour le justifier, la diplomatie française invoque les petites lignes du contrat, celle que l'on signe sans toujours bien les lire : la résolution 1973 stipule que pourront être prises "toutes les mesures, y compris militaires, visant à protéger les civils".

 

Nous y sommes : il s'agit d'une guerre "humanitaire". Nous lançons des opérations militaires destructrices contre un pays qui ne nous a pas attaqués, qui ne menace pas nos intérêts, autrement dit nous sommes totalement en dehors de la doctrine militaire telle qu'elle a été élaborée, en particulier par le Livre blanc sur la défense en 2007. Notre seul motif d'emploi de la force est la violation du droit humanitaire par le pays en question. Nous sommes dans un cas parfaitement pur du fameux "droit d'ingérence", concept qui triomphe paradoxalement à l'heure où son concepteur a quitté le ministère des affaires étrangères... Or, ce concept de droit d'ingérence pose de très nombreux problèmes qui ont d'ailleurs conduit à sa mise à l'écart du droit international, au profit d'une formule plus consensuelle : "La responsabilité de protéger."

 

Les dangers de ce droit d'ingérence, droit laissé à la discrétion des puissants pour attaquer qui ils souhaitent, ont été souvent soulignés. Le cas le plus flagrant d'ingérence dangereuse fut, en 2003, l'intervention américaine en Irak. La France fut à l'époque le pays qui s'est dressé contre cette intervention et en a souligné les effets pervers. Croit-on aujourd'hui qu'un tel principe est moins dangereux quand c'est la France qui l'applique ?

 

Ne faisons pas de mauvais procès à ceux qui ont lancé cette opération. Accordons-leur le mérite d'avoir agi selon leur conscience, pour épargner des vies humaines. Reste qu'il faut maintenant dépasser le stade de l'émotion et, pour conduire cette guerre et peut-être d'autres, élaborer une doctrine. Quelle est-elle et qui doit la formuler ? Nous menons une guerre humanitaire. Nous attaquons un régime en vertu de la conception que nous nous faisons de la dignité humaine. Bravo. Mais ce principe est-il applicable partout ? Doit-il fonder notre politique étrangère et guider toutes nos décisions ? En d'autres époques, la question pourrait être théorique mais, en ces temps de révolte arabe, elle est tout à fait concrète. Devons-nous nous préparer à agir demain en Syrie, au Yémen, en Algérie ? Dans le même ordre d'idée, il ne faut pas espérer non plus quitter l'Afghanistan où notre présence continue de garantir le respect des populations civiles...

 

L'autre hypothèse est que nous ne puissions ni ne voulions être partout les champions de nos principes humanitaires. En clair, cela signifierait que nous devrions choisir. Mais choisir qui et pour faire quoi ? Est-ce une prérogative exclusive et discrétionnaire du président de la République ? Faut-il qu'une situation tire des larmes à l'Elysée pour qu'on envoie nos soldats ?

 

Tous ces choix engagent fortement la France et ne sont pas sans risques. Le consensus international qui nous portait se délite aujourd'hui et les pays arabes commencent, avec d'autres, à exprimer leurs réserves. Par ailleurs, quelle que soit la supériorité ponctuelle de notre armée dans une offensive frontale, il faut penser aux nuisances graves - évidemment d'abord le terrorisme - auxquelles on s'expose en intervenant contre des personnages sans scrupules ni limites comme le colonel Kadhafi.

 

Je ne prétends pas qu'il faut s'en dispenser. Mais pour continuer d'agir et le faire dans l'unité, quelles que soient les surprises, bonnes ou mauvaises, que nous réserve la suite des opérations, il faut un débat national sur les fondements de notre action militaire. L'Assemblée ne doit pas seulement être consultée a posteriori sur une opération particulière. Elle doit pouvoir conduire sur ce sujet une réflexion générale et qui fasse participer l'opinion publique. Il ne s'agit pas d'entraver l'exécutif mais de lui donner un mandat clair et des limites. Le sentiment qu'il a d'être engagé dans une guerre juste ne saurait tenir lieu ni de doctrine ni de consentement national.

