mardi 13 avril 2010

Héritage politique du 26 Mars : Pourquoi les Maliens sont fâchés avec les urnes ?

Héritage politique du 26 Mars:

Pourquoi les Maliens sont fâchés avec les urnes 

    

 

Il n'y a nul doute que le combat du peuple malien visait essentiellement le renouveau de l'action politique pour un mieux-être des uns et des autres, en redonnant goût et saveur à la chose politique. Mais, c'est tout à fait le contraire qui s'est produit avec la praxis politique: le désintérêt des

populations n'a de commune mesure que le clientélisme développé par les acteurs politiques qui n'ont souci que d'eux-mêmes en transformant leurs partis en officines de placement de militants partisans; alors que les problèmes auxquels le pays est confronté s'amoncèlent d'année en année avec plus d'acuité. Aussi, ne reste-t-il pas grand-chose de l'engouement populaire qui avait accompagné l'avènement de la démocratie et de l'état de droit au Mali.  

 

 

19 ans jour pour jour, le régime de l'UDPM était renversé par une vague de contestations populaires et corporatistes dont le couronnement a été le coup d'État militaire perpétré dans la nuit du 25 au 26 Mars 1991.

C'était la fin de la IIIè République après l'intermède du CMLN qui aura duré une décennie après le putsch du 19 Novembre 1968 ayant eu raison du régime RDA du président Modibo KEITA.

Le Mali a eu droit à une seconde parenthèse, plus courte puisqu'elle n'a duré que 14 mois, celle du CTSP qui a posé le jalons du la IIIè République avec la Constitution du 25 Février 1992.

Une euphorie de courte durée

Le premier changement que l'on a constaté sur le terrain aux lendemains de ces événements, c'est la réconciliation du peuple malien avec la chose politique qui n'était plus assimilée à une activité louche uniquement pratiquée par des politiciens combinards et sans vison ni projet alternatif pour le développement du pays dans le concert des nations.    

C'est ainsi que la participation était très forte au référendum (plus de 40%) qui a permis de faire voter la Constitution de 1992 ci-dessus évoquée.

Mais ce taux était divisé par deux à la faveur des législatives de la même année qui ont été marquées par un fort taux d'abstention, le nombre de votant étant de 21,09%.

Les élections présidentielles qui se sont déroulées auparavant n'étaient guère meilleures avec à peu près le même score même si le taux réel de participation est estimé à 15% au second tour qui a opposé feu Mamadou Tiéoulé KONATE  à Alpha Oumar KONARE.

Cette situation ne s'est pas du tout améliorée au fil du temps, car on peut soutenir qu'elle a même empiré d'élections à élections et d'année en année avec des piques abyssales à Bamako en 2009 où, en CIV du district, moins de 8% des électeurs s'étaient déplacés dans les urnes pour les législatives.

La dernière élection en date a été celle des législatives partielles de Kati en septembre 2009. Le taux de participation était de 16,04% au premier tour et 17% au second tour.  

Qu'est-ce qui explique cette apathie politique ?

Les raisons de la déraison politique

Les raisons en sont multiples dont la faiblesse de l'encrage démocratique, puisque l'on se contente de l'existence des institutions démocratiques et de l'organisation d'élections « régulières, libres et transparentes » à dates échues, sans se soucier de leur fonctionnement véritable ni de leur efficacité sur le terrain.

D'une part, le processus de démocratisation lui-même n'est pas le fruit d'une dynamique interne des populations qui l'ont plutôt vécu comme un effet de mode géopolitique plus connu sous le vocable de «vent d'Est» avec la chute du Mur de Berlin, dans les années 1990, ayant mis fin à la bipolarisation du monde: d'un côté, les États alignés derrière les USA comme le champion du capitalisme et du libéralisme; de l'autre, les pays arrimés à l'ex URSS comme le porte-étendard du communisme et du socialisme. En effet, les concepts de démocratie et de pluripartisme n'ont pas été « tropicalisés » en profondeur par les intellectuels qui se sont montrés paresseux en la matière par le « copier coller », le prêt-à-porter occidental ou le mimétisme institutionnel dans tous les domaines. Conséquence : l'élite politiques et intellectuelle du Mali s'est coupée des masses qui ont d'autres références socioculturelles plongeant leurs racines dans les traditions plusieurs fois séculaires ou le monde arabo-musulman.

D'autre part, les populations, dans leur grande majorité, ont perdu leurs illusions d'un lendemain meilleur sous le règne des démocrates convaincus et patriotes sincères dont la gestion économique et financière s'est révélée plus catastrophique que celle des dictateurs de l'ère mono-partisane de l'UDPM. Car, non seulement la corruption n'a pas baissé d'intensité; au contraire, la course à l'enrichissement personnel est devenue partout comme une règle obsessionnelle.

Par ailleurs, pour se faire élire et se maintenir au pouvoir, ces hommes politiques, qui n'ont pas grand monde derrière eux, ont régulièrement et massivement recours à la fraude systématique et générale à la faveur des différents scrutins. En effet, non seulement le fichier électoral n'est pas fiable; mais aussi, la gestion des cartes d'électeurs laisse à désirer (de 4,7 millions d'inscrits en 1992, l'on se retrouve avec plus de 6,8 millions en 2009 à cause des effets cumulés de l'inscription automatique, de la double inscription et de la non radiation des personnes décédées ou ayant changé de circonscription électorale); sans compter que, le jour du vote, les fraudeurs rivalisent d'ingéniosité pour servir et se servir dans le tas et que le dépouillement se fait le plus souvent dans la cacophonie générale avec des PV mal rédigés ou raturés de façon délibérée. La dernière trouvaille en date étant des «bulletins parallèles» qui sont des parfaites imitations de ceux imprimés par le ministère de l'Administration territoriale et des collectivités locales. Le phénomène a été décrié, en effet, à la faveur des législatives partielles de Bougouni couplées avec les municipales de 2009, mais également des communales 2009 à Bamako avec, à la clef, un procès en bonne et due forme.  

