lundi 7 mars 2011

Réaction de Zanga !



Lettre d'un malien

Voilà maintenant deux décennies que les Maliens ont affronté leur peur comme les pays du Maghreb sont en train de le faire aujourd'hui. Dans cette lutte pour la démocratie et les libertés, nous, peuple malien, avons fait d'énormes sacrifices, du plus simple comme la grève au plus sacré comme la vie humaine. Tous ces sacrifices ont été acceptés pour garantir aux Maliens un lendemain meilleur. Ainsi, à vingt ans, nous pouvons dire que la démocratie malienne a atteint sa maturité et faire un jugement critique qui serait pour chaque malienne et chaque malien une auto critique, une autopsie de l'engagement patriotique, du devoir d'honorer nos martyrs. Nous devons tous avoir à l'esprit que la démocratie est une affaire de tous et que chacun doit jouer pleinement son rôle pour que le système puisse bien fonctionner. Les échecs de nos dirigeants sont en partie dus à notre manque d'implication, à notre indifférence vis-à-vis de notre sort.

 Certes, un pas a été fait dans la construction d'un Mali prospère par les différents pouvoirs qui se sont succédé, mais beaucoup reste à faire. Et pourtant, si nous ne prenons pas garde, ce que nous considérons aujourd'hui comme acquis risque bien de nous échapper. La vie démocratique, l'idéal de bien être malien et la justice sociale sont des combats de tous les jours. Faudrait-il arriver à l'état des choses avant 1991 pour prendre conscience de notre responsabilité dans la vie socio-politique et économique du Mali ? Devons-nous patienter jusqu'à la formation de l'état caste au Mali pour nous rendre compte que l'ordre des choses est immuable ? Les vices que nous avons combattus hier ressurgissent aujourd'hui avec plus d'acuité, les abus sont de plus en plus flagrants et l'injustice de jour en jour insupportable. Nous avons combattu le parti unique pour nous retrouver avec l'homme indispensable. Nous avons bravé le barbare pour nous accommoder avec le narcissique. En 1991, nous avions écrit une belle page de notre histoire et de celle des peuples épris de liberté, elle est en train d'être révisée sous nos yeux. Au nom de toutes les victimes de la barbarie sanguinaire, nous devons refuser la réhabilitation de Moussa Traoré et de ses compagnons, même si c'est pratiquement chose déjà faite. Du fait de la démission des pouvoirs publics, des glissements dangereux se sont opérés. Le manque d'autorité a favorisé, sur le terreau fertile du désespoir et de la pauvreté, les prises d'otages. La montée de l'extrémisme religieux est aussi l'un des signes patents du mal être social des Maliens. L'école n'existe plus que de nom ; l'insécurité est devenue le quotidien des Maliens, Bamako même n'est plus un lieu sûr.

Et dans ce Mali en quête de lui-même, où les valeurs sont bafouées ; un Mali sans repère ni références, les récents évènements survenus dans le monde n'arrangent pas les choses. La crise en Côte d'Ivoire, les révolutions au Maghreb et les problèmes de Kadhafi augurent une fin de règne très difficile pour ATT. Entre les difficultés d'approvisionnement du Mali en produits de première nécessité, la flambée du prix des hydrocarbures et l'indisponibilité d'un des plus importants soutiens et bailleurs, le pouvoir malien doit faire preuve de rigueur et d'imagination pour se sortir du pétrin. Et comme notre système est basé sur l'aide dont nous pouvons constater aujourd'hui les conséquences tragiques sur notre estime de soi,  puisque la crise libyenne semble bien nous préoccuper plus que les Libyens, Kadhafi a plus de valeur au Mali qu'ATT. Mais, dans sa situation actuelle, Kadhafi pourrait bien se rappeler au bon souvenir d'un certain ATT et dire simplement à tous les pleurnichards « bè bi ba bolo !!! », « à chacun sa merde ».

Cependant, l'impunité, la corruption et surtout l'amateurisme de nos dirigeants ne présagent rien de bon. Aux grands maux, les grands remèdes !!! Le monde est assez préoccupé par les changements imprévus et leurs conséquences pour se soucier de notre cas, c'est à nous Maliens de secouer un peu le cocotier pour notre avenir, pour un lendemain meilleur. Dans cette optique, nous devons être solidaires de nos compatriotes vivant dans les pays en crises, ils doivent bien se sentir orphelins, abandonnés par leurs dirigeants comme chacun de nous a pu avoir un jour le même sentiment. Le Mali n'est pas un pays pauvre, mais il est pauvre de la conscience de ses fils.

Dans ce grand bordel sans nom, les jeunes pouvaient être la lueur d'espoir qui maintiendrait les Maliens en vie. Or, entre les communautaristes de la république et les marginaux de la scène politique on ne sait plus à quel saint se vouer. J'appelle mes frères touareg à se sentir malien avant d'être touareg et aux jeunes, militant dans les partis politiques, à incarner le changement. L'heure des responsabilités et de l'action constructive à sonner, le Mali compte sur nous, nous n'avons pas le droit de le décevoir. J'invite chaque malienne et chaque  malien à faire du vingtième anniversaire de l'avènement de notre démocratie, une journée de réaffirmation des idéaux démocratiques d'alors, ceux qui ont prévalu et un jour du devoir, en participant aux différentes manifestations prévues à travers le monde ce 26 mars 2011. Devoir de mémoire, de recueillement et de prière, mais aussi devoir de vigie de la démocratie malienne. Nous avons des frères et sœurs, camarades de luttes qui sont tombés pour la démocratie, nous nous devons de veiller, pour que leurs sacrifices ne soient pas vains, à maintenir haut le flambeau allumé. De nouvelles menaces aussi graves que dangereuses pour nos libertés ont fait leur apparition, elles défient les socles mêmes de notre société ainsi que la légendaire hospitalité malienne. Nous devons nous préparer à relever ces nouveaux défis en défendant de toutes nos forces l'Etat laïc, en combattant sans répit l'extrémisme sous toutes les formes. Engageons à la faveur de ce vingtième anniversaire le combat pour l'éradication de la corruption et l'instauration d'un climat de sécurité sur toute l'étendue du territoire malien. Ensemble nous sommes une force redoutable  à laquelle rien ne saurait résister. Nous sommes le futur, nous sommes le Mali.

  Zanga

 

 




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