lundi 27 septembre 2010

Mes cinquante ans de Mali

Mes cinquante ans de Mali

 

Le Mali est devenu indépendant le jeudi 22 septembre 1960 et a été reconnu par les Nations Unies le mercredi de la semaine suivante, 28 septembre. Ceux comme moi qui ont eu la fortune de vivre ou d'avoir été informés sur l'avant, le pendant, l'après de ces événements, ont le devoir d'éclairer la jeunesse malienne souvent si peu instruite de son histoire. L'Histoire a retenu que le premier « autochtone » ayant émergé sur la scène de la « politique légale » fut Fily Dabo Sissoko après que le terrain ait été préparé par des « instituteurs indigènes » comme Mamby Sidibé, Mamadou Konaté et d'autres « évolués ». Modibo Keita, d'une génération plus jeune que celle des précédents qu'il a rapidement rejoint dans le leadership, a tenu un rôle historique spécifique. En dehors des frontières nationales deux personnes ont, avec l'accord des nouvelles autorités maliennes, permis à leur pays de parrainer l'entrée du Mali dans le cercle des nations indépendantes. Il s'agit de Habib Bourguiba, Président de la Tunisie et Mme Sirimavo Bandaranaike, Premier Ministre de Ceylan (qui deviendra Sri Lanka). Lorsque Madame Bandaranaike a pris cette décision, elle venait d'accéder à la primature de son pays seulement depuis exactement 2 mois. Mme Bandaranaike fut la première femme à devenir chef de gouvernement dans l'histoire du monde moderne. J'ai rencontré Mme Bandaranaike et sa fille Chandrika qui, pour sa part,  prolongeant la tradition familiale de service public, deviendra, plus tard, Mme Kamaratunga et Présidente de la République de Sri Lanka de 1994 à 2005. J'ai rencontré la mère et la fille à Moscou, à l'hôtel « Younost », en septembre 1968. J'ai rencontré le Président Habib Bourguiba en Tunisie à deux reprises entre 1980 et 1983. J'ai rencontré les Bandaranaike, mère et fille tous les jours durant une dizaine de jours. De ce fait, je suis sans doute l'un des rares maliens a avoir vu de près cinq des personnes dont les noms sont à jamais liés, directement ou indirectement, à l'indépendance du Mali moderne : Mamby Sidibé, Fily Dabo Sissoko, Modibo Keita, Habib Bourguiba et Sirimavo Bandaranaike. Ne serait-ce qu'à ce titre, je ne peux me soustraire à la nécessité de contribuer à l'information de la jeunesse malienne.

 

Je n'ai pas vu que cette femme et ces hommes. Le témoignage qui suit est aussi pour rendre un hommage aux femmes surtout, aux hommes, aux jeunes qui, pleins de rêves ont servi, sans réserves, le Mali nouveau. Ces anonymes avaient, parmi tant d'autres, pour nom Ba Bintou, Koleba Keita, Ba Nè, Moussou Sacko, etc… Ils étaient ces petits pieds qui marchaient de maison à maison les nuits sans lune ; ils etaient les petites voix qui chuchotaient de bouche à oreille les mots d'ordre des militants anticolonialistes. Je pense aussi à ces dizaines de personnes venues s'offrir comme chauffeurs alors même que beaucoup, une semaine auparavant ne s'etaient jamais trouvés derrière un volant. Ils sont allés à Abidjan chercher les vivres et les biens d'équipement nécessaires, en urgence, pour sauver le Mali de l'étouffement provoqué par la coupure de la liaison ferroviaire entre le Mali et le Sénégal en août 1960. Nombre d'entre eux mourront au volant des camions Krupp, Čepel, Zyll  qui leur furent confiés. Parmi les survivants, beaucoup sont maintenant morts. Les morts sont souvent partis avec la peur que, peut-être, jamais le malien ne sera ce que nous avons rêvé (trop tôt ?, trop vite ? trop loin ?) être devenus le 22 septembre 1960 : « Yèrèma Horon-ou ». Libres, heureux et responsables. Beaucoup de ces personnes n'ont eu droit ni à une médaille de l'indépendance ni à la reconnaissance de la patrie. Souvent même ils se sont retrouvés, aux mêmes endroits, aux mains d'autres tortionnaires… maliens. Je pense aussi à ceux bien longtemps avant eux, à la fin du 19eme siècle, au début du 20eme siècle et tout au long qui refusèrent le colonialisme. On les appelait « Ban-bantjiou » (littéralement ceux qui ont dit non) ou « Mogo-mouroutileou » (les révoltés). Je salue leur mémoire et je les évoque tous ici sous le nom des deux frères Touré de Niaréla qui furent pendus par l'autorité coloniale à l' endroit même où sera, en 1914, construite la poste principale de Bamako. Il faut aussi rappeler le souvenir d'étrangers qui furent à nos côtés dans ces moments historiques mais combien difficiles. Je pense à Pierre Campmas journaliste et commentateur sportif, je pense à Günter « prêté » par la Deutsche Welle à Radio Mali, je pense à Madame et Monsieur Maat, Monsieur Garçon, je pense à Anita Bueno venus partager leurs savoirs avec nous avec l'espoir que nous allions devenir les bâtisseurs du Mali en devenir. Et ces enseignants maliens ? Que tous acceptent d'être appelés par les noms de Arouna Sow, Hamadi Macalou, Tiemoko Traore, Abdoulaye Thiam, Laïco Traoré, Sinko Coulibaly. Et ces médecins, sages-femmes et infirmiers de brousse ? Qu'ils acceptent tous d'être salués ici à travers, Dr. Camara, Dr. Kouyaté, Mme Kouyate. Et ces administrateurs de brousse ou de  la ville ? Je salue leurs mémoires en appelant Méto Diourté, Bakara Diallo, Baba Ba, Lassana Sacko, Dolo Sominé, Sinally Théra. Au Mandé la sagesse des anciens dit ceci : «  celui qui ne connait pas la chose, qui ne sait pas d'où elle vient, qui ne sait pas où elle va, ne mérite pas d'être appelé au-devant des hommes et des femmes en guerre contre la chose». Le Mali est sorti de la colonisation pour entrer dans l'ère du « Yèrèma-horongna » parce qu'au-devant de la marche il y a avait ces femmes et ces hommes qui « connaissaient la chose, savaient d'où elle venait et savaient où elle voulait aller ».

Pour parler du Mali il faut savoir ce qu'est le Mali. Il faut savoir comment le Mali nouveau est arrivé à être. Il faut connaitre la souffrance et l'humiliation que la colonisation imposait aux autres pour le désir de puissance des uns. Dans les lignes qui suivent je ne cesserai de me référer à l'esprit suivant : je parle des faits, je parle de certaines femmes et de certains hommes pris dans une posture précise, chacun vu selon une facette de sa personnalité et cela à un moment historique donné. Je témoigne pour les jeunes, mais en aucun moment je ne veux ni juger, ni condamner. Les femmes et les hommes, acteurs principaux de l'Histoire du Mali des cinquante dernières années se sont trouvés dans des circonstances exceptionnelles, ont été impliqués dans des événements qui sont plus grands qu'eux-mêmes. Dès lors, seuls le peuple et l'Histoire peuvent les juger. Si je ne peux pas juger ces femmes et ces hommes, je ne peux, a fortiori, juger leurs ayants droits qui, même lorsqu'ils ont « naturellement » profité de privilèges, n'avaient, souvent, aucune prise sur les agissements et comportements de leurs parents.

Je suis conscient et j'accepte que certains puissent ne pas partager mon analyse ici présentée. Je prends la responsabilité de partager avec vous tous qui me font l'honneur de me lire, surtout avec les jeunes, quelques uns des éléments de base que mon éducation familiale et mon propre désir de savoir m'ont permis de connaitre. Ce savoir fait profondément partie des matériaux ayant contribué à construire la conscience et la culture politiques qui sont les miennes.  J'ai décidé d'apporter ma contribution en répondant aux questions débutant par « comment ». De nombreux écrits sur l'indépendance du Mali existent mais j'ai rarement lu un texte expliquant comment le PSP a perdu l'adhésion populaire. J'ai rarement lu un texte disant comment le RDA est devenu la force de l'indépendance. J'ai rarement lu un texte disant comment la premiere république a perdu le soutien du peuple. Le présent papier a été écrit avec l'intention de combler ce vide.

 

Les forces sociales avant 1960 : l'ère des «diatigui» et des «siratigui»

Les organisations sociales n'avaient pratiquement pas changé au Mali depuis le 16eme siècle. Les groupes sociaux et leurs rôles étaient restés les mêmes depuis la fin des grands empires de l'Afrique Occidentale qui ont presque tous eu notre pays comme matrice. L'éclatement des grands empires va faire naitre de multiples chefferies locales souvent esclavagistes et féodales. Les groupes sociaux qui, grâce au commerce du sel venant du Nord (kokho-dougou = pays du sel), de la cola venant du sud (woro-dougou = pays de la cola) et du commerce local avaient accumulé de la richesse. L'autonomie conférée par cette richesse va permettre à ces groupes sociaux de jouer un rôle anticolonial très important. Ce rôle, on le verra, sera déterminant dans la sélection des forces politiques ayant conduit le Mali à l'indépendance. Le colonialisme a réussi à affaiblir les chefferies locales par la corruption (cas du Hawa Dembaya), par la terreur (cas de Bamako, du Bèlèdougou, du Wassoulou, de Sikasso, du pays Bobo, l'Adrar, etc…), en suscitant la division (cas de l'Adrar et des Iforas) avant de les mettre hors circuit en créant de toute pièce les chefs de Canton. Il y avait donc, aussi, les groupes sociaux commerçants : les Diakhanke, les Wangara, les Dioula (spécifiquement attachés à la route de la cola), les Marka (à ne pas confondre avec les Sarakolés ; ce sont les Mali-ka établis naguère à Tombouctou, chassés successivement par l'effondrement de l'Empire du Mali et de l'Empire Songhaï ils se sont établis a l'Ouest de la région de Tombouctou et au nord du fleuve Niger). A ces groupes il faut ajouter les Diawando qui n'étaient pas des commercants itinérants comme ces groupes cités ci-dessus mais qui se sont enrichis au fil du temps en étant des « hommes de cour » auprès des souverains.

De même qu'il a affaibli la chefferie traditionnelle, le colonialisme a tenté d'affaiblir les groupes sociaux ci-dessus en étouffant la source de leur aisance économique. Pour ce faire il a essayé de les supplanter sur le terrain par les commercants libano-syriens venus, en premier lieu, pour servir d'intermédiaires dans la collecte et la commercialisation des matières premières agricoles. Ces groupes avaient aussi tissé à travers toute la region de l'Afrique de l'Ouest des réseaux autour de personnages locaux importants que l'on appelait les « diatigui » (hôtes). En raison de leur aisance, les « diatigui » qui pouvaient être aussi et en même temps fonctionnaires coloniaux, offraient l'hospitalité aux personnes de passage dont les commercants et hébergeaient aussi les événements sociaux. Les commercants avaient des chefs de caravanes appelés « siratigui ». Les « diatigui » et les « siratigui » sont devenus, au fil des siècles, des personnalités économiquement et socialement importantes. Dans les villes importantes où souvent il résidait, un « siratigui » devenait aussi un « diatigui ». Le « diatigui » était la personne chez qui on organisait le « sumu »; des soirées poétiques et musicales qui renforçaient les liens sociaux en dehors de l'emprise du système colonial. Le Mali colonial a été, du point de vue « indigène » l'époque des diatigui et des siratigui. Durant ces soirées étaient chantés, des poèmes d'amour que l'on appelait les « di-da-di » (le miel du miel), des poemes épiques exaltant le passé historique comme « Djandjon », mais aussi des poèmes modernes stigmatisant les comportements imités du colon tout en rappelant les valeurs traditionnelles de responsabilité, d'amitié et d'honneur comme « SouareSy » ou « MaliSadio ». Les « diatigui » et les « siratigui » vont s'appuyer sur les commercants qui détestent le colonialisme du fait que celui-ci cherchait à remplacer les commercants « indigènes » par les libano-syriens. De ce fait,  les « diatigui » et les « siratigui » vont jouer un rôle stratégique important dans la sélection des forces politique au soudan Français, dans les années cinquante. Ils vont, entre 1956 et 1960 agir pour affaiblir le PSP et promouvoir le RDA. Apres 1960, ils vont activement contribuer à la défaite de la premiere république. Ils n'ont pas agit pour des calculs politiques précis comme cela a souvent été dit. Ils ont agit à chaque fois, simplement, pour défendre leurs intérêts de groupe social et professionnel.

 

La levée du soleil de l'indépendance : Horongna-tilé

La marche vers l'indépendance a été une démarche progressive accélérée en certains moments par des événements spécifiques créés par la métropole. En 1944 lorsque la défaite de l'Allemagne hitlérienne était donnée comme acquise, le General de Gaulle réuni ses forces à Brazzaville en janvier-février. En venant à cette réunion, le General de Gaulle avait en tête les observations des libérateurs américains sur l'incontournable nécessité d'affranchir les peuples colonisés. A Brazzaville, de Gaulle, ouvrit timidement la porte sur une reconnaissance des droits politiques des « indigènes » mais en excluant explicitement toute ouverture vers l'auto-gouvernement. Certains de ce qu'on appelait alors les « évolués » dont Mamadou Konaté, Fily Dabo Sissoko et Modibo Keita vont en profiter pour faire reconnaitre les « associations » constituées autour d'eux. C'est ainsi que débuta la politique « moderne » au Mali qui comprenait alors le Niger et dont le Burkina-Faso actuel avait été retiré depuis 1920. Les premières élections eurent lieu et Fily Dabo Sissoko en sorti vainqueur. A cette époque Fily Dabo Sissoko « pesait », électoralement, 5 fois plus que Mamadou Konaté et 10 fois plus que Modibo Keita.

Les revendications en ce temps n'étaient pas réellement l'indépendance mais la reconnaissance d'une identité, la reconnaissance du droit politique; l'émancipation du statut de « sujet » français, le passage à celui de « citoyen » francais et l'abandon du travail forcé. Fily Dabo, un intellectuel traditionnaliste a mis son talent, à la suite de certains de ses ainés comme Mamby Sidibé, à décrire dans des ouvrages comme « Savane Rouge » la tradition et les croyances de nos peuples que son métier d'instituteur lui a permis de découvrir de près.

Des divergences apparurent très vite entre Fily Dabo animateur du Parti Progressiste Soudanais (PSP) et les autres, principalement Mamadou Konaté animateur du « Bloc Soudanais » et de Modibo Keita l'animateur du « Parti Démocratique Soudanais ». Ces divergences vont culminer en octobre 1946 à la création du Rassemblement Democratique Africain (RDA). Tous les chefs des courants politiques africains, y compris Fily Dabo, s'étaient mis d'accord pour se rassembler à Bamako en une force politique. En France c'était l'immédiate après guerre. Durant cette période les socialistes et les communistes, deux des trois partis dominants, vus comme force de l'avenir se disputaient l'hégémonie politique. Cette dispute entre socialistes et communistes va être déterminante dans tout ce qui va se passer au Mali entre 1945 et 1960. Les socialistes auront l'avantage de siéger et même de diriger le gouvernement de la France. Ses principaux représentants avaient pour noms Pierre-Mendes France, Gaston Defferre, François Mitterrand, Marius Moutet (qui fut Sénateur du Soudan et aussi Ministre des Colonies), Felix Gouin, Guy Mollet. Le Parti Socialiste au sein duquel des colonialistes sont puissants (Marius Moutet, Guy Mollet, probablement François Mitterrand, etc…) va prendre prétexte de l'apparentement des partis de Mamadou Konaté et de Modibo Keita au Parti Communiste, de leur crainte de voir les « soudanais », ces « têtes dures, ces individus outrageusement fiers de leur passé» ruiner l'empire colonial français, pour diviser le front des hommes politiques africains. Fily Dabo, ami de Marius Moutet, Ministre des Colonies, soutenu publiquement par Edmond Louveau le Gouverneur du Soudan refuse finalement de rejoindre le RDA à sa création et s'oppose même à la tenue du congrès constitutif. Pour leur part, Mamadou Konaté et Modibo Keita s'y joignent.

Grâce au soutien de l'administration coloniale et à la composition du corps électoral constitué (a) des fonctionnaires et des agents de l'administration, (b) des anciens militaires, (c) des notables et des chefs indigènes, (d) des titulaires d'un diplôme de l'enseignement à partir du Certificat d'études primaires, Fily Dabo sera le vainqueur du jeu politique soudanais de la premiere élection tenue le 21 octobre 1945 jusqu'aux élections municipales du 18 novembre 1956 où Modibo Keita est élu premier maire de la ville de Bamako.

 

Deux données sont importantes à retenir. Des groupes entiers ; des jeunes de tout statut social; des femmes, ont massivement rejoint le RDA.  La seconde donnée est que la baisse continue des prix des matières premières agricoles, dont l'arachide premiere source de richesse du Soudan, sur le marché international a aggravé l'animosité entre les commercants « indigènes » et les libano-syriens soutenus par l'administration coloniale. De ce fait les notables, « diatigui » et « siratigui » vont massivement se détourner de Fily Dabo et du PSP vus comme instruments du colonialisme et donc des libano-syriens pour se rapprocher  du RDA qu'ils vont financer. Ces ralliements au RDA sont arrivés au moment où se préparait en France, sous l'impulsion du socialiste Gaston Deferre, la loi dite de « l'Autonomie Interne ». Cette loi organisait le transfert aux colonies de certains pouvoirs jusque-là détenus par la métropole. L'esprit de la loi marquait un progrès. Mais l'histoire retiendra que c'est cette loi qui a apporté la division de l'Afrique francophone. Les hommes politiques africains jusque là au coude à coude, souvent au sein du RDA, vont se précipiter, chacun chez soi, pour prendre le petit morceau de pouvoir que la France coloniale leur tendait. Les dirigeants politiques de l'Afrique centrale vont litteralement « s'enfuir » vers leurs territoires et on n'entendra pratiquement plus jamais parler d'eux en Afrique de l'Ouest où l'union va continuer à exister ne serait-ce que formellement. Ces mêmes dirigeants africains ont vu que s'il était possible d'arracher à la France un petit bout de souveraineté alors il devrait être possible d'en avoir plus. Ainsi naquit réellement et s'approfondit l'idée que l'indépendance était possible surtout que l'écho était venu de l'Asie que la Grande Bretagne avait accordé l'indépendance à plusieurs pays asiatiques. Puis il y a eu la fameuse « Conférence de Bandoeng » tenue en avril 1955 en Indonésie. « Bandoeng » a porté aux quatre coins du monde le message d'espoir que les « peuples privés de droits pouvaient se libérer ». La voix déterminée de Ahmed Soekarno claquant à l'oreille comme un coup de fouet indiqua ce qu'il fallait désormais faire pour « ceux dont le sort était déterminé par d'autres (…) et qui nous faisaient vivre dans la pauvreté et l'humiliation ». Selon Soekarno, il était venu le temps  « de mobiliser et canaliser la violence morale des nations humiliées ». Mamadou Konaté est mort en 1956. Au sein du PSP les talents d'un jeune instituteur, ami des socialistes, du nom de Hamadoun Dicko est de plus en plus reconnu. Le RDA se divise d'abord en mai 1958 entre, d'une part, ceux qui veulent se joindre à la France au sein d'une « Communauté Française de destins et d'intérêts » et, d'autre part, des radicaux partisans d'une « indépendance immédiate ». La section soudanaise du RDA faisait partie du premier groupe. Le second groupe, plus restreint, comprenait la section nigérienne du RDA dirigée par Djibo Bakary et la section guinéenne du RDA dirigee par Sékou Toure. La Communauté ne durera pas très longtemps. En 1959, la section soudanaise du RDA conduite par Modibo Keita, substantiellement enrichie par l'adhésion en mars 1959 de Fily Dabo Sissoko, sera rejointe par le Sénégalais Léopold Sedar Senghor pour promouvoir l'idée d'une indépendance de plusieurs Etats de l'Afrique Occidentale Française regroupés en une « Fédération du Mali ». On les appellera les fédéralistes. A ce groupe s'est farouchement opposé Felix Houphouët-Boigny President du RDA duquel s'est rapproché Hamadoun Dicko le soudanais du PSP. Au Soudan, Hamadoun Dicko fera de la résistance tout seul. Cependant, il finira  lui aussi, en décembre 1959 par rejoindre le RDA, suite à une sévère défaite électorale, suite à une injonction que son père lui a adressée, suite au ralliement de Fily Dabo. En effet le père de Hamadoun Dicko à la tête d'un groupe de chefs Ardo s'était rallié au RDA après que Fily Dabo l'ai fait en mars 1959. Le PSP s'effondra donc en 1959. Cet effondrement a été produit par la désaffection des « forces économiques et sociales» dans un premier temps puis de la population générale dans un second temps. Mais aussi les positions du PSP rejetant le rapprochement avec le RDA vont provoquer des démissions de cadres importants du parti. Au nombre des partants se trouvaient des dirigeants de premier plan dont le Sénateur Amadou Doucouré.

Alors, enfin, arriva le jeudi 22 septembre 1960 et les clameurs d'une joie indescriptible. La Mali recouvrait sa souveraineté en même temps que prenaient fin ses « liens juridiques » avec la France. Malien-ou kèra horon-yé (les maliens devenaient indépendants libres et responsables d'eux mêmes). Observons trois caractéristiques essentielles de la politique malienne durant toute la période conduisant à l'indépendance : (1) la recherche de l'unité de la classe politique a été constante au Soudan et l'unité (je ne dis pas l'unanimisme) a été atteinte le 22 septembre 1960 ; (2) toute la classe politique s'est constamment située a « gauche ». Les apparentements se sont constamment repartis du parti socialiste au parti communiste. Jamais, un homme politique malien reconnu ne s'est réclamé de la « droite » (je ne suis pas entrain de dire qu'aucun n'était de droite); (3) toute la classe politique malienne s'est progressivement ralliée à la position fédéraliste du RDA ayant conduit à l'idée « d'union africaine ». L'exception a été Hamadoun Dicko. Il est le seul à n'avoir jamais été fédéraliste. En cela il est le seul homme politique malien de premiere importance à avoir suivi Houphouët-Boigny dans son opposition au fédéralisme et au concept d'union africaine. 

Existait-il une alternative au leadership du RDA le 22 septembre 1960 pour conduire le Mali à l'indépendance? Non. Il n'en existait pas.

 

Les vœux du baptême et l'exercice de la souveraineté

Le Mali est donc allé à l'indépendance rassemblé sous la bannière du RDA qui avait au passage enregistré le ralliement de certains mouvements politiques dont le Parti Dogon, celui des remuants patriotes rassemblés autour de Amadou Seydou Traore dit Amadou Djikoroni dans le PAI (Parti Africain de l'Indépendance). Le Mali est allé à l'indépendance dans la fierté mais dans la pauvrete. Le pays nouveau manquait de tout. Son baptême fut célébré par Senghor et Mamadou Dia qui lui mirent autour du cou, pour l'asphyxier, les bouts de rails enlevés de la ligne Dakar-Niger avec pour conséquence la suspension du trafic ferroviaire entre le Mali et le Senegal. Certains administrateurs coloniaux en quittant les bureaux ont brulé le papier, cassé les écritoires, et même souvent cassé les chaises. Le carburant des véhicules fut retiré et versé.  Ce sont les habitants des quartiers de Dar Es Salam, de Medina Coura et des autres quartiers qui ont souvent offert des biens personnels dans de nombreux bureaux pour permettre aux employés de travailler. Nous étions indépendants. Nous avions un drapeau. Nous avions un gouvernement. C'était tout. Comment faire pour faire fonctionner un pays et payer les travailleurs lorsqu'on n'a pas de banque ? Comment faire pour acheter les biens si on ne détient pas de reserves sous son contrôle et qu'on est fâché avec son ancienne métropole ? Comment faire fonctionner les entreprises si on n'a pas de cadres ? Le 22 septembre 1960 à minuit, les nouveaux responsables maliens étaient sans doute optimistes pour le long terme, mais pour le court terme, la fameuse question de Lénine est la seule qui pouvait être posée : « Et à présent que faire ? »

 

Les difficultés, y compris des difficultes économiques et financières apparurent très vite. La premiere des difficultés est née de l'erreur (inévitable ?) créée par le fait que trop d'importance a été donnée immédiatement à « l'option socialiste » alors même que cette option n'était évoquée que dans deux points sur sept du « Mandat Impératif » instruit au gouvernement et à la direction du parti par le Congres Extraordinaire du RDA du 22 septembre 1960 dans le volet « A entreprendre sur le plan national ».

 

Cela a commencé à crisper les relations entre le RDA, parti-Etat, et certains de ses soutiens de la lutte anticoloniale que furent les « diatigui », les « siratigui » en particulier, les commercants en général. Le franc malien a été créé. La rupture est alors intervenue entre le RDA et certains de ses allies sociaux qui ont, en plus, un rôle important dans l'économie d'un pays sans débouché sur la mer et encerclé par ce que j'appellerai les « yeux et les oreilles de Jacques Foccart» : à l'Est, à l'Ouest, au Sud. Au nord l'Algérie était en lutte anticoloniale.

Fily Dabo et Hamadoun Dicko ont été arrêtés et condamnés à mort par un « tribunal populaire » dirigé par le Commissaire Politique Mamadou Diarrah dit Diarra-ache. La mort de Fily Dabo, celle de Hamadoun Dicko, celle de Maraba Kassoum ont été des événements graves, inutiles. Même  si cela était dans l'air du temps et même banal, en Afrique et dans le monde, de voir mourir des acteurs politiques. Je ne connais pas la vérité sur la mort de Fily Dabo et de Hamadoun dont j'en ai été informé par mon père un jour de beau matin alors que lui-même venait de l'apprendre de Komakan Diabaté alors Commandant de Cercle de Gao qui lui aussi venait d'être informé, je crois, par Bakara Diallo alors gouverneur de Gao (si ma mémoire est fidele). J'ai été socialement très proche des trois personnes qui, au moment des faits, étaient les personnes civiles représentant la haute hiérarchie de l'Etat les plus proches physiquement de ce que qui s'est passé. Il s'agit de Bakara Diallo qui était Gouverneur de Gao (si ma mémoire est bonne), Komakan Diabate, Commandant du Cercle de Gao, tous deux, des personnes proches de mon père et Baba Amadou Ba qui sera mon beau père et qui était Commandant du Cercle de Tombouctou territorialement chargé de l'administration des territoires du Nord.

Il y a aussi eu au Mali de très, trop, nombreux abus de pouvoir. Des cadres du parti souvent de rang inferieur ont fabriqué de toute pièce des complots et des accusations contre certains citoyens dont la loyauté à la République du Mali était connue de tous. Voici un exemple personnel pour illustrer cela. Mon père qui était dans la Garde Républicaine sous la colonisation et « diatigui » à Bafoulabe. Il est celui qui a ouvert les arrondissements de Bafoulabé et de Oussoubidiangna. Il a été arrêté à plusieurs reprises entre juillet 1962 et aout 1963. Il a été gravement mais discrètement accusé en août 1963 d'attentat à la sureté de l'Etat après « qu'on » ai trouvé chez lui son fusil et une copie de « Savane Rouge » de Fily Dabo Sissoko. L'ordre, verbal je crois, de l'arrêter a été donné par le Commissaire Politique Mamadou Diarrah sur plainte verbale conjointe du Député Sega Sissoko et du Commandant Baradji. Cet ordre avait été transmis à Lassana Sacko, Commandant du Cercle de Bafoulabé, père du Premier Ministre Zoumana Sacko. D'autres chefs d'accusations farfelues ont été, selon le jour, ajoutés ou enlevés a la plainte contre lui. Par exemple il lui fut reproché de « comploter » pour faire venir au Mali une infirmière française de la ville de Cernay qu'il avait épousé en France, dans une noce de jeunesse. Le Commandant Sacko a dit qu'en dehors de preuves fermes il ne pouvait mettre en prison mon père qu'il respectait et dont la popularité, du Diafounou au Tomora, du Niambia au Diakitéla, de Oualia à Oussoubidiangna pourrait causer, apres l'arrestation de Fily Dabo, une revolte au Khasso oriental. Mon père n'a jamais confondu l'utilisation que certains ont faite du pouvoir du parti-Etat et la responsabilité directe et globale du RDA.   Heureusement pour mon père une discrète mais forte solidarité s'est manifestée en sa faveur. Il a obtenu le soutien de personnes qui l'ont bien connu ; militaires comme civils. Les freres colonels, Kèlètigui et Pinana Drabo, le Colonel Sékou Traoré, même le discret Colonel Boubacar Traoré de la Garde Republicaine était sur la liste de  ses défenseurs ; pour ne citer que les militaires. Ils ont rappelé ses états de service pour la lutte pour l'indépendance. Ils ont rappelé son soutien actif et matériel en faveur de l'Union Ghana-Guinée-Mali. Si ma mémoire est bonne, même le Président Sékou Touré est discrètement intervenu. Mon père a finalement été libéré sur instruction personnelle du President Modibo Keita. Mon père ne fut jamais humilié et fut uniquement gardé à vue par des hommes qui le connaissaient bien et avaient beaucoup de respect pour lui. Il est comique aujourd'hui de se rappeler que dans le rapport de police mention avait été faite que mon père avait été « détenu en compagnie de son fusil et de son cheval préféré qui sont les preuves de sa volonté d'attenter à la sécurité de l'Etat du Mali» !!!. De graves déviations de ce genre ont sans doute eu lieu à travers le Mali avec sans doute des conséquences plus dramatiques pour les victimes. Cela, à mon avis est plus imputable aux travers d'hommes lancés à la poursuite d'intérêts personnels plutôt qu'à un projet planifié du RDA. Ce point fera encore longtemps l'objet de débats passionnés. Je ne m'y mêlerai pas.

 

Mais comment de parti populaire, le RDA est-il devenu un parti-Etat dont les rouages se sont emballés très vite ?

Commençons par éliminer les mauvaises querelles qui ont été faites à la premiere république pour enfin nous concentrer sur les points ayant conduit à sa perte. La socialisation a été reprochée énormément à la premiere république. Mais en réalité le système économique et le fonctionnement de l'Etat du Mali n'étaient pas plus socialistes que ceux du Senegal ou de la Cote d'Ivoire. En Côte d'Ivoire l'Etat (le parti-Etat) occupait, par son contrôle des filières café et cacao 98% de la création de richesse du pays. Dans son rapport 1970 (page 540 de la version anglaise) le FMI déclare que l'emprise du parti-Etat sur les sources de création de richesse au Senegal, essentiellement la culture de l'arachide avait atteint 98% dès 1967. Mais alors pourquoi ces deux pays étaient cités en référence tandis que le Mali était montré du doigt comme un exemple d'échec économique ? La réponse est très simple : en plus de la capacité de nuisance des organes d'informations et qui étaient essentiellement contrôlés par des intérêts colonialistes, l'assistance économique et financière de la France a ces deux pays a été la clef. Tandis que l'accès des travailleurs maliens au marché français était pratiquement arrêté, des facilités étaient faites aux travailleurs porteurs de passeports sénégalais. Tandis que les pensions militaires des soudanais ayant combattus aux cotés de la France était gelées, celles payées aux anciens soldats senegalais et ivoiriens étaient augmentées. La France, sous l'impulsion de milieux colonialistes encore prépondérants dans ce pays dans la détermination des relations avec l'Afrique, a subventionné les investissements privés en Côte d'Ivoire et au Senegal alors que le Mali ne pouvait compter sur ceux-ci. Donc, sur la foi des documents des organismes internationaux, la vie économique et sociale du Mali n'était pas plus étatisée que celle du Senegal ou de la Cote d'Ivoire.

La réalité économique malienne en 1967 était, à tout point de vue, grave. De 1960 à 1967, les engagements de l'Etat ont augmenté de 60% soit environ 10% par an alors que la croissance économique ne fut que de 5% soit 0,5% par an. L'accroissement des dépenses de l'Etat concernait essentiellement l'achat d'équipements et de moyens de production à l'étranger. Hélas, trois fois hélas, cette bonne volonté de planification ne s'est pas traduite par une croissance économique. Pourquoi ? Parce que les maliens se sont détournés des produits des usines construites, de nombreux commerçants ont fait de la contrebande, le contact a été perdu entre la hiérarchie du RDA et le peuple, enfin, les cadres chargés de la gestion des structure économiques se sont révélés être bien médiocres. Nous devons, à ce niveau, constater un phénomène très curieux. L'US-RDA plus que tout autre parti dans aucun autre pays africain, plus que tout parti politique français a toujours été très actif dans l'autocritique objective. Mais curieusement ces critiques n'ont jamais été traduites en actions concrètes et correctives. Par exemple, regardez l'extraordinaire « Rapport du VIème Congres du RDA » de septembre 1962. Il analyse clairement les problèmes du Mali deux mois après l'affaire du franc malien. Ce formidable document qui aurait dû apporter la rédemption, réconcilier les maliens et la politique pour construire le Mali a, au contraire été la matière de division au sein du RDA lui même. C'est la lecture différentielle faite par les uns et les autres de ce rapport qui aboutira à la radicalisation de la jeunesse, aboutira au ramollissement du mouvement syndical. L'UNTM a pris sa part de responsabilité en disant « la vérité » sur la vie politique et économique nationales. Pour s'en convaincre il suffit de lire la déclaration de l'UNTM faite le 23 août 1967. Le meilleur, comme toujours ce sont les discours du President Modibo Keita qui étaient sans concession avec la vérité de la vie nationale. Il en sera ainsi jusqu'à la dissolution de l'Assemblée nationale. Le système s'était emballé et avait échappé à tout contrôle. Tout s'est accéléré à partir de 1967 dans une spirale qui, en politique s'assimile à de la panique d'un appareil qui a progressivement perdu le contrôle de la situation. Les dés pouvaient être considérés jetés le jour de la dissolution de l'Assemblée Nationale en regardant le discours prononcé par le puissant Commissaire Politique Mamadou Diarrah. Le RDA, en raison de toutes ces difficultés  non surmontées (insurmontables ?), est donc devenu une flûte bouchée. Le 19 novembre 1968, 14 officiers subalternes prenaient le pouvoir au Mali.

 

Le sifflet prend le dessus sur la flute bouchée

J'ai vu le President Modibo Keita pour la dernière fois, je crois que c'était le samedi 25 mai 1968 entre 16h et 17h. J'étais en compagnie de l'Inspecteur de la Jeunesse Arouna Sow, notre ancien enseignant. Il s'agissait de parler de sa venue à une cérémonie durant laquelle je devais monter le drapeau. Le President Modibo nous adit, « au revoir et a bientôt ». Je ne l'ai plus jamais revu.

J'ai des souvenirs personnels très précis attachés au 19 novembre 1968.

 Un de ces souvenirs qui éveillera des soupçons dans notre esprit, m'avait fait dire très tôt dès la nouvelle du coup d'Etat connue que le Lieutenant Youssouf Traore faisait partie des conjurés. Je revenais d'Europe et je promenai en compagnie de quelques copains dans N'tomikorobougou le samedi 16 novembre dans l'après midi. Je me rappelais qu'en ce moment précis je leur décrivais l'avion « Concorde » que j'avais vu à l'aéroport du Bourget. Subitement j'ai vu apparaitre devant nous la voiture du premier conseiller d'une ambassade étrangère qui me connaissait. Il s'est arrêté à 10 mètres et est sorti de sa voiture. Il est venu vers moi et m'a demandé si nous n'avions pas vu le Lieutenant Youssouf Traore. Selon lui, il était en fin de mission au Mali et  Youssouf Traore devait acheter sa voiture qu'il nous présenta en ouvrant les portières et le coffre. Nous la connaissions. C'était une voiture de marque Delahaye, de type Versailles. Il parti au bout d'une vingtaine de minutes. Mais nous le revîmes de nouveau au même endroit le dimanche 17 novembre. Je ne sais pas si un tel marché était en cours ou non. Mais toujours est-il qu'en raison du climat de l'époque, après « l'opération taxi » et en pleine « révolution active » je voyais mal un jeune officier malien même « protégé » s'acheter une « Versailles ». Le President Modibo Keita en personne s'était occupé du dossier du Lieutenant Youssouf Traore lorsqu'il a eu son accident regrettable. Le President tenait a ce qu'il fut bien soigné surtout que cet accident est intervenu dans une série d'événements dramatiques ayant touché l'armée dont : la mort accidentelle du Lieutenant Sambourou Diakité, le suicide du Lieutenant Maiga (je ne suis pas certain de me souvenir précisément du nom), de l'accident mortel du Colonel Ould Issa, la mort du General Soumaré.

