mardi 16 février 2010

Côte d'Ivoire : S'il n'y a pas élection y a quoi ?

S'il n'y a pas d'élection y a quoi ?

 

Hé oui, le frère Venance Konan a d'ailleurs répondu à cette question de manière éloquente il y a quelques semaines déjà. Pourtant  rien ne semble être compris par les princes du jour en Eburnie ou plutôt en Côte d'Ivoire. « L'enfant des élections » ne veut pas d'élection. Qui l'eût cru ? Pas une pléthore. Au jour d'aujourd'hui, l'évidence s'impose même aux esprits les plus enclins au nihilisme.

 

Y a-t-il encore un doute que Mr Gbagbo rechigne à faire face au verdict des urnes ? Dans un pays dramatiquement défiguré où tous ce qu'il y a de repères moraux ont été tronqués pour le dieu argent, il se trouverait des gens pour vous dire : absolument oui. Pas étonnant quand la profondeur de son budget de souveraineté reste insondable comme le sont les voies du Seigneur et quand la raison perd sa raison devant la passion. Si on ne change pas une équipe qui gagne, alors pourquoi changer une stratégie qui marche ? « On ne pratique que ce que l'on sait » pour dire comme Albert Camus. Ici en Gbagboland les prétextes pour ne pas se soumettre  à la phase la plus visible du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple sont légions. Le temps qu'il fait et l'heure qu'il est ont été parfois suffisant à empêcher le trop patient peuple de  Côte d'Ivoire à choisir celui qui doit conduire son destin.

 

A la dernière élection du Président Houphouët Boigny qui était aussi la première sous l'ère du multipartisme, la coordination de la gauche démocratique (FPI, USD, PIT…etc.) avait demandé le boycott de ces élections qu'elle trouvait taillées sur mesure. On pourra acquiescer si on veut être fair play. Seul Laurent Gbagbo enfreindra à ce mot d'ordre pour affronter le « vieux ».

 

En 1995, l'année du Boycott Actif prôné alors par le front républicain (FPI et RDR) hé oui ! Entendez Gbagbo Laurent et Djeny Kobenan. Les puristes de la chose démocratique pourront avoir l'argument facile pour soutenir que ces élections étaient biaisées et, il serait difficile pour les esprits critiques de les enquiquiner sur cet argument. A César ce qui est à César…

 

En Octobre 2000, en lieu et place d'élection c'était bien d'une sélection qu'il s'agissait. Au pas de charge, pas moins d'une dizaine de candidatures sera rejetée pour des raisons aussi fallacieuses les unes après les autres par une Cour Constitutionnelle aux ordres des grands dealers du jour (Gueï Robert et Gbagbo Laurent). Le peloton de tête ainsi constitué ; les mauvaises langues diront qu'il était question d'un choix entre le choléra et la peste, ces diagnostics augurant d'une mort à court ou à moyen terme pour ce pays qui fut une icône de stabilité dans cette Afrique des déchirures fratricides inutiles se trouve d'une pertinence aiguë de nos jours. La merde se trouvait dans le W.C. il ne fallait que tirer la chasse d'eau. Le choisi ne s'en privera pas du tout mais alors pas du tout. Et vlan ! La calamité pouvait maintenant s'abattre sur les bords de la lagune Ebrié. Charniers, déchets toxiques, inondations, escadrons de la mort, interdictions des marches, compromissions de tout genre,… etc.

 

Bref, ce qui presse les pas presse aussi la langue. Revenons en aux élections. Ainsi donc pour dire vrai, la Côte d'Ivoire n'avait jamais failli au principe d'entropie et du réglage minutieux quant au cycle du suffrage populaire depuis son indépendance malgré le règne du parti unique et, devant des situations souvent approximatives et franchement déplorables. Toute une époque n'est ce pas !

 

Nous sommes en 2010 et cela fait dix ans que la Côte d'Ivoire n'a connu ni élections municipales, ni législatives encore moins présidentielle le casus belli de toutes les élections ici. Là où le bât blesse, c'est le constat que tout ceci arrive pendant que l'un des pionniers de l'acquis du multipartisme ivoirien soit en charge de récolter et de fertiliser les champs des libertés et de l'alternance démocratiques semés de hautes luttes sous son cran dans la clandestinité et dans la douleur. Ne pas concéder cela à Mr Gbagbo serait faire preuve de mauvaise foi. Bien sûr il n'était pas seul dans ce combat épique. On ne peut les citer tous mais, pelle mêle honorons les doyens Zadi Zaourou, Wodié Francis, Bamba Moriféré et autres soldats inconnus. Rendons grâce ex cathedra à Jean Marie Adiaffi, Fotêh Mémel et tant d'autres quidams.

 

Qui peut le plus peut le moins dit l'adage.

 

C'est au pied du mur que l'on voit le vrai maçon. Quand il n'était pas aux affaires, celui qui avait fait des élections libres son credo et son « attiékê », ne doit pas pouvoir justifier son allergie soudaine à ce mode de succession de loin meilleur à celui qui l'a conduit sur le trône, par ces incessants alibis sortis des livres de Tintin.

Où se trouve le labeur ? Arracher au tout puissant PDCI et à l'omnipotent Houphouët Boigny les revendications d'expressions plurielles et la fin d'une culture de monarchie républicaine ou, l'achèvement du rêve que l'on a toujours nourri de voir son pays vivre la plénitude du mécanisme de l'alternance quand on en est l'ordonnateur ? No brainer comme le dirait le coach de la NFL américaine.

 

En opposant endurci, Mr Gbagbo une fois au pouvoir n'a jamais oublié les reflexes de sa fonction primaire. En fait il a géré le pays comme un opposant. Quand nous scrutons le ciel politique africain, c'est dans la veine des oppositions que de dénoncer la fraude orchestrée par le pouvoir. Nulle part ailleurs ce rôle n'a été inversé que dans la Côte d'Ivoire de la refondation. Ce n'est pas un hasard que le sixième report des élections appelle un septième par la simple volonté du FPI de voir partout la fraude pour justifier son maintient au pouvoir. Minoritaire et se sachant incapable de remporter une élection dans les normes démocratiques, il planifie une autre calamité pour faire main basse sur le pays qu'il dit aimer et défendre. Entre aller aux élections pour les gagner et aller aux élections pour ne pas les perdre, mon cher frère et ami Mr Gbané a vu juste d'établir la différence dans l'état d'esprit des deux dispositions. La première accepte une compétition dans laquelle l'espoir de triompher domine la possibilité de perdre et la seconde n'envisage aucune probabilité de défaite. Cette dernière voie est celle du FPI et de son candidat. Pour ce faire, il faut donc toutes les conditions à eux imposer. Une nouvelle CEI, une nouvelle liste électorale dégagée de tous ceux suspectés de ne pas leur être favorable (délit de patronyme) entre autres. La cabale contre Beugré Mambé et les perquisitions nocturnes aux domiciles de citoyens ciblés participent à leur plan machiavélique. Les accrocs avec le Premier Ministre iront s'accroissant et s'amplifiant dans les jours à venir après qu'ils aient compris que ce dernier a magistralement joué la symphonie achevée de leur roublardise. L'élève a-t-il surclassé le maître ? La fin nous le dira.

 

Les socialistes tropicaux (le fpi est membre de l'international socialiste) qui ont plus en partage avec le MNR (Mouvement national républicain) de Bruno Maigret pour qui Jean Marie le Pen du Front National est un plaisantin dans ses concepts de l'extrémisme de droite, n'ont comme programme de gouvernement depuis ces dix dernières années que la chasse à « l'étranger intérieur » qu'ils définissent comme le nationalisme. Devra t-on rappeler que le nationalisme n'est ni un programme de gouvernement ni une valeur de gauche. Mr Fologo dans un de ses moments de grandes lucidité déclarait ceci : Le pire qui puisse arriver à un pouvoir gauchisant est d'être balayé par un mouvement populaire ». Dans la posture actuelle du FPI, tout le puzzle démontre qu'à défaut d'élection taillée sur leur ordre, l'invraisemblable option semble au mieux d'être chassé du pouvoir par les supposés ennemis de la Cote d'Ivoire ou au pire par la vindicte populaire. Aussi inimaginable que cela paraisse, elle demeure une analyse rigoureuse. Toutes les théories étant renversée sous le nouveau soleil de la refondation, on peut se poser cette question: pourquoi rendre les choses simples quand on peut les compliquer à volonté ? 

Si la rébellion n'existait pas il aurait fallu l'inventer

 

Le bilan le plus « réussi » de Gbagbo Laurent et de son parti a été la rébellion du MPCI. …et Dieu créa la femme ; le FPI créa la rébellion. Souvenez vous, ils savaient tous ce qu'entreprenaient les « ennemis » de leur régime à l'extérieur. Les restaurants qu'ils fréquentaient, les feux tricolores  auxquels ils marquaient un arrêt etc. Vous me direz qu'ils n'ont rien vu venir ? Faire la politique c'est prévoir aussi. Ils ont pourtant perçu la justification de toutes les turpitudes futures. C'est à cause de la rébellion que la ville d'Abidjan n'est plus nettoyée, que l'école se meurt, que les ivoiriens ne mangent qu'un repas par jour, que les hôpitaux sont de vrais mouroirs, que les châteaux foisonnent sur les terres fertiles de désespoir et de désolation.

C'est aussi à cause d'elle que les élections ne peuvent se tenir. L'Irak est allé aux élections, l'Afghanistan, le Timor oriental dans des situations pires que la nôtre. Le Libéria qui a connu une bonne décennie de guerre civile réelle a élu la première femme de l'histoire du continent, la Sierra Leone où les manchots et les amputés forment une population importante du pays pour cause de guerre a eu ses élections et son président légalement élu. Comparaison n'est pas raison mais, en Côte d'Ivoire tous savent que le ciel ne nous tombera pas dessus par la faute d'élection organisée comme prévu par les acteurs politiques. S'il y a prophétie d'un nouveau fléau c'est parce que certains pour des raisons qui nous échappent veulent se soumettre à ce qu'ils ont eux même toujours combattus qui est la rotation par des voies autres que démocratiques.

Il nous faudra vivement lever une vénerie pour chasser ces prévaricateurs du champ politique africain en général et ivoirien en particulier.

 

Haïdara Chérif

sidaty@juno.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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Mr ASSADEK aboubacrine
Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.
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Kofi Annan : "Pas de développement sans sécurité, pas de sécurité sans développement, ni développement ni sécurité sans respect des Droits de l'Homme".

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