dimanche 27 mars 2011

Mars 1991-Mars 2011 Vingt ans après: révolution ou involution?

                        Mars 1991-Mars 2011

       Vingt ans après: révolution ou involution?

 

 

 

 

 

Ante scriptum: cette réflexion a été originellement offerte au journal "info-matin" à l'occasion du vingtième anniversaire de mars 1991

 

 

 

                             Mon credo est qu'en politique, c'est une forfaiture que de regarder dans le rétroviseur. Je le crois, parce que c'est absurde (Credo quia absurdum). Cependant, il tient de la sagesse, en un moment ou à un autre de la vie, que de s'arrêter pour faire le point du trajet parcouru. Dresser une espèce de bilan résumant les acquis et les tares, les comptes d'actif et de passif tient de la rationalité. Après une bonne vingtaine d'années d'exercice démocratique, n'étant pas honnêtement à même d'offrir un portrait idyllique et paradisiaque, j'aurais aimé pour une fois, ne pas offrir une image kafkaïenne de la situation d'ensemble de l'évolution de notre pays. Il m'est cependant difficile de me départir de la fresque cauchemardesque et sinistre de notre société malienne actuelle où de nouveaux bourgeois bureaucratico-compradores ont fait main basse sur le Mali. Cette" objectivité extrêmement étrange" m'amène à offrir ma réflexion, de façon alambiquée, sous une forme interrogative. A chacun de la répondre avec sa propre sensibilité ou selon  qu'on se place derrière une oeillère ou une grille. La façon atypique qu'est la mienne de célébrer la messe risque de me faire paraître comme un rabat -joie. Que me soit permis de poser quelques  vastes interrogations qui m'écrabouillent la tête. Ces vingt ans, seront ils consacrés à solenniser nos fragiles et timides acquis suffisants pour mériter la grâce divine ou à commémorer la mémoire de ceux-là qui sont vaillamment morts sur les champs d'honneur? Les beaux cantiques des  panégyristes, des crapauds des marais chantés à la gloire de leurs idoles (Konaré et Touré) vont ils se mêler inextricablement aux pleurs de tristesse qui célèbreront nos martyrs morts? Allons nous couronner d'applaudissements, de discours dithyrambiques et laudatifs le héros de mars 1991 pour qui, certaines ouailles soumises à une fascination mystico-religieuse sont prêtes à mourir? (ATT anbé sa ino fè: ATT nous mourons pour toi). Allons nous tresser des couronnes de lauriers pour Alpha Oumar Konaré et ses compagnons dont le passage à la magistrature suprême de notre pays ne fut pas des plus catholiques? Allons nous nous interroger sur le scrupule de ceux qui ont dirigé la transition et les convier dans un prétoire ? Ou célébrerons nous la mémoire de ceux qui ont disparu sous la charge de la dictature de Moussa Traoré? Ou après un sage exercice d'introspection, allons nous prendre du recul à seule fin de corriger nos lacunes?

                      Dans la vie des hommes ou des peuples, il est des événements qui méritent d'être célébrés. Soit on les célèbre dans la joie et l'allégresse dans une atmosphère purement ludique ou on les fête dans une espèce d'introspection qui est une période de réflexion, et d'autocritique par un retour vers soi même. Notre choix de l'une ou l'autre manière dépendrait de l'acception qu'on aurait volontiers donné aux vocables de révolution et d'involution.

Sur le plan politique, les mêmes acteurs omnipotents sont toujours là, faisant et défaisant la vie politique de la nation à souhaits. Ceux qui ont été les compagnons fidèles du Général Moussa Traoré sont aujourd'hui les maîtres d'oeuvre de la vie politique malienne si bien que l'âge venant , on se trouve en face de gérontocrates qui croient toujours à leur destin national. Cette sénescence politique révèle notre incapacité à renouveller notre classe politique alors que tout autour de nous dans le monde la  classe politique prend un salutaire bain de jouvence. Les intérêts particuliers des politiciens ont pris le pas sur l'intérêt national, ce qui n'a pas manqué d'engendrer une effroyable coupure sociale. La richesse ostentatoire et insolente d'une nouvelle classe malhonnêtement enrichie nargue cyniquement le bas peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer. D'où une certaine apathie et une crise de confiance. La faillite morale et éthique des hommes politiques a dramatiquement pris les allures de problème insoluble telles la trisection de l'angle, la construction de l'heptagone régulier, ces problèmes de géométrie sans issue dans l'Antiquité grecque. La corruption et son corollaire, le saccage des déniers publics sont restés au travers de la gorge des maliens telles des arêtes de poisson.

Le multipartisme débridé a été un échec cuissant pour notre pays. Il est ridicule pour un petit pays de 13 millions d'âmes, sans ressources véritables, d'avoir une escarcelle garnie de plus de 130 partis politiques. Le besoin de revoir notre copie s'impose.

En 1997, en butte à sa premiere crise instituionnelle, notre démocratie a failli  être victime de sa maladie infantile. Ce qu'on avait perçu comme la manifestation de mauvaise humeur d'un petit merdeux est malheureusement présent comme maladie d'adolescence. Chacun de nous a conscience des imperfections de notre code électoral. Au lieu de le raboter pour lui en donner de nouvelles moulures agréables, on préfère  attendre la dernière minutes pour nous offrir un travail bâclé. A la présentation du rapport de Daba sur la réforme institutionnelle, il s'est imposé au bon sens de mettre la râpe sur le sabot du cheval de troie qu'on nous avait présenté. Une espèce de nébuleuse semblait étrangement planer sur ce texte. A quelques encablures des consultations présidentielles, rien n'a été fait comme si  les dirigeants se plaisaient à maintenir le flou et la confusion. Quelle approximation! Ce texte imparfait va –t-il être un autre cri de douleur pour les maliens?

 

                     Sur le plan social, le tableau n'est guère reluisant. Le panier de la ménagère est dramatiquement vide. Les retraités volontaires de la fonction publique sont venus grossir le nombre des jeunes chômeurs sortis de nos écoles, véritables fabriques en la matière. Tant de familles assises sur de véritables malles aux trésors, tirant le diable par la queue, obérées de dettes, affaiblies par les effets progressifs et lents de la pauvrété et de la misère, sans ressource et tombées dans la dernière nécessité, ne savent plus à quel saint se vouer. Combien  en sont-ils pendant ces vingt dernieres annnées à s'être immolés à l'eau et à la terre, ces jeunes gens désoeuvrés  à la recherche du bien être par délà leur pays? Le chômage, l'insertion des jeunes,  l'insécurité, le déficit public, la faillite morale et éthique….sont des réalités criardes de notre pays.

                  L'école malienne est dans le creu de la vague depuis des lustres. Le forum visant à la sauver fut une véritable diversion. "L'Enseignant" et le "Militaire" ont tous deux piteusement échoué à l'arracher des affres de sa lente agonie. Le niveau de l'élève malien des vingt dernières années laisse à désirer. On s'interroge sur l'avenir du Mali dans les années à venir.

                     Si le Mali peut se targuer d'avoir un paysage audiovisuel luxuriant avec plus d'une centaine de radios privées, une télévision nationale qui régente l'information avec passion, on peut être à bon droit de se poser la question de savoir si la notion de liberté d'opinion et d'expression, le droit de l'information sont des réalités tangibles.  Certains journaux n'existent que par la présence de certains plumitifs prompts à se laisser soudoyer au grand mépris de la déontologie de ce noble métier. La presse qui aurait du jouer le rôle qui est le sien dans cette atmosphère de monarchisme modéré qu'on nous a imposé, n'a pas pu courageusement jouer son rôle de contre pouvoir. Craignant offenser les Dieux de Koulouba, elle fut timorée comme si l'histoire de la "maîtresse du Président" a tempéré ses ardeurs et affecté son imagination.

                Un autre Mali était possible. Nous n'avons assisté à la mise sur pied d'aucun projet de développement sérieux. Le pays fut soumis à la fourche caudine du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale avec son corollaire de drames sociaux. Un désespoir mortel  a succédé à la privatisation sauvage de nos enterprises d'Etat. Avec une population d'environ 13 millions, le Mali exporte peu, importe beaucoup. Tout se fait avec l'aide des partenaires économiques et financiers. Une situation qui nous fait ridiculement nous accrocher aux basques des autres et à leur bon vouloir. On ne saurait reposer le développpement d'un pays sur l'empathie, la bienveillance, l'altruisme des autres. On les appelle  affectueusement et ridiculement au bord du fleuve djoliba, "les partenaires économiques et financiers" Il faudrait de véritables projets de développement audacieux pour aspirer entrer dans le gotha des pays émergeants. L'élaboration de véritables projets de dévéloppement n'est pas tant une dette que les politiciens des vingt dernierès années doivent au Mali mais l'aveu de ce qu'ils doivent par la volonté réelle de prévoir un avenir radieux dans l'indépendance. Hélas! Aucun effort réel n'a été entrepris dans ce sens. La réforme agraire, l'école adaptée aux exigences du monde moderne, l'industrialisation et l'exportation sont le sésame, ouvre-toi. Nos dirigeants ont agi autrement.

 

                 Faudrait-il concevoir, stricto sensu,  notre révolution dans une acception purement astronomique: retour d'un astre au point où il était parti? Ou devrions nous l'approcher lato sensu, en la définissant comme un événement aux allures historiques qui a lieu dans un groupe où une communauté humaine en insurrection prend le pouvoir au prix de sacrifices en vue de changements profonds, d'une remise en cause radicale? Ces changements affectent la vie politique, économique, sociale...). Faudrait-il  aborder l'involution sous une optique purement philosophique qui s'entend comme un développement inverse de l'évolution, un retour à l'homogène, à l'uniformité? Si dans le Cid, le choix entre l'amour et l'honneur fut cornélien, la difficulté et la douleur du mien est entre révolution et involution. A chacun de faire son choix et de répondre à mon dilemme. Comme le disait William Shakespeare, le célèbre poète et dramaturge anglais: "That's the question!".

Fatogoma Mohamed ouattara

Orange, New Jersey

USA

Fouattara2@comcast.net      

http://fouattara.blogspot.com

 

 

 

 

 

 

 


--
Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
B.P. E3206 Bamako-Mali
Cel1 (00) 223 643 49 64
Cel2 (00) 223 653 83 44
skype: djaladjo32
site: http://www.aboubacrine-assadek.com/

Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

Aucun commentaire: