lundi 21 mars 2011

Cri aux africains.

Cri aux Africains.


Ceux qui n'ont pas la liberté d'expression se battent pour l'obtenir ; ceux qui l'ont n'en usent pas.

Telle me semble être le paradoxe de l'Afrique.

Alors qu'ils clament urbi et orbi l'unité de leur continent, qu'ils ont créé une organisation -l'Union Africaine - pour affirmer leur volonté d'union, mieux faire entendre leurs voix, compter davantage et s'imposer, les Africains, mystérieusement et incompréhensiblement, en ces temps graves où quelque part le sort de leur continent se joue, restent silencieux.

Une fameuse Communauté internationale, qui n'a d'international que par la volonté des puissances occidentales, s'agite pour expulser un « dictateur africain », au grand mépris de l'avis des chefs d'Etat africains et des Africains.

L'Afrique est exclue d'un débat qui aurait dû être prioritairement le sien. Mais l'Afrique se tait : les chefs d'Etat se taisent ; les classes politiques et les sociétés civiles sont aphones ; même les « ELDERS » (le comité des sages africains) sont muets. Les quelques tentatives d'expression sont peu visibles.

Nous avons appris, alors que d'autres grandes puissances - l'Allemagne, la Russie, la Chine, le Brésil, l'Inde - se sont abstenues, que trois pays africains, en l'occurrence l'Afrique du Sud, le Gabon et le Nigéria, ont voté, dans le mépris souverain de la résolution adoptée à Addis Abeba par le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine, pour la résolution du Conseil de Sécurité des Nations-Unies sur la zone d'exclusion aérienne en Libye, pour des frappes ciblées, contre un pays africain. A aucun moment, les puissances occidentales n'ont fait référence à l'appartenance de ce pays à l'Afrique. L'Union africaine, en tant qu'institution, était absente à la réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Tout au long du débat, c'est de ligue arabe qu'on a parlé et là aussi, c'est un pays arabe qu'on livre aux Occidentaux, en utilisant d'autres pays arabes. Insidieusement, on insiste sur la participation arabe, le parapluie arabe.

Ce samedi, une réunion s'est tenue à Paris regroupant des pays européens, arabes et nord-américains. A son honneur, l'Union Africaine a refusé d'aller à cette rencontre.

Quatre avions français, notamment, furent immédiatement déployés dans le ciel libyen : deux Rafale et deux Mirage.

Puis ce fut le carnaval macabre, baptisé « Aube de l'odyssée », une coalition de cinq armées, frappant depuis les airs et la mer Méditerranée : France, Grande-Bretagne, Etats-Unis d'Amérique, Italie, Canada.

Une véritable armada : en ce samedi déjà, 111 missiles Tomahawk furent tirés par des navires de guerre et des sous-marins britanniques et américains contre des sites libyens. Des grêles plus drus sont attendus.

On nous assène solennellement que « le seul objectif est de venir en aide à un peuple en "danger de mort", "au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes", qu'on ne fait que « protéger la population civile de la folie meurtrière d'un régime qui, en assassinant son propre peuple, a perdu toute légitimité." (Dixit Nicolas Sarkozy.)

Pendant ce temps, le mouroir palestinien est là ; il ne suscite nulle compassion de la part de notre fameuse communauté internationale et ne heurte nullement la « conscience universelle. »

Un Internaute du site du journal « Le Figaro » écrivait: « je ne comprends pas. En Libye, des rebelles armés, ça s'appelle des « civils » et il faut les protéger. En Palestine, des gamins ramassent des pierres, ça s'appelle des terroristes. Comprend pas la différence de traitement. »

Oui, cette différence de traitement, il faut qu'on nous l'explique. Il faut que l'on nous explique la politique de « deux poids deux mesures », non seulement en Palestine, mais aussi dans la situation des immigrés, et de bien d'autres situations dans le monde.

Africains, la Libye est sous les feux de forces étrangères en quête de gloriole personnelle et de défense de leurs propres intérêts. De quelle légitimité politique, de quelle crédibilité morale, ces puissances qui ne tiennent pas leurs engagements, qui affament les peuples, pillent les ressources des pays, peuvent-elles se prévaloir ? Le pétrole et le gaz libyen sont-ils absents de leurs motivations? Ne veut-on pas régler aussi ses comptes à Kadhafi pour des marchés non tenus, et pour avoir exigé un dédommagement au titre de la colonisation à l'Italie, l'ancienne puissance coloniale ?

De quelle révolution parlent-elles ? Qui ne se souvient de leurs amitiés et de leurs embrassades avec ceux qui sont tombés, Ben Ali et Hosni Moubarak ? Qui a déroulé le tapis rouge à Khadafi dans sa capitale ? Qui lui a proposé des armes sophistiquées ? Dans quelles banques sont déposés ses fonds?

Africains, la partition de la Libye est en marche. Bientôt peut-être, flottera, à Benghazy, le drapeau de la Cyrénaïque, enjeu réel de toutes ces agitations, aux couleurs de la monarchie. A qui le tour demain ? Quel autre mets va nous servir cette organisation au fonctionnement anachronique que sont les Nations-Unies avec des privilèges datant d'une autre époque, notamment ce fameux droit de véto obsolète ?

Africains, un de nos proverbes dit : « si tu tues ton chien méchant, celui d'autrui te mordra. »

Africains, sont révoltantes, au plus haut point, les appétences bellicistes des Grands de ce monde, qui le pressurent selon leur volonté, tout simplement parce qu'ils en ont les moyens. Le plus paradoxal est qu'il ne se trouve, parmi leurs entourages, aucune voix pour en appeler à la mesure, à la sagesse, pour mettre le pointeur sur les conséquences de leurs actes sur le reste de l'Afrique et du monde.

L'Afrique peut-elle continuer à n'enregistrer qu'humiliations sur humiliations ? Malgré ses méthodes souvent étranges, le caractère contestable de ses théories, Khadafi n'aura-t-il pas été l'un des chantres de l'unité africaine ? N'a-t-il pas essayé d'apporter plus de ressources à maints pays africains que nombre de puissances qui aujourd'hui le condamnent ? N'a-t-il pas soutenu les mouvements de libération et la lutte contre l'apartheid en Afrique ? Lui qui n'aime pas les partis n'a-t-il pas aidé des partis politiques en Afrique ? Certes tout cela ne saurait le dédouaner d'actes répréhensibles qu'il a pu commettre, tel que le soutien à des mouvements terroristes ou la violence contre des populations civiles mais son sort peut-il être décidé en dehors de l'Afrique ? Certainement non.

Je suis inquiète. Hurlons notre inquiétude, Africains, clamons nos opinions, nos appréciations. Mobilisons-nous pour défendre notre continent meurtri et bafoué.

Ne laissons pas le monopole de l'expression à nos seuls chefs d'Etat ; prononçons-nous en tant qu'opinion publique, à travers nos partis politiques, nos sociétés civiles, nos intellectuels, nos jeunes et nos femmes. Surmontons nos peurs, nos misérables petits tas d'intérêts personnels pour nous tourner vers l'Afrique et seulement vers l'Afrique.

Osons barrer la route à la désintégration de notre continent, afin d'éviter sa recolonisation.

Osons barrer la route au sectionnement de l'Afrique en Afrique noire et Afrique blanche. L'Afrique est une et indivise, de Tripoli au Cap, de Dakar à Djibouti.


Bamako, le 20 mars 2011.


Adame Ba Konaré, historienne.

Adresse e-mail : memoireafrique@yahoo.fr




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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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