mardi 13 avril 2010

Le multipartisme au Mali : un échec ?

Le multipartisme au Mali: un échec?

Le paysage politique malien ressemble étrangement à un véritable capharnaüm habité par des mastodontes indéboulonnables dont la personnalité s'imbrique inextricablement avec le nom des partis politiques qu'ils ont fondés ou pilotent. Ils sont idolâtrés , tels des dieux sur leurs autels, par des militants-adorateurs vouant un culte à leurs divinités, chantant un hymne à leur gloire réelle ou supposée. En somme, de véritables veaux d'or qu'ils vénèrent plus par le poids de leurs capacités financières, d'influence et de nuisance que des projets de sociétés qu'ils offrent. Dans ces partis, la contestation et l'opposition prennent les allures de crime de lèse-majesté. Les récalcitrants et ceux qui éprouvent une déception  transhument à la recherche de l'herbe et l'eau nécessaires à leurs survies. Les ouailles les plus soumis sont recompensés par des postes ministeriels, de fauteuils parlementaires,  d'édiles municipaux…..sous la bannière du parti. Quand le chef du parti accepte lui même d'entrer dans le gouvernement , c'est pour puiser dans le dénier public pour alimenter la vie de son parti. C'est pourquoi la démission pour incompatibilité n'est pas encore entrée dans nos moeurs politiques. Tout départ d'un ministre du gouvernement s'apparente à un deuil.

   Un parti politique, c'est d'abord un courant politique et sa structure interne. Une idéologie aussi, qui reflète les aspirations d'une frange de la population qu'on appelle électorat. Il a une vocation nationale. Il a une implantation et une representation nationales.

Ma préoccupation est de savoir si les partis politiques au Mali sont de véritables associations de personnes unies par des intérêts et des opinions communs en vue de conquérir le pouvoir pour se servir ou servir le peuple ? Representent-ils des électeurs convaincus?  Savent-ils séduire un électorat ?  Combien de fois leur est –il arrivé d'empêcher  légalement la mise en oeuvre des actions gouvernementales? Sont-ils des Clubs de soutien?

    L'opposition malienne, majoritairement, a complaisamment joué un jeu de flirt , tissé une histoire d'amour d'avec le pouvoir. Elle a le plus souvent perdu de vue que la relation dialectique entre le pouvoir en place et sa contestation confère à la politique toute sa légitimité. Une opposition permanemment active sous-tendue par des critiques acerbes et pointues, des suggestions pertinentes, des refus et des empêchements légaux à la façon de gérer le pays a manqué au tableau et aurait du coup faussé le jeu politique. Ce qui nous amène infailliblement à nous poser la question de savoir si bon nombre de partis politiques ont des convictions. La conviction en politique participe à l'élaboration d'une identité sociale. Et à chaque fois qu'il y'a une violence volontaire ou involontaire contre ces valeurs structurantes , des réactions de défense instinctives et naturelles naissent. A ce niveau, la limite est plus ténue entre les convictions sociales fortes, vecteurs de violence et le fait de s'opposer aux tenants du pouvoir.

A l'heure du bilan du régime d'ATT, l'opposition malienne sera en partie comptable car elle n'a pas pleinement joué son rôle de contre-pouvoir qui aurait été de nature à donner du grain à moudre au pouvoir. Ce qui aurait évité un certain nombre de dérapages et d'échecs imputables à la gouvernance actuelle. Maliba, notre héritage commun en aurait gagné. Nous avons plutôt assisté à une espèce de démocratie consensuelle, véritable particularité malienne. "Quiconque flatte ses maîtres les trahit"

               Sans vouloir offenser qui que ce soit, il ne serait pas exageré de soutenir que Oumar Mariko paraît être l'esprit le plus beau dans l'opacité parfaite du landerneau politique malien. L'homme a une conviction : il croit absolument à un Mali meilleur. Il a des raisons et des arguments qui portent sa conviction comme disait la Bruyère. Il n'a jamais fait mystère de son aversion systématique pour le néocolonialisme. Il a mené un combat incessant contre les privatisations sauvages de nos enterprises. La santé et l'éducation du peuple se trouvent engoncées au centre de son combat social.

Une hirondelle ne fait guère le printemps. Le Mali regorge d'environ une bonne centaine de partis politiques dont l'utilité et la pertinence restent à démontrer. Ce qui m'amène ipso facto aux interrogations non moins pertinentes de notre frère aîné Ousmane Sy:

"Les partis politiques sont-ils encore utiles  pour la démocratie et l'émancipation des peuples africains?

Si oui, que doit –on faire pour qu'ils jouent mieux leurs rôles?

Si non, par quoi doit-on les remplacer ?"

Oui, monsieur Sy, les partis politiques sont encore utiles pour la marche démocratique et l'émancipation des peuples. Telle la langue d'Oeusope, ils seront la pire ou la meilleure des choses suivant l'utilisation qu'on en ferait. Donc, on ne saurait légitimement accepter et concevoir la gestion démocratique du  pouvoir sans contre-pouvoir. Le contre-pouvoir est sémantiquement un  pouvoir qui s'exerce en opposition à une autorité établie. Notre démocratie ne ressent aucun besoin d'avoir de carriéristes chévronnés se plaisant à jouer à ravir la carte de la démocratie consensuelle. Le Mali , tout comme le reste du continent africain, a besoin de partis politiques forts, fruits de long processus de maturation, bien structurés, faisant de la formation politique et idéologique de leurs militants des impératifs catégoriques. Notre démocratie souffre d'un déficit criard d'information et de formation politique des masses populaires. Bon nombre de partis politiques ont peiné dans leurs efforts d'opérer la mise en mouvement des masses , à faire la publicité des activités, à vendre leurs idéologies , s'il en ont. Une crise de confiance très aiguë sépare les politiciens et la population.

Que doit- on faire pour que les partis jouent leurs rôles?

Il faut tout simplement re-configurer le schéma politique.

L'avénément de la démocratie au Mali a géneré un multipartisme des plus débridés exposant  notre pays à toutes sortes d'aventuriers de mauvais aloi embrigadés dans des partis fantômes faisant serment d'allégeance au pouvoir en place. Environ deux décennies après il s'impose à l'évidence de briser ce schéma picaresque pour reconfigurer l'échiquier politique malien. Pourquoi ne prendrions –nous pas chez les autres ce qui semble marcher.

 LE MULTIPARTISME DEBRIDE FUT UNE ERREUR

      Pourquoi ne pas reconfigurer notre paysage politique en limitant le nombre des partis politiques? Vingt ans après la pratique du multipartisme débridé , nous en sommes à nous demander si ce choix s'impose être le meilleur pour notre pays eu egard au nombre d'habitants et   de nos ressources financières. Des pays de vieilles traditions démocratiques gardent le bipartisme: au Royaume Uni,  les Conservateurs à droite et les Travaillistes à gauche. Tout autour de ces deux grands partis se greffent de petits partis. On rencontre le même schéma politique aux USA avec les Démocrates et les Républicains auxquels s'écussonnent de petits partis. En Israël , le Likoud et les Travaillistes auxquels serait venu s'ajouter le Kadima d'Ariel Sharon, un parti centriste. Tout autour viennent s'amonceler quelques petits partis. Le multipartisme débridé fut une erreur, vivement le multipartisme contrôlé.

L'instauration du vote uninominal majoritaire à un seul tour serait une avancée notable dans nos choix démocratiques en ceci  qu'il éviterait aux choux et chèvres de s'acoquiner pour former des alliances qui ne survivent que le temps d'une élection présidentielle.

 C'est une tare pour notre démocratie que d'octroyer la représentativité d'une large portion de la société aux analphabètes à l'Assemblée Nationale dont les fonctions sont couramment le contrôle de l'action gouvernementale, l'élaboration des lois en tant que détentrice du pouvoir législatif. Quelles armes intellectuelles un analphabète dispose-t-il pour voter un budget et  en vérifier l'emploi? Peut-il procéder à des enquêtes et interpeler les gouvernants? Notre démocratie perd de son lustre avec des députés analphabètes-baudruches croûlant sous le faix d'une infirmité rédhibitoire vis à vis de la chose politique qui se décline en terme d'accessibilité, d'expression, de compréhension et d'appréhension. Cette bizarrerie gagnerait à être corrigée pour le bonheur de notre démocratie.

 Cette approche peut à première vue paraître provocatrice, une espèce de pavé dans la mare. Mais le débat reste ouvert pour ceux des maliens ayant une idée divinement haute de la liberté d'expression et de la diversité des idées dans le cadre convivial de la confrontation des idées d'où sort un Mali grandi.

        Derrière Amadou Toumani Touré, ex-général, se cache à coup sûr un fin stratège qui a su jouer à ravir sa partition. Il a fait ce qu'il a voulu. Il est sorti vainqueur de ce jeu de méli-mélo politique au goût détestable. Il est tard de vouloir s'opposer au vainqueur. Le vaincu, le peuple malien a dramatiquement pris les allures de maître Aliboron. Les rideaux sont presque tirés. Nous sommes à quelques encablures de la fin du mandat présidentiel qui le plus souvent se trouve être des plus difficiles pour le président sortant. C'est le moment de prédilection pour les insatisfaits et les aigris de le lâcher et de se faire entendre. Nous leur dirons d'aller paître. Heureusement que Monsieur Touré fait durer le suspens en ne procédant pas au fameux remaniement ministeriel qui est devenu une espèce de fixation pour certains attentistes. Et puis aussi, il y'a l'ombre d'un hypothétique troisième mandat qui planne. La copie de l'opposition malienne gagnerait à être revue.

Fatogoma Mohamed ouattara

Orange, New Jersey,

USA

Fouattara2@comcast.net

 

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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