Les événements nous ont appris plus tard vers la fin de la matinée du 19 novembre qu'un groupe d'officiers subalternes avait pris le pouvoir. Il y a eu ensuite 23 ans de vide et d'obscurité. Certains de ces hommes pour prendre une sorte de revanche sur la vie ont introduit le règne impuni du luxe et du lucre. Un régime militaire quel qu'il soit, comparé à un régime civil tient toujours le rôle du sifflet par rapport à la flûte. Il est vrai que dans le cas de la premiere république du Mali, en 1968, la flûte s'était bouchée.

 

Le festival des margouillats

J'ai des souvenirs très précis des événements du 26 mars 1991 que j'avais suivi à la radio sur RFI.

Beaucoup de maliens comme moi vivant au pays ou ailleurs avons espéré une renaissance. Que s'est-il passé ensuite ? Lorsque j'étais jeune, l'approche de la saison des pluies était annoncée par un événement où, des termitières, sortaient des insectes ailés. Les oiseaux s'en régalaient. Les margouillats ne pouvant voler descendaient des arbres et des murs. Ils attendaient ceux des insectes qui perdaient prématurément leurs ailes et ne pouvaient voler. Ainsi la félicitée donnait du festin aux margouillats qui eux aussi faisaient alors ripaille. 

Beaucoup de « révolutionnaires » issus du 26 mars sont devenus comme ces margouillats et ils ont transformé la démocratie malienne en un « festival de margouillats ». Ils sont descendus de leurs bicyclettes pour monter dans des limousines. Ils sont sortis de leurs huttes pour se construire des châteaux. L'Histoire les jugera.

 

Des aveugles perclus dans un monde de lumière et d'opportunité

En 2010 il y a dans le monde suffisamment de savoir et de savoir-faire disponible pour résoudre la plupart des problèmes se posant au  Mali. Mais en ce moment où on fête les cinquante ans d'indépendance, le malien est, pris individuellement, plus perdu que jamais face à lui-même ignorant son passé, son identité et ne sachant pas quel sera son avenir. Puisque tout est disponible pourvu de disposer du savoir scientifique et technologique, de disposer de la démocratie, de disposer de lois républicaines, de récompenser les meilleurs et blâmer les malfaiteurs et les corrompus alors nous pourrons accéder au « Yerema Horongna » pour lequel nous marchons depuis bien longtemps. En serons-nous capables ? Je ne le sais pas. Pour l'heure j'ai l'impression que le malien est devenu dans ce monde de lumière et d'opportunités, un perclus et un aveugle. Volontairement. Que vaut la justice, institution essentielle de toute société humaine si beaucoup de juges et d'avocats sont de vulgaires voleurs habillés de robes noires ? Que vaut la république si beaucoup d'enseignants sont de vulgaires pédophiles et marchands d'illusions ? Que vaut la démocratie si parmi ceux aspirant au leadership national beaucoup n'ont d'autres « qualités » à faire valoir que leurs capacités à s'approprier le bien public? Tant que ces maux n'auront pas été énergiquement extirpés de notre société il sera illusoire de croire que l'accumulation des anniversaires d'indépendance nous mènera au développement. Regardons ce qu'est Haïti après 206 ans d'indépendance. La nature dans son principe, la société dans son fonctionnement secrètent, par essence, de l'inégalité, de la rareté des ressources. Le rôle du gouvernement des hommes est d'utiliser la justice, la force publique pour corriger l'inégalité; protéger les plus faibles contre les plus forts. Mais ce jeu d'équilibrage nécessaire devient impossible si les leaders sont precisement ceux qui exemplifient l'inégalité, l'injustice et la corruption. J'ai visité dans le détail une des maisons construite par Soumaila Cissé ancien ministre et prétendant à la présidence de la République. La presse a souvent parlé des « biens » de plusieurs hommes politiques dont Ibrahim Boubacar Keita également aspirant à la présidence de la république. Je serai, dans les mois qui sont devant nous, du nombre de ceux qui convoqueront nos freres Soumaila Cissé, Ibrahim Boubacar Keita et tous les aspirants-présidents devant leurs propres consciences et devant le peuple. Parce qu'ils sont nos freres, nous avons le devoir, ensemble de mettre les aspirants-leaders de notre peuple en demeure de s'engager à valoriser les lois et valeurs de la république. Ce débat aura lieu devant le peuple avant les élections de 2012. Si ces hommes et tous les autres ne viennent pas expliquer l'origine de leurs patrimoines en des termes convainquants alors nous devrons nous opposer par tous les moyens que leurs candidatures soient recevables. Nous refusons desormais, au nom du peuple malien, de laisser à la commission electorale la possibilité uniquement de prendre note de listes de patrimoines sans se demander comment ont été constitués ces patrimoines devenant ainsi un organe officiel de blanchiement d'argent et de richesse mal acquise. Personne ne doit être laissé dans l'infamie du soupçon et doit donc venir s'expliquer. Il n'y a pas de république sans vertu. Il n'y a pas de vertu dans un système lorsque le peuple exprime un mépris silencieux à l'endroit de la moralité de ses dirigeants. Je serai de ceux qui se battrons pour que desormais et des 2012, les élections donnent à notre peuple la satisfaction d'avoir à sa tête des hommes dignes de diriger une république digne d'une nation de grande tradition.

 

Dialla Konaté

Blacksburg, 26 septembre 2010

 

 

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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