lundi 28 mars 2011

Activités et violences perpétrées par la FESCI depuis 2002

 

Après le déclenchement de la rébellion armée en septembre 2002, les changements qui étaient apparus au sein de la FESCI lors de la «guerre des machettes»  se sont accélérés, à tel point que des membres de la FESCI du début des années 1990 ont confié à Human Rights Watch qu'ils reconnaissaient à peine l'organisation qu'ils avaient créée.[80] Plutôt que pour des grèves d'étudiants en faveur de causes étudiantes, la FESCI est souvent connue aujourd'hui pour sa violence à caractère tant politique que criminel, dirigée principalement contre d'autres étudiants perçus comme des partisans des partis politiques d'opposition ou des rebelles basés dans le nord, pour les actions menées en vue de paralyser le processus de paix à des moments cruciaux au profit du FPI au pouvoir, et pour l'impunité qui va presque toujours de pair avec les crimes qu'elle perpètre. Par ailleurs, les membres de la FESCI sont couramment associés à des comportements «mafieux» tels que l'extorsion et le racket. Prises  dans leur ensemble, les actions que la FESCI mène tant sur les campus qu'à l'extérieur ont un effet réfrigérant sur la liberté d'expression et d'association des autres étudiants et des professeurs.  

 

Activités et violences sur le campus

Meurtre, agressions et actes de torture commis contre d'autres étudiants  

Depuis 2002, les membres de la FESCI ont, en de multiples occasions, attaqué d'autres étudiants, en particulier ceux originaires du nord ou qui présentent des caractéristiques permettant d'imaginer des sympathies à l'égard des rebelles ou un soutien à l'opposition politique. Bon nombre des attaques les plus brutales ont été perpétrées à l'encontre de membres d'un groupement estudiantin rival. Lors de ces attaques, au mois un étudiant a été tué, et d'autres ont été violemment passés à tabac et torturés dans les cités universitaires.

Beaucoup d'incidents sur lesquels Human Rights Watch a enquêté avaient été fortement médiatisés au niveau local, fait l'objet de conférences de presse organisées par des associations locales de défense des droits humains, figuré dans les rapports de la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) et été dénoncés par des organisations internationales de défense des droits humains.[81] Dans plusieurs cas, les victimes ont déposé plainte à la police mais il est très rare qu'un membre de la FESCI ait été arrêté pour des délits pénaux perpétrés contre d'autres étudiants. Les dirigeants étudiants ont expliqué à Human Rights Watch que dans la plupart des cas où ils ont dénoncé la violence à la police, celle-ci leur a répondu que, «puisque la FESCI est impliquée, vous feriez mieux de régler cela entre vous».[82] En quelques occasions, dont certaines sont décrites plus loin, les policiers eux-mêmes étaient en fait témoins des délits perpétrés par la FESCI et pourtant, ils ne sont pas intervenus ni n'ont réagi en professionnels de quelque façon que ce soit.

La plupart des exactions les plus graves ont été subies par des membres d'un groupement estudiantin rival, l'Association Générale des Élèves et Étudiants de Côte d'Ivoire (AGEECI), que la FESCI a accusée d'appuyer les rebelles des Forces Nouvelles.[83] Depuis la création de l'AGEECI en 2004, un de ses dirigeants a été assassiné, une de ses membres a subi un viol collectif et un certain nombre de ses membres ont été sauvagement battus par des étudiants affirmant être membres de la FESCI. Bien que les violences perpétrées par la FESCI contre l'AGEECI se soient atténuées au cours des dernières années, des membres de l'AGEECI ont déclaré à Human Rights Watch que le calme relatif était principalement dû au fait qu'ils avaient arrêté ou restreint presque toutes leurs activités publiques. Aujourd'hui, beaucoup de membres de l'AGEECI craignent de poser le pied sur le campus.[84]

Une des attaques les plus tristement célèbres menées par la FESCI s'est soldée par la mort d'un des membres fondateurs de l'AGEECI, Habib Dodo, également leader de l'aile jeune du parti communiste. Selon des témoins, le 23 juin 2004, Habib Dodo a été enlevé au domicile d'Ekissi Achy, le secrétaire général du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d'Ivoire (PCRCI). Selon les témoins, aux alentours de 13 heures, un étudiant présent dans la maison a reçu un appel téléphonique l'avertissant qu'un groupe important d'étudiants se dirigeait vers la maison, quelques minutes seulement avant leur arrivée.[85] Un témoin présent dans la maison ce jour-là a décrit l'arrivée de la FESCI:

Il y en avait une quarantaine qui ont fait irruption dans la maison. J'en ai reconnu entre un tiers et la moitié d'entre eux comme étant des membres de la FESCI. Certains portaient des t-shirts qui disaient «FESCI Criminologie», parce que c'est la section à laquelle ils appartenaient. Ils étaient armés de bâtons et criaient, «Où est-il? Où se cache-t-il?» [parlant de Habib Dodo] Ils ont cassé des choses un peu partout dans la maison, notamment la télévision, des fenêtres, le lavabo de la salle de bains, tout. Ils ont aussi volé des vêtements, des chaussures et de l'argent. Quand je me suis précipité dans ma chambre pour m'assurer qu'ils n'avaient pas volé l'argent de ma bourse d'études, j'en ai vu trois qui fouillaient mes affaires. C'étaient des ATC [Antichambristes], les fantassins de la FESCI.[86]  Ce sont eux qui sont réquisitionnés pour ce genre d'actions. Il y avait des cris et du fracas partout dans la maison. J'ai décidé de courir avec un ami jusqu'au commissariat de police du 16e arrondissement. Quand je suis arrivé là, j'étais tellement paniqué que j'avais du mal à m'expliquer. Cela m'a pris environ cinq minutes pour me calmer. Finalement, j'ai dit, «la FESCI est en train d'attaquer notre maison!» Mais ils m'ont répondu qu'ils n'avaient personne de disponible à envoyer.[87]

 

Entre-temps, un autre témoin présent dans la maison au moment de l'attaque, le secrétaire général du PCRCI, a également cherché à contacter la police :

Après que la FESCI est partie avec Habib, j'ai appelé la police mais personne n'est venu. Finalement, j'ai pris un taxi jusque là. C'était à environ un kilomètre. Quand je suis arrivé, je leur ai dit, «Nous n'avons pas arrêté d'appeler!» Mais le policier m'a simplement demandé de partir. J'ai dit, «Je parle d'un enlèvement. Ils vont le tuer!» Mais je me suis rendu compte qu'il n'allait rien faire, j'ai donc pris un autre taxi jusqu'à la préfecture de police du Plateau.[88] J'ai vu l'adjoint qui a appelé le directeur, qui m'a dit qu'il allait s'en occuper. Ce n'est qu'à ce moment-là que quelqu'un du 16e arrondissement est arrivé à la maison pour examiner les dégâts. Le lendemain, j'ai appris qu'ils avaient tué Habib sur le campus en le pendant.

Le jour de l'enlèvement de Habib, un autre étudiant communiste, Richard Kouadio, a presque été battu à mort à Bassam.[89] Il a été abandonné près de la route de Bassam. Nous lui avons porté secours après que j'ai reçu un appel anonyme disant que la FESCI l'avait emmené. L'ONUCI est allée le chercher et l'a emmené à l'hôpital principal de Treichville.[90]

 

Dans une interview réalisée en juillet 2005, le dirigeant de la FESCI Serge Koffi a justifié les attaques contre l'AGEECI en disant que «l'AGEECI n'est pas une organisation étudiante et nous ne pouvons pas les laisser se réunir sur le campus. Il s'agit d'une organisation rebelle créée dans la zone rebelle et cherchant à étendre ses tentacules à l'université.»[91]

Le secrétaire général du PCRCI a décrit les efforts qu'il a déployés pour obtenir justice dans l'affaire Habib Dodo :

J'ai immédiatement déposé plainte à la police contre la FESCI et ses dirigeants pour enlèvement, torture, meurtre et vandalisme. Au départ nous avions engagé un avocat qui a laissé tomber dès qu'il a compris la nature délicate de l'affaire, mais le MIDH nous a aidés.[92] Depuis lors, nous avons essayé de mettre la pression tant au niveau politique que juridique pour faire avancer l'affaire. Nous sommes allés voir le Ministre de la Sécurité de l'époque, Martin Bléo, et il a ordonné à la police de monter la garde devant ma maison pendant un an. Il aurait donné des instructions pour faire suivre le dossier. Puis nous sommes allés voir Henriette Diabaté, qui était Ministre de la Justice à l'époque, et nous lui avons remis une copie de la plainte. Nous avons également vu la Ministre des Droits de l'Homme de l'époque, Madame Wodié. Nous avons même donné les noms des personnes impliquées à la police judiciaire. La police a interrogé  Richard Kouadio et des membres de l'AGEECI, mais nous n'avons jamais entendu dire qu'un seul membre de la FESCI avait été interrogé. Plus de trois ans après, nous avons finalement appris que le dossier avait été envoyé par la police à un magistrat. En définitive, nous ne pensons pas qu'il aboutira quelque part à cause de la politique qui est en jeu, mais nous devons poursuivre nos efforts.[93]

Les violences perpétrées par la FESCI à l'encontre de membres de l'AGEECI ont atteint un niveau record en 2005, lorsqu'un certain nombre de membres de l'association ont été sauvagement passés à tabac. L'une des victimes a expliqué avoir été tabassée en juillet 2005 après avoir essayé de distribuer des tracts à un arrêt de bus invitant les étudiants à une conférence de presse de l'AGEECI:

 

Nous étions à la gare du nord à Adjamé lorsqu'un bus rempli de membres de la FESCI est arrivé, il y en avait bien une centaine.[94] Ils en ont attrapé deux de notre groupe qui distribuaient des tracts mais il y en a trois qui ont réussi à s'échapper. Tout est arrivé en plein milieu de la gare routière avec des gens tout autour. Ils nous ont déshabillés sur place devant tout le monde. Il y avait des policiers à la gare que j'ai vus en train de regarder. Un policier a dit à la FESCI, «Laissez-les tranquilles.» Mais un membre de la FESCI a répondu, «Ça ne se passera pas comme ça. C'est la FESCI et eux, ce sont des rebelles!» Après cela, le policier qui regardait-il y en avait deux ou trois-n'a rien fait. Quelqu'un dans la foule a crié, «Si ce sont des rebelles, tuez-les!» À ce moment-là, ils nous ont mis dans un taxi pour nous emmener à la Cité Rouge à Cocody.[95] Dans le taxi, ils étaient assis sur nous comme si on était des sièges. Il y en avait trois au-dessus de nous et deux à l'avant du taxi. Mon compagnon a perdu connaissance. Dans le taxi ils disaient, «On va les tuer». Quand on est arrivés à la Cité Rouge, ils nous ont emmenés à l'arrière de la cité et nous ont battus. Puis le Maréchal KB est arrivé avec son personnel de sécurité. Il nous a posé des questions du genre, «Est-ce que vous avez accepté de l'argent des rebelles?» et «Pour qui travaillez-vous?» Puis il a dit, «On va vous tuer si vous n'avouez pas que vous avez accepté de l'argent des rebelles.» Pendant ce temps, nos camarades avaient appelé l'ONUCI, la LIDHO, le MIDH, et quelqu'un a contacté le Ministre de la Sécurité, Martin Bléo, qui a fait pression et nous avons été libérés aux alentours de 17h30.[96] Une semaine plus tard, nous avons déposé plainte au palais de justice d'Abidjan mais cela n'a mené nulle part. Les autorités n'ont interrogé personne et n'ont rien fait. Mais l'ONUCI nous a photographiés et nous a donné des soins médicaux, et le MIDH a fait une conférence de presse.[97]

 

Dans plusieurs cas de violences perpétrées par la FESCI à l'encontre de membres de l'AGEECI, la police est manifestement restée sans intervenir ou sans réagir de façon responsable, comme l'illustre le témoignage suivant décrivant une attaque de la FESCI survenue en décembre 2005 :

Je travaillais avec des élèves de secondaire à leur école pour créer un comité de l'AGEECI. Ce jour-là aux alentours de 13 heures, un certain nombre de voitures se sont arrêtées à l'extérieur de l'école. À ce moment-là, nous étions à cinq membres de l'AGEECI dans la classe. Trois d'entre nous sont allés voir pourquoi il y avait tout ce vacarme et ils ne sont jamais revenus. Et tout à coup, un groupe de membres de la FESCI a fait irruption dans la classe. Ils ont commencé à nous frapper, les deux qui étions restés, avec des gourdins et le côté non tranchant de machettes. Puis ils nous ont mis dans un taxi. Avant que nous démarrions, quatre policiers sont arrivés en camion. Nous pensions qu'ils interviendraient pour nous sauver mais la FESCI a dit à la police que nous étions des rebelles et des assaillants. Les policiers ont dit que si c'était le cas, ils devaient y aller et nous tuer. Les policiers sont partis et nous avons démarré.

