samedi 11 décembre 2010

Tragicomédie ivoirienne


 

La seule et unique question, aujourd'hui, est de savoir si toute l'Afrique veut se hisser au niveau de ces bons élèves ou si elle veut laisser les cancres continuer à jeter le discrédit sur tous.
 Jean-Baptiste Placca RFI


Publié sur RFI (http://www.rfi.fr)


Le jeu électoral en Afrique

Créé le 2010-12-11 03:00
Sa, 2010-12-11 02
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A ceux qui doutaient encore de l'importance de la solidité des institutions dans l'instauration de l'Etat de droit et de la démocratie, notre actualité sonne comme un rappel accusateur. Jamais les Africains n'ont eu autant conscience de l'incidence de la crédibilité de ceux qui incarnent les institutions sur la préservation de la paix civile en Afrique !
 
Il ne s'agit pas, ici, que de seule la Côte d'Ivoire. La Guinée aussi est en cause, comme bien des pays où le sang coule fatalement à chaque élection.
Que dire du courage insoupçonné de la Cédéao et de l'Union africaine par rapport à la crise née de la présidentielle ivoirienne, sinon qu'il appelle une réflexion sérieuse et approfondie sur les règles du jeu électoral, pour s'assurer que, partout, ces règles soient suffisamment transparentes pour ne plus laisser aucun espace à la ruse, au mensonge, à l'imposture ?
Pour que l'ère des élections volées en Afrique soit révolue, comme l'a décrété le sous-secrétaire d'Etat américain Johnnie Carson, la certification doit démarrer en amont, par les institutions qui organisent et valident les  scrutins.
Etre arbitre implique de l'impartialité et de la probité. Nous parlons donc de femmes et d'hommes intègres, valeureux, courageux, dont la carrière ne dépende pas des tenants du pouvoir, dont l'intégrité physique ne soit pas être à la merci de politiciens pour qui les délices du pouvoir ont plus de valeur qu'une vie humaine.
Ces exigences de rigueur ne requièrent pas des qualités surhumaines. En mai 2009, et en dépit des pressions, la Cour constitutionnelle du Niger, présidée par la magistrate Salifou Fatimata Bazeye, s'est bien prononcée contre le référendum que voulait organiser Mamadou Tanja, pour proroger son mandat. Et lors de la présidentielle de 1993 au Sénégal, le magistrat Kéba Mbaye a préféré démissionner de la présidence du Conseil constitutionnel, plutôt que d'avoir, selon son expression, «à violer la loi».
Ces personnalités ont conquis le respect de leurs concitoyens. Comme ceux qui, depuis douze, vingt, trente ans et plus, organisent des élections crédibles en Afrique du Sud, au Botswana, au Bénin, au Cap-Vert, au Ghana, en Namibie, en Tanzanie, en Zambie. Et dont le verdict est accepté par le vaincu, y compris lorsque celui-ci est le président sortant, comme en 1996 au Bénin.
La seule et unique question, aujourd'hui, est de savoir si toute l'Afrique veut se hisser au niveau de ces bons élèves ou si elle veut laisser les cancres continuer à jeter le discrédit sur tous.


Tragicomédie ivoirienne

LEMONDE | 11.12.10 | 14h08  •  Mis à jour le 11.12.10 | 14h58

Simone, habillée de blanc, comme si elle était à un mariage, le sien. Simone qui cherche les lèvres de Laurent, les trouve et les embrasse. La foule applaudit. Simone, rayonnante, prend la main de Laurent, qui sourit de toutes ses dents refaites au Maroc, et les deux posent devant les objectifs des photographes.

Ce 4 décembre est le jour de Simone. Elle a retrouvé son Laurent. Laurent, l'infidèle. Pour le dernier acte de leur tragédie commune. Pendant ce temps, dehors, le peuple gronde. Il n'accepte pas que Laurent lui vole sa voix qu'il lui a refusée. Des corps tombent un peu partout dans le pays. Simone et Laurent en ont-ils conscience ?
Il y a dix ans, dans ce même décor du palais présidentiel d'Abidjan, Simone versait une petite larme en regardant son Laurent prêter serment en tant que président de la République de Côte d'Ivoire. Puis elle se jeta dans ses bras, éperdue de bonheur. Au même moment, dans le quartier de Yopougon, on assassinait une soixantaine de personnes derrière la prison civile.
Flash-back. Nous sommes au début des années 1980. Les socialistes venaient d'arriver au pouvoir en France. Laurent, qui portait alors des rouflaquettes et des lunettes à monture carrée de bellâtre, débarquait en France. Il se proclamait socialiste et fuyait un régime qui ne pouvait que déplaire aux socialistes français. Le vieux Félix Houphouët-Boigny avait certes fait de son pays le plus développé de la région, mais il était allergique au mot démocratie, du moins tel qu'il était perçu en Europe.
Laurent, qui se proposait de chasser le vieillard du pouvoir afin de bâtir dans son pays le socialisme, ne pouvait que plaire aux camarades socialistes français. Le camarade Guy Labertit lui donna le gîte et le couvert, pendant que le camarade Henri Emmanuelli trouvait en lui un frère jumeau. Ils étaient nés le même jour. Les camarades soutiendront Laurent dans son exil, pendant qu'au pays Simone se débrouillait comme elle pouvait pour faire bouillir la marmite. Elle n'avait pas été gâtée par la nature, Simone. Certaines mauvaises langues l'avaient surnommée "Gargamel", du nom de ce personnage de la bande dessinée de Peyo à qui on lui prête une certaine ressemblance.
Mais quelle combattante, Simone ! Rien ne pouvait la faire reculer dans sa volonté d'instaurer un régime démocratique et socialiste dans son pays. Cela compensait tout le reste. En 1990, sous la poussée d'un vent venu de la Russie, le "Vieux", comme on appelait Félix Houphouët-Boigny, parce qu'il était vraiment vieux, avait ouvert son pays au multipartisme. Et Laurent rentra pour créer son parti. Lors de sa première apparition à la télévision, un de ses fidèles lui essuya le visage en s'exclamant : "On dirait Jésus Christ." D'où son surnom de "Christ de Mama", du nom de son village, en pays bété. Là-bas où, dans la tradition, le chef est tout simplement le plus fort, celui qui arrive à conquérir le pouvoir et à le garder, peu importe comment.
Les camarades de France accompagneront Laurent jusqu'à ce qu'il prenne le pouvoir en ce mois d'octobre 2000. Il avait convaincu Robert Guéï, le tombeur d'Henri Konan Bédié, d'écarter ce dernier ainsi qu'Alassane Ouattara de la course présidentielle. Il avait aussi fait croire au naïf Robert Guéï qu'il le laisserait gagner l'élection et accepterait d'être son premier ministre. Au dernier moment, après que Robert Guéï se fut déclaré vainqueur, Laurent a fait descendre le bon peuple dans la rue et, après un bain de sang, a réussi à chasser l'ancien putschiste du pouvoir. Je vous l'ai dit, à Mama, le chef est celui qui réussit à obtenir le pouvoir et à le garder, peu importe comment.
Dix ans de pouvoir de Laurent ! Quelle tragédie !
Tout ce que les Ivoiriens lui demandaient était qu'il réconcilie leur pays déchiré par l'ivoirité créée par Henri Konan Bédié. Laurent choisit de les diviser davantage. Il y eut d'abord ce charnier qui inaugura le règne, puis le refus de laisser Alassane Ouattara se présenter aux élections législatives qui suivirent, les femmes du parti de ce dernier violées par des policiers, et Simone qui s'exclama : "Qu'avaient-elles à aller manifester ?" Il y eut aussi cette insouciance. Laurent se dépêcha d'épouser une seconde femme.
La loi de son pays dont il est le garant interdit la polygamie, mais les traditions le permettent. Il choisit la tradition. Nady, la nouvelle élue du coeur de Laurent, était plus jeune et, disons-le, plus belle que Simone. Tout son entourage lui emboîta le pas, en choisissant de préférence les miss. Et il y eut cette rébellion.
