mardi 11 janvier 2011

Jeune Afrique d’hier : Dans le secret de la médiation des émissaires de l’UA et de la CEDEAO

International

Jeune Afrique d'hier : Dans le secret de la médiation des émissaires de l'UA et
de la CEDEAO




11/01/2011 Commentaires [ 5 ] E-mail Imprimer



Qu'ont dit les trois présidents ouest-africains et le Premier ministre Kenyan à
Laurent Gbagbo ?
Les apparences sont parfois trompeuses. La cordialité affichée le 03 janvier
entre Laurent Gbagbo, dans son palais d'Abidjan, et les trois chefs d'Etat -
Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra Léone) et Pedro Pires (Cap-Vert) -,
accompagnés, cette fois, du Premier ministre kényan Raila Odinga, n'a pas éludé
la question de fond. " Tu dois partir, quitte à revenir. C'est cela la
démocratie ", a lancé Boni Yayi, reprenant l'exemple de son prédécesseur Mathieu
Kérékou et évoquant, au passage, des textes bibliques. " Il n'y a rien à
négocier, si ce n'est l'amnistie de Gbagbo et de ses proches. C'est le prix de
la paix ", ont ajouté les trois présidents envoyés par la Communauté économique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Un discours qu'ils ont tenu
également auprès d'Alassane Ouattara.
"Nous avons essayé d'entrouvrir des portes de sortie de crise en invitant les
deux parties à la retenue, le temps qu'elles acceptent de se parler ", explique
un membre de la délégation. En clair, les quatre émissaires ont proposé
notamment à Laurent Gbagbo une rencontre avec Alassane Ouattara. Leur hôte a
accepté. C'est pourquoi, quelques heures plus tard, Raila Odinga a évoqué
publiquement ce projet. Aussitôt, Alassane Ouattara a répliqué : " Pas de
rencontre tant que M. Gbagbo ne reconnaît pas ma victoire ".
Laurent Gbagbo a par ailleurs tenté de retourner le Premier ministre Kényan, le
plus farouche de tous. Il a ressorti ses "preuves" écrites et visuelles des
"irrégularités" et des violences dans le Nord, et joué la carte de l'ouverture
en réitérant sa proposition de création d'un comité d'évaluation des élections,
chargé notamment de "recompter". "Raila Odinga cherchait à comprendre. Son
attitude faisait sourire Boni Yayi. Pedro Pires, de son côté, était moins
loquace, un peu sur ses gardes ", raconte un témoin du palais.
Quel compte rendu a été fait au président de la Cedeao, le Nigérian Goodluck
Jonathan ?
Le lendemain, à Abuja, les trois chefs d'Etat et le Premier ministre kényan ont
tenu devant le président nigérian, Goodluck Jonathan, le même discours : " Il
faut privilégier la négociation. " L'un des moins va-t-en guerre de la
délégation a ajouté : " Les deux parties finiront par s'entendre sur quelque
chose. Je suis optimiste. Ce qui est important, c'est que les Ivoiriens ne
s'entretuent pas pour 1825 jours de pouvoir " - soit un quinquennat.
Visiblement, les pays ouvertement hostiles à une intervention militaire de la
Cedeao (Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Ghana) ont marqué quelques points. Du
moins pour l'instant.
Pourquoi l'Union africaine a-t-elle choisi Raila Odinga ?
Le parcours du Premier ministre Kényan explique sans doute pour beaucoup le
choix de l'Union africaine (Ua), dont la paternité reviendrait à Jean Ping, le
président de la Commission. Raila Odinga aurait dû accéder à la tête de l'Etat
lors de l'élection présidentielle de décembre 2007. Mwai Kibaki a été plus
rapide : il s'est proclamé président et a prêté serment dans la foulée avant
même que les résultats soient entièrement connus. Après deux mois de
négociations tendues et des affrontements qui firent quelque 1100 morts, un
gouvernement de coalition a sauvé le pays de la guerre civile et contraint les
deux adversaires à travailler main dans la main. Tant bien que mal…
Pour Odinga, ce précédent néfaste est un véritable " viol de la démocratie ". Le
message est donc simple. Odinga s'est sacrifié pour partager le pouvoir avec un
président battu ; or ça ne marche pas. Commentaire d'un diplomate ouest africain
: " Il n'y a pas mieux qu'Odinga pour expliquer à Gbagbo que la solution à la
kényane ne peut pas s'appliquer à la Côte d'Ivoire ".