 

Nous attendons certes d'un président de la République qu'il ait du coeur et les nerfs pour décider une offensive militaire. Nous avons aussi besoin de sentir qu'il est capable de résister à la pure émotion. Notre héritage républicain nous confère des responsabilités internationales particulières et tous les peuples se tournent naturellement vers nous dès que leur liberté est menacée. Quelle réponse devons-nous et pouvons-nous leur apporter ? C'est cela qu'il faudra un jour que les Français décident. Ensemble.

 

 

Le Monde, 24.03.11

Guerre internationale en Libye

 

Les révolutions arabes se suivent et ne se ressemblent pas. Après l'extraordinaire succès des soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte, l'heure est à la répression au Yemen, à Bahrein, en Syrie et ailleurs. Mais les choses se sont encore plus aggravées en Libye, où la guerre civile s'est transformée en guerre internationale, avec l'intervention de la France, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne dans le conflit. Après les deux guerres d'Irak (1991 et 2003) et celle d'Afghanistan (2001), c'est la quatrième fois en vingt ans que des pays occidentaux sont engagés dans des opérations militaires au Proche et Moyen-Orient.

 

Les conditions sont toutefois très différentes de celles des interventions précédentes. La portée en est cette fois limitée du fait que toute intervention au sol est exclue dès le départ. Un consensus international s'est dégagé sur le concept d'interdiction aérienne (no fly zone) et d'une résolution en ce sens du Conseil de sécurité, approuvée par plusieurs pays arabes. Les initiateurs ne sont plus les Etats-Unis, mais la France et la Grande Bretagne. C'est d'ailleurs cette partie diplomatique du problème qui explique à la fois le retard dans l'action - refusée d'abord par le G-8, puis par l'Otan, et intervenue au tout dernier moment, alors que la rébellion libyenne était sur le point d'être submergée par la contre-attaque du colonel Kadhafi - et ses difficultés actuelles et futures.

 

D'une part en effet, le "consensus arabe" risque de se retourner. Il a joué un rôle important dans la première phase, avec l'acceptation de l'interdiction de vol par la Ligue arabe et par l'Union africaine, la présence du Liban parmi les pays auteurs de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, la promesse d'un "soutien actif" de la part du Qatar, des Emirats arabes unis, du Maroc et de la Jordanie (ces quatre pays étaient présents au sommet de Paris le 19 mars), sans oublier l'engagement très actif des chaines arabes de télévision Al-Jazeera et Al-Arabya en faveur de la démocratie en Libye. C'est précisément cette participation arabe au processus qui a conduit Barack Obama à prendre le parti de ses diplomates contre l'avis de ses militaires, très réticents à se lancer dans une troisième guerre dans la région : il a accepté de durcir le texte de la résolution en y ajoutant l'engagement de prendre "toutes les mesures nécessaires" pour protéger les civils dans les affrontements en Libye - autrement dit des mesures militaires. Mais, l'action à peine engagée, celle-ci a été jugée "excessive" par le secrétaire général de la Ligue arabe et par les pays qui, en s'abstenant, ont permis son adoption (Russie, Chine), tandis que le "soutien actif" des pays cités plus haut se faisait attendre.

 

Une autre difficulté est que les zones d'interdiction aérienne, pas plus que les sanctions économiques (décidées dès février contre la Libye) ne suffisent à faire tomber les dictateurs. Le premier cas du genre est celui de la no-fly zone imposée par les Eats-Unis en 1991 sur deux zones d'Irak afin de protéger les populations kurdes des représailles de Saddam Hussein. Cette mesure n'a pas empéché la répression de se poursuivre à terre, ni le dictateur de prospérer encore plus de dix ans, jusqu'à son renversement par la guerre américaine "au sol" en 2003. Le second exemple est celui de la Yougoslavie: imposée par l'Otan en 1993, l'interdiction de vol ne parvint à imposer un accord de paix en Bosnie que deux ans plus tard - sans pouvoir empêcher le massacre de Srebrenica. Et il fallut attendre encore quatre ans - et des bombardements sur Belgrade, décidés sans l'accord du Conseil de sécurité - pour faire tomber le dirigeant serbe Milosevic.

