dimanche 28 février 2010

Nos 50 ans d'Afrique.


Nos 50 ans d'Afrique

 

Le Nigeria est indépendant depuis cinquante ans, qu'il est considéré comme l'un des pays les plus riches et les plus puissants d'Afrique, ou tout au moins d'Afrique de l'ouest.

 Comment un tel pays ne dispose pas à  ce jour d'un hôpital capable de soigner son président. Yar'Adua n'est pas le seul. Souvenons-nous.

 

Félix Houphouët-Boigny, le tout-puissant Houphouët-Boigny, président du pays qui était alors l'un des plus développés d'Afrique est allé agoniser en France, puis en Suisse. On se souvient de tous les problèmes que son absence prolongée avait créés à  son pays. Durant tout son règne, c'était en France qu'il allait se soigner chaque fois qu'il était malade.

 

Mobutu Sésé Séko du Zaïre ne pouvait pas soigner sa prostate ailleurs qu'en Suisse.

La femme d'Omar Bongo Odimba, président du Gabon, une éponge gorgée de pétrole, est allée se soigner pendant de longues années au Maroc où elle est décédée. Lui-même, Omar Bongo Odimba, est allé mourir dans un hôpital d'Espagne.

 

Nicéphore Soglo, ancien président du Bénin n'a pas pu se soigner ailleurs qu'en France. Récemment, c'est le président de la Guinée Bissau qui est allé se soigner toujours en France.

 

Laurent Gbagbo, président de la Côte d'Ivoire est obligé d'aller au Maroc pour un banal mal de dent.

Et Moussa Dadis Camara, qui est obligé d'aller aussi au Maroc pour soigner son mal de tête consécutif à  la balle que lui a tiré son bon ami qui était son aide de camp.

 

Aucun de ces chefs d'Etat ne trouve dans son pays un hôpital digne de soigner leurs augustes corps. Que faut-il pour avoir un bon hôpital capable de soigner les grands hommes qu'ils sont ou qu'ils prétendent être ? Qu'est-ce qu'ont les hôpitaux d'Europe ou des pays arabes où ils vont se soigner ? Juste des bons médecins, et le matériel adéquat. Est-ce cela que des pays comme le Nigeria ou la Côte d'Ivoire ne peuvent pas s'offrir, après cinquante ans d'indépendance ? Un pays comme la Côte d'Ivoire a formé de brillants médecins qui, sur le plan de la compétence n'ont rien à  envier à  leurs collègues d'ailleurs. Combien coûte le matériel qui rend performant un hôpital ? Certainement moins cher qu'une Mercedes Maybach ou un hôtel des députés. Et c'est certainement plus utile. Alors, pourquoi donc nos chefs d'Etat ne songent pas à  doter leurs pays de centres de santé performants, où eux et leurs proches pourraient se soigner ? Pourquoi un pays comme la Côte d'Ivoire ne développerait pas un système qui permettrait aux chefs d'Etat et autres grands types des pays voisins moins riches de venir se soigner chez nous ? Pourquoi ? Eh bien parce que si le président et les siens peuvent se soigner dans un hôpital ou une clinique dans leur pays, ils seront comme les autres. Parce que leur puissance vient justement du fait qu'ils peuvent sauter dans un avion, à  nos frais bien sûr, pour le moindre mal de tête ou de dent et aller se soigner où ils veulent. Ce que vous et moi ne pouvons pas. En Afrique, le puissant n'est puissant que parce que lui, vit très bien, peut s'offrir tout ce qu'il veut, et les autres, ils vivent très mal, et ne peuvent rien s'offrir. Où serait la puissance du chef si tous les autres pouvaient aller se soigner dans le même établissement que lui ? Et puis, qu'adviendrait-il de son droit régalien de signer les papiers d'évacuation ? Vous ne savez pas ce que c'est ? En Afrique, le mot évacuer signifie aller se faire soigner en Europe au frais de la princesse. Quand quelqu'un vous dit « j'ai été évacué », cela veut dire « je suis allé me faire soigner en France par l'Etat. » C'est par votre aptitude à  vous faire évacuer que l'on juge votre proximité avec le pouvoir. Parce que l'évacuation se fait dans tous nos pays sur la seule signature du chef de l'Etat. C'est une faveur qu'il accorde très parcimonieusement, au gré de ses humeurs ou de ses intérêts politiques. C'est une des manifestations de son pouvoir. Celui de décider si vous devez continuer à  vivre ou si vous devez mourir. Combien ne sont-ils pas en Afrique à  courir derrière cette fameuse signature pour se faire évacuer ? Combien ne sont-ils pas, ceux qui gravitent autour du pouvoir qui se font évacuer pour le moindre bobo, histoire de faire savoir qu'ils ont les faveurs du pouvoir, ou sont de ce pouvoir ? Un bon ministre africain, ou un bon parent d'un président africain se doit d'aller se soigner ou se reposer en France, ou ailleurs en Europe ou en Amérique. Aux frais des contribuables bien entendu. Où serait le plaisir, s'il devait payer de sa poche, comme un vulgaire riche qui n'est pas dans le pouvoir ? Ainsi, sans aucune honte, nos chefs d'Etat et leurs suiveurs vont se soigner la prostate, les maux de reins ou de dents dans les pays du Maghreb tels que le Maroc ou la Tunisie qui étaient au même niveau de développement que nous au moment de nos indépendances, et qui n'ont pas plus de ressources que nous. Et nous nous gargarisons d'être devenus indépendants ! Cinquante ans d'indépendance pour en être encore là  ? Qu'est-ce que les pays du Maghreb ont de plus que nous ? Juste la volonté de faire de leurs pays des pays respectés. Leurs médecins ont été formés dans les mêmes universités que les nôtres. Le matériel qui équipe leurs cliniques et hôpitaux sont à  notre portée. Aujourd'hui la Tunisie, qui n'a pas de pétrole mais des idées, est en train de développer ce que l'on appelle le tourisme médical. Et des centaines, voire des milliers d'Européens, surtout les Anglais qui ont un système de santé déplorable, font la queue pour aller se soigner en Tunisie tout en profitant de la beauté du pays. C'est ce que nous ne pouvons pas faire, après cinquante ans d'indépendance ?

