dimanche 19 décembre 2010

Dire la vérité, tout simplement...


 
source: Le Post
 
Côte d'Ivoire : dire la vérité, tout simplement...
Depuis plus de deux semaines, je suis fatigué. Fatigué, souvent consterné, et parfois scandalisé par les contre-vérités, manipulations et autres bobards qui circulent sur les forums d'Internet concernant la situation actuelle en Côte d'Ivoire. En général, par mauvaise foi, par ignorance ou tout simplement par stupidité. Ce sont souvent des messages émanant soit de partisans à outrance de M.Gbagbo, soit de personnes n'ayant rien à voir avec tout ça, mais se permettant de donner un avis tranché (sans avoir, je le soupçonne, jamais mis les pieds en Côte d'Ivoire, voire en Afrique).

C'est pourquoi je pense nécessaire de prendre à mon tour la "plume" pour exposer ou rétablir certaines vérités ivoiriennes, et contrer par là les arguments de ceux qui tentent de distiller la haine ou le trouble dans l'esprit des gens :

1. "Le président Gbagbo a été légitiment élu en respect de la constitution ivoirienne".

Malgré les affirmations de la cohorte de "juristes" qui ont défilé les uns après les autres sur la RTI, c'est tout simplement faux. Le code électoral ivoirien est très clair. L'article 64 précise la chose suivante : "Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le résultat d'ensemble, il prononce l'annulation de l'élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret en Conseil des ministres sur proposition de la Commission chargée des élections. Le scrutin a lieu au plus tard 45 jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel ».

En annulant le scrutin dans seulement 7 départements et non l'élection complète, le Conseil constitutionnel n'a pas respecté la Constitution. En conséquence, sa proclamation de Laurent Gbagbo comme vainqueur et président est nulle sur le plan juridique, et son investiture une mascarade. Il n'a actuellement aucune légitimité sur le plan légal, y compris en Côte d'Ivoire.


2. "Le président Gbabgo est le garant de la cohésion et de la paix sociale, et le rempart de la démocratie en Côte d'Ivoire".

Pendant sa campagne électorale, Gbabgo, dans ses meetings et ses discours, a multiplié les attaques et accusations (souvent mensongères). Il n'a eu de cesse de stigmatiser des groupes ethniques, des opposants, réveillant et utilisant les démons de l'ivoirité. Il a utilisé et continue à utiliser les bas instincts ethniques des gens, les montant les uns contre les autres.

Les gens du Nord ne demandent qu'une chose : retrouver une Côte d'Ivoire unifiée et fraternelle, dans laquelle ils ne soient pas ignorés. Ils ne sont pas des "rebelles" assoiffés de sang, mais juste des frères qui ont besoin de reconnaissance. Je ne suis pas du Nord, mais j'ai pu le constater.
Quant à Gbagbo rempart de la démocratie, faisons un rapide bilan des 2 dernières semaines :
- manipulation de la Constitution à des fins personnelles, entraînant un coup d'Etat déguisé ;
- suppression ou suspension de l'accès par la population aux médias indépendants ou opposants ;
- répression violente de manifestations comprenant des tirs contre des civils.

"Régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l'exercent sans contrôle, de façon autoritaire". C'est la définition du dictionnaire Larousse d'une dictature. Ce terme me semble correspondre beaucoup plus au régime actuel de M. Gbagbo, que celui de démocratie. Rien que le fait d'avoir nommé ministre un activiste haineux comme Charles Blé Goudé est suffisamment révélateur.


3. "Ouattara est un pantin des Occidentaux, qui ne pense qu'à leur livrer les ressources de la Côte d'Ivoire pour s'enrichir".

Depuis pas mal d'années, les grandes entreprises internationales n'ont pas eu besoin de Ouattara pour exploiter les ressources de la Côte d'Ivoire (Total, Boloré, etc.). C'est déjà en cours depuis longtemps, et ce dans de nombreux domaines : filière du cacao, pétrole, exploitation minière... Je ne parle même pas du trafic portuaire.
Et qui a signé tous ces contrats d'exploitation ? Devinez...
Laurent, Simone et leurs mogos.


A en croire les experts internationaux, la gestion de ces revenus est complètement opaque, malgré les sommes colossales que cela représente. Une chose est sûre pour les gens qui connaissent vraiment le pays, c'est que ce n'est pas passé dans les fonds publics : Abidjan est devenu une poubelle géante, les infrastructures du pays (routes et rues en particulier) sont complètement gâtées, les fonctionnaires sont peu (voire pas) payés...

Je préfère de très loin un président qui traite avec les mêmes sociétés internationales (elles sont de toutes façons incontournables), mais pour enrichir l'Etat et que cela rejaillisse sur la population ivoirienne plutôt qu'enrichir les intéressés comme c'est le cas actuellement. Les miens s'enfoncent dans la pauvreté depuis des années et c'est ce que Gbagbo appelle un bilan. Oh, c'est vrai que, selon lui, la guerre ne lui a pas permis de mener à bien ses projets. Guerre finie en 2006, il y a 4 ans...


4. "La RTI est un média qui..."

