jeudi 24 mars 2011

REACTION SUR LA CROISADE EN LIBYE.


Bonjour,
Ce « dossier» Libye génère naturellement de nombreux commentaires.

Les manifestations idéologiques m'étonnent souvent, elles m'inquiètent toujours.
 
Autant la réaction de Madame Konaré s'inscrit dans une logique politique compréhensible, y compris dans ses partis pris, autant la "communication" de C. Beyala est proprement ahurissante.
Comment peut-on, sans rougir, oser écrire que les « Africains sont victimes des massacres des populations civiles perpétrés en Libye par la France », ou « encore ces assassinats de femmes et d'enfants innocents, à ce génocide moderne ».
Personne de sensé ne peut cautionner une prétendue « sauvagerie » de la France, ni sa volonté génocidaire. En particulier une personne à priori « informée », qui la connaît bien pour y vivre et en avoir la protection.
La passion, une idéologie dépassée et d'autres motivations douteuses, sont probablement la raison de propos pour le moins immatures qui ne peuvent que donner raison à ceux qui refusent de s'interroger sur les enjeux et dangers réels de l'opération militaire en Libye.
 
Quand à cette évocation d'une « croisade » présumée, elle obéit à une vision étroite et manichéenne du Monde et de l'Histoire, elle serait risible si elle ne répondait et ne nourrissait pas les démagogues et les extrémistes de tous bords.
Expliquer notre monde, avec le prisme de spiritualités et d'antagonismes pour le moins dépassés ( 800 ans!), interdit de voir et de réfléchir aux vrais dangers et enjeux de notre époque, à sa spiritualité, au dialogue inter religieux, à l'impératif laïque de l'organisation politique .
Où voit t on l'affrontement des religions chrétienne et musulmane, si ce n'est dans les diatribes de l'extrême droite et d'Al Qaïda?
 
Bien sûr que les Etats ne connaissent pas la philanthropie, tous sont guidés par des intérêts et des contraintes propres.
Leurs influences dépendant de leurs puissances économique et militaire, et certains peuvent en effet « tordre » ce droit international, qui est alors le droit du plus fort.
C'est un fait, et il n'est pas nouveau !
La seule vraie limite des puissants et celle qu'imposent leurs propres opinions politiques parce qu'il y a des échéances électorales régulières et transparentes.
Cette limite n'existe ni en Iran, ni en Birmanie, ni en Libye, ni en Biélorussie, ni en Chine, ni en Corée du Nord, etc.……, où une répression impitoyable est la réponse immédiate à toute expression populaire.
Pourquoi les régimes policiers de Tunisie et Égypte ont-ils implosé si « facilement » ?
Ils étaient évidemment moins mortellement répressifs que d'autres.
N'est ce pas parce qu'ils étaient déjà plus ouverts sur le Monde, que le Monde était déjà dans la plus part des foyers, dans chaque entreprise, par chaque émigré, qu'ils étaient à quelques pas d'une forme de démocratie ?

Kadhafi, Mugabe ou Gbagbo sont africains ? La belle affaire. Ce sont des dictateurs néfastes et criminels qui doivent disparaître.
Pour ma part, "l'humiliation africaine" évoquée par Madame Konaré serait plus dans leur survivance, que dans une intervention extérieure pour les chasser
C'est pour leur chute que nous devons nous retrouver, et pour leur succession que nous pourront nous engager.
 
La politique intérieure obsède les médias français qui en font la mesure des évènements du Monde. Il est dommage, même si notre extrême proximité l'explique, que nombre d'africains francophones succombent aussi facilement à ce curieux nombrilisme.
C'est une bonne chose que la France, par son Président, ait pris l'initiative d'une action multinationale en Libye, c'est l'honneur des démocraties qui ont pris le risque de s'y engager.
Écoutons la joie des libyens qui se lèvent, regrettons les milliers de morts qu'une intervention plus rapide aurait pu sauver.
La respiration du Monde et sa compréhension ne sont certainement pas dans les éditos et les petites phrases d'un microcosme politique, fut il français.
 
Quant au fantasme de la motivation « pétrolière » de l'intervention militaire en Libye, l'expérience et la logique montrent qu'il n'est pas crédible. Les affaires, comme le tourisme, aiment l'ordre, et ne sont pas gênés (au contraire ?) par les dictatures.
Il n'est pas nécessaire de faire tomber Kadhafi pour exploiter le pétrole Libyen, ni Al-Bashir au Soudan, ni la junte birmane, ni encore les monarchies du Golfe.
La révolution libyenne ne fera pas disparaître son pétrole (3% des réserves mondiales), et les mêmes acteurs seront sur place ensuite.
 
On parle d'un « oubli » de la Côte d'Ivoire, de deux poids, deux mesures. C'est un fait que les mouvements de libérations arabes, la catastrophe japonaise et la Libye, ont rendu un grand service à Gbagbo en lui faisant quitter la une.
Sa permanence est pourtant une catastrophe humaine et économique considérable en RCI, et un danger bien supérieur au conflit libyen pour toute la sous région.
Qui peut le faire partir ?
Les Nations Unies ? Elles y sont déjà, mais ne peuvent pas faire grand-chose d'autre que de protéger l'Hôtel du Golfe.
L'Union Africaine ? Elle ne semble avoir ni l'union, ni les moyens financiers ou militaires pour le faire.
Ouattara / les FN ? Seulement au prix d'une guerre civile probablement très longue et sanglante.
La France ? Elle est présente, en a les moyens, et pourrait le faire à la demande du Président élu et avec la bénédiction probable des NU. Cela lui est toutefois impossible car elle serait immédiatement accusée de néo colonialisme.
Ce qui est évidemment beaucoup plus grave pour nos idéologues que la destruction de la Côte d'Ivoire et le massacre de ses habitants!
 
A chacun donc de faire ses révolutions, en espérant un coup de main (intéressé ou pas) de l'extérieur...

Cordialement,
Yves Delafon






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