   

Et là -bas, un douanier marocain n'a pas pu s'empêcher de dire ceci à  la délégation ivoirienne : « Dans les années soixante dix, la Côte d'Ivoire était pour nous le modèle en matière de développement qu'il fallait copier. Lorsqu'en 76 vous construisiez votre autoroute, nous n'en avions pas chez nous. Nous sommes étonnés qu'aujourd'hui vous veniez vous inspirer chez nous. » Cette délégation ivoirienne n'avait pourtant pas besoin d'aller jusqu'au Maroc. Elle n'avait qu'à  demander conseil à  Gnamien Konan que l'on venait de débarquer de la direction de la douane. On peut tout dire sur lui, mais tout le monde reconnaît qu'il a fait du très bon travail à  la tête de la douane. Et nous avons tous vu ses résultats, malgré la crise que connaît notre pays. Résultats que nous n'atteignons curieusement plus. Mais puisque nous n'avons plus de dignité, il fallait s'inspirer au Maroc. Le Maroc ! C'est là -bas que ceux qui ont de l'argent envoient leurs enfants étudier. Ceux qui n'en ont pas demandent des bourses aux gouvernements marocain, tunisien ou indien. Cinquante ans d'indépendance ! Et nous en sommes à  mendier des bourses pour envoyer nos enfants étudier dans des pays qui, il y a cinquante ans, étaient plus pauvres que nous, afin que ces enfants aient une chance de réussir dans la vie. Parce qu'avec notre système éducatif, ils n'en ont aucune. Le Maroc ! C'est là -bas que nous allons soigner nos dents présidentielles. Lorsque j'étais étudiant, c'était chez nous que les Gabonais venaient étudier. Ils habitaient dans une cité près de la poste de Cocody Danga. Y a-t-il encore des étrangers qui viennent étudier chez nous ? Cinquante ans d'indépendance ! Et nous ne contrôlons aucun secteur de notre économie. Cinquante ans d'indépendance ! Et nous n'exportons que des matières premières brutes, tout en important des produits manufacturés de pays qui hier étaient très loin derrière nous. Cinquante ans d'indépendance et nous ne trouvons pas assez de mots pour remercier l'Inde lorsqu'elle nous offre du sucre. Aujourd'hui, cinquante ans après notre indépendance, nous en sommes à  « mourir comme des poulets dans nos hôpitaux » comme le dit Mamadou Koulibaly, le président de notre Assemblée nationale. Parce qu'il n'y a rien dans nos hôpitaux. Même pas une compresse pour soigner la plus banale des blessures. Notre espérance de vie est descendue à  45 ans. Aujourd'hui, plus de 70% de notre population ont moins de trente ans. Cela veut dire que la grande majorité de ces 70% n'atteindra pas 46 ans. Aujourd'hui, nous qui avons plus de cinquante ans sommes des miraculés. Le 4 janvier dernier, j'ai reçu en moins de cinq minutes des coups de téléphone m'annonçant les décès de deux de mes amis d'enfance, l'un à  Abidjan, l'autre à  Bocanda. A peine ai-je fini d'enterrer Ernest à  Ouellé le samedi dernier que l'on m'a annoncé le décès, le même jour, de la soeur d'un ami très proche. Cinquante ans d'indépendance ! Et Abidjan que l'on comparait à  Manhattan est devenu un immense bidonville avec quelques îlots de résidences de moyen ou grand standings qui sont obligés de se barricader derrière de hauts murs avec des armées de gardiens. Cinquante ans d'indépendance, et notre école qui ne fabrique plus que des voyous et des chômeurs. Et nous en sommes à  nous disputer le titre de « roi de la rue ». Nous en sommes à  marcher sur la télévision pour qu'elle fasse un peu correctement son travail. Et la moitié nord de notre pays qui est occupée par une bande de voyous qui y pillent toutes les ressources pour aller les investir au Burkina Faso. Des voyous dont le chef, qui a à  peine une licence, est notre Premier ministre. A Bouaké, d'où je rédige cette chronique, tous les produits de consommation viennent du Burkina Faso, de la Guinée ou du Mali. Le carburant vient du Togo, après avoir transité par le Burkina Faso. Nous n'avons plus de frontière au nord. Une amie m'a dit « va à  Ouangolo, et tu verras tout ce qui sort de ton pays et tout ce qui y entre. » A l'insu total du gouvernement. Laurent Gbagbo a dit un jour « sous moi, l'Etat ne s'est pas effondré. » Il est le chef de l'Etat. Mais de quel Etat ? Un Etat qui n'est même plus capable d'exercer son autorité sur l'ensemble de son territoire ? Un Etat qui n'est même plus capable d'organiser des élections ? Les élections, on en a fait un peu partout autour de nous. En Guinée Bissau, en Afrique du Sud, au Ghana, au Gabon, on s'apprête à  en organiser au Togo. Et en Côte d'Ivoire, nous n'arrivons plus à  en organiser. Cinquante ans d'indépendance ! Un journal avait titré sur « le silence troublant de Blaise Compaoré », à  propos de l'affaire des 429 000 inscrits. Oui, cinquante ans d'indépendance, et nous en sommes à  être troublés lorsque Blaise Compaoré ne nous dit pas ce que nous devons faire. Cinquante ans d'indépendance, et nous en sommes à  aller chercher nos ordres à  Ouagadougou. Oui, le chef de notre pays et les principaux leaders politiques ivoiriens iront à  Ouagadougou pour régler cette histoire de la CEI, et pour fixer une nouvelle date pour notre élection présidentielle. Cinquante ans d'indépendance et nous en sommes à  nous faire admonester par l'ONU et la Banque mondiale comme des garnements mal élevés.. Le 7 août prochain, que ceux qui ont encore un peu de dignité s'enferment chez eux pour verser une larme sur nos cinquante ans d'indépendance perdus. Et qu'ils laissent Laurent Gbagbo et Pierre Kipré célébrer tous seuls leur indépendance à  eux.

Par Koudio.


Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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