vendredi 18 février 2011

Le pain et le cirque.

Le pain et le cirque…

 

Il est souvent bon de ne pas donner les raisons d'une décision car, la décision peut être bonne mais les raisons qui la motivent peuvent être mauvaises. C'est l'exemple du policier qui appréhende un malfrat et qui justifie son acte par le refus de ce dernier à lui donner sa part de pourboire ou parce qu'il le soupçonne d'être l'ami de sa petite copine.

Mr Alioune Ifra N'Diaye a certainement d'autres raisons humanistes pour justifier la médaille « du mérite » et la présence du Président ATT aux cotés du groupe de Bittar mais, celles évoquées par lui sont plutôt révélatrices d'un autre profond problème.

 

Lisez : « …Mais Bakary, malheureusement ou heureusement, ces personnes sont une réalité du Mali. C'est des opérateurs qui créent de l'emploi, qui contrôlent une grande partie de l'activité économique locale malienne et participent grandement au dynamisme de la société…. Le corps social malien en devenir est très complexe. Son mode d'adhérence ? Je crois que le Président Touré le connaît bien. Et une des valeurs ( ?) de ce corps social est de ne pas humilier. Et ATT en a fait une ligne de conduite. A tord ou à raison ? C'est sa ligne de conduite. Il s'y est tenu jusqu'à aujourd'hui. Il n'a pas humilié Bittar et Compagnie. Mais il les a intelligemment désavoués ». Dixit Mr N'Diaye.

 

En Colombie, Pablo Escobar était une réalité tangible. Il employait, dans des domaines légitimes, une importante main d'œuvre contribuant ainsi à l'essor économique de son pays en allégeant les souffrances de plusieurs familles en quête du Pain Quotidien.

Assez de fois plus riche que son pays, il avait même proposé de payer la dette entière de la Colombie envers les Etats-Unis qui s'élevait à plus de $10 milliards. Courageusement et nanti de dignité et de  sagesse, le président de l'époque, César Gavira Trujillo et son gouvernement opposèrent une fin de non-recevoir.

Il faut admettre d'emblée que Pablo n'est pas Bittar et le Mali n'est pas la Colombie. Nous ne sommes pas engagés dans une étude comparative ni des deux hommes ni des deux pays. Ce qui nous meut est bien l'argumentaire d'une certaine intelligence qui voudrait dédouaner l'acte des uns et la présence des autres par des agrégats culturels et la nécessité de reconnaissance à des « bienfaiteurs » économiques ( ?).

C'est vrai, comme l'avait écrit Alexandre Dumas : « L'argent est l'argent, quelles que soient les mains où il se trouve c'est la seule puissance qu'on ne discute pas. » Mr N'Diaye vénérerait ces dires de Mr Dumas sûrement.

 

La fonction de Président de la République a aussi et surtout une stature  morale hors gabarit. C'est pourquoi de par le monde, les campagnes présidentielles ont toujours tenté de mettre à nu le personnage du futur élu. C'est sous les feux croisés des critiques, souvent méchantes il est vrai, qu'il nous vient de percevoir les qualités mais aussi les « shortcomings » du premier magistrat.

Nous ne doutons pas qu'ATT soit, dans le contexte malien, un homme bien. Il n'aime pas « humilier », il se plait à être au juste milieu entre les parties, bref tout ce qui dans ce pays donne cette impression de grand homme. Mais la charge du président va au delà  de la propre image du personnage ; c'est plus que s'accommoder de ses relations personnelles quand celles-ci blessent ses concitoyens. Le P.R. est comme un sémaphore qui guide les navires en perdition vers le port ; De ses actes et dires dépendent la crédibilité de tout un peuple ; Le chef n'est pas n'importe quoi dans les mains de n'importe qui. Souvenez vous : qui était au pouvoir quand le malien était respecté et qui y était quand il a perdu cet honneur ?

La simple présence de Tony Rezko, dans la même salle que le candidat Obama, lors d'une levée de fond en sa faveur et la photo d'Abramovitz avec le même futur président noir de l'histoire américaine ont failli coûter au monde l'espérance de la démocratie de ce pays. On nous dira encore que les USA ne sont pas le Mali. Bèh enfin ! Nulle part n'est comme ici  quand il s'agit de combattre la corruption, de dénoncer le laissé aller et le laissé faire dans les mœurs et dans les délices outrageants, nul ne sait mieux justifier les maux de sa société que les hommes d'ici. C'est souvent Dieu ; c'est le plus souvent l'argent mais jamais les hommes. Et gare à vous d'observer de loin ce qu'eux font semblant ne pas voir de si près selon que vous touchez là où ça blesse. Demandez cela à Mrs Touré et Mariko de la France, à Mrs Konaté et Ouattara des Etats-Unis, à Mr Maïga depuis Haïti et même à Mr Assadek qui est pourtant au Mali, toutes ces intelligences là ne seraient pas bien imprégnées des réalités maliennes. Mr N'Diaye claironne le même refrain que beaucoup d'autres qui ne savent ni parler ni se taire et voient dans les contributions, autres que financières, des frères expatriés comme des empêcheurs à tourner en rond.  Lisez encore une fois : « Que faire ? Universitaires !  Donneurs de leçons installés à l'extérieur !... »  Comme si la position géographique éméchait l'intelligence des fils hors du pays. Et pourtant…

 

Dans Rome des théories politiques, lorsque le « peuple » grognait son dégoût des tenants du pouvoir, il leur était distribué, pendant les comices, du pain et du miel pour calmer les ardeurs. C'est ce qui fut désigné comme la stratégie du Pain et du Cirque. C'est ce que faisait ressortir Bob Marley dans Ambush in the night en ces termes : « Ils arrivent à nous avoir par des stratégies politiques….ils nous affament et lorsqu'il y a de la nourriture, notre frère devient notre ennemi » De nos jours, l'argent pouvant acheter et le miel et le pain, et même plus, il ne faudra pas se faire prier pour défendre le boursier qui qu'il soit et quoi qu'il fasse. Les « valeurs sociétales » qui nous lient à ceux qui nous humilient collectivement ne sont pas d'ici. Cette nouvelle valeur est le Dieu Argent. Pour sûr, il sait imposer toute sorte de valeur à ceux qui l'adorent mieux que tout.

 

Haïdara Chérif.

Haidara01@sbcglobal.net

Chicago, IL

USA

 

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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