vendredi 18 septembre 2009

La morale existe-t-elle en politique ?

La morale existe-t-elle en politique ?
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ImageLa gestion chaotique du nouveau code de la famille est sans conteste l’événement politique majeur avant les starting bloc de 2012. Quel que soit le nouveau code de la famille qui sera adopté en seconde lecture par le Parlement, il sera pour longtemps ce «To kalaman » dans les mains de nos politiciens, qui a mis à nu la fracture entre le politique et le citoyen. Sous d’autres cieux, le renvoi en seconde lecture du code pour certains, ou la victoire des Associations musulmanes sous la conduite du Haut Conseil Islamique, pour d’autres, serait vue comme signe de vitalité de la démocratie, mais ici, on a vite fait d’assimiler les protestataires comme des « islamistes » dangereux pour la démocratie. Dangereux pour notre chère démocratie ou pas, un constat s’impose : la recréation pour nos hommes politiques de faire comme bon leur semble est terminée. Ont-ils compris que rien ne pourra plus être comme avant, car les « méchants islamistes » assurent la sentinelle.

Est-cela qui expliquerait le mutisme total observé par la classe politique sur la question ? Heureusement que le père de la nation a renvoyé le maudit code de la discorde qui a hypnotisé nos braves hommes politiques. Sortis de l’hibernation forcée, les voilà, nos illustres politiciens requinqués à bloc pour affronter de nouveau l’œil de Caen, ce code qui les suit partout. Les langues commencent à se délier, car 2012 c’est déjà demain, il faut affronter de face ce « trouble élection » qui risque de tout chambouler. Un commentaire par ci, un commentaire par là du genre «...on n’aurait du pas…on a mal communiqué, etc.. », qui finit par atteindre les grandes familles politiques. Et patati patatras, le Secrétaire politique du parti de Dioncounda Traoré ci-devant Président parlement se lance dans l’arène avec une témérité inédite.

En effet, dans une interview accordée à un journal de la place, le Secrétaire Politique de l’ADEMA, Ousmane Sy s’est soumis à un exercice courageux, mais oh combien périlleux pour son parti. En parlant du code de la famille, le Secrétaire politique de l’ADEMA dit, je le cite : «…là où je me suis beaucoup interrogé, c’est de savoir qu’est-ce qu’on a fait pour ne pas en arriver à la situation où une loi d’une telle importance est déposée à l’Assemblée à une période comme celle du mois d’août.. » Plus loin, il conclut: « Aussi bien au niveau du gouvernement, du Parlement et des politiques. On ne s’est pas soucié de la recherche du consensus sur un texte aussi important et sensible » En tant que simple citoyen, la question qu’on pourrait renvoyer au Secrétaire politique de l’ADEMA est de savoir ce que son parti a fait pour ne pas arriver à cette situation ?

Au même moment, de l’autre coté de la Méditerranée, chez « nos ancêtres les gaulois », un exercice politique similaire se passe : Xavier Bertrand, Secrétaire général du parti de Sarkozy, l’UMP, invité du Journal Télé France 2, explique que la main tendue au parti socialiste de François Bayrou, chef du parti centriste français le MODEM, est une trahison. Par contre, considère t-il l’arrivée des socialistes à l’UMP comme une ouverture à la diversité et à la pluralité des idées. La morale de cette anecdote: c’est toujours l’autre qui est le méchant en politique.

C’est cette succession d’événements politiques survenus qui m’ont amené à me poser la question qui me taraude l’esprit depuis toujours : la morale existe-t-elle en politique ?

Comme Xavier Bertrand du parti UMP Français, le Secrétaire politique de l’ADEMA, Ousmane Sy croit-il que ce sont les autres qui sont responsables des maux dont souffre la démocratie ? Une démocratie que lui et ses compagnons de lutte ont vaillamment conquise.

A le lire on serait tenté de croire que la démocratie est en danger et que si on ne fait rien, l’achat des consciences par l’argent, la fraude et la triche électorale tueront notre chère démocratie. Qui, mieux qu’Ousmane Sy, pour avoir été le père de la décentralisation et Ministre en charge des élections, est à même de parler du bilan de l’ADEMA ? En disant «….par manque de réalisme, par le poids que l’argent est en train de prendre dans nos élections, par le poids de la fraude…, le plus fort gagne », Monsieur Sy ne reconnaît-il pas de facto la responsabilité première de l’ADEMA dans ce qu’il a appelé plus loin : « …Le plus fort n’étant pas fort même en termes de projet mais en termes d’argent et de coup bas. Ce n’est pas cela la démocratie... .. »

N’est-ce pas l’ADEMA qui a dirigé le pays de 1992 à 2002 et qui a aidé ATT à prendre le pouvoir en 2002 et qui l’a soutenu en 2007 pour, d’après les mauvaises langues, ne pas à avoir dans son dos la Sécurité d’Etat. L’histoire récente du Mali retient que les élections de 1997 ont été les plus calamiteuses en matière d’organisation et les plus chères, puisque annulées une première fois, pour être reprises une seconde fois avec les résultats que l’on connait. J’admire le courage, devrais-je confesser, du Secrétaire Politique de l’ADEMA, cependant son intervention ne rend pas service à l’ADEMA qui ne veut toujours pas faire le bilan de sa gestion. Ou alors, Monsieur Sy, comme on le dit dans le jargon du Tennis, prépare sa balle de match pour récupérer le service de Lanceni Balla Keita ci-devant candidat auto déclaré à la candidature. C’est tout le mal que je peux lui souhaiter.

La morale qu’on peut retenir de l’interview de Monsieur Sy : le kokadjè chanté et glorifié pendant les événements de Mars 1991 reste encore un vain mot, un slogan pour des nostalgiques, de ce qui reste du mouvement dit démocratique. Un mouvement que Monsieur Sy souhaite voir reconstitué. Hélas, Monsieur Sy, le mouvement démocratique est mort de sa belle mort au lendemain du 26 mars 1991 et enterré au « Carré des martyrs ». Seule consolation, il est revisité une fois par an par des nostalgiques en mal de repère et qui ne comprennent toujours pas ce qui s’est réellement passé après le 26 Mars. Tentons de décoder ce qui s’est réellement passé après le 26 mars, à travers l’histoire du plus grand parti l’ADEMA

A l’ADEMA comme dans tous les « grands » partis politiques, la morale est loin d’être la chose la mieux pratiquée. Ce n’est certainement pas le secrétaire politique qui me démentira, lui qui écrit, je le cite : «...La démocratie, c’est aussi des valeurs et des méthodes...Je le dit souvent, en démocratie, nous n’avons pris que la mécanique et nous avons oublié au passage les valeurs, or, si on ne fait pas les deux ensemble, on ne fait pas la démocratie…. »

L’ADEMA, où le plus fort en termes d’argents et de coups bas gagne toujours au grand dam d’Ousmane Sy, les trahisons sont monnaie courante et ça se paie toujours cher. Le cas de Lanceni Balla Keita, récemment auto déclaré candidat à la candidature de 2012 rappelle étrangement cet autre cas de « Soumeylou Boubeye Maiga » en 2007. L’histoire de l’ADEMA est jalonnée de balayeurs balayés : IBK du RPM, feu Mohamed Lamine Traore et ses amis de MIRIA, dont un certain Tiemogo Sangaré ci-devant Ministre de l’Environnement, Soumaila Cisse de l’URD, Soumailou Boubeye Maiga le revenant, tous en savent quelque chose. Tout partit du premier congrès ordinaire du parti : IBK Premier Ministre d’alors d’Alpha Oumar Konaré prend la Présidence de l’ADEMA au grand dam du Professeur Mohamed Lamine Traoré. Le Professeur Mohamed Lamine Traore (paix a son âme) et amis humiliés, quittent l’ADEMA pour créer le MIRIA. Plus tard certains amis de feu Mala, après avoir longtemps erré, retournent dans la Ruche pour semble t-il gouter à leur tour au miel de toutes les convoitises.

Le tout-puissant Premier Ministre et Président de l’ADEMA, IBK, tombeur du Professeur Mala, après six ans de bons et loyaux services, trahi par les siens, démissionne de la primature et de l’ADEMA et crée le RPM. Les chefs de file du « clan CMDT » ou « renovateurs » Soumeylou Boubeye Maiga et Soumaila Cissé, balayeurs de IBK avec la bénédiction du maître de jeu Alpha finissent par s’entredéchirer pour les présidentielles de 2002. L’histoire retiendra que des cadres issus des rangs de l’ADEMA ont affronté Soumaila Cissé le candidat officiel du parti aux Présidentielles 2002. Après la victoire programmée et planifiée d’ATT, Soumaila Cisse finit par quitter la ruche et ses ruchers pour mettre en place l’URD depuis son « exil doré » de Ouagadougou. Le revenant Soumeylou Boubeye, n’a certainement pas fini de cogiter sur la portion congrue qui lui a été offerte lors du dernier congrès du parti. 2012 ne fera que raviver ce qui est connu comme une constance à l’ADEMA : les coups bas et trahisons.

