mercredi 29 septembre 2010

Réaction de SOD au témoignage de Dialla sur le 50tenaire.

Bonjour grand frère Dialla et tous.

Je réagirai sur trois points, toujours dans le sens de «l'école» pour nous les plus jeunes, à travers les témoignages de «seconde main», mais aussi la lecture.

 

UN: l'histoire des mots.

J'ai personnellement beaucoup appris avec les sens «contextuel» des termes «jatigi, siratigi et sumu».

En langue mandé (bambara, malinké, dioula, etc.), jatigi est composé du radical «ja», qui signifie «double» ou «ombre», et du suffixe «tigi», qui désigne «maître» ou «propriétaire». Donc, «jatigi» signifie littéralement «propriétaire du double», mais il est traduit correctement par «protecteur du double», c'est-à-dire «celui qui reçoit un étranger sous son aile protectrice».

Quant à «siratigi», il avait à l'origine une connotation «sacrée» pour les initiés avec le radical «sira», qui signifie «voie, chemin ou route», et le suffixe «tigi» comme défini plus haut. Donc, «siratigi» signifie littéralement «propriétaire de la voie», mais il désigne «prêtre» ou «autorité morale » qui indique «la voie à suivre». D'où l'expression «ka sira di », c'est-à-dire «donner l'autorisation de faire ou de dire quelque chose». D'ailleurs, le prénom est encore beaucoup usité dans le Wassoulou sous le vocable «Satigi».

En ce qui concerne «sumu», c'est la preuve du lien étroit qui unit «lingustiquement et socialement» les peuples Soninké/Sarakolé aux Malinké/Bambara. En effet, le mot «sumu» est d'origine soninké: «sumpu». Il a perdu le «p» en bambara suivant une loi phonétique de cette langue que j'ai déjà expliquée dans une récente contribution: la consonne après la nasale «m» ou «n» tombe (Kondé ou Konté devient Koné; Fandé-enfant de la forge ou de la grotte/œuf-devient Fané; Bamba devient Bama; Kanda devient Kana; etc.). Et en soninké, «sumpu» signifie «nombril» (je parle sous le contrôle de M. Kéita de Nara et M. Sall de Nioro du Sahel). On le retrouve dans l'expression imagée «sumpu do kati», qui signifie littéralement «le nombril et le lait»,  pour désigner en réalité les liens de parenté par la consanguinité (nombril) et le sein (lait maternel). L'expression équivalente en bambara est «balima ani sinji». Donc, le «sumu» est une manifestation organisée en l'honneur d'une personne influente (jatigi), d'un preux (N'gana) ou d'un roi (masake ou fangama-faama). Au cours de laquelle, sont déclamés les hauts faits et gestes du «jatigi», ceux de ses  pères («fasiya»-digne de la race de son père-devenu par contraction «fasa»), grands-pères (ben-ba, le père de convergence ou de jonction), arrière-grands-pères (tulomasama), arrière-arrière-grands-parents (fufa-rien de père), aïeul (fufafu-rien de rien de père) ; mais aussi les migrations de sa famille et les hauts faits et gestes des différents lignages apparentés.                  

 

DEUX: le soutien du RDA.

J'ai aussi eu le témoignage «de seconde main» comme quoi, le policier ou le milicien chef, désigné pour aller fouiller dans la maison de Maraba Kassoum Touré à la recherche de francs CFA, avait sur lui quelques billets pour les laisser tomber de sa propre propre poche au cas où...et pourvoir ainsi coincer à tous les coups le vieux commerçant. Mais il n'a pas eu besoin de le faire, parce que, effectivement, Maraba Kassoum avait des liasses attachées et gardées chez lui en l'état, c'est-à-dire comme elles lui étaient remises, appartenant chacune aux dioulas (commerçants) voltaïques (Burkinabe), sénégalais ou ivoiriens, en transit à Bamako, dont les pays n'avaient pas encore renoncé au franc CFA, lesquels n'avaient pas non plus l'habitude de laisser leur argent à la banque. Maraba Kassoum étant leur «homme de confiance» à toutes épreuves.  

 

TROIS: l'indépendance et la balkanisation de l'Afrique.

D'abord, François Mitterrand n'est pas probablement «colonialiste», il est «colonialiste». Car, en plus  d'avoir détenu plusieurs portefeuilles ministériels, dont celui de la France d'outre-mer ou des colonies, dans les années 1947, il est nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Pierre Mendès France, en 1954, dans lequel il s'oppose «farouchement» à l'indépendance de l'Algérie.

