dimanche 10 octobre 2010

Les autorités maliennes désarmées face à l’activisme d’al-Qaida


Les autorités maliennes désarmées face à l'activisme d'al-Qaida
(L'Humanite 09/10/2010)

Pressé de s'impliquer davantage sur le plan militaire, Bamako manque cruellement de moyens pour lutter contre les activités terroristes de l'Aqmi dans le nord du pays. Bamako, envoyée spéciale.

Le Mali, théâtre d'une crise qui lui serait étrangère? Après la prise d'otages d'Arlit, au Niger, le 16 septembre, nouveau symptôme de l'activisme d'al-Qaida au Maghreb islamique dans la bande sahélo-saharienne, cette tentation du déni cède la place à l'inquiétude dans un Mali désarmé. Si les combattants intégristes, héritiers du GIA et du GSPC algérien, ne sont effectivement pas natifs, pour la plupart, du Mali, ils ont su tisser, dans le nord désertique de ce pays, de solides liens, au gré des trafics et des alliances matrimoniales. Pendant la décennie noire algérienne, la région de Gao, déjà, leur servait de base de repli. Leur implication dans les divers trafics transitant par cette zone, y compris le narcotrafic, a longtemps influencé l'approche des autorités maliennes, tentées de voir dans les activités du groupe extrémiste, tout au plus, «une forme moderne de banditisme». «Le noyau dur d'Aqmi dans la région, c'est 150 à 200 hommes. Les enlèvements contre rançons et les trafics dans lesquels ils trempent leur ont permis d'acquérir du matériel moderne et des véhicules adaptés. Le groupe a considérablement étendu sa zone d'influence ces deux dernières années. À chaque étape, l'expansion est spectaculaire», analyse un diplomate français. Une expansion qui aiguise, à l'extérieur comme à l'intérieur, les critiques contre la posture du président malien, Amadou Toumani Touré. Lequel prône le dialogue et la négociation, par crainte qu'un conflit militaire ne jette les populations du Nord, déjà marginalisées, dans les bras des extrémistes. «ATT pense pouvoir régler le problème pacifiquement. C'est du laxisme. Face aux fondamentalistes, il faut des réponses radicales», s'insurge un responsable politique de gauche, inquiet de la nouvelle vigueur, dans le pays, de mouvements wahhabites financés par les pétrodollars saoudiens. Pressé de s'impliquer davantage sur le plan militaire, Bamako manque pourtant cruellement de moyens. «Il y a un déficit de capacité de l'armée malienne. C'est une armée mal équipée, sans avions. Nous manquons de moyens de renseignements et de communication. Lorsque nous sommes attaqués, nous subissons de lourdes pertes», confie une source militaire malienne basée à Gao.

Autre partie compliquée: celle de populations touareg dont la rébellion a nourri, dans les années 1990, une longue crise. «Les jeunes Touaregs, déshérités, sont des cibles privilégiées du prosélytisme intégriste. Sans le développement de cette région, le phénomène s'amplifiera immanquablement», prédit Bassirou Diarra, conseiller en charge de la coopération décentralisée à la présidence malienne. Dans cette immense région désertique, certains ex-rebelles, démobilisés, constituent, aux yeux des extrémistes, une clientèle potentielle. Les populations nomades, même lorsqu'elles sont sédentarisées, n'ont aucun point d'ancrage institutionnel. «Elles ne reconnaissent aucune autorité, ne se sont jamais senties liées à un État ou une nation. Il n'y a, entre elles et les États, aucun contrat social», explique Basile Guissou, directeur de l'Institut des sciences des sociétés de Ouagadougou. De quoi nourrir une suspicion qui indigne certaines figures de cette communauté. Dans une lettre récemment adressée à l'ambassadeur de France au Mali, deux députés touareg maliens, Alghabass Ag Intalla et Bajan Ag Hamatou, se sont émus de cette «stigmatisation récurrente». Visés: les propos de Bernard Kouchner insinuant que l'enlèvement des salariés de Satom et d'Areva pourrait être le fait de Touareg, qui les auraient revendus à Aqmi.

La tête enturbannée dans le traditionnel chèche bleu, Issefou Assedik, un jeune Touareg d'Agadès (Niger), exilé à Bamako, se dit lui aussi blessé par ces soupçons. «Les richesses de notre terre sont confisquées par le gouvernement et par Areva. Mais ceux d'Aqmi, surtout préoccupés par l'argent, ne font pas davantage pour nous.» Un sentiment de frustration et de dépossession qui pourrait s'aiguiser dans les populations du nord du Mali, à mesure qu'avance l'exploration pétrolière dans la région de Tombouctou.

