lundi 15 février 2010

L'Union africaine : un éternel voeu pieux ?

L'Union africaine: un éternel voeu pieux ?

Les guerres idéologiques entre l'Est et l'Ouest avec la répartition bipolaire du monde en deux blocs antagonistes, les mouvements des non-alignés des tiers-mondistes, sont aujourd'hui devenus le souvenir d'un passé. Le vent de la glasnost, de la perestroïka, l'effritement du " mur de la honte " l'implosion  du bloc communiste,  le vent de la démocratie soufflé à partir de l'Est ont eu raison de l'ancienne architecture du monde. L'heure est aujourd'hui à la globalisation. Les USA demeurent l'hyperpuissance, l'Europe cahin-caha , au cours des ans , est en passe de réaliser son union. La Chine "reveillée",  l'Asie des "Dragons et des Tigres" , le BRIC (Brésil, Russie, Inde et la Corée du Sud) seront des acteurs majeurs et incontournables de ce millénaire. Selon les spécialistes, d'ici l'an 2025 , les USA ne seront plus l'hyper-puissance, l'Union Européenne aura achevé de se constituer dans différents domaines et sera à n'en pas douter une puissance avec laquelle il faudrait compter, les pays de l'Est ( Chine, Inde et Japon) seront les nouveaux patrons du monde, un monde d'interdépendance et d'interconnexion à l'échelle du globe avec une communauté de destin.  Par une déviation de bon sens qui dépasse tout entendement,  l'Afrique serait –elle frappée par une certaine aberration chrosomique la rendant refractaire à la théorie des dominos ?  L'Afrique , véritable absurdité géo-politique, va-t-elle continuer à traîner son destin de "damnée de la terre" tel un boulet de forçat ? Réné Dumont avait déjà fait le constat désolant en 1963 en disant que l'Afrique noire était mal partie . L'Afrique parviendrait-elle un jour à démarrer ou à entrer dans le monde de la globalisation?

Qu'on le veuille ou non le XXI ème siècle sera celui des regroupements de vastes ensembles politico-économiques. La carte mondiale est entrain de se re-dessiner sensiblement et progressivement sous nos yeux. En d'autres termes nous sommes dans l'ère de la mondialisation . C'est un impératif catégorique pour l'Afrique que de s'unir au risque d'aller lamentablement ad patres. Et le fameux slogan du Docteur Nkrumah : « AFRICA MUST UNITE » plus que jamais reste d'actualité.

Quarante sept ans après la naissance du rêve d'un visionnaire en la personne de Kwamé Nkrumah, la thèse fédéraliste d'une Afrique unie, solidaire et dépouillée de toute emprise colonialiste et néo-colonialiste peine à se réaliser faisant de notre continent une véritable aberration géopolitique et géostratégique dans un contexte mondial globalisant. Il faut toujours se souvenir que l'une des beautés de la langue française réside en ceci qu'elle aime les répétitions des mots et les rédites, lesquelles aussi contribuent à la clarté du langage dans un souci pédagogique. Nous avons dit moult fois que le néocolonialisme , si on ne s'en débarrasse, contribuerait durablement à annihilier tout effort d'union et de développement de nos pays, de notre continent. Le rêve d'unification de l'Afrique ne saurait prendre corps et se muer en réalité si elle ne se dégrafe pas des chaînes du néo-colonialisme qui est historiquement né pour substituer ou implémenter la colonisation. Souvenons nous de la Fédération du Mali , phagocytée dans l'oeuf. Souvenons nous de 1976 l'année où l'OUA a failli être sacrifiée sur l'autel de la lutte idéologique en Angola avec en filigrane l'URSS et les USA : l'un soutenant le gouvernement marxiste d'Augustinho Neto et l'autre apportant sa caution aux rebelles pro-occidentaux de Jonas Savimbi. Nous nous souvenons encore de cette même période , comme si c'était hier , écoliers , nous nous amusâmes à écrire sur les manches de nos uniformes scolaires les griffes : MPLA ou UNITA selon nos préférences. Cinquante ans après nos indépendances, la vie politique de l'Afrique au quotidien s'embrouille avec la politique néocolonialiste et son corollaire de droit d'ingérence au nom de la paix , de la démocratie, des droits de l'homme, des ONG humanitaires, le FMI et la Banque Mondiale avec leurs politiques à effets pervers(prêts et modalités de payements, dévaluation de nos monnaies, les ajustements structuraux....).

Quand un homme se prend à rêver de façon solitaire, c'est toujours un rêve, mais dès lors que plus d'un , en communion, partage ce rêve, il a des chances certaines de se réaliser.

La matérialisation de ce rêve passe nécessairement par l'acquisition d'une conscience historique et politique des Africains. Cette conscience noire, dans son déploiement doit poser le primat de l'indépendance psycho-mentale sur l'indépendance politique. L'idée la plus extravagante née dans la tête des envahisseurs et leurs ethnologues a consisté à nous faire croire que nous sommes des sous-hommes. Le premier conseil que notre nature humaine nous prodigue , c'est de nous rebeller contre cette assertion. Commençons d'abord, à nous dépouiller des clichés, du fatras idéologiques du noir inférieur au blanc expression de notre complexe d'infériorité que nous avons intériorisé depuis longtemps. Prenons conscience de nos immenses capacités et aptitudes à nous réaliser et à forger notre destin. Les apôtres des mouvements d'émancipation du Noir que sont les Edward Wilmont Blyden, Marcus Garvey, WEB du Bois, Frantz Fanon, Henry Silvestre, Alain Locke, Léopold  S. Senghor, Cheik Anta Diop, Aimé Césaire..........n'ont pas transigé sur cet aspect du combat. Que leurs philosophies puissent nous être utiles dans la réalisation de notre combat de peuple libre.

Le panafricanisme , loin d'être un mythe se doit d'être la panacée à notre survie. Il doit être une réponse énergique sous-tendue par des projets intégrateurs d'une part et une réponse juste et appropriée aux challenges et enjeux que nous prescrivent le monde actuel dans son déploiement . Un choix corneillien se pose à l'Afrique avec 53 Etats (les archipels inclus) et une population qui flirterait avec le milliard d'ici peu . S'unir ou disparaître  that's the question pour pasticher l'auteur anglais Williams Shakespeare. Le besoin  d'une volonté de refléchir à la construction de l'unité africaine dans ce millénaire nous impose de l'audace . Il faut « oser oser ». Notre survie en depend. Il faut refléchir attentivement aux problèmes importants , même si c'est fatigant dit-on. N'oublions pas aussi que l'union fait la force. Et cette union serait le creuset dans lequel tous les problèmes auxquels le continent est confronté trouveront leur résolution. Incorporé, soutenu et défendu par nous tous, le panafricanisme doit se conjuguer en terme de prise de conscience, d'intégration, d'union, de solidarité et de coopération entre les africains de l'intérieur et les afro-descendants.

 Le panafricanisme, mouvement de revendication identitaire dont Nkrumah fut le porte flambeau se doit aujourd'hui d'aller au délà de l'idéologie pour s'ancrer profondément dans la conscience collective africaine désireuse d'indépendance , de souveraineté, d'éducation, de progrès  technologiques, de solidarité, d'égalité et de justice. Ce visionnaire de classe exceptionnelle a porté son rêve d'unité africaine par délà les limites de son seul pays jusqu'à sa mort. Quel bel héritage! Mais faute d'avoir été exploité positivement par les générations futures a pris lamentablement les allures d'un romantisme utopique. Celui qu'on a appelé Osagyefo, le Rédempteur, écrit : « le nationalisme africain ne se limite pas seulement à la Côte d'Or, aujourd'hui le Ghana. Dès maintenant il doit être un nationalisme panafricain et il faut que l'idéologie d'une conscience politique parmi les Africains, ainsi que leur émancipation, se répandent partout dans le continent ».  Après plus d'un demi centenaire , avons nous été sauvés comme l'avait rêvé pieusement cet « idéaliste»?

Au regard de ce qui se passe sous nos yeux aujourd'hui avec la participation d'une certaine France , chef d'orchestre de la célébration du cinquantenaire de bon nombre de pays africains, nous en sommes à nous demander si les préoccupations légitimes des égéries de ce rêve ont été cernées par nos dirigeants actuels. Ne perdons pas de vue que le souci premier des panafricanistes est la libération de l'Afrique de toute domination coloniale. L'avons nous aujourd'hui compris ou réalisé ? Assurément non !!! Après les épisodes douloureuses de la pénétration coloniale, de la colonisation, du néocolonialisme européen et américain, c'est un autre épisode de notre feuilleton historique qui commence avec l'envahissement progressif du terrain par des chinois, indiens et brésiliens.

              Dans les langes, l'union africaine fut regardée avec circonspection comme l'expression du rêve d'un aède, d'un égocentriste prétentieux . Toute sa vie durant , son imagination n'a enfanté que chimères. Mais quelles belles chimères ! C'est une urgence pour ses héritiers que nous sommes de nous accaparer de ce rêve et d'en transformer en réalité tangible. Quelqu'en soit la forme , rêve ou réalité, nous resterons tendrement attachés à l'idéologie du panafricanisme jusqu'au dernier moment de notre drôle d'existence de peuple rétif à oser forger avec audace, courage et assurance notre destin .

Que ne tombent dans la vanité les rêves des grands pionniers du panafricanisme –

l'empereur Hailé Sélassié, Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta,  Modibo Keïta, Ahmed Sékou Touré, Julius Nyerere, Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Bob Marley, Steve Biko, .....Mouamar Kaddafi,  j'en oublie! Faisons nôtre leurs visions , puis les réaliser en acte politique concrêt : La création des Etats Unis d'Afrique.

« Platon rêvait beaucoup, et on n'a pas moins rêve depuis ; il avait songé que la nature humaine était autrefois double, et qu'en punition de ses fautes elle fut divisée en mâle et en femelle....les rêves alors donnaient une grande réputation . » (Voltaire. Songe de Platon). En fait de réputation, Nkrumah en a eue. L'inoxydable rêve de l' « Osagyefo » s'impose curieusement comme la seule panacée ayant la vertu de nous sauver en  faisant de l'Afrique , à défaut d'en être la chéville ouvrière , un artisan de l'organisation architecturale du nouveau espace mondial en construction. Marcus Garvey , l'un des chefs de choeur du panafricanisme et tenant de la doctrine du « nationalisme noir » disait ceci : « Il est possible que nous vivions pas tous la réalité d'un empire africain si fort, si puissant qu'il imposerait le respect à l'humanité, mais nous pouvons cependant durant notre vie travailler et œuvrer à faire de ce projet une réalité pour une autre génération ». Faisons nôtre, ce slogan que nous espérons vivement  prophétique du même Marcus Garvey : « Peut-on le faire ? Nous pouvons le faire ! Nous le ferons ! ». En terminant, dans mon lyrique envol, j'en viens à oublier Racine, Malherbe, Boileau, Lamartine, Hugo, pour rappeler ces mots de Bob Marley dans sa chanson "Africa unite" :

 How good and how pleasant it would be before God and man, yea-eah!-

 To see the unification of all Africans, yeah!

 As it's been said already, let it be done, yeah!

Fatogoma Mohamed Ouattara

Orange, New Jersey

USA

Fouattara2@comcast.net

 

 

 

 

 



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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
Tel (00) 223 222 32 44
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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