dimanche 8 juin 2008

La femme explosive : Les signes extérieurs du bonheur

Société
La femme explosive : Les signes extérieurs du bonheur
Bamako Hebdo, 07/06/2008 Commentaires [ 8 ] E-mail Imprimer

Lorsque Baba déclara son amour à Kadi et alla jusqu'à lui demander sa main en mariage, la jeune fille lui exposa ses conditions "Baba, lui dit-elle sans détour. Je rêve d'une vie de confort, et sans problème. Je n'aime pas la pauvreté, la misère. Si nous nous marions et que le bonheur quitte, alors je m'en irai. Même si je t'ai fait des enfants, je te les laisserais" Baba accepta ces conditions et la vie leur déroula ce qu'elle leur avait réservé.
Devant le lycée Ascension

Des crissements de pneus suivis d'un coup de frein avait annoncé l'arrivée d'une mercedès noire devant le Collège Ascension, l'un des établissements les plus huppés de la capitale. La marque allemande, bien coupée avec sa climatisation latérale et sa direction assistée était de la dernière générale, réputée pour sa solidité et son ambiance intérieure.

Binké, un chauffeur de vingt cinq ans, après deux coups de klaxon avait ouvert la portière pour se porter droit dans sa tenue impeccable avec à la main un paquet tout frais retiré à la pâtisserie Sensation. C'était un goûter destiné au petit Birama qu'il était venu chercher.

Il était midi. Des nîmes et des mélinas gratifiaient les parents et les chauffeurs des collégiens de leur ombre apaisante.

Une cloche sonna. Le gardien de l'école ouvrit le portail et le flot joyeux des élèves se déversa sur la rue.

Deux voitures pour un enfant. Le petit Birama, fils de Baba courut vers Binké le chauffeur de la famille. Et ce dernier l'accueillit avec sourire et lui tendit son goûter avant le déjeuner où il prendrait l'entrée, le plat de résistance et le désert.
Birama s'empara du paquet mais non sans éclats dans une colère d'enfer.

On ne fait plus ce que je demande ?

-Qu'est ce que cette foutaise ? Je ne rentrerai pas à la maison dans cette mercedès noire ? Je veux la blanche. Il faut partir la chercher.
-Mais, Birama, tante Kadi ta mère ne me l'a pas dit, avait répondu Binké

-J'avais dit la maman que je veux être transporté à l'école en mercdès blanche les lundi, mercredi et vendredi. Et le reste de la semaine avec la noire.
-C'est entendu. Nous allons réparer la faute.

-Retourne chercher la blanche.
-Mais Birama, il faut économiser le carburant. Les temps sont durs.
-Ce n'est pas ton problème. Et puis je ne suis pas Birama mais Bill.

-Tu portes le nom du père de Baba. C'est un nom respectable, sois en fier.
-Des conneries.

Un caractère inflexible
-Entre dans la voiture et nous partons. Finis les caprices.

Birama sortit aussitôt son portable et parla à son père. Il s'assit sur une pierre à l'ombre d'un nime et ne prononça plus un mot.

L'un de ses camarades de classe, las d'attendre son chauffeur vint à lui :

-Bill, tu peux me déposer à la première station de taxis, notre véhicule n'est pas encore là. Je téléphone à papa pour l'informer que je rentrerai par mes moyens.

-D'accord, mais j'attends la merco blanche qui doit me ramener à la maison.
-La noire là à des problèmes ?

-Non ! Mais seulement je préfère l'autre.

- Je comprends, fit le copain qui partit à pied prendre un taxi au bord de la route goudronnée très passante en cette heure là.

-Birama, dit le chauffeur revenu à la charge, je t'en prie, tu n'es plus un bébé, cesse cet entêtement et monte dans la voiture.
-Jamais.
-Tu as eu ton père au téléphone et quelle décision avez-vous prise ?
-Ma mère le mettra à l'heure.

-Mettre qui à l'heure ? Ton père ? Doit-on parler de cette manière à son père ?
-Je n'ai pas à te répondre.

Des voix sages au secours

Agacé par le ton suffisant de Birama, un commerçant détaillant qui déambulait par là avec ses friandises, des bonbons des biscuits et des chocolats n'avait pu résister à la tentation de parler au collégien.
-Petit, tu connais l'hyène ?
-Je l'ai vue sur l'ordinateur.
-Que dit l'hyène dans son enseignement ?
-C'est un animal. Elle ne parle pas.

-L'hyène dit qu'il faut apprendre à courir sur trois pattes car dans la vie, tout peut arriver, Ironisa Birama
-Oui oui ! Il faut marcher sur la tête ou sur les bras, des histoires.

-Petit, la vie est comme une coque d'escargot qui tourne. Quand elle vous sourit il faut se garder de mépriser les autres. Tu manques de respect à plus âgé que toit en l'occurrence, ton chauffeur. maliweb.net. Ton attitude est en porte à faux avec notre culture. Tu es d'un pays pauvre et tu te dois d'être modeste. Qu'est-ce que c'est que ça ! Monsieur choisit ses véhicules dans son parc automobile pour le ramener chez lui.
-Et alors ?

-As-tu des yeux pour voir ? Des oreilles pour écouter ? Un cœur pour sentir ? Ne vois-tu pas que le peuple souffre dans ce pays ?
-Et alors ?

-Les gens cherchent à survivre même s'il faut laver les chiens à crédit. Pendant ce temps toi tu craches sur leur misère. Qu'as-tu fait pour naître heureux,
-Demande le à mon père. Il arrive.

