mercredi 12 janvier 2011

Lettre ouverte au Président de la République du Mali : Bamba Gagny KIABOU, Président de la COREAM, à ATT : " Monsieur le Président ! 2012 a déjà commencé au Mali."

Contributions
Lettre ouverte au Président de la République du Mali : Bamba Gagny KIABOU,
Président de la COREAM, à ATT : " Monsieur le Président ! 2012 a déjà commencé
au Mali."

L'Indépendant, 12/01/2011 Commentaires [ 1 ] E-mail Imprimer

Bamba Gagny Kiabou
Monsieur le Président ! Au moment où je signe cette lettre que je vous adresse
en prenant à témoin notre grand peuple du Mali, je voudrais commencer mon propos
en m'inclinant par la salutation devant le Président de tous les Maliens. Dieu
ne nous recommande-t-il pas de respecter le chef qu'il nous a donné ?
Cette lettre n'est pas celle d'un puîné en manque de notoriété qui, en
interpellant l'illustre aîné, veut (se) donner l'impression qu'il s'est hissé à
sa hauteur ou qu'il est capable de le faire. Dans un autre camp, on aurait pu
l'appeler lettre de (re) cadrage, parce que touchant à plusieurs aspects
importants de la vie sociopolitique de notre pays. Cette lettre suscitera à
coup sûr la controverse, les réactions les plus diverses. Certains diront :
"encore des gens qui veulent apparaître au balcon ; " ou encore : " ils veulent
être conviés à la soupe. " Les plus gentils penseront : " ils ont du culot hein!
" ou " ils sont tout juste sympathiques ". Nous aurions aimé entendre les uns et
les autres dire : " ils en ont dans la tête et dans les tripes ces jeunes ; ils
peuvent faire du chemin." Mais il y a et il y aura toujours le Mali qui parle
Monsieur le Président.
Soyons du côté du Mali qui travaille !
Je m'excuse à l'avance Monsieur le Président de devoir vous entraîner dans une
lecture étendue ; j'espère que vous ne la trouverez pas trop fastidieuse ! Il
paraît que les Chefs d'Etat n'aiment pas trop lire. Mais, vous savez, je suis un
homme de plume : un homme de lettres doublé d'un juriste ayant flirté avec le
journalisme, le tout aggravé aujourd'hui par l'homme politique. On peut donc
dire qu'il n'y a plus d'espoir pour (re) faire de moi un homme normal. Mais
Joseph Joubert nous console un peu comme ceci : " les mathématiques rendent
l'esprit juste en mathématiques, les lettres le rendent juste en morale ; les
mathématiques apprennent à faire des ponts, la morale apprend à vivre. " Maigre
consolation, n'est-ce pas ? Monsieur le Président ! Savez-vous que 2012 a déjà
commencé au Mali ? Absorbé sans doute par les grands dossiers de l'Etat, vous
pouvez fort bien ne pas vous en être rendu compte. Rassurez-vous Monsieur le
Président ! Ce n'est pas pour vous parler d'un calendrier que je vous écris
aujourd'hui. Dans notre Parti, la COREAM, nous avons fait un certain nombre de
constats sur la vie de la Nation malienne que nous avons estimé devoir
répercuter à votre niveau. Lorsqu'on se veut leader d'opinion et qu'on choisit
l'action publique, on a le devoir, sans être forcément un conseiller du Palais,
d'attirer l'attention du Chef sur certaines questions auxquelles le peuple ne
trouve pas de réponse.
Sur la démocratie
Le peuple de la COREAM constate avec les autres Maliens que nous avons décidé de
faire du copier-coller de la démocratie occidentale. En attendant d'inventer une
démocratie plus intelligente, comme on dit chez nous, ''à la malienne'', nous
devons faire de ses règles une application rigoureuse tant qu'elle ne heurte pas
nos us et coutumes. Des avancées et bienfaits de cette démocratie universelle,
nous devons faire de l'ultra petita (faire plus) et non de l'infra petita (faire
moins). Vous ne verrez jamais, dans les démocraties occidentales, les tenants du
pouvoir utiliser des trésors d'ingéniosités pour empêcher des citoyens d'être
candidats quel que soit le scrutin, au motif qu'il risque d'y avoir des
candidatures fantaisistes. Il arrive seulement que certaines d'entre elles
exigent des candidats l'obtention d'un certain nombre de signatures, mais jamais
le paiement de sommes faramineuses comme dans plusieurs pays d'Afrique. Au Mali
nous avons institué les deux : les signatures et les millions. Je me suis
toujours demandé et je vous le demande aujourd'hui Monsieur le Président, vous
que les maliens considèrent comme le père de notre démocratie : qu'est-ce qui
justifie que, dans un pays pauvre, dans un pays de pauvres comme le Mali, l'on
exige le paiement de 10 ou 20 millions de francs aux éventuels candidats à
l'élection présidentielle ? Dans ce cas, a-t-on le droit de continuer à nous
faire accroire que l'on met tout en œuvre pour favoriser l'égalité des chances
entre enfants de riches et enfants de pauvres ou réduire le fossé entre riches