 

Alors qu'on passait près du port, on s'est arrêtés à un contrôle routier tenu par deux policiers. Les gens dans la voiture se sont identifiés comme étant des membres de la FESCI et puis ils sont sortis pour parler aux policiers. Ils sont remontés dans la voiture et on a pu passer le contrôle. On a commencé à rouler en direction d'une zone abandonnée. J'avais peur que si c'était là qu'ils nous emmenaient, cela voulait dire la mort mais finalement ils nous ont plutôt emmenés à la Cité à Port-Bouët.[98] D'abord ils nous ont emmenés dans un bâtiment et ils m'ont mis dans une petite pièce, où quelques-uns d'entre eux m'ont battu avec des gourdins et des lance-pierres. Puis j'ai perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, ils ont commencé à me demander si je travaillais pour la rébellion, pour Ouattara ou pour Soro. Puis ils ont dit qu'ils allaient nous emmener à la plage pour nous tuer en nous noyant. La plage n'était pas loin et ils nous ont fait marcher jusque là, ce qui a commencé à attirer l'attention. Ils nous ont jetés à l'eau. Un sauveteur est arrivé et la FESCI a commencé à le menacer. Une foule a commencé à se rassembler et les gens à poser des questions. En fin de compte, la foule était si nombreuse que les membres de la FESCI sont partis. Le sauveteur a appelé une ambulance et on nous a emmenés à l'hôpital.

Depuis lors, j'ai été menacé tellement de fois sur mon téléphone portable que j'ai dû changer de numéro. Pendant un petit temps, j'ai dû aller à l'extérieur d'Abidjan pour me protéger. Si j'essaie de déposer plainte contre un membre de la FESCI, cela ne mènera nulle part. Ce sont eux qui ont amené le président au pouvoir. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent.[99]

Bien que ce soient les membres de l'AGEECI qui aient subi les plus graves violences perpétrées par la FESCI, d'autres étudiants et groupes d'étudiants interrogés par Human Rights Watch ont confié que des membres de la FESCI les avaient à l'occasion passés à tabac, en particulier lorsque les activités économiques de la FESCI sur le campus étaient mises en question.[100] Un étudiant universitaire a raconté à Human Rights Watch :

 

En novembre 2006, environ quatre-vingts étudiants de notre classe ont donné chacun 2 500 francs [francs CFA ouest-africains, soit environ 5$US] à notre délégué de classe pour faire des copies d'un document dont nous avions besoin pour nos examens d'économie. Lorsqu'il ne nous a pas remis les copies comme promis, nous ne savions pas quand ni si nous allions en voir un jour la couleur. Alors nous avons rédigé une pétition au bureau national de la FESCI pour protester mais avant de l'envoyer, six d'entre nous sont allés voir le chef de tous les délégués de classe qui est membre de la FESCI. Il nous a dit de le retrouver à l'amphithéâtre H3 pour discuter de l'affaire. Quand on est arrivés à leur troisième étage, il y avait plein d'étudiants de la FESCI sur les marches et puis une vingtaine dans la salle, attendant tous là. Nous savions qu'ils étaient de la FESCI parce que nous nous connaissons tous et ils n'essaient pas de cacher leur affiliation. Ils ont obligé cinq d'entre nous à s'agenouiller mais ils ont pris le délégué de classe adjoint dans une autre salle à part. Ils avaient des fers à repasser allumés et ont dit qu'ils allaient nous repasser avec. Ils avaient aussi des ceinturons et des gourdins. Puis ils ont commencé à nous tabasser un par un. Quand on essayait de se relever, ils frappaient à nouveau. L'un de nous a commencé à saigner beaucoup et ils lui ont dit de nettoyer le sang. Ils ont dit, «Vous voulez saboter notre gumbo?[101] Vous voulez saboter notre business?» Entre-temps, le délégué adjoint était dans une salle à côté et se faisait battre encore plus brutalement. Il avait les yeux fermés tellement ils étaient gonflés et ils l'ont obligé à se laver le visage avec de l'eau pimentée. Par la suite, il y a eu une réunion entre l'administration de l'université et ceux qui avaient été battus. Ils nous ont dit qu'ils écouteraient la FESCI et puis qu'ils feraient une médiation et une réconciliation mais ils ne nous ont jamais rappelés après ça. Nous n'avons pas déposé plainte à la police parce que si vous faites ça, vous avez intérêt à avoir un garde du corps. Ils peuvent même vous tuer. Vous devriez fuir le pays. Vous pourriez peut-être déposer plainte contre un autre mouvement, mais pas contre eux.[102]

 

Menaces et violences sexu elles

Human Rights Watch a recueilli des informations sur plusieurs cas d'abus et d'exploitation sexuels perpétrés par des membres de la FESCI depuis 2002 et l'organisation estime que le nombre et l'incidence des abus sexuels déclarés risquent d'être considérablement en dessous de la réalité.[103]

Les étudiants interrogés par Human Rights Watch disent que les membres de la FESCI réclament et extorquent des actes sexuels auprès d'étudiantes sur le campus, parfois en menaçant d'expulser une étudiante de sa chambre à la résidence si elle refuse de dormir avec un membre de la FESCI.[104] Un journaliste a cité un étudiant en droit qui lui aurait dit, «Dès qu'une fille plaît [à un membre de la FESCI], il envoie ses gars pour l'avoir. Si elle refuse de se soumettre, elle est expulsée de la résidence et on l'empêche de venir sur le campus pour assister à ses cours.»[105]

Lors d'un entretien avec un groupe de femmes, Human Rights Watch leur a demandé comment on pouvait prendre contact avec l'administration de l'école pour demander une protection ou comment on pouvait dénoncer un tel comportement. Les femmes ont toutes ri et l'une d'elles a répondu, «Vous rêvez! L'université ne fera rien.»[106]

Les recherches effectuées par Human Rights Watch révèlent que des membres de la FESCI ont été impliqués dans au moins deux cas de viol. Le cas le plus tristement célèbre est celui du viol collectif brutal d'une dirigeante étudiante de l'AGEECI en juin 2005 sur le campus de Cocody à Abidjan, précisément parce qu'elle militait au sein de l'AGEECI. Elle a confié à Human Rights Watch :

 

J'ai été kidnappée par les mêmes membres de cette FESCI qui avaient torturé à mort Habib Dodo. Après m'avoir traînée sur tout le campus, à la recherche d'un «général» qui était censé leur dire quoi faire, ils sont finalement allés sur le vieux campus. Peu après, ils m'ont fait subir un interrogatoire. Avec leurs questions, ils essayaient de me faire avouer que l'AGEECI collaborait avec les rebelles et d'obtenir des informations sur les dirigeants. J'ai essayé de dire que je ne savais rien… Ils m'ont dit que j'étais foutue. Ils m'ont aussi donné des informations sur ma maison, ma vie privée, pour me montrer qu'ils savaient beaucoup de choses sur moi et que je ne pouvais pas leur échapper. Quand ils ont parlé des  [membres de ma famille]… ça m'a donné froid dans le dos…Puis mon interrogateur leur a demandé d'être «efficaces» quand il m'a enfermée avec quatre d'entre eux et il leur a dit de «faire un boulot sans bavures…» Ils m'ont battue. Ils m'ont dit qu'on leur avait appris à tuer et qu'ils me tueraient si je ne parlais pas. Ils m'ont montré des tâches de sang sur le sol… et m'ont dit que c'était le sang de mes camarades qui avaient été torturés là il n'y avait pas longtemps. Puis…l'un d'eux a insisté pour qu'ils me déshabillent de force et m'obligent à me coucher, ce qui fut fait. J'ai tout de suite compris que c'était pour accomplir un mauvais plan. L'un d'eux m'a cogné la tête contre un mur, les autres me frappaient et abusaient de moi sexuellement. J'ai crié à en perdre la voix mais c'était inutile… Mon violeur a pris sa place, me serrant la gorge de ses deux mains. Il m'étranglait… Il m'a couvert le visage avec un morceau de drap grossier et m'a pénétrée. Pendant qu'il me violait, j'ai essayé de me débattre et de crier mais les autres me tenaient les pieds… Mon violeur me faisait mal. J'étais dégoûtée, je souffrais et j'étais impuissante… [Après m'avoir laissée partir] ils m'ont interdit de retourner sur le campus et m'ont dit que mes études étaient terminées… sous peine de mort.[107]

 

Une importante ONG locale de défense des droits humains qui suivait le cas de cette femme a confirmé qu'aucune enquête n'avait été ouverte par la police suite à la plainte que l'étudiante avait déposée et que ses requêtes pour que l'université et le Ministère de la Justice agissent étaient restées sans réponse.[108] La même organisation a recueilli des informations sur le viol collectif d'une autre étudiante active au sein du parti d'opposition (PDCI), commis par deux membres de la FESCI (dont l'un a pu être identifié par la victime) près de chez elle à Abidjan, peu après qu'elle eut participé à une manifestation anti-gouvernementale le 25 mars 2004. Cette étudiante a remis à l'organisation une déposition écrite et circonstanciée, examinée par Human Rights Watch. L'ONG a confirmé que ni la police, ni l'appareil judiciaire n'avaient donné suite à l'affaire.[109]

 

Intimidations et agressions de professeurs et d'enseignants

Depuis 2002 au moins, la FESCI s'est livrée à des intimidations, et à l'occasion à des violences physiques, sur plusieurs professeurs et enseignants en raison de leurs convictions politiques ou parce qu'ils militaient en faveur de meilleures conditions de travail. En novembre 2007, des membres de la FESCI auraient battu à coups de ceinturons et de gourdins deux professeurs du secondaire qui avaient participé à une grève du corps enseignant.[110]

Un enseignant du secondaire a confié à Human Rights Watch qu'en novembre 2006, des étudiants de la FESCI lui avaient fracassé une pierre sur la tête au cours d'une bagarre qui avait éclaté dans un restaurant après que des étudiants se furent enivrés.[111] Selon l'enseignant, bien que ses collègues se soient mis en grève pour protester, les étudiants impliqués n'ont pas été sanctionnés.