 

En Libye aujourd'hui, les bombardements occidentaux devraient stopper, au moins pour un temps, la progression des troupes fidèles au colonel Kadhafi, mais probablement pas suffire à faire tomber ce dernier - sauf à s'intensifier jusqu'à viser sa personne, une option officiellement exclue jusqu'ici. Le pays est profondément divisé: les aspirations du peuple à faire tomber son régime ont été clairement démontrées par la propagation rapide des soulèvements dans presque toutes les régions du pays depuis le 15 février, mais la reprise en main de son armée et de ses militants par le "guide", le recours à la terreur et aux manoeuvres dilatoires, sur le plan de la diplomatie comme de la propagande, montrent qu'il n'est pas sans ressources. Au mieux, le guide même déchu pourrait exercer un pouvoir de nuisance en utilisant ses derniers partisans pour faciliter un exode massif de l'Afrique sub-saharienne vers l'Europe, voire encourager le terrorisme en s'alliant avec ceux qu'il accusait d'être derrière l'insurrection: Al-Qaïda au Maghreb islamique. Au pire, on assisterait à une partition du pays sur une base tribale, comme c'était le cas sous le roi Idriss jusque dans les années 1960. Entre les deux, une période plus ou moins longue de statu quo est à prévoir, comme on le voit en Côte d'Ivoire avec le maintien de Laurent Gbagbo quatre mois après l'élection du 29 novembre qui aurait du conduire à son départ. Dans tous les rgimes il est difficile de quitter le pouvoir, mais équand le pouvoir est absolu, la difficulté est absolue.

 

 

Challenges (FR), 24.03.11

L'éditorialiste – L'intervention en Libye annonce de profonds changements géopolitiques

 

Même si les « Gloire au président de la République » - dignes de Lully chantant les louanges du roi Louis - entendus ce week-end peuvent faire sourire, le lancement de l'opération Aube de l'odyssée en Libye est une victoire diplomatique de la France et, bien sûr, de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a revêtu les seuls habits dans lesquels il soit à l'aise : ceux de président de crise. Réactivité, rapidité, capacité à convaincre...

 

Comme il l'avait fait au moment de la crise financière en donnant un réel élan au G 20, il a donc joué un rôle moteur dans la prise de conscience et la mise sur pied d'une résolution du Conseil de sécurité permettant d'intervenir en Libye, et dans la mise en oeuvre de cette résolution 1973. Le sommet de l'Elysée réunissant à Paris, autour de Nicolas Sarkozy, les Etats-Unis, la Ligue arabe et les membres les plus importants de l'Union européenne, pour donner le coup d'envoi de l'application de la résolution des Nations unies, restera le point culminant de ce succès diplomatique.
Les choses vont vite ! Les certitudes d'hier peuvent devenir les erreurs du lendemain. Une semaine auparavant, Nicolas Sarkozy paraissait isolé, sous la seule influence de Bernard-Henri Lévy, il était accusé de présider à l'effacement de la France. Il lui fallait donc effacer l'effacement. En quelques jours, il est apparu précurseur, et les détracteurs de notre philosophe « résolutionnaire », comme dit la presse allemande, en étaient une fois de plus pour leurs frais.




 

Cela posé, les difficultés commencent. Elles tiennent aux conditions mêmes du succès obtenu aux Nations unies, et au déroulement des opérations sur le terrain. C'est la Ligue arabe qui a poussé les pays les plus réticents à toute intervention armée - principalement les Etats-Unis - à franchir le pas. Quant à l'abstention de la Chine et de la Russie, elle valait en réalité feu vert, car le colonel Kadhafi n'est soutenu par personne, pas même par l'Union africaine, la Libye ne représentant aucun enjeu stratégique majeur. De ce point de vue, les soudains scrupules de la Ligue arabe sont pure hypocrisie, et concession à une partie de leur opinion.
Plus important : nous avons peut-être vécu l'une des dernières manifestations de la capacité qui est la nôtre à appliquer une forme de devoir d'ingérence. En raison, tout d'abord, de la nature du G 20, qui devient une instance majeure. Français et Américains ne sont plus seuls. Dans le cadre des réformes envisagées du Conseil de sécurité des Nations unies, il serait logique d'y intégrer l'Inde, le Brésil et peut-être l'Allemagne. Or ces trois derniers pays se sont abstenus. Les deux premiers ont rejoint la Chine et la Russie dans l'absolu contraire de l'ingérence, c'est-à-dire la sacralisation de la souveraineté nationale.