Quel est le jeu de Paris ?
" On essaie de ne pas se mettre en avant ", confie un décideur à Paris. " En
termes de légitimité, il est toujours préférable que les Africains soient
devant. En plus, on a la chance que la Cedeao et l'Ua soient relativement
germes. " Bref, après l'ultimatum adressé le 17 décembre à Laurent Gbagbo - "
Une maladresse ", concède un diplomate français -, Nicolas Sarkozy est le moins
visible possible. De bonne source, le président français suit le dossier " de
très près ". Il téléphone régulièrement à son homologue nigérian Goodluck
Jonathan. La ligne : encourager l'option militaire de la Cedeao, mais surtout ne
pas y participer. Seule exception : un appui pour le renseignement. Si cette
option est écartée, Paris comptera alors sur l'asphyxie économique et
financière. Commentaire d'un proche du dossier : "Gbagbo joue la montre. Il va
falloir la jouer avec lui".
A l'Elysée, la question est gérée au quotidien par le sherpa Jean-David Levitre,
le responsable Afrique André Parant et toute la cellule diplomatique. Au Quai,
elle est suivie personnellement par la ministre, Michèle Alliot-Marie. " Elle
s'intéresse énormément aux questions africaines ", témoigne l'un de ses
collaborateurs " Quand on lui envoie une note sur la Côte d'Ivoire, elle nous la
retourne avec des annotations du genre : "Précisez, qu'est-ce que vous voulez
dire par là ?" " A ses côtés, les hommes de son cabinet - Hervé Ladsons, Jérôme
Bresson, etc. - et le directeur Afrique, Stéphane Gompertz, donné partant depuis
neuf mois, mais toujours là !
Pourquoi Gbagbo a-t-il perdu le soutien américain ? Quelle est la position
d'Israël ?
" Les mensonges et les fausses promesses de Gbagbo ont fini par exaspérer Obama
", dit un proche du département d'Etat à Washington. " Et comme Obama est un
homme de principes, qui plus est avec une fibre africaine… "

Le droit, rien que le droit. Dix-huit mois après le discours d'Accra, le
président américain fait ce qu'il dit… au détriment de Gbagbo.
Côté israélien, on fait profil bas. Fini le temps où l'ambassadeur à Abidjan
soutenait ouvertement Laurent Gbagbo. Aujourd'hui, son successeur prend bien
soin de se démarquer des sociétés privées israéliennes qui travaillent pour le
régime (sécurité, écoutes téléphoniques, etc.). Et à Tel-Aviv, le gouvernement
de Benyamin Netanyahou ne fait aucune déclaration.
Que fait le président burkinabé, Blaise Compaoré ?
Prudence, prudence, le président burkinabé ne peut rien dire qui mette en danger
ses deux à trois millions de compatriotes installés en Côte d'Ivoire. En
revanche, il agit. Si la Cedeao choisissait l'option militaire, son pays serait
l'un des contributeurs de troupes. Loin derrière le Nigéria - qui assurerait
notamment l'appui aérien -, mais à la hauteur du Sénégal, du Mali et de quelques
autres, qui pourraient accepter d'envoyer chacun plusieurs centaines d'hommes.
Dans ses vœux de nouvelle année, Blaise Compaoré a lâché ces petites phrases : "
Je voudrais rassurer nos compatriotes qui vivent dans des pays à transition dite
difficile. Le gouvernement restera de concert avec la communauté internationale
et interafricaine pour garantir leur sécurité. " On ne saurait être plus clair.
Pourquoi Mouammar Kaddafi est-il silencieux ?
En fait, le 5 janvier, le " guide " libyen est à moitié sorti de son silence. Ce
jour-là, il a reçu en audience le ministre des Affaires étrangères de
Sierra-Léone. Or, au sein de la Cedeao, le Sierra-léonnais Ernest Koroma est
l'un des chefs d'Etat les plus fermes vis-à-vis de Laurent Gbagbo. Communiqué de
l'agence Jana après l'entretien : " Le guide privilégie les voies pacifiques de
conquête du pouvoir par les urnes. Le perdant doit savoir reconnaître sa défaite
et attendre le prochain scrutin pour retenter sa chance ". Dans l'entourage du
numéro un libyen, Mohamed Al-Madani, le patron de la Cen-Sad, continue de
plaider la cause de Gbagbo. Mais Ouattara bénéficie du soutien de deux poids
lourds : l'ancien ministre des Affaires étrangères, Ali Triki et l'actuel Moussa
Koussa.
L'Afrique du sud du président Jacob Zuma joue-t-elle un rôle?
Celle de Jacob Zuma, non. En revanche, celle de l'ex-président Thabo M'Beki,
oui. Le 5 janvier, le médiateur Sud-africain a lancé sur la chaîne Sabc : " Il
ne faut surtout pas une intervention militaire en Côte d'Ivoire, car cela va
déclencher une guerre civile : " En pratique, Zuma soutient la ligne
pro-Ouattara de l'Ua, mais sans enthousiasme. En décembre, il a hésité plusieurs
jours avant de se ranger derrière l'organisation. Commentaire d'une experte de
Johannesburg : " Que ce soit au Soudan ou en Côte d'Ivoire, quand M'Béki prend
un dossier, Zuma se décharge sur lui, à la façon de Ponce Pilate. Zuma est ravi,
le temps de la crise, il est sûr que M'Beki ne s'occupera plus de l'Afrique du
Sud ".
Le gouverneur de la Bceao, Philippe Henri Dacoury-Tabley, a-t-il vraiment coupé
les vivres à son ami Laurent Gbagbo ?
Philippe Henri Dacoury-Tabley, le gouverneur de la Banque centrale des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (Bceao), est dans une situation très inconfortable. Imposé
par Gbagbo, il doit aujourd'hui prouver sa loyauté envers ses mandants, qui
reconnaissent Ouattara. Son kit de survie ? Les règles de fonctionnement de la
banque, très précises. Ainsi, s'il a montré des réticences à assumer l'opération
de retrait des signatures de l'administration Gbagbo avant la réunion du Conseil
des ministres de l'Union monétaire, le 23 décembre, et indiqué les risques qu'il
y avait à " suspendre " les comptes d'un Etat membre, il s'est, semble-t-il,
exécuté. En effet, " toutes les opérations entre la Bceao et le trésor public
ivoirien sont suspendues ", assure un économiste proche du conseil
d'administration de la banque. Les avoirs ivoiriens s'élevaient en décembre 2009
à 1479 milliards de Fcfa (2,2 milliards d'euros). Gbagbo ne peut plus légalement
compter sur ce trésor de guerre.
Le comité de direction de la Bceao continue toutefois d'émettre des réserves sur
un " bannissement " de la Côte d'Ivoire, jugé plus complexe à mettre en œuvre
qu'il n'en a l'air. Petit cas pratique : " Le siège national de la banque à
Abidjan est gardé par les Forces de défense et de sécurité (Fds), loyales à
Gbagbo. Si elles viennent ouvrir les coffres pour récupérer les avoirs,
qu'est-ce qu'on fait ? " S'interroge un cadre en service à Dakar. En cas de
non-coopération, Dacoury Tabley pourrait-il être remercié par sa tutelle ? Il a
un mandat " irrévocable ", précise l'article 56 des statuts de la Bceao. L'ami
de Gbagbo n'a pas le choix et aurait fait allégeance à Ouattara. Le 31 décembre,
il a reçu à Dakar Charles Koffi Diby, son ministre de l'Economie et des
Finances.
Combien de temps Gbagbo peut-il tenir sans la manne du pétrole et du cacao en c
as d'embargo ?