 

D'autres enseignants ont expliqué à Human Rights Watch qu'ils avaient peur d'infliger de mauvaises notes à un membre de la FESCI vu les conséquences imprévisibles et peut-être violentes:

À notre école, nous avons environ 4 000 étudiants. Tous les professeurs savent qui sont les membres de la FESCI parce que si vous avez un dirigeant de la FESCI dans votre classe, il peut aller et venir comme bon lui semble et parler quand il veut. Si vous ne laissez pas l'étudiant faire ce qu'il veut, on vous regardera d'un air méfiant et vous pourriez finir par vous faire attaquer dans la rue. Vous ne saurez même jamais qui a fait cela parce qu'il y a beaucoup de chance qu'ils enverront des gens que vous ne connaissez pas. Donc les professeurs ont peur d'eux parce que c'est votre vie qui est en jeu. Vous avez peur de leur donner une mauvaise note.[112]

 

Bien que beaucoup d'enseignants, en particulier au niveau secondaire, continuent à avoir peur de la violence perpétrée par la FESCI, le dirigeant d'une association de professeurs d'université a expliqué à Human Rights Watch en quoi la présence d'anciens membres de la FESCI au sein des professeurs d'université commençait à modifier les relations professeurs-étudiants :

L'année dernière [2006], la FESCI a perturbé l'assemblée générale que nous tenions alors que nous étions en grève. Quelques étudiants de la FESCI sont arrivés avec des machettes. Nous leur avons dit que s'ils s'avisaient de toucher ne fût-ce qu'à un professeur, il y aurait deux «années blanches».[113] Aujourd'hui, les relations avec la FESCI ont changé un peu parce que… de nouveaux professeurs ont eux-mêmes dans le temps été membres de la FESCI et ils sont devenus plus fermes dans la défense de nos intérêts. Ils savent comment opère la FESCI et ils ne les laisseront pas nous intimider.[114]

Effet sur la liberté d'expression et d'association

Lors d'entretiens avec Human Rights Watch, des professeurs d'université et du secondaire ainsi que des étudiants ont décrit l'effet réfrigérant qu'exercent les actions de la FESCI sur la liberté d'expression et d'association tant dans les établissements secondaires qu'au niveau universitaire.

 

Des enseignants du secondaire ont expliqué qu'ils hésitaient à discuter des résultats engrangés par le gouvernement actuel, à laisser entendre que l'économie est mal en point ou à aborder en classe un certain nombre de sujets sensibles sur le plan politique :

Nous sommes obligés de limiter ce que nous disons en classe par crainte des conséquences. Par exemple, vous ne pouvez pas critiquer la gestion du pays et en dépit de vos convictions, vous devez au contraire dire que les choses s'améliorent. Vous ne pouvez pas parler de la corruption. Vous ne pouvez pas dénoncer les violations des droits humains. Et si vous donnez une mauvaise note, ils peuvent vous intimider jusqu'à ce que vous la changiez. Mais la FESCI est un faux problème. La FESCI est là simplement parce qu'elle est soutenue par un système politique. On la maintient comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de quiconque songe à s'opposer au pouvoir.[115]

Les professeurs d'université interrogés par Human Rights Watch semblaient avoir moins peur d'aborder en classe des sujets sensibles du point de vue politique, mais ils ont tous fait remarquer que critiquer la FESCI ou s'engager dans une controverse politique autour de ses actions était hors de question :

 

En ce qui concerne la liberté d'expression, nous les professeurs faisons attention à tout ce que nous disons et faisons à propos de la FESCI. Ils bénéficient de l'impunité. Les politiciens, la police et l'armée ne vous aideront pas si vous êtes menacés par la FESCI. La FESCI peut assassiner et l'enquête ne mènera jamais nulle part. Mais les politiciens préfèrent fermer les yeux sur certaines pratiques car en fin de compte, ils ont besoin de la FESCI pour arriver à leurs fins politiques.[116]

L'ombre projetée par la réputation violente de la FESCI a eu un effet profond sur les activités d'autres organisations estudiantines, des syndicats estudiantins rivals aux associations religieuses d'étudiants, qui ont signalé à Human Rights Watch qu'après les exactions perpétrées contre l'AGEECI,[117] elles avaient restreint ou cessé leurs campagnes ouvertes de recrutement, la distribution de tracts et autres activités qui pourraient être interprétées comme une remise en question de la domination de la FESCI sur les campus.[118] Ainsi, à bien des égards, les tentatives d'exclusion des éventuels rivaux de l'espace politique par la violence et l'intimidation, si courantes dans le pays depuis le début de la crise, se sont reflétées au niveau universitaire et ont servi à miner fortement la liberté d'association et d'expression sur les campus.

 

Outre le fait de s'abstenir de tout acte public au nom d'une organisation rivale, les partisans de l'opposition qui vivent dans les cités étudiantes ont confié à Human Rights Watch qu'ils devaient être discrets au sujet de leur affiliation politique, allant même jusqu'à s'assurer qu'ils ne détenaient pas dans leurs chambres des livres ou des documents qui pourraient les associer à l'opposition, afin d'éviter d'être expulsés de force de leurs chambres par la FESCI: «Dans les résidences, si vous n'êtes pas pro-FPI, vous ne pouvez pas vous exprimer. Ce que vous pensez, vous devez le garder pour vous, pas l'exprimer. C'est l'une des pires choses à ce niveau-là. Vous devez cacher qui vous êtes pour votre sécurité et votre survie ».[119]

 

Plusieurs étudiants et professeurs interrogés par Human Rights Watch ont épinglé le rôle que la FESCI a joué dans la «pacification» de l'université et les avantages que cela offre pour le parti au pouvoir.[120] Tout au long des années 1990, le milieu universitaire a été un foyer d'activités de l'opposition et les manifestations d'étudiants universitaires organisées par la FESCI constituaient une source d'irritation constante pour le gouvernement.[121] Au contraire, depuis l'arrivée au pouvoir du Président Gbagbo, très rares ont été les occasions où la FESCI a fait grève ou a manifesté contre le gouvernement en faveur du bien-être des étudiants ou pour quelque autre raison, alors qu'objectivement, peu d'améliorations, si tant est qu'il y en ait eu, ont été opérées sur le plan des conditions vécues par les étudiants. Parallèlement, comme il est expliqué plus loin, certains membres de la FESCI ont fait usage de leur pouvoir pour engranger des profits financiers personnels énormes, souvent au détriment des étudiants économiquement défavorisés. Interrogé au sujet de l'absence relative de grèves en lien avec la surpopulation et autres problèmes qui dominaient l'agenda de la FESCI dans les années 1990, un dirigeant de l'association a expliqué:

 

Certains disent que nous ne faisons plus grève mais nous devons communiquer différemment et reconnaître les réalités auxquelles les gens au pouvoir doivent faire face. Gbagbo vient sur le campus et mange avec nous, il partage notre réalité. Nous constatons des petits gestes pour améliorer notre sort, et nous savons qu'il donnerait plus s'il avait plus. Il ne nous fuit pas, donc nous n'insistons pas pour avoir plus.[122]

Des dirigeants étudiants d'autres organisations interrogés par Human Rights Watch ont exprimé le désir profond de s'organiser ouvertement et publiquement et de faire pression pour obtenir de meilleures conditions pour les étudiants, mais ils ont tous déclaré qu'ils craignaient une réaction violente de la FESCI.[123] Des étudiants et des professeurs ont relevé que le comble de l'ironie dans l'histoire de la FESCI, c'est que cette organisation née du combat pour une démocratie multipartite était devenue intolérante face à toute remise en question non seulement de sa propre autorité, mais également de celle du gouvernement.[124]

 

Contrôle criminel par la FESCI des principaux services et infrastructures universitaires

Bien que les racines de certaines pratiques datent d'avant le début de la guerre civile en 2002, depuis que la crise a éclaté, les membres de la FESCI ont affiché une tendance croissante à s'approprier par des moyens criminels les principaux services et infrastructures universitaires et à décider de leur affectation. Les activités auxquelles ils se livrent sont le racket des marchands et chauffeurs de minibus à proximité des complexes universitaires, l'extorsion d'une partie de leurs bourses d'études aux autres étudiants, ainsi que la saisie illégale et la sous-location de chambres dans les résidences universitaires.

 

Un comportement mafieux

Des marchands, des membres d'un syndicat de transporteurs représentant les chauffeurs de taxi et de minibus ainsi que des fonctionnaires de mairie travaillant à proximité des bâtiments universitaires ont déclaré à Human Rights Watch qu'ils faisaient régulièrement l'objet d'extorsion et de racket pratiqués par des membres de la FESCI, comparant souvent l'organisation à une «mafia».

 

Des marchands exerçant leur activité sur le campus universitaire, dans les cités universitaires et même dans les écoles secondaires ou à proximité, ont confié à Human Rights Watch qu'ils étaient obligés de payer des «impôts» à la FESCI pour avoir le privilège de travailler. Ces «impôts» incluent des droits d'établissement initiaux de 15 000 à 25 000 francs (francs CFA ouest-africains, soit environ 30 à 50$US), suivis de paiements périodiques fixés en fonction de la taille de l'activité en question. Alors qu'une marchande de marché vendant de la garba, un repas populaire à base de manioc servi à midi, peut payer 3 000 francs par mois (environ 6$), un marchand opérant une plus grande échoppe de boissons non alcoolisées peut payer 25 000 francs par mois (environ 50$). Selon les marchands interrogés par Human Rights Watch, quiconque refuse de payer risque d'être passé à tabac ou expulsé:

 

Je gère une cabine téléphonique à proximité de l'une des résidences universitaires. Des membres de la FECI viennent souvent téléphoner et puis, ils refusent de payer. Parfois, ils viennent collecter leurs impôts chaque jour, parfois une fois par semaine. Cela dépend de leur humeur. En général ils prennent 200-300 francs par jour [environ 0,40$-0,60$], 1 000 francs par semaine [environ 2$] ou plus ou moins 5 000 francs par mois [environ 10$]. Ils viennent simplement et disent, «Nous sommes venus chercher le quota.» Si vous ne payez pas, vous risquez d'être passés à tabac, chassés de votre emplacement ou que votre magasin soit cassé.[125]    

 

Les marchands interrogés par Human Rights Watch qui ont un plus grand commerce semblent ne pas devoir payer d' «impôts» à la FESCI. Toutefois, les petits colporteurs et vendeurs de nourriture peuvent difficilement résister aux exigences de l'organisation.

Human Rights Watch a interrogé deux anciens membres de la FESCI qui ont été un jour responsables de percevoir l'argent auprès des marchands autour d'une cité universitaire. Tous deux ont décrit un système de collecte bien organisé où le «secrétaire aux finances» d'une section individuelle de la FESCI dresse une liste des marchands qui se trouvent sous le contrôle de la FESCI sur leur territoire et des «impôts» qui sont dus. Le secrétaire financier collecte alors l'argent chaque mois ou chaque semaine, mais ceci n'exclut pas la possibilité de collecter de l'argent à l'improviste en dehors des jours prévus si besoin est.[126]

 

Outre les «impôts» réguliers qui sont prélevés par intervalles, les marchands ont signalé à Human Rights Watch que les membres de la FESCI exigeaient souvent que les restaurants et taxis leur accordent des services gratuits, allant souvent manger et boire en grand groupe et refusant ensuite de payer.