Ensuite, le grand de Gaulle, en dépit des apparences, était foncièrement «colonialiste». Car, non seulement il a «énergiquement» combattu tous ceux, parmi les Africains, qui préféraient «l'indépendance» à la «communauté française» qu'il leur avait proposé, à l'instar de Sékou Touré de la Guinée Conakry, mais aussi, il a laissé massacrer les tirailleurs sénégalais, à Thiaroy, le 1er décembre 1944, qu'il a fait rapatrier pour ne pas les voir défiler dans Paris en «libérateurs», en les faisant remplacer par de jeunes français «qui n'ont point combattu». Cet épisode de l'histoire est connu sous le vocable de «blanchiment des troupes» opéré par De Gaulle.

D'autre part, ce n'est pas exact de la part des historiens de faire croire que la conférence de Brazzaville, le 30 janvier 1944, est le point de départ de la décolonisation en Afrique. En réalité, la décolonisation est l'œuvre des USA à travers la Charte de l'Atlantique, signée le 14 août 1941, entre le président américain, Franklin D. Roosevelt, et le Premier ministre britannique, Winston Churchill, fait suite à la Conférence de l'Atlantique, tenue à bord du navire de guerre USS Augusta, dans l'Atlantique, au large de Terre-Neuve. Les principes dégagés par les deux hommes sonts:

1.  « Leurs pays ne cherchent pas un quelconque élargissement, territorial ou autre ; »

2.  « Ils désirent ne pas voir de changement territorial ne s'accordant pas avec la volonté librement exprimée des peuples concernés ; »

3.  « Ils respectent le droit des peuples à choisir la forme du gouvernement sous laquelle ils souhaitent vivre; et ils souhaitent voir le droit de souveraineté et l'autodétermination restauré à ceux qui en ont été privés par la force; »

4.  « Ils s'efforceront, dans le respect de leurs obligations existantes, de favoriser la jouissance par tous les États, grands ou petits, vainqueurs ou vaincus, de l'accès, à égales conditions, à l'échange et aux matières premières du monde qui sont nécessaires à leur prospérité économique; »

5.  « Ils désirent apporter la plus entière collaboration entre toutes les nations dans le domaine économique avec l'objecteur de sécurisation, pour tous, l'amélioration des normes de travail, le progrès économique et la sécurité sociale; »

6.  « Après la destruction finale de la tyrannie nazie, ils espèrent voir s'établir une paix qui offrira à toutes les nations les moyens des logements en toute sécurité au sein de leurs propres frontières, et qui donnera l'assurance que tous les hommes où qu'ils habitent puissent vivre leur vie à l'abri de la peur et du besoin; »

7.  « Une telle paix devrait permettre à tous les hommes de traverser les hautes mers et les océans sans entraves;

8.  « Ils croient que toutes les nations du monde, pour des raisons aussi bien réalistes que spirituelles doivent en venir à abandonner l'utilisation de la force. Puisque aucune future paix ne peut être maintenue si les armements terrestres, maritimes ou aériens continuent à être employés par les nations qui menacent ou peuvent menacer, d'agression en dehors de leurs frontières, ils croient, en attendant la mise en place d'un système plus large et permanent système de sécurité générale, que le désarmement de telles nations est essentiel. Ainsi ils aideront et encourageront toutes autres mesures susceptibles d'alléger pour les peuples épris de paix le l'écrasant fardeau des armements. »

La conférence de Brazzaville n'est que l'exécution du point n°3: «Ils respectent le droit des peuples à choisir la forme du gouvernement sous laquelle ils souhaitent vivre; et ils souhaitent voir le droit de souveraineté et l'autodétermination restauré à ceux qui en ont été privés par la force».   

C'est le message que le général De Gaulla a été chargé de porter non pas aux populations qui n'avaient même pas de statut citoyens, mais plutôt aux «gouverneurs» pour amener ceux-ci à se préparer à «céder la place» aux «autochtones» après la guerre dont l'issue était désormais certaine avec l'entrée en guerre des USA dont la puissance de feu était supérieure à celle de l'Allemagne.

La preuve, quand il a appris l'entrée en guerre des USA aux côtés des Alliés, il s'est écrié, en se confiant, dans son exil londonien, à l'oncle paternel de Bernadette Chirac, le lieutenant Geoffroy Chodron de Courcel, son officier d'ordonnance ou, en termes plus prosaïques, son garde-du-corps: «On a gagné».

Pour la petite histoire, j'ai demandé un jour à un grand frère colonel (un petit Traoré) si l'Allemagne a pu s'imposer et en imposer aux autres Européens grâce au surnombre de ses troupes ou autre chose. Il m'a répondu que a vaincu les autres Blancs de la même manière que ces derniers ont triomphé face à nos grands-parents : la supériorité matérielle (blindés, aviation, missiles V-2) d'abord et un avantage psychologique (mental de vainqueur), ensuite. En plus, il y a eu l'effet de surprise dans beaucoup de cas, le sens tactique des généraux allemands et le désire de vengeance de la défaite 14-18. Car, a-t-il expliqué, l'Allemagne n'a jamais gobé cette défaite et elle s'est préparée en conséquence pour laver cet affront à son endroit.        

En clair, la Grande Bretagne a respecté son engagement qui découle de la Charte de l'Atlantique en accordant l'indépendance à ses colonies d'Asie, comme rappelé par le Pr. Dialla, mais a tempéré, comme la France, pour les pays africains. La raison en est simple: la montée en puissance du communisme soviétique qui était, comme chacun le sait, l'ennemi juré du bloc capitaliste. En d'autres termes, il n'était pas question d'accorder l'indépendance aux pays africains pour les voir se précipiter dans le jardin de Moscou. Ce qui serait contraire à l'esprit de la Charte en question, sur son point n°4: «Ils s'efforceront, dans le respect de leurs obligations existantes, de favoriser la jouissance par tous les États, grands ou petits, vainqueurs ou vaincus, de l'accès, à égales conditions, à l'échange et aux matières premières du monde qui sont nécessaires à leur prospérité économique». Car les USA voulaient voir les pays africains «indépendants» pour pouvoir accès aux matières premières à «égalité de chances » avec la Grande Bretagne et la France, les deux principales puissances colonialistes de l'époque. C'est pourquoi, les USA ont fermé les yeux sur le non-respect de la Charte par la France juste après la seconde guerre mondiale. C'est également la raison pour laquelle les USA ont «laissé faire le régime de l'apartheid» d'Afrique du Sud qui ne devrait, en aucun cas, basculer dans le camp communiste ou socialiste. L'on comprend aussi pourquoi les USA reviennent en force sur le continent africain après la chute du communisme soviétique, pour y prendre toute leur place, conformément à la Charte de l'Atlantique: le droit de jouissance des matières premières.   

Bref, sans nier le rôle joué par les uns et les autres, on a acquis les «indépendances » parce que l'Allemagne a été défaite en 1945 et l'Allemagne a été défaite parce que les USA étaient aux côtés des Alliés. Depuis, le monde est entré dans une «économie alimentée par les guerres et les conflits» et il n'est pas près d'en sortir, malgré le virage amorcé, ces derniers temps, par l'économie du savoir (technologie, informatique) et le balbutiement de l'économie écologique (l'agriculture et la consommation biologiques, les énergies renouvelables).

Donc, à quelques exceptions près (cas de l'Algérie et de certains pays d'Afrique australe et de l'Ouest comme la guinée Bissau), les pays africains ont vécu une situation paradoxale: la création des armées nationales après les indépendances négociées sur papier avec la France et la Grande Bretagne. En clair: les États devenaient «ennemis» les uns des autres et, le plus souvent pour les pays francophones, la France comme «alliée» contre des voisins «révolutionnaires» ou «impérialistes». Et, puisque les frontières sont artificielles, les soldats «ennemis» de part et d'autre sont «parents». Si ce n'est pas entre «États ennemis», c'est le coup d'État interne (un proverbe bambara dit que «le couteau a percé sa gaine protectrice». Pour tout dire, la meilleure option était le «fédéralisme» qui aurait du coup rendu caduques les «armées nationales ennemies» avec tout le bénéfice en termes d'investissement dans l'éducation et l'emploi productif.

En tout cas, les deux pays «vaincus» qui ont été contraints d'abandonner l'option militaire, à savoir l'Allemagne et le Japon, sont les économies post-guerre les plus solides.       

Par SOD

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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