mercredi 25 juin 2008

Huit retenus du centre de Vincennes libérés à Nîmes

Par AFP

La polémique sur les responsabilités dans l'incendie dimanche du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes enflait mardi, entre un gouvernement inflexible sur sa politique d'immigration et des associations qui la tiennent pour cause première du sinistre.

Deux retenus étaient toujours en garde à vue mardi dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet de Paris. Ils pourraient avoir "incité à l'émeute" après la mort la veille d'un autre retenu qui a conduit à l'incendie volontaire du centre, selon une source judiciaire.

Par ailleurs, un retenu manquait toujours à l'appel mardi, sur les 249 qui étaient présents dans le plus grand centre de rétention de France lorsque le feu l'a ravagé.

Premier membre du gouvernement à s'exprimer sur cet événement, François Fillon a affirmé mardi, en marge d'un déplacement dans le Rhône, qu'il n'avait pas l'intention de changer de politique en matière d'immigration.

"On a échappé dans cet incendie à un drame humain qui aurait pu être catastrophique. C'est un incendie d'origine criminelle", a ajouté le Premier ministre. "Ce qui conduit à des situations explosives, c'est l'importance de l'immigration", a-t-il estimé.

La veille, un des porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, était vertement monté au créneau mettant en cause les "provocations" des associations qui manifestaient dimanche devant le centre de Vincennes, évoquant de possibles poursuites judiciaires, notamment à l'encontre du Réseau éducation sans frontières (RESF).

"Le discours serait d'un comique vulgaire s'il ne visait à masquer une réalité dramatique: le sort réservé aux sans-papiers par la politique du gouvernement que soutient M. Lefebvre", avait rétorqué RESF.

La Cimade, seule association habilitée dans les CRA, a estimé mardi que "faire porter sur 30 personnes qui manifestaient à l'extérieur la responsabilité de ce qui s'est passé, non seulement ce n'est pas sérieux mais c'est ridicule".

"Menacer RESF de poursuites pénales, c'est tout simplement intolérable (...) et c'est une façon grossière de ne pas assumer les responsabilités des pouvoirs publics", a affirmé son secrétaire général, Laurent Giovannoni.

Le monde associatif, qui organisait une manifestation mardi à 18H00 devant les décombres du CRA de Vincennes, a trouvé dans le député UMP Etienne Pinte un allié.

Pour l'élu des Yvelines, le "drame" de Vincennes était "malheureusement prévisible" car la politique d'immigration du gouvernement a provoqué des "situations explosives".

Quinze jours avant le sinistre, la Commission nationale de contrôle des centres et locaux de rétention administrative et des zones d'attente (CRAZA) tirait la sonnette d'alarme dans un rapport remis au ministre de l'Immigration Brice Hortefeux et à la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie.

La commission y souligne le "climat de tension et de violence qui règne de façon permanente dans tous les CRA et spécialement à Vincennes, où un rien suffit à mettre le feu aux poudres" et souhaitait "très fermement que la capacité du pôle de Vincennes soit ramenée" à 140 places maximum.

La CRAZA avait déjà mis en exergue les problèmes liés à la concentration de personnes dans un lieu très anxiogène, dans ses observations jointes au rapport au Parlement de décembre 2007 du comité interministériel de contrôle de l'immigration.

La CRAZA va bientôt être remplacée par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, nommé le 11 juin. Ce dernier s'est "tenu informé" de la situation et ses services s'y rendront "après sa réouverture", a-t-il déclaré à l'AFP.

Aucun commentaire: