jeudi 30 décembre 2010

Moussa MARA: VOEUX POUR 2011 MAIS PAS SEULEMENT


 

Chers amis
 
J'ai le grand plaisir en ces derniers jours de l'année selon le calendrier officiel de nos pays, de vous adresser des voeux militants et fraternels pour la période qui s'ouvre. J'en profite comme d'habitude pour revenir sur un des faits majeurs de cette année 2010 en l'abordant sous un angle particulier pour mettre en évidence quelques leçons utiles à retenir et arriver, si possible, à attirer l'attention et pourquoi pas susciter l'action de certains d'entre vous (le plus grand nombre j'espère).
 
La situation en Côte d'Ivoire, pour les africains que nous sommes, est un sujet legitime d'inquiétudes et d'espoirs. Pour plusieurs raisons. La crise actuelle dans ce pays frêre est un concentré de nombreux maux dont souffre notre continent aujourd'hui : Prédominance des ambitions personnelles sur les interêts nationaux, questions d'immigration et de rapports des etrangers avec les nationaux sur le continent, rapports passionnels avec la communauté internationale notamment l'ex puissance coloniale, faiblesses de nos Etats et permeabilité de nos Institutions, incertitudes identitaires et faible capacité de discernement des masses mettant en mal le projet national...). Quelque soit le denouement attendu de cette crise, si tant est que cela intervienne à brêve echéance, l'Afrique de l'Ouest et l'ensemble du Continent n'en sortiront pas indemnes car les leçons à tirer, les "jurisprudences" à retenir seront nombreux et on peut, sans risque de se tromper qu'il y aura forcement un "avant la crise ivoirienne" et un "après la crise ivoirienne". Gageons simplement que le positif l'emportera sur le reste.
 
J'ai la chance de connaître un peu ce pays. Pendant les Dix dernières années, j'y ai sejourné en moyenne une dizaine de fois chaque année pour des raisons professionnelles et quelques fois personnelles. J'y ai cotoyé des hauts fonctionnaires, Ministres, militaires de rang comme des milliers de simples citoyens dans les taxis, allocodromes, maquis et autres lieux de rencontres. J'ai fréquenté ses hotels et j'ai habité dans ses quartiers. J'ai dirigé plusieurs missions d'audit dont celui de la filière café cacao et de ses structures d'encadrement. J'y enseigne, notamment à la faculté de gestion de cocody le bastion de la FESCI (mon dernier cours a eu lieu du 25 au 27 novembre dernier soit à la veille du second tour de la présidentielle). J'ai assisté à de nombreuses "sessions" des agoras à la sorbonne au plateau et ai eu l'occasion d'analyser la dialectique patriotique de ceux qui battent le pavé aujourd'hui à Abidjan.
 
Ce long developpement pour vous dire que ce qui se passe actuellement dans ce pays contient des racines profondes présentant des similitudes avec ce qu'on observe ailleurs en Afrique, notamment dans notre pays le Mali.
 
C'est de ces racines et particulièrement de l'une d'entre elles que je souhaiterais parler aujourd'hui pour que les citoyens que vous êtes en prennent conscience et essaient d'agir dans les années à venir pour la traiter. Il s'agit de la professionalisation de la politique dans nos pays et de son corollaire immédiat que constitue l'occupation du domaine politique et donc du pouvoir par les plus médiocres d'entre nous.
Dans une société normale, ce sont les élites qui dirigent. Par élite, il faut entendre ceux qui ont eu la chance de connaîttre et comprendre la société et le monde, maîtriser et exercer un métier qui les met à l'abri du bésoin, acquerir la personnalité et les réssources matérielles et intéllectuelles pour être indépendants et enfin prendre suffisament conscience de leur situation pour s'employer à agir pour le progrès collectif. Si vous comparez ce qui precède à ce que vous voyez dans nos pays, vous vous rendrez compte que le personnel politique et l'élite dirigeante ne correspond pas vraiement à ce qui est souhaitable. L'élite dont je parle considerera une responsabilité publique comme une charge (il avait une vie avant et il en aura une après). Il ne cherchera pas à y constituer un patrimoine mais y consacrera son temps, pendant son mandat, pour laisser ses empruntes. Il n'est pas interessé par le matériel mais par la satisfaction morale d'avoir servi utilement sa collectivité. Il ne fera pas de sa personne un objet d'adoration et de culte mais travaillera à la construction d'institutions solides gages de stabilité et de progrès. Il ne pourchasera pas ses opposants ou n'essaiera pas de les acheter mais au contraire les encouragera car le debat et la contradiction sont indispensables à une construction collective. Il fera de l'alternance un principe immuable de gouvernance. Cette élite, qu'elle soit responsable local ou national, aura le même état d'esprit.
Cette élite existe. Je la cotoie tous les jours, de Dakar à Djibouti, de Niamey à Libreville en passant par Washington, Paris ou Shanghai. Elle est nombreuse, diverse et variée et pourrait donner à notre continent et à notre pays un nouveau visage et une nouvelle espérance. Si elle s'engage !!
 
C'est là où le bât blesse car cette élite est trôp souvent en dehors des sphères politiques, elle s'en méfie et s'en detourne laissant la place aux autres. La nature ayant horreur du vide, ces derniers s'emparent des postes, les utilisent, s'enrichissent et créent toutes les conditions pour y rester, entrainant souvent leurs communes, leurs pays et eux mêmes vers l'abîmes.
 
Il nous faut sortir de cette situation. Il vous faut sortir de cette torpeur et de ce desinterêt qui font mal à vos pays et au Continent. Impliquons nous pour qu'emerge à plus ou moyen terme dans nos pays une nouvelle classe de dirigéants, une vraie classe de dirigéants.
 
Je formule le voeux que la période qui s'ouvre soit celle où le maximum d'entre nous se posera au moins la question de ce qu'il peut faire pour sa collectivité, sa commune, sa ville, son pays ou son continent. Que cette reflexion soit suivie d'actions est le voeux suivant.
 
A tous, une année de paix, de cordialité, de construction individuelle et collective
A vos proches, amis et parents une année de bonheur par votre fait ou celui d'autres
 
Plaise à Dieu
 
Moussa MARA
 
 

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