mardi 1 février 2011

Des révolutions populaires en cours

Bonsoir,

Les derniers développements des évènements consécutifs aux vagues de mouvements populaires qui ont déferlé sur l'Egypte (plus d'un million de manifestants au Caire et autant à Alexandrie pour la journée d'aujourd'hui, un précédent dans l'histoire égyptienne) après la révolution tunisienne, fait craindre une contagion dans les pays arabes en général (pas seulement au Maghreb). Le roi de Jordanie a limogé son gouvernement et a nommé un nouveau premier ministre dans la foulée. J'avais pu penser que l'exemple tunisien ne se reproduirait pas dans beaucoup d'autres pays du Maghreb, arabes et de l'Afrique noire. Car contrairement aux tunisiens qui sont en majorité des cadres moyens bien formés et qui ne pouvaient tolérer des comportements moyenâgeux de leurs dirigeants, les autres peuples suscités ont été abrutis par leurs dirigeants successifs qui n'avaient pas les mêmes visions et politiques basées sur l'éducation de base et la formation des populations. Ces peuples ont été récupérés par les extrémismes qui leur proposaient comme salut à leur vécu quotidien ou le sens véritable à donner à leur vie (pour le cas des pays pétroliers et nantis), la haine contre l'occident sous les pseudonymes de  mécréants, d'infidèles, de jihad, de croisée conte l'islam, d'impérialisme, de néocolonialisme, etc. L'exemple actuel de la Cote d'Ivoire soutenu par certains de nos intellectuels ne fait pas fier d'être africain. Le seul cas dont on peut être fier en Afrique est incontestablement la révolution malienne de mars 1991. Mais il ne suffit pas seulement d'en tirer une vaine fierté, il faut que cela serve au développement économique et social et aux libertés fondamentales.

Les quelques enseignements que l'on peut tirer de ces mouvements sociaux :

L'attitude exemplaire de l'armée qui refuse de tuer son propre peuple en prenant fait et cause pour lui, contrairement à la police et aux milices qui restent fidèles aux régimes en agonie (plus de 200 morts en Tunisie avant la fuite du dictateur et plus de 300 en Egypte). J'espère que nos tirailleurs sauront tirés un avantage utile de cet enseignement pour les mouvements populaires à venir dans nos propres pays pour l'acquisition de nos véritables indépendances, après les parades et les folklores des 50 dernières années.

L'armée a été la clé de l'énigme en Tunisie. Elle a persuadé Ben Ali de s'en aller, autrement, elle ne pourrait plus rien pour sa propre sécurité et celle de sa famille. Elle est aussi la clé de l'énigme en Egypte. Il suffit qu'elle choisisse son camp. La suite des évènements nous édifiera.

L'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication dont Internet et la téléphonie (cellulaire en particulier), incontournables de nos jours pour réussir ces mouvements sociaux.

Ces révolutions sociales constituent un rempart contre l'islamisme (c'est mon avis personnel) contrairement à ce que pensent de nombreux analystes occidentaux. Je ne pense pas que ces révolutions durement acquises dans le sang par des peuples en quête de libertés puissent être récupérées par l'islamisme. C'est le plus grand bien qui pouvait arriver au monde moderne et « civilisé ». La quasi-totalité des terroristes viennent des pays arabes et du Maghreb. S'ils trouvent un sens véritable à leur vie, ils se détourneront de l'extrémisme. La comparaison avec le cas de la révolution iranienne n'est pas raison. Le monde est devenu un village planétaire. Les peuples se copient entre eux. Les tunisiens, d'où est parti la première révolution moderne disent « niet » à quiconque essayerai de récupérer leur révolution durement acquise pour une hypothétique réservation d'une hypothétique place au paradis. Il peut bien y aller, mais sans eux. « La Tunisie est un pays arabe dont la religion est l'islam ». Nous voulons nous démarquer de ce genre de slogan inscrit dans nos constitutions et être nous-mêmes, pratiquer la religion que nous voulons, que nous soyons musulmans ou athée. Disait un juriste tunisien membre du comité constitué pour la rédaction de la nouvelle constitution tunisienne. « Nous sommes des femmes libres et nous nous battrons jusqu'à nos vies s'il le faut pour préserver cette liberté acquise » disaient des femmes tunisiennes dans les manifestations. C'est extraordinaire. Eh bien, les autres peuples qui ont été aveuglés copieront ce modèle, comme ils copient la révolution tunisienne.

L'atteinte des pays pétroliers dont l'Arabie saoudite et l'Iran par la flamme de la révolution populaire en quête de libertés n'est pas le pire scénario, au contraire. Le pire est l'explosion gigantesque du prix du baril du pétrole créant une crise mondiale sans précédent.

Kamano

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Savoir, c'est porter la responsabilité d'agir, et agir c'est s'engager dans la voie de la reforme de la société. L'engagement est une responsabilité sociale de l'intellectuel 


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