Les autres partis n’ont malheureusement pas été à l’abri de la morale politicienne. Le CNID, cet autre parti avant-gardiste de la démocratie en a aussi fait les frais : Le Parena de Tiéblé Dramé, et le Bara de Yoro Diakité sont, entre autres, sortis de ses entrailles. Comme dans les animaux malades de la peste de la Fontaine : ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Pas même les Associations et autre Mouvement Citoyen d’ATT n’ont été épargnés. Avec comme toujours le même dénominateur commun : la guerre de positionnement, de leadership, l’instinct de conservation des intérêts personnels. Toute chose qui est à la base de l’apparition de la transhumance politique de nos braves politiciens, grands combattants de la démocratie qui ont compris que le pouvoir est pour le politique ce que l’aliment est pour l’homme. Vaille que vaille, ils s’accrochent, quitte à trahir les convictions politiques de leurs partis. Au Mali plus que nulle part ailleurs, l’homme politique redoute d’être écarté de la gestion du pouvoir, redoute de se retrouver de l’autre coté, c’est à dire dans l’opposition. C’est sur ce même registre que le tout puissant mouvement citoyen de Diane Semega s’est appuyé pour, espéré t-il toujours, bouter les partis politiques hors du champ de bataille.

Cela, le Général candidat ATT l’a vite compris déjà en 2002 et l’a utilisé à bon escient. Au détour d’une de ses sorties en avril 2002 dont lui seul a le secret, il promet que s’il est élu, il rencontrerait le chef de la majorité parlementaire à midi et une heure plus tard le chef de l’opposition. En un mot, le Général Candidat promettait un statut officiel au chef de l’opposition. Une promesse électorale du Général candidat que le Général Président, sept années après, peine toujours à concrétiser. Est-ce par faute de combattants, voudrais-je dire par faute d’opposants ? Ou par calcul politique ? Difficile de ne pas croire à la seconde hypothèse.

En fin politicien et stratège, n’en déplaise à ses détracteurs, le General Président ATT a calculé les risques à donner de la voix à l’opposition à travers un statut officiel au chef de l’opposition. Car cela voudra dire que désormais, même de l’opposition, on peut gouter aux délices du pouvoir. Nos braves hommes politiques pourraient ne plus redouter d’être dans l’opposition. Ce qui n’est pas sans couper le sommeil au locataire de Koulouba sans famille politique. Alors, ne serait-il pas mieux de ranger tout bonnement le statut de l’opposition dans les tiroirs de l’histoire de notre chère démocratie. Dans une démocratie du plus fort et du plus riche, toute promesse n’est pas forcement une dette.

Une autre facette de notre démocratie qui permet au Tout puissant Exécutif de garder dans l’enclos les législateurs à sa cause. Des législateurs, toujours aussi dociles et gentils, prompts à secourir l’Exécutif si besoin, même s’ils doivent se sacrifier en bouc émissaires. N’est-ce pas ce qui est arrivé à nos honorables députés dans la gestion que l’on sait du désormais fameux code de la discorde. On a vite fait de les accabler de tous les péchés d’Israël, sans prendre le temps et les précautions d’analyser les responsabilités des uns et des autres. Sur ce sujet l’interview d’Ousmane Sy est révélatrice de ce que nous savons déjà, à savoir la thèse selon laquelle, le Parlement est et reste pour longtemps une caisse de résonnance. Je le cite : «... nous-mêmes en 2002, nous avons adopté ce texte en conseil des ministres et nous étions persuadés que les députés le voteraient, il fallait prendre la précaution de s’assurer que ce que contient le texte est compris et accepté par la majorité ». Et ce mois d’aout 2009, l’exécutif était si persuadé que les députés voteraient qu’il s’est offert le luxe de partir en vacances loin des bruits de chapelets des « méchants islamistes »

Les honorables députés sont-ils blâmables? N’ont-ils pas exécuté juste ce qui leur a été demandé comme ils l’ont toujours fait ? Ne seraient-ils pas de simples victimes expiatoires de leurs partis, j’allai dire des moutons de panurge du Tout Puissant Exécutif ? Que pouvaient –ils d’ailleurs faire, nos honorables députés, dans ce gros machin de document de plus de trois cents pages et de mille et un articles du nouveau code de la famille, écrit, qui plus est, dans la langue de « nos ancêtres les gaulois » et dans un langage qui n’est accessible qu’à un cercle restreint d’initiés. Ceci est, sans conteste, une tare préjudiciable au fonctionnement de notre parlement. Un parlement, où le commanditaire principal, l’Exécutif se soucie peu ou pas de sa modernisation : Absence de conseillers et d’assistants parlementaires à plein temps pour ne parler que de ressources humaines. Un autre aspect d’une démocratie chiffonnée qui a encore de beaux jours devant elle.

Ce n’est certainement pas demain ou après demain que l’Exécutif se hâtera même lentement pour accompagner le parlement dans sa modernisation pour une raison tout aussi simple : un Parlement moderne avec toutes les compétences et commodités cessera d’être une caisse de résonnance, réfléchira deux fois avant de voter à mains levées des projets de loi de l’Exécutif. C’est pourquoi l’Exécutif ne fera rien pour améliorer le travail Parlementaire, ne fera rien pour empêcher que des honorables analphabètes dans la langue de Molière, en attendant l’introduction de nos langues nationales, puissent accéder à la place de la République pour voter à mains levées des textes dont ils ignorent tout. Et ce n’est pas cet enseignant de son état, inamovible et indéboulonnable député depuis le régime défunt de l’UDPM, ci-devant Monsieur Union européenne, qui me dira le contraire, lui qui aime, d’après certaines indiscrétions, déguster avec ses invités, chaque vendredi, depuis son bureau de vice Président, des poulets rôtis inaccessibles au malien d’en bas.

L’espoir de voir un jour notre parlement à la hauteur de la tache est toutefois permis, puisque l’opposition se fait entendre de plus en plus dans la caisse de résonnance. Quelquefois comme sur le cas du code, la grogne vient du camp même de la majorité présidentielle. Ce n’est plus un secret de polichinelles, le CNID, à travers son Président Mme Mountaga Tall, a défendu armes à la main, ses convictions sur le sujet. A Me Mountaga ce qui est Me Mountaga, déjà sous la première législature, il soumit une proposition de loi relative au mariage religieux. Pourquoi ladite proposition de loi ou encore ses récents amendements sur le code de la famille ont-ils disparu dans les labyrinthes de ‘Assemblée ? Encore une bizarrerie de la politique politicienne de ceux qui décident pour nous.

La morale n’existe pas en politique et nulle part ailleurs me diriez-vous. Sous d’autres cieux, sous d’autres démocraties, la morale fait la sentinelle à la politique. Que ce soit l’affaire de la tricherie au sein du Parti Socialiste Français, l’affaire Clearstream du camp Sarkhozy ou même les avantages exorbitants que se sont octroyé les députés anglais, des actions concrètes sont prises pour réparer les préjudices. Mais chez nous, on prend les mêmes cartes et on recommence. Comme dirait l’autre faire du neuf avec l’ancien.

Je ne prétends en aucune manière épuiser un sujet qui ne peut l’être, puisque constituant l’essence même de notre quotidien. J’ose simplement croire que mon introduction par effraction dans le débat soulevé par le Secrétaire politique de l’ADEMA, suscitera la réflexion constructive, car mon credo rejoint la pensée de l’auteur : Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire.

Je m’en voudrais si je ne finis pas avec cet extrait tiré de l’interview d’Ousmane Sy en guise de réponse à ma question : existe-t-elle la morale en politique ? « Si nous aimons notre pays, notre continent, nos peuples, si nous nous aimons nous-mêmes, il est temps qu’on s’interroge, qu’on ouvre le débat et qu’on cherche à construire de véritables démocraties enracinées dans nos pays, donc qui sont des démocraties qui s’appuient d’abord sur ce que nous sommes »

ATT ne lançait-il pas récemment dans son jeu favori, l’humour, l’idée d’un forum sur l’homme malien ? Pour bâtir une démocratie qui s’appuie sur l’homme, il nous faut un malien nouveau. C’est de cela dont on a besoin. Et c’est des maintenant qu’il faut commencer : à la maison, à l’école et dans la vie. Et cela est une autre paire de manche, un autre débat.



Yachim Yacouba MAIGA

Port-Au Prince, Haïti

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