Je mets tout de suite un coup d'arrêt. La RTI n'est pas un média, c'est une arme de propagande. La dernière information objective fournie par la RTI date du 29 novembre 2010. Il s'agissait des résultat de votes de la diaspora. Dès le lendemain, elle a basculé dans l'adulation du "guide suprême" Gbagbo.
Pour ceux qui ne vivent pas en Côte d'Ivoire (avec exemple français) : imaginez une télévision sur laquelle il n'y a aucune information objective et sur laquelle on ne parle que de Sarkozy et on l'encense toute la journée. Sur laquelle l'opposition n'a pas voix au chapitre (de toute façon, on n'en parle même pas) et rien n'existe en dehors des réussites du pouvoir en place, au mépris des réalités. Et imaginez ça dans une société où il n'existe aucune radio libre, sauf une radio indépendante "pirate" qui change de fréquence régulièrement pour continuer à émettre (radio Onuci, celle des Nations Unies), aucune autre chaîne de télévision et aucun journal d'opposition (l'armée est intervenue vendredi dans les imprimeries, pour empêcher la parution des journaux d'opposition. Ceux-ci sont suspendus). Le tout dans un pays où il n'y a plus de SMS (les services ont été arrêtés pour éviter que les informations circulent).
Ca vous évoque un régime totalitaire, non ?
Et bien, c'est ce que vivent les citoyens de Côte d'Ivoire actuellement.

La seule source d'information pluraliste reste Internet. Pour l'instant.


5. "Le 16 décembre, les forces de sécurité n'ont fait qu'œuvrer pour se défendre et restaurer l'ordre public".

Des témoins nombreux et variés (manifestants, journalistes, chefs d'entreprises, employés...) affirment avoir constaté de visu que les FDS avaient en plusieurs endroits (Koumassi, Adjamé, Abobo) ouvert le feu sciemment à balles réelles sur des manifestants désarmés, hommes comme femmes. Aucun de ces témoins n'a mentionné de tirs venant des manifestants civils vers les FDS (bien sûr, cela ne concerne pas les affrontements entre FDS et FAFN). Si ces affirmations sont confirmés, cela constitue selon le droit des conflits armés un "crime contre l'humanité" (avec accusation de meurtre). En conséquence, la Cour pénale internationale (et non le Tribunal pénal international, qui est une institution uniquement dédiée aux crimes commis en ex-Yougoslavie) pourrait tout-à-fait déclencher une enquête et engager des poursuites contre les responsables... jusqu'au plus haut niveau. Ca n'arrive pas qu'aux autres, Gbagbo peut appeler Charles Taylor pour le lui demander.


5. "De toute façon, Ouattara ne sera jamais accepté comme président puisqu'au Sud, tout le monde le déteste".

Cette affirmation est fausse. Au fil des années, le brassage de la population ivoirienne (du aux mariages inter-ethniques et aux mouvements de populations), ainsi que la dégringolade économique du pays ont fait que la popularité de Ouattara n'a cessé de monter. Je l'ai constaté année après année dans les cours des quartiers populaires d'Abidjan (Koumassi, Treichville, Abobo ou Yop) comme dans les autres grandes villes du Sud, même en brousse : les affiches du RHDP fleurissaient et les gens parlaient ouvertement.

A la veille des élections, pour 54,1 % des Ivoiriens, Ouattara représentait l'espoir de changement et d'amélioration de leur situation. Aujourd'hui, ce sont les mêmes électeurs (pères et mères de famille, gamins) qui sont la cible des balles de Gbagbo. Et ce sont eux, le peuple.
Il suffit de regarder la carte des votes pour comprendre la réalité des choses : Gbagbo n'a recueilli que 45,9 % des voix pour environ 1/3 du territoire. Ceux qui disent le contraire sont soit mal informés (ou déformés par la propagande officielle), soit d'une mauvaise foi irrécupérable. Si certains me lisent et ne le savent pas, Ouattara a été majoritaire sur toute la région de San Pedro, ainsi que chez les Agni à Agnibilekrou.


Enfin, 2 petits points qui me hérissent :

- Pour ceux qui reprochent à Ouattara et à Soro de ne pas avoir été au premier rang du cortège vendredi, arguant du fait que Gbagbo, lui, était dans les manifestations. A l'époque où Gbagbo était opposant, on ne tirait pas à la Kalashnikov sur des gens désarmés. Ceux qui ont vécu les manifestations depuis 20 ans le savent. Si Ouattara avait été au premier rang, aujourd'hui, il serait mort, et Gbagbo et sa clique auraient sorti le champagne.

- pour ceux qui invoquent Jésus, la Vierge et les Saints pour justifier ou soutenir l'action du régime en place, je pense que le Christ n'aurait pas approuvé qu'on tire à l'arme automatique sur des civils. Et à mon avis, il aurait plus été dans les rangs des manifestants que dans ceux de la garde républicaine.


Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je m'arrête là. Ces arguments, je les expose sans haine, sans injures et sans menaces. Simplement et posément. Avec l'espoir que le soleil se lèvera, que l'amour triomphera de la haine, et que mes enfants pourront grandir dans un pays où l'on peut se lever pour dire la vérité ou exprimer ses opinions sans avoir peur comme c'est le cas actuellement. Je rêve d'une Côte d'Ivoire où, enfin, on puisse prendre une bière au maquis entre amis de toutes ethnies, même Français, Belges, etc... Pas celle que propose Gbagbo, en tous cas.

On pourra me reprocher d'être partisan. Bien sûr que je suis partisan et je le revendique. Comment ne peut-on pas l'être quand on est en train d'étouffer la volonté d'un peuple exprimée par les urnes, qu'on l'assassine dans la rue pour avoir voulu la rappeler, qu'on lui supprime la possibilité de savoir ce qui se passe vraiment dans le pays et dans le monde. Que le seul dialogue qu'on lui propose soit celui des armes et du sang versé (et à verser)...


Enfin, je vous conseille un texte qui m'a marqué ces derniers jours. Il s'agit de la lettre ouverte de l'écrivaine Fatou Keïta adressée à Gbagbo. Elle m'a ému jusqu'aux larmes.

source
http://www.lepost.fr/article/2010/12/18/2344586_cote-d-ivoire-dire-la-verite-tout-simplement.html#xtor=AL-235C'était avant que le sang ne coule.


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