et pauvres ? Peut-on nous faire la preuve que ceux qui, dans ce pays, sont
capables de payer une caution de 20 millions FCFA, sont les seuls aptes à le
gouverner ? Les riches sont-ils plus intelligents que les pauvres (nous avons vu
sur les bancs de l'école que c'est très souvent le contraire) ? Non, Monsieur le
Président ! Il serait très dangereux de chercher à consacrer la ploutocratie au
Mali. Instituer et laisser se perpétuer une telle pratique revient à dire que
les 10 440 000 FCFA pauvres du Mali (toute proportion gardée en matière d'âge et
de santé physique) n'ont pas le droit de briguer le poste de Président de la
République. Si vous expliquez cela aux Maliens en termes intelligibles, ils
seront plus nombreux dans les rues et les stades que du temps du controversé
Code de la famille et des biens. En sus, nous pensons que cette disposition est
plus susceptible de semer les germes de la corruption dans les rangs des
candidats d'abord (avant l'élection) et d'encourager le locataire de Koulouba
ensuite au détournement de deniers publics (après l'élection) ; il y a fort à
penser que le dirigeant élu cherchera d'abord à ''rentrer dans ses fonds'' pour
payer ses dettes de campagne. Dans l'histoire de notre pays il n'y a pas de
Président de la République issu d'une famille riche. De Modibo Keïta à
vous-même, les quatre Chefs d'Etat qui ont gouverné notre pays avec des fortunes
diverses sont tous issus de famille pauvres ou, tout au plus, modestes.
L'histoire des cautions électorales exorbitantes a commencé en Afrique avec des
Chefs d'Etat qui, désireux de perpétuer leur pouvoir dictatorial ou leur pouvoir
personnel et qui, n'ayant pu résister aux exigences multi partisanes de leur
peuple, les ont imaginées pour, pensaient-ils, barrer la route du pouvoir à leur
opposant de toujours souvent sans le sou. Mais, est-ce parce que Houphouët a
fait payer 20 millions FCFA à Gbagbo que le Mali et d'autres pays d'Afrique
doivent servilement ''singer' cela ? Soyons imaginatifs, mais dans le bon sens
des intérêts de nos populations ! Les lois sont souvent porteuses des germes des
implosions dans nos sociétés (chez nous le Code de la famille et des biens en a
été une brillante et bruyante illustration il y a un peu plus d'un an).
L'autre aberration qui, à notre sens, est aussi un recul démocratique, c'est la
condition de la résidence continue dans le pays pendant plusieurs années pour
avoir le droit d'être candidat à l'élection présidentielle que, semble-t-il, nos
autorités s'apprêtent à introduire dans le code électoral (décidément ! nous ne
sortirons jamais des codes). C'est du moins ce qui nous revient. Autant dire,
explicitement, parce que c'est ce que cela veut dire implicitement, que les
Maliens de l'extérieur, qui ont souvent acquis fortune, expérience et
connaissance dans leur Etat de séjour et dont on n'a de cesse de vanter les
mérites, ne peuvent avoir de prétentions présidentielles que s'ils renoncent à
leurs activités plusieurs années avant. Imaginez un seul instant Nicolas Sarkozy
faisant voter une telle loi pour empêcher la candidature de Dominique
Strauss-Kahn qui est, à l'heure actuelle, le mieux placé pour remettre en cause
sa réélection en 2012 (les sondages donnent Strauss-Kahn gagnant avec
pratiquement 62% des suffrages) ! Impensable ! Les règles de la démocratie
sont universelles et l'homme a la même soif de liberté quels que soient les
cieux sous lesquels il évolue. Les signes de blocage ou de panne de la
démocratie malienne se multiplient. Il n'y a pas eu de révision des listes
électorales dans plusieurs ambassades depuis plusieurs années, alors même que
notre Code (nous y revoilà), en la matière, nous impose une révision par an. Le
Recensement Administratif à Vocation d'Etat Civil (RAVEC) n'a pas encore débuté
dans plusieurs autres. Si nous nous arrêtons au satisfecit que le monde nous a
donné en matière de démocratisation, si nous baissons la garde, dans quelques
années, ce n'est plus seulement à un recul de notre démocratie à laquelle nous
allons assister mais, purement et simplement, à sa mise en bière. Nous pensons
que si la démocratie devait marquer le pas dans notre pays, ce n'est pas sous
votre magistère que cela devait advenir. Suivez mon regard !
Sur la pauvreté
Beaucoup d'effort a été fait en matière d'infrastructures routières et
d'urbanisation. Je suis sûr que l'ex-Président Moussa Traoré, à sa sortie de
prison, a du penser : " je ne reconnais pas Bamako " comme Hamani Diori avant
lui, après quelques années pénitentiaires, s'était exclamé ainsi : " je ne
reconnais pas Niamey ! " Mais, Monsieur le Président, développer ce n'est pas
enjoliver, pas seulement en tout cas. Aujourd'hui, les Maliens ont,
majoritairement et prioritairement, des besoins primaires : manger, se soigner,
s'instruire. Déjà en 1980, Harold Wilson tirait la sonnette d'alarme : " pour la
majeure partie de l'humanité, le problème le plus urgent c'est celui de la
faim". En 2010, une majorité de Maliens ne mange pas trois fois par jour. En
matière de santé, même si le plateau technique s'améliore, ce sont simplement
les soins de santé primaires recensés à Alma Ata que notre pays n'est toujours
pas capable d'assurer à nos populations. L'école demeure le grand échec de nos
gouvernements successifs ces dernières années, tant au niveau des
infrastructures qu'au plan de la pédagogie. Nous ne pourrons gagner ces combats
que si nous arrivons à faire reculer la pauvreté et donner du pouvoir d'achat
aux populations. Or, force est de reconnaître que la pauvreté ne recule pas dans
notre pays, malgré un taux de croissance positif et stable depuis quelques
années. Un rapport récent du Fonds des Nations Unies pour l'Alimentation et la
Population (FNUAP) révèle qu'il y a 72% de pauvres dans notre pays. Si nous
convertissons 72% en nombre d'habitants, cela nous donnera un chiffre qui fait
tressaillir : 10 440 000 pauvres au Mali sur une population globale de 14 500
000 âmes. Et ce chiffre concerne uniquement ceux qui vivent en dessous du seuil
de pauvreté absolue ; c'est-à-dire que les 4 500 000 personnes qui restent ne
sont pas tous riches.
Sur ma candidature
Je suis né le 4 janvier 1960. Les enfants nés cette année-là sont les jumeaux du
Mali ; ils ont la prétention de croire qu'ils ont une grande part de
responsabilité, de devoir et autant de droits à faire partie de son avenir. Vous
savez, Monsieur le Président, les hommes d'Etat naissent de plusieurs façons :
par appel du devoir, à cause du mépris d'autres hommes d'Etat ou, plus souvent,
par décret divin. Ils doivent, à mon sens, avoir un certain nombre de qualités :
le coup d'œil et l'instinct politiques, l'étoffe et le charisme, la sagesse et
le sens du jugement, la compétence et le patriotisme (et non pas le nationalisme
dont Mitterrand disait que " c'est la guerre "), la probité et l'honnêteté
intellectuelle, la connaissance des grands dossiers nationaux et la maîtrise des
grands enjeux mondiaux, le sens de l'Etat et la conscience de la Nation, le
respect des ordres et la capacité à (re) garder comme (con) sacrée la raison
d'Etat. Le sens de ma candidature, c'est aussi d'inviter les maliens à découvrir
ces qualités dans les cadres de la COREAM, notre Parti. Ce n'est pas, loin s'en
faut, une candidature de témoignage. C'est une candidature sérieuse, sous-tendue
par l'ambition de faire mieux, beaucoup mieux que vous Monsieur le Président
pendant votre passage à la tête de l'Etat. Si cette ambition légitime est vue
comme de la prétention, nous disons que nul n'est digne de la fonction
présidentielle s'il n'a pas pour objectif de dépasser celui à qui il veut
succéder. Nous sommes dans un monde où il ne suffit plus de faire assez
lorsqu'on a le sort des gens entre les mains. Il faut toujours en faire beaucoup
plus. Nous ne sommes plus dans le combat entre la démocratie et le
totalitarisme. La première a, presque partout, triomphé de la seconde. Même les
pouvoirs personnels peinent à subsister. Nous avons dépassé le siècle de la
vitesse. Il y a beaucoup de leçons à tirer de la fin du XXè siècle et du début
du XXIè qui a commencé avec le troisième millénaire. Au moment où la COREAM
prend ses quartiers dans l'arène politique et s'inscrit à votre succession, nous
nous sommes déjà nourris de ces enseignements. Nous sommes prêts à faire entrer
notre pays dans une nouvelle ère de prospérité. Pour cela, nous avons pris
rendez-vous avec le peuple malien. Mais nous sommes conscients qu'en face il y
aura un ordre ancien que vous, Monsieur le Président, allez vous ingénier à
adouber (''adouber'' = terme du jeu d'Echecs qui signifie ''ajuster sur la
case'' un pion mal placé). Nous sommes conscients que le pouvoir n'est pas à
donner et qu'il va falloir aller chercher. Nous sommes dans cette dynamique.
Vous voyez, 2012 a bel et bien déjà commencé !
(A suivre)
Bamba Cagny KIABOU
Président de la COREAM, candidat à l'élection présidentielle de 2012
L'Indépendant, est seul responsable du contenu de cet article 105 hits

Autres Articles dans la même catégorie
Crise au sein du conseil national de la jeunesse du Mali (cnj) : Ensemble
impliquons nous tous pour apporter notre contribution pour l'unité de la
jeunesse

Remonter


Vos commentaires Modifier mon avatar

Posté par antakamama 939, le 12 Jan 2011 10:22:01 GMT
encore un Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
B.P. E3206 Bamako-Mali
Cel1 (00) 223 643 49 64
Cel2 (00) 223 653 83 44

Aucun commentaire: