mercredi 21 avril 2010

Réaction du Professeur Dialla Konaté sur le projet de reforme constitutionnelle au Mali.

Une profonde blessure


Je viens d'avoir entre les mains le texte du Comité d'Appui aux Reformes Institutionnelles (CARI) présenté au Président de la République le lundi 19 avril 2010, au Centre International des Conférences de Bamako (CICB). Le CARI a, au Président de la République et aux autres invités, introduit le document qu'il souhaite voir soumis à un referendum. Bien entendu il sera loué longtemps y compris dans des pays éloignés du Mali, que le CARI ait eu la sagesse de ne pas attenter à la limitation de la durée du mandat présidentiel. En revanche ce texte, à mes yeux et en première lecture, offre surtout une liste de privilèges et avantages aux ministres, aux ayants-droits des présidents et premiers ministres, aux hommes politiques auxquels plus de possibilités d'emplois sont offerts ; en particulier au Senat qui sera créé. Il est même offert la possibilité de cumuler des emplois. Un homme politique pourra être ministre, député, maire, etc… à la fois. En éducateur et père de famille, j'aurai applaudi ce texte des deux mains, malgré cette orientation peu républicaine si j'y avais vu des obligations constitutionnelles d'assurer les conditions pour que tous les jeunes maliens aient accès à l'emploi. En patriote, J'aurai applaudi ce texte des deux mains si j'y avais vu des obligations constitutionnelles imposant la résorption du déficit public et de l'avènement d'un budget équilibré. Personne ne peut aujourd'hui dire avec certitude si les maliens peuvent êtres assurés d'avoir, dans 20 ans avec aisance, de l'eau à boire et de l'eau pour se laver. De ce fait j'aurai applaudi ce projet de modification constitutionnelle s'il épousait les grandes préoccupations de notre temps en figurant des exigences d'ordre environnemental. J'aurai applaudi si dans ce projet l'école était redéfinie, si le droit à la santé et au bien-être des plus vulnérables de la population étaient réaffirmé avec des termes renouvelés et puissants. J'aurai applaudi si le droit de chaque composante de notre peuple à être à la fois elle-même tout en demeurant une partie essentielle de ce Peuple unifié était sanctifié. J'aurai applaudi le CARI si son texte contenait des dispositions afin de « normaliser » le monde judiciaire qui est devenu un grave fléau dans la vie de notre peuple. Si nul ne peut nier l'existence de magistrats honnêtes, d'avocats honnêtes, en revanche nul ne peut ignorer que chaque réseau mafieux au Mali a ses tentacules dans le milieu des magistrats, des avocats, des huissiers, des députés, des maires, etc…


En républicain, je vais respecter mon obligation de soumettre ce texte à un examen attentif et systématique. Je partagerai avec mes sœurs et frères le produit de ma réflexion. Mais d'ores et déjà une première lecture de ce texte m'a profondément blessé. L'élection du Président de la République est désormais soumise à deux (2) nouvelles conditions dont l'une stipule ceci : « Le candidat doit n'avoir aucune autre nationalité ».


Que signifie cette phrase ? Demandons aux augustes membres du CARI de bien vouloir nous accompagner un instant dans un voyage permettant de comprendre la portée de ce qu'ils ont décidé. Sadio Dramera est depuis longtemps parti de son village de Saboucire pour la France. Pour échapper à la précarité, il a décidé de demander la nationalité française. Il l'a obtenue. Avec d'autres compatriotes, il contribue, en envoyant plus de 100milliardsCFa par an à nourrir des familles entières et à rendre honorable la balance des paiements du Mali. Eh bien, si ce texte est adopté, Sadio Dramera et ses descendants seront désormais indignes d'accéder à la magistrature suprême du pays qu'il croit encore fermement être le sien.

Frederick Oumar Kanoute a fait plus d'une fois se lever tous les maliens ensemble comme un seul homme, dans la joie lorsque d'un coup de pied bien ajusté comme il sait faire, il a marqué un but pour l'équipe nationale de football du Mali. Cette phrase signifie que Frederick Oumar Kanoute qui a fait le choix non obligatoire de porter le maillot de l'equipe nationale du Mali et ses descendants sont désormais indignes de devenirs présidents de la République du Mali.