Cette pagaille organisée amène la justice à jouer le rôle de « deuxième » ou « troisième tour » des élections en procédant aux « réajustements nécessaires » par le tri du vrai de l'ivraie. Une situation que le président de l'Assemblée nationale et n°1 du parti ADEMA, Dioncounda TRAORE, a dénoncée dans une de ses envolées lyriques à Bagadadji, en oubliant d'inviter les acteurs politiques à balayer d'abord devant leur propre porte en tant que bénéficiaires et victimes de ces fraudes.

La mauvaise gouvernance qui en résulte n'arrange pas non plus les choses: la séparation des pouvoirs n'est qu'un leurre avec l'Assemblée nationale qui ne fonctionne que comme une caisse de résonance du gouvernement qui, lui-même, obéit aux ordres des bailleurs de fonds étrangers dont le concours multiforme au pays est lié à des conditionnalités draconiennes; sans compter que le pouvoir exécutif s'immisce dans les affaires judiciaires comme le démontrent les exemples du Végal et de la BHM.

Le second visage de cette mauvaise gouvernance, c'est la remise en cause des acquis démocratiques concernant les libertés individuelles et collectives: les manifestations pacifiques ne sont plus autorisées ou, si elles le sont par inadvertance, elles sont perturbées au moyen de la matraque policière et des gaz lacrymogènes (les marcheurs de déguerpis fonciers en savent quelque chose, eux qui se sont fait bâtonner début mars dernier à la Bourse du travail, avant que les femmes ne se mettent nu pour maudire le régime pour ces actes répréhensibles) ; les journalistes sont injustement et arbitrairement jetés en prison pour «crime de lèse président» dans une vraie fausse affaire de maîtresse du président qui n'existe que dans l'imagination des commanditaires de cette cabale contre les hommes de média (car c'était en réalité une fiction théâtrale dont l'auteur, une certaine Hawa DIALLO, est sortie de l'ombre pour mettre le point sur les «i» dans cette affaire plus que scandaleuse à ses yeux); les honnêtes citoyens sont gardés à vue au-delà du temps légal, sans assistance d'avocats ni de conseils juridiques ; les prévenus croupissent en prison sans jugement qui se fait attendre une éternité durant; etc.

L'on a affaire, par conséquent, à la majorité factice et usurpée d'une minorité agissante et bruyante qui ne se signale qu'à l'occasion des élections. Le résultat étant connu d'avance avec le bourrage d'urnes et le boudillage informatique (manipulation des résultats chiffrés du vote au moyen de l'ordinateur): l'élu n'est pas forcément celui qui a obtenu la majorité réelle des suffrages de la minorité (20% de l'électorat) qui s'est déplacée aux bureaux de vote.

Plus grave, l'affaire du code de la famille a montré le grand fossé qui existe entre les députés et le peuple qu'ils sont censé représenter, comme l'a confessé le Dr Oumar MARIKO, secrétaire général du parti SADI et député élu à Kolondiéba, dans les colonnes de nos confrères de « Le Républicain » (n°2964 du 21 octobre 2009), en ces termes:  «Ce code a été voté dans la panoplie des textes qui préoccupent très sérieusement les partenaires techniques et financiers…Députés à l'Assemblée nationale, nous ne faisons qu'examiner que des lois inspirées de l'extérieur…L'Assemblée Nationale ayant subi des pressions de toutes sortes a fini par voter la loi et la renvoyer au Président de la République ».

Les clefs pour booster le taux

Mais il n'est pas impossible d'inverser cette tendance, à condition de se montrer à hauteur de mission.

D'une part, il faut des bulletins uniques avec souche ou un vote électronique comme cela a été expérimenté avec succès lors des législatives partielles de Kati en septembre/octobre 2009. Le but étant de pouvoir publier les résultats de façon instantanée et décentralisée par bureau, centre, commune, cercle et région, de telle manière que les premières tendances globales soient connues dès le lendemain matin à défaut de 20h comme c'est le cas dans les pays développés. Car plus le temps coule, plus les gens se donnent des marges de manœuvre pour «réajuster» les scores en fonction des intérêts du moment. IBK en a fait les frais en 2002 à Bamako où il était arrivé largement en tête à l'exception de la CIII avec une concentration des casernes militaires, mais le dépouillement des résultats a été délibérément interrompu sur ordre du gouverneur en violation de la loi électorale du pays. IBK «premier à Bamako», comment expliquer et justifier alors après cette annonce «prématurée» qu'il n'est même pas au «second tour»?

D'autre part, il faudra faire en sorte que le résultat sorti des urnes soit le plus près possible du résultat final qui sera proclamé successivement par le MATCL et la Cour constitutionnelle, en évitant justement le fameux «3è tour» dans les bureaux de l'administration ou de la justice. Car il s'agit de ne pas frustrer les électeurs de leur choix légitime et de leur action civique, pour ne pas les conforter dans la conviction qui nourrit leur apathie politique comme quoi «le vainqueur est connu d'avance et il ne sert à rien de voter dans ce cas». 

C'est seulement à ce prix qu'il sera possible de réconcilier les Maliens avec les urnes et la politique, pour leur permettre de prendre leur propre destin en main, au propre comme au figuré. Car c'est de cette seule façon qu'ils auront la preuve et conséquemment le sentiment profond et réel que le bulletin est une «arme politique» des plus redoutables, contre tous ceux qui ne tiennent pas leurs promesses à leur égard, par le biais du «vote sanction».

Par Seydina Oumar DIARRA-SOD

 


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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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