La stratégie d'étouffement économique commence à porter ses fruits. " Nous
payons nos taxes selon la procédure normale, indiquée par le ministre de
l'Economie et des Finances, Charles Koffi Diby ", explique un exportateur de
cacao. Explication : les versements sont déposés à la Bceao, qui reconnait à
présent la signature Ouattara. Et si le camp Gbagbo a exercé une pression sur
les opérateurs pour qu'ils paient rapidement et en cash leurs impôts, les
multinationales du cacao et les majors pétrolières ne se sont pas exécutées. "
Une intervention militaire est très risquée et peut avoir des conséquences
imprévisibles " explique un ministre des Affaires étrangères de la sous- région.
" En revanche, si Gbagbo est privé de ses recettes d'exportation et ne peut plus
piocher dans ses avoirs à la Bceao, il ne pourra pas tenir plus de trois ou
quatre mois ". " Les affidés du régime vivent sur la bête mais, si la source se
tarit, ils pourraient bien revoir leur soutien à Gbagbo ", espère un haut
fonctionnaire international.
Selon le Fmi, les recettes fiscales de l'Etat en 2009 sur le cacao se sont
élevées à 325 milliards de Fcfa et à 110 milliards sur le pétrole. Chaque mois,
pour payer les fonctionnaires, Gbagbo doit trouver 70 milliards de Fcfa.
Pas simple si on perd le contrôle de la manne pétrolière et de l'argent de la
fève. " Si la communauté internationale venait à nous mettre sous embargo, la
situation deviendrait critique ", soutient un cadre de la société nationale
Petroci. Du côté de la Société ivoirienne de raffinage (Sir), on craint
également que les Nigérians remettent en question leurs livraisons de brut alors
que les banques ont coupé les lignes de crédit.
En cas d'intervention militaire, Gbagbo pourra-t-il compter sur son armée ?
La hiérarchie militaire a défilé au palais présidentiel d'Abidjan, le 4 janvier.
Après l'échec de la médiation des quatre émissaires africains, Laurent Gbagbo
voulait s'assurer de la loyauté de ses hauts gradés. Sur les 60 000 éléments des
Forces de défense et de sécurité (Fds), il peut compter sur 4000 fidèles,
richement dotés en armement, qui composent les troupes d'élite. Il s'agit
notamment des hommes du général de gendarmerie Georges Guiai Bi Poin, patron du
Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), du général Bruno
Dogbo Blé (garde républicaine), du commandant Boniface Konan (Fusiliers marins
commandos) et du colonel-major Nathanaël Brouaha Ehouman (sécurité
présidentielle).
Quels sont les scénarios militaires envisagés ?
Deux scénarios sont actuellement à l'étude. Le premier - qui semble privilégié
car il limite les risques de pertes civiles - repose sur une opération éclair.
Cette intervention du " type Taylor ou Noriega " s'appuierait sur des forces
spéciales - en partie composées d'Africains - avec un fort soutien logistique.
Objectifs : Gbagbo et quelques sécurocrates du régime. " Ce genre d'opération
pourrait provoquer une stupéfaction dans le camp Gbagbo et le neutraliser, ce
qui limite les menaces d'un embrasement très lourd en vies humaines ", explique
un diplomate ouest-africain. Dans ses dernières déclarations, Alassane Ouattara
a clairement marqué sa préférence pour cette stratégie, balayant les craintes
d'une guerre civile. " Si Laurent Gbagbo refuse de lâcher le pouvoir, il suffit
d'aller le chercher et de l'enlever du palais présidentiel ", a-t-il ainsi
déclaré sur France 24. " Si Laurent Gbagbo s'en va, tout cela va s'écrouler
comme un château de cartes ", a-t-il ajouté sur Rfi.
L'autre scénario, officiel puisqu'il a été annoncé par la Cedeao, prévoit
l'envoi d'une force de libération ouest-africaine - comprenant entre 3500 et
4000 hommes - composée de neuf pays, avec en tête le Nigeria. Devraient
également y participer le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, la Sierra Léone, le
Togo, le Bénin… Le financement de cette troupe, coordonnée par les chefs
d'état-major nigérian et burkinabé, serait assuré par l'Union européenne et les
Etats-Unis. Avant de partir sur le terrain, les troupes seraient rassemblées sur
deux sites au Togo et au Mali. " Cette force ne devrait pas être opérationnelle
avant le début du mois de février, le temps d'assurer le regroupement, la
logistique et le financement opérationnel ", explique un expert militaire. Une
partie des soldats pourrait ensuite être prépositionnée au nord de la Côte
d'Ivoire et au Libéria. Mais ceux-ci ne devraient pas être en première ligne
lors des assauts militaires.
