mardi 15 février 2011

De l'effroyable adhérence de nos modes de pensée à nos effroyables pensées



De l'effroyable adhérence de nos modes de pensée à nos effroyables pensées

 

En lisant l'article de Mr Touré, je me suis demandé si c'était une farce ou le retour des théories racistes dans le monde des intellectuels européens. Heureusement que ce n'est pas le cas, le racisme scientifique reste bien une aberration historique. Quels sont les éléments matériels qui soutiennent vos affirmations Mr TOURE ?

C'est vrai que nous ne faisons pas tout ce qu'il faut pour nous sortir de notre situation actuelle mais, est-ce que c'est à cause de nos cultures ?  Qu'est-ce que, Mr TOURE, vous  appelez culture ?

Sans tomber dans l'angélisme, je reconnais que, comme toute œuvre humaine, nos cultures ne sont pas parfaites, donc ont des aspects négatifs. Cependant, malgré leurs imperfections, nos cultures ne seront être les causes de nos sous-développements et le penser serait faire preuve d'une légèreté intellectuelle condamnable. Qui a introduit sinon amplifié la corruption matérielle chez nous ?  Nos grands parents ne disaient-ils pas mieux vaut la mort que la honte ? La parole donnée est sacrée ? Ne se souciaient-ils pas de leurs images en défendant parfois contre tout, leurs dignités, leurs honneurs ?

Mr TOURE, le débat sur les causes du sous-développement de l'Afrique n'est ni nouveau ni censuré intellectuellement comme vous le prétendez. Des auteurs comme Axelle  KABOU, Et si l'Afrique refusait le développement, L'Harmattan, Paris,  1991 ; Aminata BARRY, L'Afrique sans le capitalisme,  Ed. T.S. Zed & Harris, Collection « Points de vues », 1996 ; René  DUMONT, L'Afrique noire est mal partie, Editions du seuil, Paris, 1962 et tant d'autres ont fait et refait ce débat. Ni les cultures africaines, ni la colonisation ni même les modèles économiques africains n'ont été épargnés dans les discussions des intellectuels de l'époque. Ce n'est donc pas un aspect nouveau dans l'appréhension et dans la compréhension des problèmes africains, ce n'est pas non plus le fruit d'analyses partielles si les auteurs ne mettent plus en relation une culture et le développement, car ceux qui l'ont fait ont très vite montré les limites de leurs pensées.

 

L'extraversion de notre économie qui n'est pas adaptée à nos besoins, ajoutée au fait que les termes, défavorables pour nous, de l'échange sont fixés par les autres font que nous subissons les perversions du capitalisme sauvage. Si nous réfléchissons en tant que lettrés pour trouver les voies et moyens de nous sortir de ce système gangreneux, nous pouvons, en ce moment-là, commencé à analyser de façon approfondie et objective les atouts et les faiblesses de nos cultures. Pour ce qui concerne la docilité ou la résignation du peuple, à mon avis, elle découle d'un manque d'information :

Soit par la déformation ou la rétention expresse de l'information par  les détenteurs des moyens de contrôle du système ;

Soit par l'incapacité de la majorité d'analyser le système et de tirer les conclusions qui s'imposent d'où les adhésions parfois incompréhensibles du peuple à des projets et actions néfastes à leur développement.  

Dans tous les cas j'estime qu'aujourd'hui le Mali a suffisamment de lettrés qui, s'ils ont la conviction et la volonté, peuvent guider leur peuple vers un bien être sans que cela ne soit un copier-coller du développement à l'occidental.

Je pense que chez nous, particulièrement au Mali, on a fait ou du moins hérité d'un système inadéquat. Notre passé de peuple d'une grande civilisation  nous avait déjà inscrit dans un schéma différent où la codification sociale s'était faite avec les éléments de nos cultures et dans lequel schéma le matériel, bien qu'important, n'était pas central. Je sais que nous acceptons aujourd'hui ce que nos ancêtres, même démunis, n'auraient pas accepté. Les grandes civilisations africaines, les différentes figures de la résistance sont des preuves irréfutables des qualités de nos cultures. Oui à l'emprunt culturel et non à l'aliénation.

 Je suis consterné par cette analyse de Mr TOURE des cultures africaines. Si nous intellectuels et assimilés commençons à avoir des arguments comme ceux de TOURE, nous finirons par donner plus qu'un sens au discours tant décrié de SARKOZY à Dakar où le président français affirmait que « l'homme africain n'est pas rentré dans l'histoire ».  Non, les cultures africaines ne comportent pas en elles les vecteurs du sous-développement, c'est la démission des intellectuels  africains et assimilés dans leurs missions de guides et de modèles de probité morale, qui constitue le moteur du sous-développement africain et malien en particulier.  Comme le disent mes amis les hommes de droit : « qui ne conteste pas, consent », alors soyons acteurs du changement de la vie politique malienne, mais redevenons nous-même, nos cultures ne sont pas à blâmer, il y a pire dans ce monde. Il n'y a donc pas et ne saurait avoir des cultures du développement, d'une part, et des cultures du sous-développement, d'autre part.

 

  Cordialement,

Zanga.

 

 




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