Rosa Moussaoui

Une région victime des convoitises

Dans le périmètre où sévissent les terroristes d'Aqmi, les stratégies des occidentaux ne sont pas uniquement 
sécuritaires, la région regorgeant de richesses minières.

Depuis l'enlèvement des sept employés d'Areva, le 16 septembre à Arlit (Niger), revendiqué le 21 septembre par al-Qaida du Maghreb islamique (Aqmi), celle-ci n'a pas encore fait connaître ses exigences. Sur le terrain, dans l'attente d'éventuelles négociations avec les ravisseurs, Paris a déployé un important dispositif de surveillance ainsi que des forces au Niger et au Burkina Faso, et peut compter sur la Mauritanie qui bénéficie déjà d'une aide logistique française. La gestion du dossier des otages est pilotée directement par l'Élysée (voir l'Humanité du 2 octobre). Le dossier est stratégique pour Paris mais pas uniquement pour des raisons sécuritaires.

Richesses convoitées

Le Niger, où a eu lieu le rapt, possède le deuxième gisement mondial d'uranium. Le français Areva, qui exploite les sites d'Arlit et d'Imouranem, est le premier producteur mondial. Et entend conserver cette place. Plus généralement, la région sahélo-saharienne, qui regorge de richesses minières (phosphate, or, uranium, fer, manganèse, zinc, cuivre, diamant, charbon, pétrole), attise la convoitise des grands groupes internationaux: outre Areva, Anglo American Corporation, BHP, Gencor, Ashanti Goldfields, Barrick Gold, Rand Gold, sont déjà à pied d'œuvre au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Mauritanie. Le Sud algérien, notamment la région du Hoggar, proche du Sahel, est également dans leur collimateur. Ce qui fait que le contrôle de cet ensemble sahélo-saharien est au cœur des préoccupations de Paris et de ses alliés depuis déjà quelques années. Et de ce point de vue, l'activisme de l'Aqmi tombe à point nommé pour légitimer le discours sécuritaire occidental et la stratégie qui va avec.

Ainsi, depuis l'avènement de l'Aqmi en 2007, l'UE et les États-Unis considèrent que les enjeux de sécurité dans cette région ne doivent pas être considérés comme un facteur interne à chaque État, mais appréhendés dans un environnement plus large allant du sud au nord de la Méditerranée. C'est le sens du texte adopté par le sommet de l'UE de février 2010 dit de stratégie de sécurité internationale, de la déclaration du sommet UE-Maroc de Grenade de mars 2010, et du projet Africom américain (sorte d'Otan pour l'Afrique) prôné par Washington qui affirme, que, depuis que le GSPC algérien (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) s'est transformé en Aqmi, la maison mère (la Qaida) veut faire du Sahel sa base refuge. En outre, avancent certains experts occidentaux, la faiblesse des États de la région impuissants face aux attaques d'Aqmi, la porosité de leurs frontières, le développement du trafic (armes, cigarettes, drogues), les enlèvements de ressortissants occidentaux, militeraient pour une guerre contre le terrorisme islamiste et le grand banditisme, coordonnée et gérée par l'UE et les États-Unis.

Manœuvre en coulisses

Dans ce cadre, la coopération régionale entre les pays du Sahel (Mali, Niger, Mauritanie) et l'Algérie, où cette dernière assurerait le leadership, est diversement appréciée. Paris, par exemple, manœuvre en coulisses pour imposer le Maroc, voire la Libye, au sein du commandement régional mis en place en août 2009 à Tamanrasset (Algérie) et du Centre de renseignement régional mis en place récemment à Alger. Lors de la réunion des chefs de renseignements de l'Algérie et des trois pays du Sahel: le Mali a proposé d'associer la Libye et le Tchad, tandis que la Mauritanie a souhaité la présence du Maroc. Une conférence régionale sur le terrorisme qui devait avoir lieu à Bamako a été annulée: elle sera remplacée, sur proposition de Paris, par celle du Groupe d'action antiterroriste dépendant du G8 qui se tiendra dans la capitale malienne les 13 et 14 octobre. En résumé, si le terrorisme au Sahel constitue bien une menace, il n'en reste pas moins qu'en lui conférant une dimension qu'il n'a pas – Aqmi c'est une centaine d'hommes – l'Occident l'instrumentalise à des fins de domination géostratégique.

Hassane Zerrouky

 

 

Kamano

 

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