Mamadou Lamine Koné a offert de gros chèques acceptés avec empressement et génuflexion afin que l'équipe nationale du Mali ait un entraineur. Désormais, cette phrase signifie que lui et ses descendants sont indignes de la magistrature suprême de ce pays.


J'ai été témoin, il n'y a pas si longtemps de l'élection par le Peuple Américain de Barack Hussein Obama à sa tête. En Amérique, il y a 40 ans, des blancs déguisés en diables rassemblés sous le vocable de Ku-Klux-Klan terrorisaient les noirs dont le père de Barack en brulant le ciel avec des crucifix géants enflammés. Cette Amérique qui a élu Barack Hussein est dans le sens de l'Histoire.

Les héritiers de la France coloniale qui durant 75 ans a mis les aïeuls de Sadio Dramera, de Frederick Oumar Kanoute, de Malamine Koné sous le joug des « sujets » avec au front l'étiquette « indigènes » sont entrain d'accepter l'idée de donner aux descendants des « sujets indigènes » le droit de vote et même le droit d'être élu. Ces héritiers de la France coloniale sont dans le sens de l'Histoire. Le CARI est il dans le sens de l'Histoire ? A chaque malien d'y répondre.


Je me sens profondément blessé au nom de tous les Sadio Dramera, au nom de tous les Frederick Oumar Kanoute, au nom de tous les Mamadou Lamine Koné, de leurs épouses et de leurs enfants. J'ai recueilli la réaction indignée de nombreux maliens vivant à l'étranger. L'indignation est d'autant plus grande que l'on situe cette grande maladresse de nos sœurs et frères siégeant au CARI peut être vue comme faisant partie d'une très longue liste d'attaques menées contre les maliens de l'extérieur. En effet, depuis des années les maliens de l'extérieur sont expropriés de leurs biens en particulier immobiliers au profit de gangsters nationaux. Ils sont spoliés de leur argent par des aigrefins. Ils sont humiliés par des fonctionnaires arrogants véreux ayant établi dans notre pays la « cinquième colonne » de l'internationale des malfaiteurs.


Cependant l'Histoire ne s'arrête pas le 19 avril au CICIB en donnant raison au CARI. Maintenant commence le temps d'établir avec les autres composantes du peuple des contacts d'information mutuelle et de dialogue. En raison de cela, je voudrais ici demander à tous les maliens de l'extérieur qui se sont sentis agressés, discriminés par le document du CARI de baisser l'intensité de la colère. A tous je demande de rester disponibles pour leurs familles et pour notre pays. Les maliens n'accepterons pas de se laisser diviser. Faisons foi à la capacité de discernement de nos compatriotes. Je m'adresse aussi aux autres maliens, à mes sœurs et frères qui, je l'espère, n'ont ni peur ni honte de moi, n'ont ni peur ni honte des Sadio Dramera, n'ont ni peur ni honte des Frederick Oumar Kanoute, n'ont ni peur ni honte des Mamadou Lamine Koné. Vous pouvez être le Président de la République à Koulouba, vous pouvez être le Premier Ministre à la Primature, vous pouvez être un membre du Gouvernement, vous pouvez être un député à l'Assemblée nationale, vous pouvez être un conseiller à la Cour Suprême, c'est à dire vous pouvez être un gendarme de la république sur le parcours administratif et législatif de ce texte. Vous pouvez aussi être un citoyen anonyme à Gangontery, à Loulouni ou à Abeibara. Vous pouvez être puissant ou humble mais vous avez tous entre les mains des armes que la divine fortune, la démocratie, la république et le peuple vous ont confiées. Il s'agit de votre capacité de décision et de votre bulletin de vote. Vous avez la possibilité de confirmer ou d'infirmer que nous maliens vivant à l'extérieur sommes dignes de vous et du Mali.

Chère sœur. Cher frère. Le dernier mot dans cette affaire, heureusement, n'appartient pas au CARI mais à toi.


Dialla Konaté, enseignant, de passage à Bamako.

20 avril 2010



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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

1 commentaire:

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