Selon des étudiants, des marchands et des fonctionnaires travaillant pour une mairie, la FESCI refuse d'autoriser les percepteurs d'impôts communaux à collecter les impôts officiels du gouvernement sur leur «territoire». Un percepteur d'impôts communal a expliqué à Human Rights Watch :

 

Cela a commencé lentement, même avant 2002, mais ça a vraiment pris de l'ampleur depuis lors. Aujourd'hui, les zones situées autour des différentes cités universitaires sont un vrai no man's land. Vous ne pouvez pas y pénétrer. En 2004, en tant que chef des opérations de perception, je suis allé dans leur zone pour mener une enquête. Il n'a pas fallu longtemps avant que la FESCI ne m'encercle. J'ai demandé, «Qui êtes-vous?» L'un d'eux a répondu, «Ah, je vois. Tu n'es donc pas au courant». Puis, ils nous ont chassés de là en nous frappant et nous donnant des coups de pied. Et ceci n'est pas un cas isolé. Nous avons essayé plusieurs fois de percevoir l'argent et d'autres agents ont été carrément passés à tabac. Je dirais que nous perdons environ dix millions de francs [francs CFA ouest-africains, soit environ 20 000$] par an au profit de la FESCI en raison des «impôts» qu'elle lève autour des deux cités étudiantes situées sur notre commune.[127]

 

Les représentants d'une mairie ont dit que la police ne veut pas intervenir dans ces questions et les autres affaires impliquant la FESCI parce que l'organisation est «protégée par le pouvoir»:

Ils sont armés et nous ne pouvons certainement pas envoyer des gens pour percevoir les impôts dans leur zone. Notre seule force est la police nationale, mais les policiers nous disent qu'ils ne veulent pas de problèmes avec la FESCI, donc nous ne pouvons pas compter sur eux pour nous aider. Tout policier y réfléchira à deux fois avant d'agir contre la FESCI ou ses intérêts parce qu'il sait que la FESCI est protégée par le pouvoir. En fait, vous priez juste Dieu pour ne pas avoir de problèmes avec eux parce qu'il n'y a aucune force de sécurité qui les arrêtera.[128]

En échange des «impôts» payés, la FESCI «protège» les marchands en s'occupant des voleurs et autres fauteurs de troubles. À l'une des cités universitaires, un membre de la FESCI a décrit un système mis au point pour juger et condamner de présumés voleurs:

 

Si un marchand que nous protégeons a un problème avec un voleur, il nous en parlera. Il viendra voir celui qui est de permanence ce jour-là, qui écoutera le voleur et le marchand et puis décidera de ce qu'il faut faire. Généralement, il décide combien le voleur doit au marchand et prend une commission au voleur également. Souvent le voleur est battu. Les marchands préfèrent s'adresser à la FESCI parce que nous sommes plus efficaces que la police où les choses risquent de n'aboutir à rien. Les policiers n'ont pas le droit de venir sur notre territoire. S'ils viennent, nous les chassons. En général, ils ont de toute façon peur de nous. Donc même si un citoyen va au poste du 8e arrondissement pour dire qu'il a un problème avec la FESCI, la police lui dira qu'elle ne peut rien y faire. C'est pourquoi les cités sont un État dans l'État.[129]

Des chauffeurs de minibus qui passent à proximité de deux principaux points de ramassage et de descente situés près des infrastructures universitaires ont expliqué à Human Rights Watch qu'ils devaient payer à la FESCI 200 francs (francs CFA ouest-africains, soit environ 0,40$) chaque fois qu'ils chargeaient un nouveau passager et ils estimaient que l'argent obtenu par la FESCI des 100 minibus qui parcouraient la ligne pouvait s'élever à 160 000 francs (environ 320$) par jour.[130] Une association de transporteurs a signalé à Human Rights Watch que dans bien des cas, la police ne se trouve pas à plus de 100 mètres de là, rackettant souvent d'autres conducteurs et elle ne fait rien pour arrêter la FESCI.[131]

 

Des policiers et des étudiants ont dit à Human Rights Watch que dans leur communauté, les personnes louent de plus en plus les services de membres de la FESCI pour garantir leur sécurité ainsi que pour perpétrer des actes violents. Une femme qui avait décidé de payer la FESCI pour aider à assurer la sécurité de sa maison a été citée dans la presse locale déclarant, «Avec [la FESCI], je suis en sécurité. J'étais menacée et j'ai appelé la police. Elle n'a pas réagi. J'ai donc choisi de confier ma sécurité à des étudiants.»[132] Un policier a expliqué ce qui arrivait lorsque des éléments de la FESCI étaient engagés pour percevoir une dette privée:

 

Si vous avez un problème, si quelqu'un vous doit de l'argent par exemple, vous allez louer les services de la FESCI qui ira casser les choses pour vous et récupérer votre argent. C'est arrivé il y a tout juste un mois. Nous sommes arrivés et avons vu la FESCI qui encerclait une maison avec des gourdins. Un gars à l'intérieur devait 900 000 francs [environ 1 800$].  Ce qu'ils font principalement, c'est prendre la maison en otage. J'ai dit au gars à l'intérieur qui devait de l'argent d'essayer de proposer quelque chose. Je lui ai dit, «Si tu as 100 000 francs [environ 200$], donne-les parce que ce sont eux qui contrôlent les choses dans ce pays maintenant.» Maintenant j'entends des citoyens qui disent des choses dans le genre, «Je vais aller déposer plainte à la FESCI». Aujourd'hui c'est ainsi que certains veulent régler leurs problèmes![133]

 

Vol de l'argent des bourses

Des étudiants interrogés par Human Rights Watch affirment qu'en dehors de toute considération politique, la FESCI prend à tous les étudiants boursiers une partie de l'argent qui leur est octroyé, au vu et au su des responsables de l'université. Les étudiants ont raconté à Human Rights Watch que des représentants de la FESCI s'assoient juste à côté de l'endroit où l'argent est distribué par l'université afin de collecter «leur part», souvent environ 5 pour cent.[134] Si quelqu'un tente de résister, les étudiants interrogés par Human Rights Watch ont indiqué que la FESCI leur prend tout par la force.

Contrôle par la FESCI de l'attribution des chambres dans les résidences

La zone d'Abidjan compte plus de 60 000 étudiants universitaires mais un peu moins de 10 000 lits dans les résidences universitaires.[135] Résultat: les résidences universitaires de toute la zone d'Abidjan sont surpeuplées.[136] La rareté des lits, conjuguée au fait que bon nombre d'étudiants ne peuvent se permettre de faire la navette, veut donc dire qu'une chambre dans une résidence est une commodité extrêmement prisée.[137]

 

Dans ce contexte de pénurie, l'administration de l'université, une division du Ministère de l'Enseignement Supérieur, attribue près de 4 000 lits à différentes organisations estudiantines sur la base d'un système de quota.[138] Bien qu'à l'origine le système ait été destiné à assurer un logement au leadership relativement restreint des associations étudiantes, les représentants du Ministère de l'Enseignement ont précisé à Human Rights Watch que le système de quota s'était considérablement étendu depuis 2000.[139] En vertu de la distribution actuelle, les groupes pro-FPI tels que la FESCI, l'aile jeune du FPI (JFPI) et Solidarité Africaine (SOAF) reçoivent officiellement plus de la moitié des lits répartis dans le cadre du système de quota. Par contre, les groupes associés à l'opposition politique, tels que l'AGEECI et l'aile jeune du parti de l'opposition RDR (JRDR), ne reçoivent aucun lit dans le cadre du système de quota car, selon le ministère, «la FESCI a refusé».[140]

 

Hormis les chambres attribuées en vertu du système de quota, selon le ministère, la FESCI a pris illégalement le contrôle d'au moins 611 autres lits en expulsant les étudiants par la force.[141]

Le contrôle exercé par la FESCI sur les résidences lui confère un énorme pouvoir politique et financier. Les étudiants interrogés par Human Rights Watch ont signalé que la FESCI expulse souvent de leurs chambres par la force des étudiants non-FESCI et qu'ensuite, elle loue la chambre à quelqu'un d'autre pour un montant oscillant entre 10 000 et 20 000 francs (francs CFA ouest-africains, soit environ 20 à 40$) par lit par mois, toutes les recettes étant empochées par le membre de la FESCI qui contrôle la chambre.[142] Beaucoup d'autres étudiants obtiennent une chambre dans une résidence par l'intermédiaire de l'université, pour découvrir ensuite qu'elle est sous le contrôle de la FESCI. Bon nombre de ces chambres sont louées à des personnes qui ne sont plus étudiants, ou ne l'ont carrément jamais été.[143] Dans ces circonstances, les étudiants ont expliqué à Human Rights Watch que plutôt que de chercher à traiter eux-mêmes directement avec la FESCI, les responsables de l'université chargeaient les étudiants de s'adresser à la FESCI pour résoudre leurs problèmes de logement.[144]

 

En ce qui concerne le contrôle politique, de nombreux étudiants interrogés par Human Rights Watch ont rapporté que depuis 2002, beaucoup d'étudiants du nord ou soupçonnés de soutenir l'opposition politique ont été expulsés par la FESCI de manière sélective.[145] Selon bon nombre d'étudiants interrogés, le risque permanent d'être expulsés par la force instille un climat de peur et assure la soumission des non membres.[146] Pour sa part, la FESCI se sert de sa mainmise sur les cités universitaires pour embrigader des étudiants en vue de grands mouvements de protestation pro-gouvernementaux et autres mobilisations.[147] Par exemple, se référant aux émeutes anti-ONU de janvier 2006, un étudiant a expliqué:

Avant les manifestations de ce mois de janvier, l'un des dirigeants de la FESCI dans notre résidence a organisé une réunion et a dit à tous ceux qui vivaient là, «La FESCI descend dans la rue. Si vous ne vous mobilisez pas, vous n'aurez plus de chambre quand nous rentrerons». Donc je peux vous assurer que même si je suis un partisan du RDR, je me suis retrouvé dans la rue à un poste de contrôle comme tous les autres dits «patriotes». Autrement, j'aurais perdu ma chambre. Essayer d'aller à l'encontre de la FESCI, c'est comme essayer d'aller à l'encontre du gouvernement lui-même. Vous ne pouvez pas faire ça.[148]

En février 2007, le secrétaire général nouvellement élu de la FESCI, Augustin Mian, a participé à une cérémonie au cours de laquelle il a remis une clef symbolique de 530 chambres occupées illégalement aux responsables de l'administration de l'université.[149] Il a toutefois rejeté l'affirmation selon laquelle toutes les chambres avaient été occupées par des membres de la FESCI, pointant plutôt du doigt des anciens étudiants universitaires qui ont terminé leurs études mais refusent de quitter leur chambre. Bien qu'il s'agisse d'un fait prometteur, au moment où ont été écrites ces lignes, on ne savait pas encore très bien ce que cela signifiera dans la pratique et si cela préviendra à l'avenir les occupations illégales.[150]

 

Activit és et violences hors campus

Depuis 2002, la violence et les activités criminelles des membres de la FESCI ont souvent débordé des limites de l'université et ont pris la forme de mobilisations de masse et d'attaques à l'encontre de personnes perçues comme des opposants au gouvernement, notamment des politiciens de l'opposition, des juges, des médias et des employés des Nations Unies. Ces activités, qui ont souvent directement promu les intérêts du FPI au pouvoir, n'ont en règle générale suscité que peu de réaction de la part des autorités policières et judiciaires.

 

Blocage du processus de paix par la violence et l'intimidation

Depuis le déclenchement de la crise politique en 2002, les membres de la FESCI, avec d'autres groupes ouvertement pro-gouvernementaux tels que les Jeunes Patriotes, ont organisé de nombreuses manifestations politiques violentes en faveur du gouvernement. Dans certains cas, ces mouvements de protestation ont été le fruit d'un appel à l'action lancé directement et publiquement par les hauts dirigeants du FPI à tous les partisans de leur parti. En plusieurs occasions, les jeunes manifestants qui se livraient à une activité illégale telle que monter la garde à des postes de contrôle non autorisés ont reçu un soutien logistique direct ou autre des membres des forces de sécurité gouvernementales.