Tous les riches se ressemblent

L'adage dit vrai
-Ah oui ! dit le commerçant. Tous les riches se ressemblent.
Mais chaque malheureux est malheureux à sa manière.
-Qui se ressemble s'assemble, répliqua Birama.

-Ton père ne m'a jamais écouté fit Binké. Il y a longtemps, très longtemps, je lui dis un jour Patron les parents ne doivent jamais faire connaître à leurs enfants qu'ils sont aisés. Ils doivent leur cacher leurs richesses et les obliger à travailler pour accéder au bonheur. Mais que m'a-t-il répondu ?

"Moi je ne vais pas souffrir pour que mes enfants aussi souffrent. Et puis tant qu'Allah règne au ciel, le petit du vautour ne broutera pas d'herbe" A toi je dirai puisque ton père ne m'a pas écouté :

-L'argent, c'est un oiseau assis sur un toit. Le moindre bruit, il s'envole.
Quant Baba débarque au secours de son fils

Avait-il terminé ces mots qu'une mercedès blanche, toute étincelante se gara devant Birama comme un ange descendu du ciel. Baba, un homme d'une cinquantaine d'années y descendit pour prendre son fils dans les bras.
- Mon petit ! Comme tu a souffert. C'est fini maintenant, grand Bill.
Se tournant vers Binké il rugit comme un tonnerre.

-Espèce de … Pourquoi n'es-tu pas venu chercher la voiture du choix de mon fils ? Tu es à son service non ?

-Patron, fit le chauffeur, j'ai voulu économiser du carburant. Et puis je dois aussi faire raisonner Birama, veiller sur lui dans le triangle Famille - Ecole et Rue. C'est comme ça que je comprends ma fonction de chauffeur : Protéger votre fils contre lui-même.

- Ah ! Tu te fais éducateur à présent ! Tu n'es pas payé pour t'imposer à Bill mais pour te soumettre à ses vœux, à sa volonté.

Une tentative d'apaisement
Le commerçant s'était approché pour placer son mot.

-Calmez-vous, monsieur, calmez-vous. Votre chauffeur agit en africain traditionnel. Pour lui l'enfant est l'affaire de tout le monde. Ce qui ne cadre pas avec votre vision des choses. La dernière décision vous revient. Mais sachez que vous marchez à contre-courant de nos traditions. Vous ne savez même pas que le prix du carburant a grimpé ainsi que les denrées de première nécessité. Décidément, monsieur le fossé est profond entre vous et le peuple…

-Monsieur, de quoi vous mêlez-vous ? Votre langage de rue me laisse vert : cherté de vie, riz inaccessible. Gnignigni ! Gnagnagna ! Pititi ! Patata !

Le commerçant avait répliqué :
-Excusez monsieur pour mon intrusion dans vos problèmes.

-Moi je n'ai pas de problèmes, c'est peut être vous qui en avez, coupa Baba.

Les problèmes de votre peuple ne sont pas vos problèmes ? La chereté du riz ne vous concerne pas ? Avez-vous des parents ? Des proches ?

-Vous savez fit sèchement Baba manger le riz n'est pas une obligation. Si on ne peut pas payer le riz, on mange autre chose.
-Manger autre chose?

-Oui, manger autre chose.

-Ce qui veut dire que les pauvres peuvent mourir de faim, ce n'est pas l'affaire des riches ?

-C'est vous qui le dites. En tout cas il n'y a pas que le riz pour se nourrir.

-Vous nous utilisez pour prendre le pouvoir. Une fois que vous l'avez, vous nous laissez au bord de la route avec nos problèmes.

-Raisonnez comme il vous plait et quant à toi Binké, que ça soit la première et la dernière fois de désobéir à mon fils. Entendu ?

-Entendu, fit Binké. Mais apprenez aussi qu'à partir d'aujourd'hui je ne travaillerai plus pour vous. Je ramène la mercedès noire pour fermer la parenthèse.
-Règle ce problème avec Kadi.
Binké alluma sa voiture et s'adressa à Baba

-La vie est une monture qu'il faut savoir maîtriser. Sur ce, la merco noire partit, laissant perplexe l'assistance….. Suivie de la Blanche filant au loin comme une nébuleuse.
A suivre.

Professeur Gaoussou DIAWARA, Dramaturge *

6/6/2008


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Vos commentaires
Posté par nanafatma, le 08 Jun 2008 00:40:03 GMT
cest ca la triste réalité mais ya des gens comme ca. mais pourquoi la
femme sappelle kady? svp un autres pseudo comme awa
Répondre à < nanafatma >
Posté par ANTJIRAN, le 07 Jun 2008 16:15:12 GMT
J'attends impatiemment de vous relire fin dramaturge
Répondre à < ANTJIRAN >
Posté par discutons, le 07 Jun 2008 14:47:54 GMT
tres interessant
Répondre à < discutons >
Posté par CISWEN, le 07 Jun 2008 14:13:45 GMT
Seul le commerçant à les pieds sur terre dans cette histoire. Cette
famille n'a pas sa place au Mali, il faut vite l'envoyer dans un pays à
la hauteur de leurs capricieuses bêtises.
Répondre à < CISWEN >
Posté par goldo, le 07 Jun 2008 12:19:06 GMT
quellle belle histoire !
Répondre à < goldo >
Posté par amad, le 07 Jun 2008 11:08:08 GMT
ça ma fait trop rire merci c'est permet d'oublié la mal gestion du
général ATT
Répondre à < amad >
Posté par fah, le 07 Jun 2008 10:27:32 GMT
j'ai hate de voir la suite
Répondre à < fah >
Posté par ouadiakaan, le 07 Jun 2008 09:59:03 GMT
Merci professeur et revenez vite.
Répondre à < ouadiakaan >

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