vendredi 13 août 2010

Un tour au Nord, vraiment un tour!! Article: Abeïbara et Tinzawaten : La Lente Resurrection

Abeïbara et Tinzawaten : LA LENTE RESURRECTION

Abeïbara et Tinzawaten : LA LENTE RESURRECTION
La paix est revenue depuis des années, mais les activités peinent à reprendre comme avant
jeudi 12 août 2010, par Adama Diarra (AMAP Kidal) | 7 lectures | 1 commentaires


Tinzawaten est le chef-lieu d'une des trois communes que compte le cercle d'Abeïbara au nord-est de la Région de Kidal. Le village est situé à 350 km de la ville de Kidal, elle-même distante de 120 km d'Abeïbara. Le nord-est de la Région de Kidal avait été il y a quelques années, le théâtre d'une rébellion déclenchée par des groupes armés se réclamant de la communauté touarègue. Depuis, la paix est revenue mais cette partie du pays continue de porter les stigmates des troubles. C'est le constat qu'a pu faire une récente mission de sensibilisation et d'écoute dans les zones. Elle était organisée par le Projet d'appui au renforcement des capacités de gouvernance locale dans la Région de Kidal (PARGK). Cette initiative est la manifestation d'une volonté politique forte de l'Etat d'assurer la paix et la sécurité par le développement à long terme. Pour sillonner les zones, il faut encore une escorte militaire et disposer de véhicules 4X4 puissants. La route reliant Kidal à Tinzawaten est en mauvais état. Quand on circule en convoi, chaque conducteur doit respecter une certaine distance par rapport au véhicule qu'il suit. Au risque de voir sa visibilité réduite à zéro à cause de la poussière. Par endroits, le relief est rocailleux. Les véhicules se suivent avec discipline. Mais dès que l'on débouche sur un terrain quelque peu carrossable, le convoi se disloque et chacun essaie de dépasser l'autre en se frayant un chemin.


TRISTEMENT REPUTE.

C'est à ce moment que les véhicules les plus puissants font la différence. Les six cylindres roulent à tombeau ouvert. Les moins puissants sont obligés de faire preuve de plus de prudence. Au risque de s'enfoncer dans le sable. Malgré les précautions, certains tombent dans le piège du désert. Grâce au système de crabotage ils parviennent cependant à s'en sortir. « Sans un véhicule disposant de ce système, c'est hasardeux de prendre la route », explique un chauffeur de la direction régionale l'Hydraulique dont le véhicule avait été réquisitionné pour la mission en question. « Son » véhicule avait débarqué à Kidal, flambant neuf, le 22 mai 2006, soit la veille de l'attaque du 23 mai. Plusieurs pièces de l'engin avaient alors été enlevées par les assaillants. Mais ceux-ci n'avaient pu l'emporter. Et pour cause : par mesure de prudence, les quatre roues avaient été démontées en attendant la réception officielle. Mohamed est un ancien apprenti de camion de transport qui faisait la navette entre Kidal et l'Algérie. En vieux routier de la zone, il assure : « Ce n'est pas seulement l'état du véhicule qui est important. L'expérience du chauffeur compte beaucoup ». Intifrkit est une petite localité située sur la route menant de Kidal à Tinzawaten. À Quelques lieux des campements, un point d'eau, autour duquel s'affairent les femmes et les enfants. L'endroit est tristement réputé pour les braquages à motos. En effet, les patrouilles mixtes des forces armées et de sécurité repèrent facilement les bandits lorsque ceux-ci circulent à bord de véhicules. Les malandrins se sont donc rabattus sur la stratégie du braquage à moto. Avec ce moyen de transport, ils passent presque inaperçus. Cette technique leur a permis d'enlever un véhicule médicalisé de la direction régionale de la Santé le 24 mai dernier avec à son bord 400 doses de vaccins antigènes et divers matériels. « La valeur du matériel enlevé dépasse les 5 millions de Fcfa. Suite à cet à cet acte de banditisme, la construction d'un centre de santé communautaire qui devait coûter 74 millions est suspendu. C'est regrettable. Les partenaires qui devaient financer cette infrastructure sanitaire ont du mal à comprendre que l'on ose enlever un véhicule médical », déplore Yacouba Sangaré de la direction régionale de la Santé, Nous sommes toujours à Intifrkit. Les membres de la délégation se sont installés à l'ombre de grands acacias (aegyptiacia) par petits groupes. C'est l'heure du petit déjeuner. Au menu : petit-pois, escalopes de poulet, sardines, pain, jus de fruits. Le thé est servi avant et après le repas. L'ordinaire des soldats de l'escorte est le « tadjila », un plat traditionnel tamasheq à base de semoule et accompagné d'une sauce à la viande. Mais ce jour-là, les soldats ont agrémenté leur sauce avec de la chair délicate d'outarde. Dans ce cas, point besoin d'ajouter beaucoup d'ingrédients. L'huile, l'oignon et le sel suffisent. Le « tadjila » est consistant. Quand on en mange un plat, on peut tenir pendant toute la journée. Mais la spécialité culinaire provoque une soif permanente quand on s'en gave. De Intifrkit, la mission (rassasiée) mit le cap sur Tinzawaten distante de 98 km. Trois heures sont nécessaires pour effectuer le trajet. A l'arrivée à « Tinza », l'on est accueilli par les check-points des forces armées et de sécurité perchés sur un plateau rocheux, à 9 kilomètres de l'agglomération.


DANS UN CHAMP DE MINES.

Au poste de contrôle, tous les corps sont présents : armée, douanes, police, gendarmerie, garde nationale. A l'arrivée de la délégation, une grande joie se lit sur les visages. Certains espèrent retrouver une connaissance dans la délégation. On attend aussi des nouvelles. Les postes sont constituées de tentes ou de paillotes. Des fûts de carburant sont entreposés en différents endroits. Des écriteaux peints aux couleurs nationales sont plantés au milieu de la pierraille. Comme par exemple « Poste, halte ! », « Les lions du désert de Tinza ». Tandis que les officiels sont salués par les agents, d'autres visiteurs préfèrent faire des photos souvenirs. Après l'accueil, un officier en civil avertit sur un ton solennel : « Nous sommes dans un champ de mine. Suivez les itinéraires sécurisés et pas de dépassement dans le convoi. Restez à bord de vos véhicules jusqu'au lieu d'hébergement ». Ces instructions fermes sont à prendre au sérieux. En effet, à travers les vitres du véhicule, l'on aperçoit un véhicule de l'armée endommagé. On nous explique qu'il a sauté sur une mine, faisant 8 blessés graves et 1 mort. Du coup, l'atmosphère s'alourdit et le silence se fait. Les chauffeurs arrêtent la musique et se calent sur leur volant, visiblement peu rassurés. Des deux côtés de la piste qui a été déminée par des éléments du Génie militaire avec le soutien financier du PARGK, des sentinelles sont perchées sur des rochers noirs. Les regards se fixent. On fait juste des gestes de la main pour saluer ces guetteurs. Quelques minutes plus tard, les visiteurs sont accueillis par le 33ème regroupement de commandos parachutistes. Là, les hommes arborent un large sourire. Pour eux aussi, c'est l'occasion de rencontrer des connaissances dans la délégation. Le commandant Boubacar Yatari Sanogo est le coordinateur de la zone militaire de Tinzawaten. Il accueille la délégation dans une cour abandonnée par des civils après les attaques de 2006. Les rencontres se déroulent tantôt en public, tantôt à huis clos. La délégation se rend ensuite aux abords d'un oued. Nous sommes à … 5 mètres de la frontière avec l'Algérie. C'est ici que tout le monde passera la nuit à la belle étoile, sur le sable. A l'heure du repas l'on se rend compte que tout vient d'Algérie : viande, pâtes, huile, boissons, pain. L'escorte a tracé un périmètre de sécurité sous forme de cercle autour du site sur lequel les visiteurs ont pris leurs quartiers. Chacun peut s'installer là où il le désire dans ce périmètre. Mais pas en dehors. Le cas échéant, les militaires rappellent rapidement à l'ordre les imprudents. Les sentinelles veillent. Ici, les instructions sont fermes, avertit un militaire : « A partir de 18 h jusqu'au petit matin, personne ne doit s'approcher du camp militaire ». Il faut dire que si les armes se sont tues, les mines anti personnelles continuent de faire des victimes dans la zone. Aussi bien que parmi les militaires que dans la population civile. La question est très sensible. Avant les attaques de 2006, Tinzawaten produisait beaucoup de légumes. Ceux-ci étaient d'ailleurs réputés être les meilleurs de la Région de Kidal. À partir de 5 mètres, assure-t-on, l'eau était accessible dans le lit de l'oued. Le maraîchage était donc très développé. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de maraîchage. Il est très risqué de se déplacer à cause des mines antipersonnel. La paisible vie d'antan s'est transformée en un véritable calvaire. Beaucoup de personnes ont dû abandonner leur maison et leur potager pour s'installer de l'autre côté de la frontière en territoire algérien. Elles veulent revenir sur leurs anciens sites mais demandent que ceux-ci soient d'abord sécurisés et pour les hommes et pour le bétail, en les débarrassant des mines. La question du retour des déplacés revient sans cesse dans les discussions. Dans l'administration, pratiquement rien ne fonctionne. Une école de 17 classes, avec des dortoirs, une cantine et d'autres commodités figure dans le périmètre miné par les rebelles. Aujourd'hui, des élèves sont astreints à la double vacation sous une paillote. Les agents du centre de santé sont partis. Tinzawaten, localité jadis prospère, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Le point culminant du séjour de la mission fut la rencontre avec la population sortie en masse pour l'occasion. La réunion a eu lieu dans le lit du grand oued. Avant d'exposer leurs préoccupations, les habitants ont salué la présence de l'armée à Tinzawaten. Ensuite, ils ont demandé la réhabilitation de l'ancien site ou à défaut l'aménagement d'un nouveau afin de pouvoir continuer à pratiquer le maraîchage et d'autres activités. Autre demande : le déminage de la route nationale Tinzawaten-Abeïbara. « La récente opération de déminage que nous avons fait en collaboration avec le Génie militaire a certes permis de sauver beaucoup de vies. Mais elle ne concernait que quelques pistes. La zone a besoin d'un déminage à grande échelle afin que ces engins de la mort ne fassent plus de victimes innocentes. Aujourd'hui, la paix est là, mais il faut la préserver », estime Djibril Koné, le directeur du PARGK.


UN MINIMUM D'EFFORT.

Au final, c'est une population optimiste sur la résurrection de sa localité et confiante en la reprise prochaine des activités économiques que la délégation a quitté. Trois heures plus tard, elle fit son entrée à Abeïbara, chef-lieu du cercle du même nom. A l'approche de la localité, les installations de télévision et de télécommunication (Sotelma/Malitel, Orange, ORTM) sont visibles de loin. Une fois dans la ville, on longe le centre de santé, la préfecture, le logement du préfet, les châteaux d'eau, le camp militaire et plus loin, un petit quartier où vit la population. Des impacts de balles marquent encore les bâtiments administratifs. Et les traces des actes de sabotage sont perceptibles sur les installations de télécommunication. La rencontre avec la population a lieu dans une salle de classe de l'école. Hommes et femmes, jeunes et vieux souhaitent, en gros, le retour des services techniques, la réhabilitation des moyens de communication (téléphone, radio et télévision), de l'adduction d'eau potable, des actions pour lutter contre le chômage. Le chef de la délégation, Ahmed Mohamed Ag Guidi, fait montre de pédagogie sur la citoyenneté, avant de demander à la population de fournir le minimum d'effort pour protéger les ouvrages réalisés à grand frais par l'Etat et ses partenaires. Le Programme intégré de développement rural de la Région de Kidal (PIDRK) est présent dans la commune d'Abeïbara. Elle a à son actif plusieurs réalisations : l'appui aux maraîchers, la réhabilitation du centre de santé, du forage de l'école, la construction d'un centre d'alphabétisation. Il a octroyé 6 millions Fcfa au conseil de cercle pour le transport de l'eau et pour l'aliment bétail. Des sessions de formation ont été organisées pour les éleveurs et les agents de services techniques. Cette mission de sensibilisations et d'écoute a montré sa pertinence. Des initiatives de ce genre doivent se poursuivre dans la zone, car la population en a véritablement besoin.




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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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