Tout le monde dans le pays savait que des déserteurs de l'armée vivaient dans les contrées voisines et menaçaient de revenir. Ils l'avaient déjà tenté une fois, au début du règne de Laurent. Laurent dit aux Ivoiriens : "Celui qui s'amuse à attaquer le pays recevra une pluie de feu sur la tête. D'ailleurs, je vais créer deux bataillons pour surveiller le nord." Il oublia de le faire et s'en alla en vacances. Insouciance, insouciance.
A son retour, Laurent le socialiste augmenta les salaires de ses ministres, leur offrit de nouvelles limousines, les décora et s'en alla en Italie. Et les rebelles vinrent. Commença alors la danse macabre des escadrons de la mort. Il n'était pas question de perdre ce pouvoir si chèrement acquis. Benoît Dakoury-Tabley, l'ancien médecin personnel de Laurent, assassiné. Son frère Louis venait de s'afficher comme membre de la rébellion.
Le comédien Camara Yérêfè, dit "H", assassiné lui aussi, avec des dizaines d'autres moins connus. Les escadrons tuèrent jusqu'à ce que Laurent et Simone soient menacés de Tribunal pénal international. Laurent jura, la main sur le coeur, que jamais ni lui ni Simone n'avaient armé d'escadron. Et comme par hasard, les escadrons disparurent dans la nature. Il n'empêche qu'un policier trouva le moyen de tuer en plein jour Jean Hélène, le correspondant de RFI à Abidjan.
Les camarades de Paris commencèrent à trouver que le camarade Laurent en faisait un peu trop. Le camarade François Hollande trouva même qu'il était devenu infréquentable.
Mars 2004. Les opposants voulaient manifester pour demander l'application de l'accord de Linas-Marcoussis que Laurent avait entériné à Kleber, en janvier 2003. 120 morts selon l'ONU. 500, selon l'opposition. Novembre de la même année, bombardements des villes de Bouaké et Korhogo. Et cette bombe qui s'égare sur un camp militaire français. Neuf morts. Combien par la suite, dans le bras de fer qui opposa Laurent à la France ? Personne ne le sait. Mais les Français vivant en Côte d'Ivoire expérimentèrent alors les joies du retour au pays en charter. Et puis, et puis...
Que de sang versé depuis l'arrivée de Laurent sur le trône ! Que de roublardise ! Que d'argent détourné, que d'enrichissements fulgurants des membres du clan, pendant que le peuple qui avait porté Laurent le socialiste au pouvoir croupissait dans la misère ! Et cette corruption de toute la société !
Et puis, cette élection sans cesse reportée, pendant cinq ans. Cela n'a pas empêché les camarades Jack Lang et Jean-Marie Le Guen de trouver Laurent à nouveau fréquentable, et d'aller faire la bamboula avec lui.
Et, au bout du long parcours, cette élection finalement organisée et... perdue. Et la volonté du peuple confisquée. Quelle tragédie, Laurent. Les camarades de Paris ne veulent plus t'accompagner. Le peuple de Côte d'Ivoire non plus.
Mais nous arrivons au dernier acte, Laurent. Est-ce pour cela que Simone a mis sa robe de mariée ? Elle t'a retrouvé, Laurent. Elle tenait à dire au monde entier qu'elle avait toujours été là, à tes côtés, malgré tes infidélités. Elle a toujours été là, depuis le temps où vous militiez dans la clandestinité. Laurent, elle t'a accompagné dans ta tragédie qui fut aussi celle de ton pays. Ton pays qui te demandait tout simplement de l'aimer.
Que t'est-il arrivé, à toi, Laurent l'historien ? Le pouvoir rend-t-il vraiment fou ? Ne sais-tu pas comment finissent ceux qui tentent de confisquer un pouvoir que le peuple leur a refusé ? N'est-ce pas toi qui disais à Milosevic qu'il ne pouvait pas avoir raison contre le monde entier ? Penses-tu, à ton tour, pouvoir avoir raison contre le monde entier ? Avais-tu besoin de finir de cette façon ? Oui, je le sais, chez toi, le pouvoir appartient à celui qui sait le prendre et le conserver, peu importe comment.
Tu le sais aujourd'hui, Laurent. Personne ne peut te laisser piétiner la jeune démocratie ivoirienne dont tu as pourtant été l'un des pères. Le camarade Jack Lang te l'a rappelé. Personne ne peut te laisser tuer la démocratie en Afrique.
Parce qu'ils sont encore nombreux, ceux qui sont convaincus que malgré tout, malgré les hommes comme toi, comme Mamadou Tanja du Niger, comme Moussa Dadis Camara de Guinée, une aube nouvelle est toujours possible en Afrique, une aube chargée de promesses en démocratie, en liberté, en justice, et en prospérité. p

Journaliste indépendant et écrivain
Auteur de "Les Prisonniers de la haine" (NEI 2003), vit et travaille en Côte d'Ivoire.
Il est notamment l'auteur de "Nègreries", 2007 (éd. Frat-mat) ; "Dans la tête de Sarkozy", 2009, collectif, aux éditions du Seuil. "Les Catapila, ces ingrats" (éd. Jean Picollec, 2009) et "Putain 50 ans d'indépendance" (éd. Favre, à paraître début 2011)

Article paru dans l'édition du 12.12.10

Côte d`Ivoire: Laurent Gbagbo tente une sortie

Autre presse - 11/12/2010

Atlasinfo.fr - Pour la première fois depuis le second tour de l'élection présidentielle ivoirienne, Laurent Gbagbo a proposé à son adversaire Alassane Ouattara de "s'asseoir" à la table des négociations. Un timide appel qui est resté lettre morte. Au contraire, la pression s'est encore accrue sur les épaules du président jugé illégitime par la communauté internationale.

"Asseyons-nous et discutons. S'il y a un problème, on va s'asseoir et discuter." Vendredi, dans les colonnes du quotidien Fraternité Matin, qui lui est favorable, le très contesté président ivoirien, Laurent Gbagbo, a tenté de trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis près de deux semaines désormais. "On entend souvent les gens dire qu'il y aura la guerre, il y aura une déflagration. Il n'y aura pas de guerre ici. Les affaires tournent et l'on va finir par s'asseoir (ensemble)", a ajouté celui qui a vu sa réélection à la tête du pays validée par le Conseil constitutionnel - une institution à sa botte - mais rejetée par l'ensemble de la communauté internationale.

Pour l'heure, les propos de Laurent Gbagbo n'ont pas trouvé d'écho favorable dans le camp d'Alassane Ouattara. Régulièrement, celui-ci s'est déclaré ouvert à des négociations, à la condition préalable que son rival abandonne le pouvoir. Un vœu également formé par de nombreux leaders mondiaux, et notamment Barack Obama qui a proposé, jeudi, de recevoir Laurent Gbagbo à la Maison blanche, là encore à condition que celui-ci se résolve à lâcher les rênes du pouvoir. Sans réponse pour l'instant.

(Source JDD) 
http://www.atlasinfo.fr/Cote-d-Ivoire-Laurent-Gbagbo-tente-une-sortie_a12154.html



 

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"Si on veut changer le monde, il faut changer la société,
 si on veut changer la société, il faut changer les hommes, 
si on veut changer les hommes, il faut leur donner envie de changer" 
A. Einstein



 


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