 

Ces mobilisations de masse incluent par exemple les manifestations violentes de 2003 organisées en réaction à l'accord de paix conclu sous l'égide de la France et jugé trop «pro-rebelles» par la «galaxie patriotique», où Charles Blé Goudé et Jean-Yves Dibopieu ont joué un rôle crucial en mobilisant à la fois les Jeunes Patriotes et les membres de la FESCI.[151] Le mouvement de contestation a paralysé Abidjan pendant des jours, les manifestants s'attaquant à plusieurs bâtiments français et lançant des pierres et des insultes sur des citoyens français qui essayaient de quitter le pays depuis l'aéroport d'Abidjan, tout ceci sans réaction, ou à peine, des forces de sécurité gouvernementales.[152]

 

En janvier 2006, le Groupe de travail international, un organe composé de plusieurs représentants du gouvernement et d'organisations internationales et régionales, et chargé par le Conseil de sécurité de l'ONU de superviser la mise en œuvre de ses résolutions sur la Côte d'Ivoire, a émis une décision controversée perçue comme préjudiciable pour le FPI.[153] En réponse, les Jeunes Patriotes, accompagnés des membres de la FESCI et d'autres groupes pro-gouvernementaux, sont descendus dans la rue et ont lancé des pierres, brûlé des pneus, pris le contrôle de la chaîne de télévision nationale[154] et attaqué des véhicules et des bâtiments des agences de l'ONU et des agences internationales humanitaires, provoquant de lourdes pertes matérielles. La violence et l'incitation à la violence ont obligé quelque 400 membres de l'ONU et du personnel humanitaire à opérer un retrait temporaire de certaines zones de l'ouest de la Côte d'Ivoire.[155]

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Des jeunes pro-gouvernementaux dressent une barricade le 17 janvier 2006. Des centaines de barrages routiers de ce type ont été érigés dans toute la ville d'Abidjan. © 2006 AFP

Human Rights Watch ne connaît aucun cas où les autorités ont arrêté un membre de la FESCI ou des Jeunes Patriotes pour les actions menées en janvier 2006, alors qu'ils ont paralysé la circulation pendant des jours entiers, ouvertement extorqué de l'argent à des passants et porté des gourdins et autres armes.[156] Au contraire, selon les témoignages recueillis par Human Rights Watch, les forces de sécurité ont manifestement fermé les yeux, si pas carrément autorisé les actes violents perpétrés par les groupes de jeunes tels que la FESCI et les Jeunes Patriotes.[157] Des témoins, dont un policier, ont déclaré à Human Rights Watch que les forces de sécurité procuraient un soutien logistique aux contestataires impliqués dans les violences, notamment de la nourriture, de l'eau et des transports.[158] Au cours du mouvement de contestation, les groupes de jeunes ont dressé des centaines de postes de contrôle, parfois à l'endroit même où les forces de sécurité ivoiriennes avaient installé un poste de contrôle la veille.[159] Évaluant les manifestations, le dirigeant de la FESCI de l'époque, Serge Koffi, a été cité dans un journal pro-FPI disant, «Nous sommes très satisfaits . . . La jeunesse a montré qu'elle est toujours prête, toujours mobilisée [pour défendre la république].»[160]

 

En juillet 2006, les membres de la FESCI, les Jeunes Patriotes et d'autres groupes de jeunes pro-gouvernementaux ont à nouveau causé de gros troubles à Abidjan et d'autres villes à travers le pays, érigeant des barricades, brûlant des voitures et interrompant par la force les «audiences foraines» - des audiences publiques pour les résidents, en majorité du nord, qui ne disposent pas de documents d'identification – qui constituaient une composante cruciale du processus de paix.[161] Les manifestations ont débuté après que le chef du parti de Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan, eut déclaré lors d'une conférence de presse que les audiences devraient être bloquées:  «nous appelons nos militants à s'opposer, par tous les moyens, à ce processus ».[162] Les membres de la «galaxie patriotique», notamment les membres de la FESCI et les Jeunes Patriotes, ont reçu le message cinq sur cinq. Les actions menées par les groupes de jeunes pro-gouvernementaux en réponse à cet appel aux armes ont paralysé un programme national destiné à identifier les Ivoiriens sans documents et à leur fournir des papiers officiels.[163]

 

En réponse à l'appel lancé par le dirigeant du FPI, Pascal Affi N'Guessan, le leader de l'opposition Mady Djédjé du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), une alliance de tous les principaux partis d'opposition, a appelé ses sympathisants à «débloquer [le processus d'identification] par tous les moyens», provoquant des affrontements entre jeunes pro-gouvernement et jeunes pro-opposition.[164] Selon un rapport de l'ONU, au moins huit personnes ont perdu la vie et des dizaines ont été blessées.[165] Fin juillet, les leaders des groupes de jeunes des deux camps ont appelé à une fin immédiate de la violence afin d'éviter «un Rwanda bis».[166]

Après les événements de juillet 2006, le processus d'identification n'a pas repris avant septembre 2007, mais cette fois avec la bénédiction du Président Gbagbo et de son parti, le FPI. Contrairement à juillet 2006 où un appel aux armes lancé par les dirigeants politiques avait débouché sur d'énormes troubles et des affrontements de rue entre partisans de partis rivaux, ici aucune contestation publique n'a été organisée par les groupements de jeunes pro-gouvernementaux tels que la FESCI ou les Jeunes Patriotes.

 

Le pouvoir qu'ont la FESCI et d'autres associations «patriotiques» de jeunes de mobiliser les jeunes dans la rue depuis que la crise a éclaté a été l'un des éléments clés à la base de leur influence nationale. C'est grâce aux mobilisations de masse telles que celles décrites plus haut que les membres de la FESCI et d'autres groupes «patriotiques» pensent qu'ils ont «sauvé la république» et «maintenu Gbagbo au pouvoir» [167] Un membre de la FESCI interrogé par Human Rights Watch a expliqué:

En échange de ses privilèges, la FESCI donne au gouvernement le pouvoir de la mobilisation. Quand il y a un mouvement, c'est la FESCI qui le fait ou qui l'organise. La galaxie patriotique repose sur nous pour organiser les choses. Bien sûr, aujourd'hui les Jeunes Patriotes ont moins besoin de la FESCI parce qu'ils ont une grande capacité personnelle. Mais il reste vrai que parce que nous sommes tous concentrés dans quelques endroits autour de l'université, nous pouvons tous être facilement mobilisés à partir de là. D'autres patriotes sont à la maison ici et là mais nous, nous sommes concentrés en un endroit. C'est quand les autres patriotes voient la FESCI envahir les rues qu'ils savent qu'ils peuvent sortir aussi sans danger. Chaque fois que nous nous mobilisons, les forces de sécurité envoient de l'eau et des provisions pour que nous puissions continuer. Certains nous procurent indirectement les provisions par l'intermédiaire des épouses et de la famille.[168]

 

Attaques à l'encontre de membres de l'opposition politique

À plusieurs reprises depuis que la crise politico-militaire a éclaté en 2002, les membres de la FESCI se sont rendus responsables d'attaques commises contre des dirigeants de l'opposition, des membres de l'opposition politique et des dirigeants rebelles occupant des postes ministériels dans le cadre d'un accord politique. À la connaissance de Human Rights Watch, aucune de ces attaques n'a débouché sur une enquête officielle ou sur une arrestation.

En juillet 2005, le siège du PDCI a été pris d'assaut par une meute de membres de la FESCI associés aux Jeunes patriotes qui cherchaient à empêcher un groupe de jeunes du PDCI de tenir une conférence de presse. Deux personnes ont été grièvement blessées et une douzaine d'autres plus légèrement lorsque les assaillants ont attaqué les jeunes du PDCI avec des gourdins et des barres de fer.[169] Un étudiant qui participait à l'attaque a décrit comment la police présente sur les lieux observait les exactions sans toutefois réagir :

 

Le RHDP voulait faire une réunion au siège du PDCI à Cocody mais Blé Goudé avait demandé à la FESCI d'arrêter ça. Donc Semibi, qui à l'époque était le numéro deux dans la hiérarchie après Serge Kuyo, est arrivé à la Cité Mermoz pour nous dire d'arrêter la conférence de presse.[170] Nous étions environ 60 à avoir répondu à l'appel et nous nous sommes rendus devant le siège du PDCI pour tabasser tous les jeunes qui essayaient de rentrer, à coups de poings et de gourdins. J'ai dû sortir avec tous les autres, sinon j'aurais été accusé d'être aussi un rebelle. Il y avait trois camions de CRS [Compagnie Républicaine de Sécurité] qui étaient là et qui ne faisaient rien.[171]

En septembre 2005, des membres de la FESCI ont attaqué le Ministre de l'Administration du territoire et officier supérieur des rebelles des Forces Nouvelles, Issa Diakité, alors qu'il se rendait dans le quartier abidjanais de Cocody pour assister à des funérailles.[172] Lorsque Diakité a été séparé de son détachement de sécurité, des membres de la FESCI ont barricadé les entrées de la maison dans laquelle il avait trouvé refuge, occasionnant un face à face tendu entre d'une part la FESCI, et d'autre part les gardes du corps de Diakité appartenant à l'ONUCI et les membres du Centre de Commandement des Opérations de Sécurité (CECOS) qui arrivaient pour intervenir.[173] Quelques heures plus tard, le chef d'état-major de l'armée Philippe Mangou est arrivé et après une brève discussion avec les membres de la FESCI, ces derniers ont rapidement quitté les lieux.[174]

 

Un membre de la FESCI a expliqué à Human Rights Watch qu'après l'attaque, Damana Pickas, ancien dirigeant de la FESCI, ancien dirigeant de la JFPI et conseiller actuel d'Affi N'Guessan, le chef de file du FPI, est arrivé à la Cité Mermoz [175] pour sermonner les dirigeants de la FESCI pour ces actions :

Lorsque Diakité est arrivé dans une maison près de la Cité Mermoz, deux membres [de la FESCI] l'ont vu et ont alerté tous les étudiants de Mermoz. J'étais assis dehors à l'entrée de la cité lorsque c'est arrivé. Ils sont sortis en courant et ont cassé toutes les voitures qui se trouvaient devant la maison pour assister aux funérailles. Mais je ne pense pas que le FPI ait ordonné l'attaque. Je le sais parce que [Damana] Pickas est venu à la Cité Mermoz peu de temps après pour dire que ce que nous avions fait était inacceptable et que la prochaine fois, la FESCI serait punie. Il a dit que de tous les ministres rebelles, Diakité était celui qui était le plus proche du président. C'est ainsi que j'ai su que le FPI n'avait pas ordonné de faire ça.[176]

 

Dans une déclaration publiée dans le journal pro-FPI Notre Voie, le dirigeant de la FESCI à l'époque, Serge Koffi, a décliné toute responsabilité dans l'incident, affirmant que l'attaque avait été organisée par des partisans des Forces Nouvelles.[177]

En février 2006, une foule d'étudiants jetant des pierres, parmi lesquels se seraient trouvés des membres de la FESCI, a attaqué le Ministre des Infrastructures économiques, Patrick Achi, sur le campus universitaire, forçant ses gardes du corps à tirer en l'air pour se frayer une issue.[178] Le dirigeant de la FESCI Serge Koffi a décliné toute responsabilité pour l'attaque.[179]

 

Attaque perpétrée en mars 2004 contre l'appareil judiciaire

En février 2004, trois membres de la FESCI ont été arrêtés, jugés et condamnés à quatre mois d'emprisonnement pour coups et blessures sur une personne soupçonnée de vol qu'ils avaient attrapée sur le campus. Ces arrestations ont provoqué de violents mouvements de protestation organisés par la FESCI. Les trois étudiants ont rapidement été libérés sur décision du procureur de la république, Sékou Goba, qui a par la suite été suspendu de ses fonctions par la Ministre de la Justice de l'époque, Henriette Diabaté, actuellement dirigeante de l'opposition RDR.[180] En représailles, le mois suivant, des centaines de membres de la FESCI et les milices des Jeunes Patriotes ont encerclé le Palais de Justice dans le centre d'Abidjan afin de protester contre la prestation de serment de deux juges, dont le président de la Cour d'Appel d'Abidjan, qui venaient d'être nommés par la Ministre de la Justice, Mme Diabaté.[181]

Des Jeunes Patriotes et des membres de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) manifestent devant le palais de justice d'Abidjan le 9 mars 2004 pour protester contre la nomination de nouvelles autorités judiciaires. © 2004 AFP

 

Bien que la police ait été postée autour du bâtiment en prévision du mouvement de contestation, les manifestants ont fait irruption dans le bâtiment, passant à tabac plusieurs magistrats. Human Rights Watch a interrogé l'un des juges brutalisés ce jour-là, lequel a expliqué que tandis que quelques policiers tentaient d'arrêter les assaillants, d'autres restaient là à ne rien faire, certains allant même jusqu'à collaborer avec la FESCI et les Jeunes Patriotes:

Il y avait beaucoup de policiers qui gardaient le bâtiment ce jour-là. On nous avait donc dit qu'on pouvait venir à la cérémonie sans danger. Nous sommes rentrés par la porte de derrière et avons vu des tas de jeunes gens en train de vociférer et de discourir à l'extérieur. Nous étions dans nos bureaux lorsqu'ils ont commencé à envahir les lieux. Nous étions six environ dans un bureau. Un policier est arrivé et a frappé à notre porte en disant, «Eh, que faites-vous là-dedans? Ouvrez!» J'ai ouvert la porte et le policier s'est écarté pour laisser une masse de jeunes entrer dans la pièce. Ils n'étaient pas armés. J'ai vu que certains d'entre eux étaient des membres de la FESCI. L'un d'eux a crié, «Vous menez ce pays à la ruine! C'est vous qui voulez vous débarrasser du procureur de la république parce qu'il a libéré quelques-uns de nos hommes.» Ils m'ont frappé au visage et j'étais tâché de sang. Ils voulaient me jeter dans les escaliers mais j'ai résisté. Un autre juge a été jeté dans les escaliers. Puis quelques policiers ont essayé de calmer le jeu et ont réussi à les faire partir. Nous avons donc vu qu'au sein de la police, il existait la même division politique qu'ailleurs.[182]

Suite à l'incident, un syndicat de la magistrature s'est mis en grève et a réclamé l'ouverture d'une enquête officielle, ce qu'a également demandé le président de l'association du barreau. L'ambassade des Etats-Unis a publié une déclaration dénonçant «le manque de respect pour la loi [et l'] impunité dont jouissent certains groupes». [183] Bien que le magistrat qui s'est entretenu avec Human Rights Watch ait déposé plainte et que la police ait interrogé plusieurs personnes à propos de l'affaire, personne n'a jamais été arrêté. Selon le magistrat passé à tabac ce jour-là, aujourd'hui la plainte est «presque oubliée».[184]

 

On pourrait difficilement exagérer l'impression qu'a produite sur les Ivoiriens le passage à tabac de juges, en public, par des membres de la FESCI et des Jeunes Patriotes. Des dizaines de personnes interrogées par Human Rights Watch, de la police aux professeurs et étudiants, en passant par les victimes de la FESCI, se posaient toutes plus ou moins la même question: «Si la FESCI peut même passer à tabac des juges sans crainte d'un châtiment, quel espoir ai-je d'obtenir justice?»[185] Revenant sur l'incident, l'ex-Ministre Diabaté a confié à Human Rights Watch :

Je n'ai jamais vu ni entendu pareille chose ailleurs dans le monde: des juges battus et exhibés par des groupes de jeunes, juste parce qu'ils prétendaient que les juges étaient RDR! Il n'y a eu aucune enquête sérieuse après cet incident. L'impunité est devenue la règle.[186]

 

Intimidations et attaques à l'encontre de la presse

À plusieurs reprises en 2006 et 2007, des membres de la FESCI ont assiégé et envahi des bâtiments appartenant à la presse écrite et parlée ivoirienne, laissant souvent dans leur sillage des dégâts matériels impressionnants.

À deux reprises en 2006, des membres de la FESCI ont pris d'assaut la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI) car ils voulaient lire une déclaration à l'antenne. Un témoin oculaire qui travaille à la télévision a expliqué à Human Rights Watch qu'en janvier 2006, des membres de la FESCI ont été escortés à la chaîne de télévision par le chef des forces armées ivoiriennes en personne, le Général Philippe Mangou.[187] La FESCI a alors entrepris d'interrompre un bulletin d'informations en direct pour essayer de prononcer une déclaration contre les Nations Unies:

Ce jour-là, les informations de 13 heures étaient censées passer à l'antenne. Un groupe de ministres, notamment de la sécurité, des communications et de la défense, étaient là pour lire un communiqué gouvernemental officiel appelant au calme. Mais juste avant le début de la diffusion, une dizaine de 4x4 sont arrivés dans la cour. Ils étaient remplis de membres de la FESCI, dont [le leader de la FESCI] Serge Koffi, et de Jeunes Patriotes. Le Général Mangou est également arrivé, revêtu de l'uniforme militaire et flanqué de ses gardes du corps. Un membre de la FESCI a dit, «Nous avons une annonce à faire.» Je leur ai demandé de me laisser voir ce qu'ils voulaient lire et ils ont dit qu'ils n'avaient pas de texte. Alors nous avons refusé. Notre politique était que tout ce qui était dit en direct devait être vu à l'avance. Il y avait beaucoup de tension. Finalement, ils ont fait irruption dans le studio. Le présentateur était en train de lire les nouvelles quand ils sont entrés et ont pris le contrôle du studio. À ce stade, des centaines d'autres [membres de la FESCI] étaient arrivés de la Cité Rouge à côté et nous étions véritablement pris en otages.[188]

La RTI a accepté de diffuser une déclaration préenregistrée plus tard dans la soirée. Néanmoins, le lendemain, des membres des Jeunes Patriotes et de la FESCI ont à nouveau fait irruption à la RTI et exigé de faire une nouvelle déclaration. Dans son message, le dirigeant de la FESCI Serge Koffi a annoncé qu'il avait «pris» la chaîne de télévision et a demandé aux jeunes de descendre dans la rue pour exiger le départ des troupes étrangères.[189] Des membres de la FESCI et des Jeunes Patriotes ont poursuivi leur occupation de la RTI ce soir-là, lançant des appels à l'action, notamment un appel aux manifestants pour «prendre l'aéroport».[190]

En juillet 2006, furieux parce que la RTI avait diffusé des déclarations de représentants d'un syndicat des professeurs en grève, des membres de la FESCI ont fait irruption dans les bâtiments de la chaîne pour tenter de faire à leur tour une déclaration :

 

Ils étaient fâchés parce que nous avions diffusé un reportage sur la grève des professeurs dans lequel certains des grévistes étaient interviewés. Dans le passé, lorsque la FESCI ou les Jeunes Patriotes venaient, les soldats qui se trouvaient là en permanence pour garder les lieux, ne montraient aucune résistance. Mais cette fois, certains soldats ont essayé de les empêcher d'entrer. Dans la confusion, un membre de la FESCI a frappé un soldat qui a tiré par terre et la balle a ricoché et a touché un autre membre de la FESCI [à la jambe]. Après avoir passé les grilles, ils ont réussi à briser les vitres de la plupart des voitures garées à l'intérieur du parking de la RTI. Un des soldats qui gardent la chaîne de télévision m'a dit plus tard, «Ces gars de la FESCI me font chier. S'ils sont toujours là, c'est parce que nous n'avons pas reçu d'ordres pour mettre fin à ça.»[191]

 

En août 2007, des membres de la FESCI ont pris d'assaut les bureaux d'un journal, L'Intelligent d'Abidjan, pour protester contre le soi-disant refus du quotidien de publier un droit de réponse de la FESCI suite à un article affirmant que l'association estudiantine avait changé d'alliés politiques, passant du FPI à l'UDPCI, le parti d'opposition. Selon les témoignages, la police est arrivée sur les lieux et a négocié avec les assaillants jusqu'à obtenir leur départ des locaux du journal.[192] Personne n'a été arrêté.

 

Atta ques à l'encontre d'ONG de défense des droits humains

En mai 2007, des membres de la FESCI ont attaqué et saccagé le siège de deux des principales organisations ivoiriennes de défense des droits humains, la Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme (LIDHO) et Actions pour la Protection des Droits de l'Homme (APDH), occasionnant des dégâts à hauteur de 40 millions de francs  (francs CFA ouest-africains, soit environ 80 000$US).[193] Le motif de l'attaque semble être le soutien que, d'après la FESCI, les organisations apportaient à l'association des professeurs qui faisaient grève pour obtenir de meilleures conditions de travail. Néanmoins, certains membres des deux associations de défense des droits humains émettent l'hypothèse que la grève des professeurs n'était qu'un prétexte et que le véritable objectif de la FESCI était d'une part éliminer les fichiers et dossiers contenant des informations relatives à ses méfaits, et d'autre part les punir pour avoir dénoncé publiquement des actions menées par la FESCI dans le passé.[194]

 

Les militants des droits humains ont expliqué à Human Rights Watch que lors de l'une des attaques, qui a duré plus de deux heures, la police locale était restée là à regarder alors que la destruction avait lieu, ne faisant rien pour intervenir ou essayer d'une manière ou l'autre d'arrêter les membres de la FESCI. Si des renforts de police ont été appelés, ils ne sont pas arrivés. Un témoin oculaire de l'attaque perpétrée contre la LIDHO a décrit les événements:

J'étais près de l'entrée de notre enceinte lorsque nous avons vu un énorme groupe d'étudiants venir vers nous à pied. Certains portaient des t-shirts de la FESCI. Ils n'essayaient pas de cacher qui ils étaient. Ils criaient, «C'est la FESCI!» Je dirais qu'il y en avait environ trois cents qui sont arrivés à nos locaux. La route à l'extérieur était bondée de monde. Ils avaient des pierres et des gourdins. L'un d'eux a hurlé, «Nous n'allons pas à l'école. Vous dites que vous êtes des défenseurs des droits de l'homme et pourtant vous protégez les professeurs qui ne veulent pas nous donner cours!» Ils avaient deux façons de manifester leur colère: casser et voler. Ils ont pris tous nos disques durs et ont cassé les écrans d'ordinateur. Ils ont volé les téléphones des gens, l'argent, tout ce qui avait de la valeur. Il y avait neuf membres du personnel ici, mais nous n'avons pas opposé de résistance pour sauver notre peau. Nous les avons simplement regardés faire ce qu'ils voulaient avec notre bureau. Trois policiers sont arrivés mais ils ne sont pas intervenus.

Nous avons entendu dire qu'avant de venir ici, ils avaient tenu une réunion sur le campus au cours de laquelle ils avaient décidé de faire un «sit-in» à la LIDHO. Pour ce qui est de leur réaction après les faits, Serge Koffi [Secrétaire général de la FESCI] a d'abord reconnu avoir eu une réunion où ils avaient décidé d'organiser un sit-in, puis il a accusé des «éléments incontrôlés» et ensuite il a dit, «Nous ne regrettons pas de l'avoir fait» et a précisé qu'il s'agissait d' «un avertissement». En même temps, il a même dit qu'il déposerait plainte contre nous pour avoir diffamé son organisation parce que selon lui, ce sont des voyous qui ont cassé nos affaires, pas des membres de la FESCI.[195]

 

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Vue générale des locaux de la Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme (LIDHO) mis sens dessus dessous par des membres de la FESCI. © 2007 AFP

Dans les jours qui ont suivi l'attaque, les deux ONG ont reçu la visite du Ministre de la Justice et du Président Gbagbo, qui leur ont donné approximativement cinq millions de francs chacun (francs CFA ouest-africains, soit environ 10 000$) pour les aider à couvrir les pertes subies.[196]

Les deux organisations ont exprimé leur surprise au sujet des attaques. La LIDHO en particulier avait été un ardent défenseur de la FESCI tout au long des années 1990 lorsqu'elle était persécutée par le gouvernement. Les deux associations avaient participé aux efforts de promotion d'une résolution pacifique des conflits sur les campus et avaient pris des initiatives visant à réduire la fréquence des violences sur les campus.[197]

La LIDHO et l'APDH ont intenté des procès contre la FESCI, bien qu'au moment de la rédaction du présent rapport, aucun fait nouveau d'importance n'ait eu lieu en lien avec l'affaire. Un avocat en charge du dossier pour la LIDHO a fait part de son espoir mais a reconnu que de sérieux défis risquaient de se poser :

La FESCI n'a pas été punie dans le passé mais nous pensons que cela pourrait être différent cette fois car nous suivons l'affaire avec détermination et le dossier est passé dans les mains d'un juge d'instruction qui est obligé, en vertu de la loi ivoirienne, d'ouvrir une enquête et d'entendre les gens. Il est difficile de dire si le passage à tabac de juges qui fait partie des antécédents de la FESCI jouera dans l'esprit des juges mais nous ne pouvons pas cacher le fait qu'il s'agit d'une affaire délicate et que jusqu'à présent, la FESCI n'a pas encore perdu le sommeil pour toutes les choses qu'elle a faites dans le passé. Nous sommes tous témoins du fait que les choses n'avancent jamais contre elle par le canal judiciaire. Elle jouit d'une impunité totale.[198]

 

Un autre défenseur des droits humains a expliqué qu'il était important que le dossier avance là où d'autres avaient échoué dans le passé :

Le Ministre de la Justice et le Président Gbagbo ont tous deux condamné oralement ce qui est arrivé lorsqu'ils sont venus. Mais nous avons besoin de faits concrets, pas juste d'une condamnation. Nous ne voulons pas d'argent. Nous avons intenté un procès contre la FESCI pour lui montrer qu'elle n'est pas au-dessus de la loi. Juste une fois les autorités judiciaires doivent envoyer le signal que personne n'est au-dessus de la loi en Côte d'Ivoire.[199]

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[80] Entretiens de Human Rights Watch avec d'anciens membres et dirigeants de la FESCI, Abidjan, septembre et octobre 2007.

