dimanche 21 mars 2010

Le Gabon à l’école du Niger


"Le mécontentement est général. (...) Si ça continue comme ça, on va au coup d'Etat avant la fin de l'année. Un coup d'Etat à la nigérienne. Voilà peu, plus de 300 militaires ont donné 24 heures au gouvernement pour que leur soit enfin versée la solde due. Et ils ont obtenu gain de cause".

Propos controversés tenus en France par un responsable de l'opposition gabonaise, André Mba Obame, qui a évoqué l'éventualité d'un putsch "à la nigérienne" au Gabon.

En réaction aux propos de M. Mba Obame, le ministère gabonais de la Défense affirme la "stricte neutralité" des forces de défense "dans le débat politique, et rejette une "démarche antidémocratique et contraire à l'éthique militaire, tendant à un coup de force par des hommes politiques" dans un communiqué publié jeudi par la presse.

"Nous mettons en garde contre toute personne qui troublerait l'ordre public, la rendons responsable devant l'opinion nationale et internationale des conséquences qui pourraient en découler et appelons tous les militaires à la vigilance", ajoute le texte.

La semaine dernière, le camp du parti au pouvoir a fustigé les propos d'André Mba Obame, que le gouvernement a qualifiés de "graves et particulièrement tendancieux", en mettant en garde contre "toute atteinte à la sécurité" du Gabon et de ses habitants.

(Source le Devoir - 19 mars 2010)

Un collègue de travail, béninois, expert en économie des transports me disait avant-hier qu'au Gabon où il a effectué plusieurs missions, le commerce du riz, du sucre, de l'huile et autres produits importés est tenu par les étrangers d'origine malienne. Lorsqu'on vous dit là-bas « chez les maliens » cela veut dire la boutique. Le commerce des fruits et légumes et l'agriculture sont pratiqués par les béninois. Ce genre de basses besognes n'est pas fait pour les gabonais qui veulent toujours être en cravate et travailler dans des bureaux qui sont très souvent vides. Les étrangers qui tiennent ces commerces montent des prix exagérément chers, sachant bien que l'argent que les gabonais utilisent pour acheter les produits est mal acquis.

La cuisine en famille est inexistante, tout le monde mange dans les restaurants, chers. Les langues locales sont oubliées depuis plus de 40ans. L'enfant, dès sa naissance, parle français en roulant les « r » et ne pourra pas vous dire en grandissant quelle est sa langue maternelle. La question de la méconnaissance d'une seule langue locale a été posée à Ali Bongo pendant les campagnes présidentielles qui a avoué ne pas en parler par pudeur parce que ne maitrisant aucune d'elles. Les infrastructures routières ressemblent à celles de l'Afrique de l'ouest d'il y'a 20ans, mais le kilomètre de route bitumée coûte environ 800 millions de FCFA alors qu'il coûte dans notre sous-région la moitié (au plus cher) avec une qualité nettement supérieure.

Les ministres, en plus de leurs salaires, véhicules, logements et autres avantages exorbitants devant lesquels un ministre français peut être considéré comme un sous-développé, prennent leurs provisions pour tous les produits dans les commerces de leur choix payés par l'état non compris dans les salaires.

Et lorsque vous avez la baraka d'être dans le parti d'Omar Bongo, muni de votre carte du parti, vous avez droit à vous faire enregistrer dans la liste du personnel de trois ministères et toucher trois salaires différents équivalents à trois millions de FCFA, quand bien même que vous êtes un chômeur. Il vous suffira de dormir, parader, discourir et attendre la fin du mois pour aller toucher vos salaires.

Bongo fils, venu au pouvoir, a voulu mettre un peu d'ordre dans la maison en recensant les fonctionnaires absentéistes et supprimant les fictifs, les avantages exorbitants des ministres ont été également supprimés. Il a été stoppé net dans son élan lorsqu'il voulu procéder au même nettoyage dans l'armée où ces avantages seraient hors de l'imagination des maliens et sénégalais.

La logique voudrait qu'il rende d'abord les milliards que son père à détourné pendant plus de 40ans et sur lesquels milliards lui-même est assis. Il est un jeu étrange de vouloir faire le service de ramassage des ordures chez les autres alors qu'on est soi-même une ordure.

L'ombre des évènements du Niger semble planer là-bas.

Kamano

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Savoir, c'est porter la responsabilité d'agir, et agir c'est s'engager dans la voie de la reforme de la société. L'engagement est une responsabilité sociale de l'intellectuel


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