samedi 5 février 2011

Message du Pr Dialla Konaté.

Salut chers jeunes frères Lassana Namake Keita et Yachim Maiga
Salut à toutes particulièrement a notre sœur Yvonne et a tous

Yachim et Lassana posent des questions très importantes qui rejoignent des tas
de messages qui me parviennent surtout de la part de jeunes terriblement
troubles par le fait de se trouver exclus de la vie économique et sociale de
notre pays du fait qu'ils n'ont pas, entre autre et essentiellement, d'emplois.
La tâche d'un ancien comme moi est d'aider à la réflexion, à aller vers ce qui
est constructif en répondant, premier lieu aux interrogations.

La Tunisie « fonctionnait » avec Ben Ali mais, sans doute, mal car il y avait
la corruption et le népotisme qui étaient attaches a la façon de Ben Ali de
gouverner. Ben Ali enlevé, on peut espérer une meilleure Tunisie. L'Egypte est
plus complexe. Ce pays aussi fonctionnait mais avec la corruption et le
népotisme attaches a un système dont Moubarak faisait partie et qui, une
différence avec le cas tunisien, peut survivre a Moubarak dans la mesure où le
système inclus l'armée. Au Mali je suis convaincu que changer mécaniquement les
responsables de l'Etat, dans la situation actuelle ne peut garantir que le Mali
va fonctionner mieux, du fait même que les maux qui existent au Mali concernent
notre façon commune de penser et de nous comporter, individuellement et
collectivement. Je vais être plus précis.