[81] L'un des plus célèbres exemples, discuté plus loin, est celui de l'assassinat d'un dirigeant d'une association estudiantine rivale, Habib Dodo. Les détails concernant l'assassinat de Habib Dodo ont été publiés dans des dizaines d'articles de la presse locale ainsi que dans des médias internationaux tels que l'Agence France-Presse, Libération et la Voix de l'Amérique. Son assassinat a été dénoncé publiquement par les ONG locales de défense des droits humains et a été soulevé dans les rapports sur les droits humains de l'ONUCI, du Département d'État américain et de Human Rights Watch.

[82]Entretiens de Human Rights Watch avec des dirigeants d'associations étudiantes, Abidjan, 24 octobre 2007.

[83] Parmi les personnes qui ont créé l'AGEECI, beaucoup se sont associées à la «dissidence» lors de la «guerre des machettes» qui a ébranlé le campus en 2000-2001. Voir La crise éclate, l'université est secouée, 1999-2002, infra.

[84]Entretiens de Human Rights Watch avec de nombreux membres et des dirigeants de l'AGEECI , Abidjan, août, septembre et octobre 2007.

[85]Entretien de Human Rights Watch avec Ekissi Achy, Secrétaire général du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d'Ivoire, Abidjan, 26 août 2007.

[86]Voir La structure et la culture organisationnelle de la FESCI, infra.

[87] Entretien de Human Rights Watch avec un témoin oculaire et ancien membre de la FESCI, Abidjan, 24 août 2007.

[88]Plateau est le quartier des affaires situé dans le centre d'Abidjan.

[89]Bassam se situe sur la côte, non loin de la périphérie d'Abidjan.

[90]Entretien de Human Rights Watch avec Ekissi Achy, Secrétaire général du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d'Ivoire, Abidjan, 26 août 2007. Treichville est un quartier populaire d'Abidjan.

[91]«Côte d'Ivoire: University Campus Polarized by Political Violence», IRIN, 29 juillet 2005.

[92]Mouvement Ivoirien des Droits de l'Homme (MIDH).

[93]Entretien de Human Rights Watch avec Achy Ekissi, Secrétaire général du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d'Ivoire, Abidjan, 26 août 2007.

[94]Adjamé est l'un des quartiers d'Abidjan.

[95]Les cités universitaires sont éparpillées dans tout Abidjan. La Cité Rouge est un complexe universitaire résidentiel situé dans le quartier abidjanais de Cocody. Elle abrite presque tous les hauts dirigeants de la FESCI.

[96]La Ligue Ivoirienne des Droits de l'Homme (LIDHO) et le Mouvement Ivoirien des Droits de l'Homme (MIDH) sont deux des principales associations de défense des droits humains de Côte d'Ivoire.

[97] Entretien de Human Rights Watch avec un membre de l'AGEECI, Abidjan, 21 août 2007.

[98]Port-Bouët est un quartier d'Abidjan situé au bord de l'océan.

[99]Entretien de Human Rights Watch, Abidjan, 4 mars 2006.

[100]Pour de plus amples détails sur ces activités, voir Un comportement mafieux, infra.

[101]«Gumbo» désigne un procédé visant à détourner de l'argent ou à frauder d'une autre manière.

[102]Entretien de Human Rights Watch avec un étudiant universitaire, Abidjan, 29 septembre 2007.

[103]Plusieurs organisations locales de défense des droits humains ont confié à Human Rights Watch qu'elles avaient peur de donner suite aux dénonciations de violences sexuelles et autres agressions perpétrées sur le campus par la FESCI et de les rendre publiques car elles craignaient pour leur sécurité. Entretien de Human Rights Watch avec des organisations ivoiriennes de défense des droits humains, Abidjan, septembre 2006.

[104]Entretien de Human Rights Watch, Abidjan, 30 septembre 2007. Entretiens individuels de Human Rights Watch avec trois étudiants et entretien de groupe avec sept étudiantes, Abidjan, septembre 2006.

[105]«Côte d'Ivoire: Violence in University Campus», IRIN, 23 février 2007.

[106]Entretiens de Human Rights Watch, Abidjan, Côte d'Ivoire, septembre 2006.

[107]Ibid.

[108] Entretien de Human Rights Watch avec des représentants d'une organisation locale de défense des droits humains, Abidjan, septembre 2006.

[109]Ibid.

[110]«Des miliciens et la FESCI bastonnent des enseignants», Le Nouveau Réveil (Abidjan), 20 novembre 2007.

[111]Entretien de Human Rights Watch, Abidjan, 30 septembre 2007.

[112]Ibid.

[113]Deux ans sans cours ni examens, plongeant les étudiants dans une situation incertaine.

[114]Entretien de Human Rights Watch, Abidjan, 1er octobre 2007.

[115]Entretien de Human Rights Watch avec le dirigeant d'une association d'enseignants, Abidjan, 3 octobre 2007.

[116]Entretien de groupe de Human Rights Watch avec des membres d'une association de professeurs d'université, Abidjan, 1er octobre 2007.

[117] Voir Meurtre, agressions et actes de torture commis contre d'autres étudiants, infra.

[118]Entretiens de Human Rights Watch, Abidjan, 24 octobre 2007.

[119]Entretien de Human Rights Watch avec un étudiant, Abidjan, 4 octobre 2007.

[120]Entretien de Human Rights Watch avec des étudiants et des professeurs, Abidjan, 24 août et 29 septembre 2007.

[121]Voir Le militantisme étudiant dans les années 1990, infra.

[122]Entretien de Human Rights Watch avec un haut dirigeant de la FESCI, Abidjan, 2 octobre 2007.

[123] Entretiens de Human Rights Watch avec des dirigeants étudiants, Abidjan, 22 août et 24 octobre 2007.

[124] Entretiens de Human Rights Watch avec des étudiants et des professeurs, Abidjan, 5 et 24 août 2007.

[125] Entretien de Human Rights Watch avec un marchand, 20 octobre 2007.

[126]Entretien de Human Rights Watch avec d'anciens membres de la FESCI, 30 septembre et 1er octobre 2007.

[127]Entretien de Human Rights Watch avec un percepteur communal, Abidjan, 24 octobre 2007. Le chiffre de 20 000$ mentionné par le percepteur correspond aux déclarations d'anciens membres de la FESCI responsables de la perception d' «impôts», qui ont dit à Human Rights Watch qu'une section de la FESCI responsable d'une cité universitaire individuelle pouvait percevoir entre 1 000 et 2 000$ par mois. Entretien de Human Rights Watch avec d'anciens étudiants de la FESCI, 30 septembre et 1er octobre 2007.

[128]Entretien de Human Rights Watch avec le représentant d'une mairie, Abidjan, 24 octobre 2007.

[129]Entretien de Human Rights Watch avec un membre de la FESCI, Abidjan, 4 octobre 2007.

[130]Entretien de Human Rights Watch avec des chauffeurs de minibus, Abidjan, 25 août et 2 octobre 2007.

[131]Entretien de Human Rights Watch avec un syndicat de transporteurs, Abidjan, 25 août 2007.

[132]«Affrontement Policiers – FESCI: La responsabilité des autorités, la police en colère», Soir Info (Abidjan), 5 septembre 2007.

[133]Entretien de Human Rights Watch avec un policier, Abidjan, 21 octobre 2007.

[134]Entretiens de Human Rights Watch avec des étudiants, Abidjan, 23 août, 29 septembre, 1er et 25 octobre 2007.

[135]Entretien de Human Rights Watch avec un fonctionnaire du Ministère de l'Enseignement Supérieur, Abidjan, 25 octobre 2007.

[136] Les étudiants qui ont la chance d'obtenir une chambre la partagent souvent avec parfois jusqu'à huit autres personnes, qui sont souvent appelées des « Cambodgiens» en argot estudiantin. D'autres étudiants, parfois appelés «Kosovars», sont incapables de trouver un seul espace où dormir dans une résidence et ils se résignent alors à dormir dans des classes, ou des bâtiments inachevés sur le campus. Entretien de Human Rights Watch avec un étudiant universitaire, Abidjan, 20 octobre 2007.

[137] Certains étudiants interrogés ont comparé le fait de disposer d'une chambre dans l'une des résidences étudiantes au fait d'avoir une « pierre précieuse ou une mine d'or». Entretiens de Human Rights Watch avec des étudiants, Abidjan, août, septembre et octobre 2007. Dans les années 1990, les étudiants se sont plaints avec véhémence de la situation de surpopulation sur le campus qui, avec d'autres griefs, était l'une des causes fréquentes des grèves organisées par la FESCI. Depuis 2000, ce type de mouvement de protestation est devenu extrêmement rare.

[138]Les résidences universitaires sont administrées par le Centre Régional des Œuvres Universitaires (CROU).

[139]Entretien de Human Rights Watch avec un fonctionnaire du Ministère de l'Enseignement Supérieur, Abidjan,  25 octobre 2007.

[140]Ibid. Lors d'un entretien avec Human Rights Watch, un représentant du Ministère de l'Enseignement Supérieur a regretté la nature discriminatoire du système actuel de quota mais a déclaré qu'attribuer des lits à des groupes tels que l'AGEECI ou la JRDR serait dépourvu de sens car la FESCI expulserait tout simplement les occupants par la force et prendrait le contrôle des chambres. Ibid.

[141]Entretien de Human Rights Watch avec un fonctionnaire du Ministère de l'Enseignement Supérieur, Abidjan, 25 octobre 2007.

[142]Il est difficile de calculer les revenus totaux engendrés par le contrôle de la FESCI sur les cités bien qu'ils semblent être considérables. Si les 611 lits que le Ministère de l'Enseignement Supérieur reconnaît être illégalement occupés par la FESCI sont loués au tarif courant, les revenus pourraient osciller entre 12 000 et 24 000$US par mois. De plus, des étudiants ont dit que pour emménager dans une chambre, la FESCI réclame des frais d'installation à verser une fois, qui peuvent aller jusqu'à 150 000 francs (francs CFA ouest-africains, soit environ 300$). Néanmoins, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de déterminer le nombre de chambres occupées illégalement qui sont louées pour faire du profit ni le nombre de chambres qui sont utilisées gratuitement pour héberger des membres de la FESCI. Entretien de Human Rights Watch avec des étudiants, septembre et octobre 2007.

[143] Entretiens de Human Rights Watch avec un fonctionnaire du Ministère de l'Enseignement Supérieur, Abidjan, 25 octobre 2007, et avec de nombreux étudiants vivant dans les cités universitaires, Abidjan, août septembre et octobre 2007.

[144]Entretiens de Human Rights Watch, Abidjan, 22 août, 29 septembre et 24 octobre 2007.

[145]Entretien de Human Rights Watch, Abidjan, 4 octobre 2007.

[146]Entretiens de Human Rights Watch, Abidjan, 29 septembre, et 20, 22, et 24 octobre 2007.

[147] Voir Blocage du processus de paix par la violence et l'intimidation, infra.

[148]Entretien de Human Rights Watch, Abidjan, 2 octobre 2007.

[149]«Résidences universitaires d'Abidjan-530 chambres illégalement occupées rétrocédées au Crou-A», Notre Voie (Abidjan), 18 février 2008.

[150] Des étudiants ont exprimé leur scepticisme quant au fait que dans la pratique toutes les chambres concernées seraient rendues et ils se demandaient si beaucoup ne seraient pas simplement réoccupées par des membres de la FESCI à l'avenir. Entretiens téléphoniques de Human Rights Watch avec des étudiants universitaires, Abidjan, 23 et 24 février 2008.

[151]En particulier, les groupes de jeunes pro-gouvernementaux ont protesté contre l'attribution de deux ministères clés, ceux de la Défense et de l'Intérieur, à des groupes rebelles aux termes de l'accord de Linas-Marcoussis.

[152]Voir Human Rights Watch, Pris entre deux guerres: Violence contre les civils dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire.

[153] La non tenue des élections présidentielles et législatives en 2005 a soulevé des questions quant au statut des personnes occupant leur poste après l'expiration de leur mandat constitutionnel. Alors que la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies a expressément prolongé d'un an le mandat du Président Gbagbo, elle n'a pas prolongé celui de l'Assemblée Nationale mais a plutôt demandé au GTI de consulter les parties ivoiriennes «en vue de faire en sorte que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement jusqu'à la tenue des élections en Côte d'Ivoire.» Résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'ONU, S/RES/1633 (2005).  Le GTI a publié un communiqué le 15 janvier 2006 notant que le mandat de l'Assemblée Nationale ivoirienne, devant expirer le 16 décembre 2005, n'avait pas été prolongé. Ceci a été interprété par les groupes de jeunes pro-gouvernementaux et autres partisans du Président Gbagbo comme une tentative injustifiée de pousser à la dissolution de l'assemblée et de miner le parti au pouvoir.

[154]Le Secrétaire général de laFESCI, à l'époque Serge Koffi, a joué un rôle clé en appelant à des manifestations à la télévision nationale. Voir Intimidations et attaques à l'encontre de la presse, infra.

[155]Le retrait faisait suite à une confrontation survenue dans la ville de Guiglo, à l'ouest, entre des jeunes manifestants et des casques bleus de l'ONU qui protégeaient la base de l'ONUCI, se soldant par la mort de cinq contestataires et faisant jusqu'à 39 blessés parmi les manifestants, dont des membres de la FESCI et des Jeunes Patriotes. Entretiens de Human Rights Watch avec des dirigeants des Jeunes Patriotes, des élus et des participants aux manifestations, Guiglo, mars 2006. Un rapport officiel du Comité de crise de la Mairie de Guiglo a expliqué que les manifestations étaient conduites «par des dirigeants du FPI et ceux de mouvements patriotiques», notamment la FESCI, le COJEP et SOAF.

[156] Le Conseil de sécurité des Nations Unies a été moins indulgent. Le 7 février 2007, il a activé une interdiction de voyager à l'encontre de trois personnes et gelé leurs avoirs : Charles Blé Goudé et Eugène Djué des Jeunes Patriotes, ainsi que Fofié Kouakou, un commandant des Forces Nouvelles à Korhogo. Les sanctions ont été imposées conformément à la résolution 1572 (2004), qui stipule que les personnes qui font notamment peser «une menace sur le processus de paix et de réconciliation nationale en Côte d'Ivoire», ou «toute autre personne qui seraitreconnue responsable de violations graves des droits de l'homme et du droit international humanitaire en Côte d'Ivoire» peuvent être désignées par le Comité des sanctions.Résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies 1572, S/RES/1572 (2004).

[157]Entretiens de Human Rights Watch avec des sources de l'ONU et des organisations locales de la société civile, Abidjan, mars 2006.

[158]Ibid ; entretien avec un policier, Abidjan, 21 octobre 2007 ; entretien avec un membre de la FESCI, Abidjan, 4 octobre 2007.

[159] Entretiens de Human Rights Watch avec des sources de l'ONU et des organisations locales de la société civile, Abidjan, mars 2006.

[160]«Serge Koffi: 'Nous ne voulons plus revoir Kébé à la RTI'», Notre Voie (Abidjan), 20 janvier 2006.

[161]Les audiences étaient destinées à reconnaître d'un point de vue légal les centaines de milliers d'habitants de Côte d'Ivoire qui ne disposent pas d'un certificat de naissance et d'autres formes d'identification par l'État. La majorité des personnes sans documents d'identité sont originaires du nord de la Côte d'Ivoire à majorité musulmane, considéré comme un bastion du pouvoir RDR. L' «identification» a constitué une composante essentielle de tous les accords de paix et est citée par beaucoup de dirigeants rebelles comme un casus belli.

[162]« Audiences foraines perturbées, élections d'octobre compromises davantage », Inter Press Service, 24 juillet 2006. L'appel de N'Guessan a été réitéré quelques jours plus tard lors d'un rassemblement de jeunes par Mamadou Coulibaly, qui à l'époque était le numéro trois du FPI. En expliquant leur opposition aux audiences d'identification, les partisans du FPI invoquaient généralement des préoccupations au niveau des fraudes et insistaient sur le fait que l'identification ne devrait pas avoir lieu avant le désarmement rebelle.

[163]Par exemple, le journal pro-FPI Notre Voie a rapporté qu'un groupe de membres de la FESCI avait bloqué avec succès les audiences dans le quartier de Yopougon à Abidjan. «Audiences foraines à Abidjan : La mobilisation des Ivoiriens fait échec au déroulement de l'opération», Notre Voie (Abidjan), 19 juillet 2006.

[164]«Boycott des Audiences Foraines, Affrontements sanglants à Bassam», Soir Info (Abidjan), 26 juillet 2006.

[165] Conseil de sécurité des Nations Unies, «Dixième rapport du Secrétaire général sur l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire», S/2006/821, 17 octobre 2006.

[166]«Boycott actif des audiences foraines: L'Alliance 'patriotique' et le RJDP appellent à la cessation immédiate des violences», Le Patriote (Abidjan), 27 juillet 2006.

[167] Par exemple, suite à de violents mouvements de protestation contre l'accord de paix de Linas-Marcoussis conclu sous l'égide de la France, le Secrétaire général de la FESCI de l'époque, Jean-Yves Dibopieu, a déclaré que «Gbagbo écoute beaucoup les jeunes car il sait qu'ils l'ont mis là où il est… Notre rôle est de mobiliser chaque jour la population, les jeunes, pour descendre dans la rue…». Cité dans, Lane Hartill, «Ivorian youths show clout; Violent protests last weekend against French peace plan highlight young people's influence on government», Christian Science Monitor, 4 février 2003.

[168]Entretien de Human Rights Watch avec un membre de la FESCI, Abidjan, 4 octobre 2007.

[169] Département d'État américain, Bureau de la démocratie, des droits humains et du travail, «Country Reports on Human Rights Practices – 2005: Côte d'Ivoire», 8 mars 2006, http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2005/61565.htm (consulté le 4 décembre 2007).

[170]Serge Kuyo a été secrétaire général national de la FESCI de 2003 à 2005. Il a été tué dans un accident de voiture en septembre 2007.

[171]Entretien de Human Rights Watch avec un témoin oculaire, Abidjan, 20 octobre 2007.

[172]Département d'État américain, Bureau de la démocratie, des droits humains et du travail, «Country Reports on Human Rights Practices – 2005: Côte d'Ivoire», 8 mars 2006, http://www.state.gov/g/drl/rls/hrrpt/2005/61565.htm (consulté le 4 décembre 2007).

[173]Le CECOS est une force d'élite de réaction rapide chargée de lutter contre la criminalité à Abidjan et dont les membres proviennent de l'armée, de la gendarmerie et de la police.

[174]Christopher Melville, «Opposition Minister Escapes 'Assassination Attempt' in Ivorian Capital», Global Insight Daily Analysis, 7 septembre 2005.

[175] Les cités universitaires sont éparpillées dans Abidjan. La Cité Mermoz ainsi que la Cité Rouge sont situéesà Cocody, un quartier relativement cossu d'Abidjan, non loin de l'université.

[176]Entretien de Human Rights Watch avec un membre de la FESCI, Abidjan, 20 octobre 2007.

[177]«Déclaration de la Fesci suite à l'agression du Ministre Issa Diakité près de Mermoz», Notre Voie (Abidjan), 8 septembre 2005.

[178] Entretien de Human Rights Watch avec un fonctionnaire des Nations Unies, 3 mars 2006. Voir également «Un ministre de l'opposition pris à partie par des étudiants pro-régime», Agence France-Presse, 18 février 2006.

[179]«Accusée par plusieurs journaux de la place : La FESCI rejette toute responsabilité dans l'agression du ministre Patrick Achi», Notre Voie (Abidjan), 22 février 2006.

[180]Entretien de Human Rights Watch avec Henriette Diabaté, secrétaire générale du RDR, Abidjan, 4 octobre 2007. «Affaire 3étudiants condamnés puis libérés : Henriette Diabaté décide de sanctionner le procureur», Notre Voie (Abidjan), 4 mars 2004.

[181]Un membre de la FESCI a été cité dans la presse locale disant, «Nous avons assiégé le palais de justice pour réparer l'injustice que Mme Diabaté vient de créer au nom de son parti politique . . .  par la condamnation injuste des trois étudiants de la Fesci . . . Nous refusons aussi que Mme Diabaté se serve de cette affaire pour régler des comptes au Procureur de la République . . . qui a courageusement pris la décision de faire libérer les trois étudiants.» «Palais de justice - La Fesci et les Jeunes Patriotes attaquent: deux magistrats blessés», Fraternité Matin (Abidjan),10 mars 2004.

[182] Entretien de Human Rights Watch avec un ancien magistrat, Abidjan, 6 août 2007.

[183]«Ivory Coast pro-Gbagbo youth movement threatens to disrupt demo», Agence France-Presse, 18 mars 2004.

[184]Entretien de Human Rights Watch avec un ancien magistrat, Abidjan, 6 août 2007.

[185] Entretiens de Human Rights Watch, Abidjan, août, septembre et octobre 2007.

[186]Entretien de Human Rights Watch avec Henriette Diabaté, secrétaire générale du RDR, Abidjan, 4 octobre 2007.

[187] Pour de plus amples détails sur les émeutes anti-ONU de janvier 2006, voir Blocage du processus de paix, infra. Voir également Human Rights Watch, «Parce qu'ils ont des fusils… il ne me reste rien.» Le prix de l'impunité persistante en Côte d'Ivoire.

[188]Entretien de Human Rights Watch avec un employé de la RTI, Abidjan, 24 août 2007.

[189] Reporters sans frontières, «Une semaine de terreur pour la presse sous la loi des Jeunes Patriotes» 24 janvier 2006.

[190] Reporters sans frontières, «Le siège de la radiotélévision a été levé», 20 janvier 2006. Selon un journal local de l'opposition, en janvier 2006, le Secrétaire général de la FESCI à l'époque, Serge Koffi, aurait déclaré: «Je me considère vice-directeur de la RTI. Je peux y aller quand je veux et être entendu». Cité dans «Manifestation de rue: La FESCI menace à nouveau», Le Patriote (Abidjan), 23 janvier 2006.

[191]Entretien de Human Rights Watch avec un employé de la RTI, Abidjan, 24 août 2007.

[192]«La FIJ condamne le pillage d'un journal privé par des étudiants », communiqué de presse de la Fédération Internationale des Journalistes, 31 août 2007.

[193]Entretiens de Human Rights Watch avec des défenseurs des droits humains, Abidjan, 23 et 24 octobre 2007.

[194]Entretiens de Human Rights Watch avec des défenseurs des droits humains, Abidjan, 23 et 24 octobre 2007.

[195]Entretien de Human Rights Watch avec un défenseur des droits humains, Abidjan, 24 octobre 2007.

[196]Entretiens de Human Rights Watch avec des défenseurs des droits humains, Abidjan, 23 et 24 octobre 2007.

[197]Ibid.

[198] Entretien de Human Rights Watch avec un défenseur des droits humains, Abidjan, 24 octobre 2007.

[199] Entretien de Human Rights Watch avec un défenseur des droits humains, Abidjan, 23 octobre 2007.

 


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