mercredi 23 février 2011

Pourquoi le Président Gbagbo doit partir?

Manthia Diawara

Professeur à l'Université de New York.

Auteur de Bamako, Paris, New York

 

 

Pourquoi le Président Gbagbo doit Partir?

 

Il doit partir, pas parce que la France, l'Amérique et les Nations Unies l'ont dit.  Après l'Iraq, la Palestine, le génocide du Rwanda et les élections au Gabon, on sait que ces grandes puissances, souvent soutenues par l'ONU, peuvent être aveuglées par leurs intérêts personnels. Les récentes publications de Wikileaks viennent apporter de l'eau au moulin de ces intellectuels africains qui soutiennent la thèse des complots et les ingérences des Occidentaux dans les affaires africaines.

Il doit partir, pas parce que la Commission Electorale Indépendante a déclaré Alassane Ouattara victorieux, sans l'aval de la Cour constitutionnelle, seule habilitée à légitimer les résultats.   En Afrique, on est habitué aux élections volées. Nombreux sont les présidents qui passent avec plus de 80% des votes.  Il y en a même qui refusent de partir après avoir perdu les élections et qui se font remplacer par leurs fils après des mandats illégaux, ou après leur mort.  A ceux qui ne sont pas contents, ils disent: "Et alors, y'a quoi même ?"

Il doit partir, pas parce qu'il a eu tort de dire tout ce qu'il a dit sur Alassane Ouattara, concernant l'origine de ce dernier et ses relations avec les capitalistes Français et Américains qui ne demandent qu'à recoloniser l'Afrique.

Mais Gbagbo doit partir parce qu'un temps est révolue en Afrique : Ben Ali en Tunisie l'a compris, et Mubarak de l'Egypte vient de le comprendre.   Son départ mettra en garde, avec encore plus de force, toute l'Afrique contre les aberrations, et permettra enfin de dire: "Y'en a marre des présidents à vie, de leurs fils, et des constitutions taillées sur mesure."

Gbagbo doit partir, pas parce qu'il a peur des sanctions, ou des invasions par les armées de l'ONUCI et de la CEDEAO; le peuple et l'armée ivoirienne sont forts et le soutiennent. Non pas parce qu'il a peur de mourir pour son peuple et pour une Afrique indépendante et souveraine; bien avant lui, d'autres héros du Pan-Africanisme, tels que Lumumba, Cabral et Sankara disaient: "La patrie ou la mort, nous vaincrons." Mais, Gbagbo doit partir pour mieux émuler ces héros de la résistance et pour bien marquer les esprits par son sacrifice pour le peuple Ivoirien et pour le progrès de la  en Afrique.

On sait que ce mot, démocratie, n'est pas parfait et qu'il fait lever les sourcils de bon nombre de nos intellectuels nationalistes et pan-africains. Mais, de nos jours, l'heure n'est pas à la résistance.  Depuis 1982, date de la création du FPI, Gbagbo est connu dans son pays comme un socialiste qui avait choisi la voie de la transformation pacifique et démocratique.  Personne ne gagne si la Côte d'Ivoire tombe dans le même scénario que le Zimbabwe, ou la Somalie, ou le Soudan, ou, pire, dans un fratricide cauchemardesque à la Rwandaise et Congolaise.  C'est pourquoi Gbagbo doit partir pour que les Ivoiriens gagnent, que l'Afrique gagne. 

  Gbagbo doit partir, non pas que cela reviendrait à abandonner son peuple, le Sud et les Chrétiens à la merci des étrangers, les gens du Nord, comme le dit si bien la Première Dame, Simone Gbagbo.  Il doit partir, non plus parce que c'est la France qui aurait gagné en plaçant son Homme, Alassane Ouattara, à la tête du pays.  Mais, il doit le faire pour éviter la mort d'autres Ivoiriens, sauver son parti, le FPI, et lui permettre, s'il le souhaite, de revenir comme "outsider" aux prochaines élections. 

Si Gbagbo part, comme Cellou Dallein Diallo en Guinée, la Côte d'Ivoire et l'Afrique toute entière auront franchies une nouvelle étape.  Les héros de cette nouvelle Afrique ne seront ni les présidents tribalistes, ni les partis clientélistes, ni mêmes les présidents qui sont perçus comme victorieux des élections récentes au Togo, au Gabon, au Liberia, en Guinée, au Burkina et en Côte d'Ivoire.  Les héros seront les Cellou Dallein Diallo et les Gbagbo qui ont su quitter à temps.  Ceux qui auront pu éviter à l'Afrique un autre Libéria, une autre Sierra Leone, avec la guerre, les réfugiés et la famine.

Si Bagbo part, ceux qui auront encore plus à perdre seront les présidents qui se préparent à changer leur constitution pour rester plus longtemps au pouvoir, ou pour faire élire leur fils.

L'Afrique avance et les Africains ne sont plus dupes. Il ne sert à rien de continuer à blâmer la France ou l'Amérique pour bloquer ce progrès sur le continent.  Gbagbo doit partir pour apporter sa contribution à cette Afrique qui avance.

 

 

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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