J'ai une conviction que j'ai souvent répétée ici dans nos espaces de
discussions. Cette conviction a été confortée encore plus ces deux dernières
années. J'ai compris au moins trois choses:
1- ni les gens au pouvoir ni les citoyens ordinaires ne sont sourds. Il manque
entre les décideurs et les citoyens un système de convertisseurs permettant de
transformer le langage des uns en éléments compréhensibles par les autres. Cela
est d'autant plus nécessaire que j'ai observé un dysfonctionnement total dans le
fonctionnement de l'Etat et de la société. Les procédures ne sont pas claires et
connues aux personnes qui sont nommées dans des fonctions. Une personne placée
dans une fonction, sans formation préalable, ne saura pas capter une bonne idée;
elle ne saura pas transformer une idée nouvelle en initiative ou, le cas
échéant, en proposition à faire acheminer par voie hiérarchique avec
l'argumentaire nécessaire. Du coup en raison même de la précarité sociale,
chacun gère sa place pour ne pas la perdre. On ne fait rien car on a peur de
laisser voir que l'on ne sait pas tout, en particulier que l'on ne connait pas
les procédures. Vous verrez rarement dans une administration, quelqu'un avoir
peur de n'avoir rien fait ; vous verrez toujours quelqu'un trembler d'effroi a
l'idée de perdre sa place lorsqu'il se sent obligé d'agir en prenant des
initiatives. Dans ce cas tout dans la société semble n'avoir de solution qu'au
plus haut sommet de l'Etat : la Primature ou la Présidence. Mais ces services ne
sont ni outilles ni mandates pour s'occuper de questions à résoudre au niveau
local. Du coup, on tourne en rond et rien n'avance. Un attelage fait des
intellectuels et de la presse aurait pu constituer un convertisseur. De nombreux
intellectuels sont devenus paresseux et ne réfléchissent pas. De nombreux
journalistes se vendent au plus offrant et produisent un article à 5000Cfa,
souvent fort médiocre. Les associations de la société civiles sont trop faibles
et n'ont pas de porte-voix, souvent;
2- le subjectif a remplacé l'objectif. En raison du point ci-dessus par lequel
on voit que les gens sont nommés a des positions sans passer, comme aux Etats
Unis, par une formation que l'on appelle "orientation", les gens en sont
réduits, surtout si le travail ne relevé pas de leurs formations originelles, à
faire ce qui d'après eux est "bien". Alors dans son service le responsable se
fait entourer par des gens qui n'ont aucune opinion personne que celle émise par
le chef ou, pire, par ignorance ont peur de s'exprimer. L'arbitraire et le
subjectif, de bonne foi (parce qu'on pense bien faire) prennent la place de
l'objectivité qui est la règle pour faire marcher un pays au quotidien.
3- La perte de la notion du temps et donc de l'efficacité. Si un dossier traité
en un jour donne a une action une efficacité et une rentabilité de 10% (en
économie on est sur une tendance de croissance d'un pays comme la Chine, donc
c'est excellent). Si on traite plutôt le dossier en 5 jours, cette efficacité et
cette rentabilité tombent à 2% (un taux d'aggravation de la misère car
économiquement ce taux ne couvre même pas la croissance naturelle de la
population). Combien de responsables intermédiaires sont conscients de cela. Et
donc des actions méritoires qui peuvent développer notre pays se mettent en
place chaque jour sur initiative de simples citoyens ou des autorités mais la
rentabilité est anéantie parce que nous n'avons pas, collectivement et
individuellement, intègre le temps comme facteur de développement humain.
Ces 3 points me permettent de revenir aux questions de Lassana et Yachim. En
Egypte et en Tunisie, l'administration fonctionne, ainsi que l'économie, les
hôpitaux, les écoles, etc.... mais les gens ne peuvent pas s'exprimer. D'où une
frustration individuelle énorme qui s'accumule tous les jours en étant contenue
par la peur du système politique en place.
Au Mali les gens peuvent s'exprimer mais se heurtent à un mur dès qu'il s'agit
de se mouvoir dans la société: l'administration ne fonctionne pas, les écoles ne
marchent pas, les hôpitaux ne fonctionnent pas, la solidarité sociale a
disparue, etc... La parole fait que les gens partagent cette frustration, de
façon superficielle. Psychologiquement, cela libère ceux qui se parlent entre
eux et donc la parole constitue une soupape de sécurité pendant un certain
temps. Tous les psychologues connaissent bien ce phénomène. La frustration est
donc plus lente à s'accumuler dans le cas du Mali mais s'accumule quand même.
En Egypte, en Tunisie, au Mali, la frustration (de diverses origines) finit par
affaiblir le contrat social et finit par faire perdre la crédibilité des
institutions. Alors la moindre occasion fait exploser ces frustrations longtemps
contenues.
Quelle est donc la solution pour éviter les crises sociales graves ?
La solution est précisément celle que nous avons toujours prônée dans nos débats
et qui s'explique en deux notions : (1) la première notion est la nécessité de
suivre le rythme de la vie démocratique pour changer les institutions. Au Mali
les élections ont lieu tous les 5 ans. Chaque élu doit aller au bout de son
mandat. Pas un jour de plus. A la fin du mandat, le peuple, préalablement bien
informé, doit se prononcer ; (2) Il faut une coalition de patriotes, de
républicains et de démocrates conscients pour jouer le rôle de convertisseurs.
Par des analyses et des débats on explicite les problèmes du pays. Par des
propositions concrètes on aide le gouvernement et les partis politiques à
concevoir des projets et programmes de gouvernement. Par des initiatives du
genre « Forum national de l'éducation », « Etats Généraux contre la Corruption
et la Délinquance Financière » nous contribuons à construire des solutions
concrètes en mettant ensemble les gouvernants et le peuple. La mise en œuvre de
ces solutions ne relève plus de nous mais du gouvernement et des acteurs
sociaux. A chacun son rôle. D'autres initiatives citoyennes sont aussi sorties
de nos débats.
Bien entendu notre rôle de convertisseur n'est pas aisé. Ceux qui sont au
pouvoir et ceux qui, dans les partis politiques, aspirent à y être, trouvent que
nous sommes trop critiques. Tandis que souvent des jeunes peuvent penser que
nous sommes « des vendus ». Ainsi va la vie. Mais les uns et les autres
gagneraient pourtant, tant, à nous écouter. Avons-nous bien réussi notre rôle de
convertisseur ? Non. La faute est sans doute de notre côté aussi mais beaucoup
plus du côté du gouvernement, des partis politiques et des organisations de la
société civile qui ne nous prennent pas au sérieux. Je suis certain que nous
sommes plus utiles au mali que tous les bailleurs de fonds reunis.
Je vais, personnellement dans une page d'information (désormais traditionnelle)
sur SahelTech, vous dire ce que concrètement je crois que nous pouvons faire
dans le domaine de l'éducation et de l'emploi des jeunes.
Dialla Konaté
Blacksburg, 4 février 2011 Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
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