 

C'est donc un changement majeur des rapports de forces mondiaux qui se profile à l'horizon.
Et puis le sommet de Paris a été le théâtre d'un « deal » qui annonce aussi une évolution du jeu des alliances entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite. La hantise des dirigeants saoudiens, pièce maîtresse de la stabilité dans la région et, pour le coup, des intérêts stratégiques, est de voir se propager la révolution arabe. La monarchie saoudienne n'accepte pas les encouragements que les Etats-Unis ont accordés à ceux qui, majoritairement chiites, tentent à Bahreïn d'imposer des réformes à la monarchie sunnite. La réponse des Saoudiens a été très claire : elle a pris la forme d'une intervention militaire dans l'émirat. Tout se passe comme si le soutien des Saoudiens et des Emiriens à l'opération libyenne avait été accordé en échange d'une promesse de ne pas soutenir ni encourager leurs opposants. Ce n'est pas le moindre aspect de la question.




 

Quant aux difficultés inhérentes à toute opération militaire, elles sont légion. La durée, bien sûr : créer les conditions d'une zone d'exclusion aérienne est une opération militaire complexe. Souvenons-nous que l'Otan avait dû bombarder la Serbie pendant deux mois et demi avant d'obtenir que Milosevic lâche sa proie, à savoir le Kosovo. Quels sont les objectifs réellement poursuivis ? Pour les Nations unies, il s'agit de protéger les populations libyennes. Les militaires américains proclament : « Nous ne cherchons pas Kadhafi . » Mais les lieux de résidence du colonel sont bombardés... Qui commande ? Ce n'est pas une opération de l'Otan et chacun dirige ses propres troupes. Peut-on le croire ? Quelle Libye surgira ? Une ou séparée, tant les différences sont grandes d'une province à l'autre, la Tripolitaine, fidèle à Kadhafi, et la Cyrénaïque, rebelle, plus proche de l'Egypte et de l'élan révolutionnaire qui a provoqué le départ de Moubarak, etc.




 

Bien sûr, ces questions ne sauraient entamer la légitimité de l'intervention autorisée par l'ONU. Aucun de nos pays n'aurait pu, sans conséquence majeure, assister en spectateur à la liquidation, par Kadhafi , de ses opposants. En même temps, une intervention militaire est toujours une aventure.

Jean-Marie Colombani

 

 

Xinuha, 25/03/2011

La CEDEAO lève les sanctions imposées contre le Niger

 

Le Niger retrouve désormais sa place au sein des instances de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), après une suspension qui a duré plus de 16 mois, a-t-on appris du communiqué final issu d'un sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Afrique de l'Ouest.

 

En effet, à l'issue des travaux du sommet qui se sont tenus du 23 au 24 mars 2011, à Abuja, la CEDEAO a décidé de la levée des sanctions imposées à la République du Niger.

 

Cette mesure, il faut le préciser, est fondée sur l'article 45 du Protocole de la CEDEAO relative à la démocratie et la bonne gouvernance.

 

Cette décision, justifie selon la même source par "l'évolution encourageante" de la situation au Niger, suite la bonne organisation des élections au Niger.

 

Notant "la conclusion heureuse du processus de transition au retour à la légalité constitutionnelle à travers la tenue des élections crédible, transparente et paisible", le Sommet a félicité S. E. Mahamadou Issoufou, le président élu, et a rendu un hommage à M, Seini Oumarou "pour la maturité politique dont il a fait preuve en acceptant les résultats".

 

De même poursuit le communiqué, le Sommet a salué "la maturité politique du peuple Nigérien et de tous les acteurs politiques pour leur détermination et engagement aux idéaux démocratiques".

 

Les Chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de la CEDEAO ont particulièrement exprimé leur gratitude "pour le rôle joué par toutes les Institutions de la transition y compris le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD), le Conseil Consultatif National et les organes en charge du processus électoral".

 

Aussi ont-ils rendu un hommage appuyé au général Djibo Salou " pour le respect scrupuleux et ferme de ses engagements dans le processus".

 

Il faut rappeler qu'en octobre 2009, la CEDEAO a décidé de la suspension Niger de toutes ses instances, suite à la décision de l'ancien président, Mamadou Tandja, de tenir des élections législatives en dépit des appels de report lancés par l'organisation communautaire.


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