En effet, les premières troupes seraient composées des ex-rebelles des Forces
nouvelles et d'éléments des Forces de défense et de sécurité (Fds) qui
apporteraient alors leur soutien au président Ouattara. Les Etats-Unis et la
France devraient, quant à eux, être mis à contribution en matière de
renseignements, même si le président Nicolas Sarkozy a exclu toute intervention
des 900 soldats français de la force Licorne. " Ce serait de la folie de la part
de Gbagbo de continuer à s'accrocher à son fauteuil, souligne un diplomate
ouest-africain. Même s'il conserve des fidèles dans l'armée et le soutien des
Jeunes patriotes, il ne pèsera pas lourd face à une coalition militaire
internationale. "
Il n'empêche, Paris, Washington et les capitales régionales espèrent ne pas
avoir recours à cette voie militaire. " Il faut tout faire pour que les
Ouest-africains ne s'entretuent pas. Et il n'est pas question de s'engager tant
que l'Angola soutient militairement Gbagbo. Les Nations unies doivent envisager
tous les moyens de pression sur Luanda ", explique un ministre ouest-africain
des Affaires étrangères.
Ses sécurocrates préparent actuellement différents scénarios. Particulièrement
de sécurisation d'Abidjan, du périmètre présidentiel et de la Radio télévision
ivoirienne (Rti). Un temps évoquée, l'attaque du Golf hôtel, qui héberge le
président Ouattara et ses fidèles, a été reportée. Les puissances occidentales
et les Nations unies en ont fait une ligne rouge à ne pas franchir. En cas
d'attaque étrangère, le camp Gbagbo laisse également planer la menace de
représailles (prise d'otages, guerre urbaine, répression…)
Pour l'instant, les Fds n'ont affiché aucune défection. " Ce n'est pas la
volonté qui manque, mais beaucoup de militaires ont peur pour leur famille ",
explique un gradé. On appelle même cela le " syndrome Louis-André Dacoury-Tabley
", cet ancien ami de Gbagbo qui a rejoint la rébellion en 2002. Le lendemain de
son ralliement aux Forces nouvelles, son frère, le docteur Benoît
Dacoury-Tabley, avait été enlevé par " des hommes en treillis " à Abidjan avant
d'être retrouvé mort, criblé de balles.
Quelle est la position des églises catholiques et évangéliques, et des chefs
musulmans?
A Abidjan, les faits et gestes du nonce apostolique, Mgr Ambroise Madtha, sont
soigneusement observés. Sa visite à Laurent Gbagbo en son palais, le 11
décembre, et ses propos en faveur d'une résolution négociée de la crise
ivoirienne ont contraint le Vatican à publier un communiqué martelant que " le
Saint-siège et son représentant en Côte d'Ivoire sont et restent impartiaux dans
la résolution de la crise post-électorale ". Le pape s'est prononcé de manière
très superficielle sur la situation à Abidjan, le 31 décembre dernier. " La
tradition veut qu'il s'inspire des positions des évêques du pays. Or, là, cela
faisait plus d'un mois que la Conférence épiscopale n'était pas arrivée à pondre
une déclaration, en raison des divergences profondes au sein du clergé ", assure
un ecclésiastique.
C'est chose faite depuis le 5 janvier. Et visiblement, c'est la position du
cardinal Bernard Agré, prélat le plus gradé du pays, assez favorable à Laurent
Gbagbo, qui a prévalu lors de la rédaction de la déclaration. Ce qui ne signifie
pas que les clivages ont disparu. Les évêques ivoiriens ont choisi " la voie de
la médiation et de la négociation ", demandent " avec insistance " à l'Onu de
respecter la souveraineté de leur pays, et mettent en garde contre les "
conséquences incalculables " d'une intervention militaire étrangère. Les
évangéliques, dont l'influence est croissante, notamment dans les grandes villes
comme Abidjan, sont plus nombreux à se ranger sous la bannière du " frère "
Laurent et, surtout, de la " sœur " Simone. Au point que Paul Ayo, président du
Conseil national des Eglises protestantes et évangéliques de Côte d'Ivoire
(Cnepeci), a été vertement tancé à deux reprises par la presse pro-Ouattara.
Mais l'unanimisme n'est pas de mise, et certaines congrégations implantées
historiquement dans le Nord du pays éprouvent quelques sympathies pour " Ado ".
Quant aux chefs religieux musulmans, ils se sentent majoritairement proches de
Ouattara-même si les démons de la division n'épargnent pas la communauté
musulmane. C'est ainsi qu'à l'occasion du dernier Hadj, une dispute homérique a
opposé des pèlerins, divisés sur le candidat pour lequel ils devraient prier.
Le cas du chef d'état-major, Philippe Mangou…
Le chef d'état-major des armées ivoiriennes, le général quatre étoiles Philippe
Mangou, est souvent comparé à une colombe. Mais il s'est mué en faucon en
radicalisant son discours au cours des dernières semaines. Il n'hésite plus à
mettre en garde sévèrement les casques bleus des Nations unies et les forces de
Licorne, l'opération de l'armée française en Côte d'Ivoire. " Son activisme a
des limites, même s'il doit son ascension fulgurante à Laurent Gbagbo, confie
l'un de ses proches. Il n'affrontera jamais les troupes occidentales ". Mangou
est surveillé de près par les sécurocrates de Gbagbo, ses nouvelles positions
extrémistes correspondraient donc plutôt à une stratégie de survie qu'à des
convictions personnelles. Bon vivant, riche propriétaire foncier et immobilier,
il n'entreprendra rien qui compromettra la pérennité de ses " biens ". De toute
façon, Gbagbo n'a jamais placé une confiance aveugle dans son chef d'état-major.
S'il a maintenu à la tête des troupes ce militaire doté d'un réel charisme, il a
créé plusieurs unités d'élit composées de ses partisans les plus fidèles.
Que prépare la cour pénale internationale ?
Le procureur de la Cour pénale internationale (Cpi), Luis Moreno-Ocampo, a
convoqué son équipe le 10 janvier pour une réunion sur la Côte d'Ivoire. Son
bureau recevant régulièrement des informations sur les exactions commises depuis
2002, le pays est " sous analyse ". Dans le jargon de la Cour, l'expression
désigne le stade précédant l'ouverture d'une enquête. Pour le moment, rien ne
lui permet donc de conclure à l'existence de crimes de guerre et de crimes
contre l'humanité. Le bureau du procureur reste néanmoins sur ses gardes. Dans
la crise actuelle, il entend jouer un rôle dissuasif : " Si par exemple, la
violence éclatait à la suite des discours de Charles Blé Goudé, il pourrait
faire l'objet de poursuites ", a déclaré Moreno Ocampo le 21 décembre. Ce
dernier compte s'appuyer sur certains états africains membres du la Cpi. Ce qui
n'est pas le cas de la Côte d'Ivoire. Si au moins l'un d'entre eux lui déférait
la situation en Côte d'Ivoire, cela permettrait au bureau du procureur d'ouvrir
une enquête. Dans cette stratégie, le partenaire privilégié du procureur est le
Nigeria. Selon nos sources, Moreno Ocampo pourrait y envoyer prochainement une
équipe. Mais les éléments sur les exactions en Côte d'Ivoire reçus par son
bureau ne portent pas exclusivement sur les lendemains de l'élection. Chaque
étape de la crise ouverte en 2002 est émaillée de crimes. Ils impliquent les
Forces nouvelles comme celles de Laurent Gbagbo. Aucune des parties ne serait
épargnée par une enquête globale.
In Jeune Afrique N°2609 du 9 au 15 Janvier 2011
Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
Fax (00) 223 223 81 68
B.P. E3206 Bamako-Mali
Cel1 (00) 223 643 49 64
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