dimanche 29 juin 2008

Editorial : L’enfer et les bonnes intentions

Editorial
Editorial : L’enfer et les bonnes intentions
Nouvelle République, 29/06/2008 E-mail Imprimer

Ils ont le « triomphe » modeste nos gouvernants. Ils viennent de rafler presque un jackpot lors de la récente table ronde où des sommes à donner le vertige sont annoncées, mais eux restent de marbre. C’est qu’ils ont raison. Ils savent mieux que quiconque que l’entreprise va être ardue. Ce qu’on leur demande en retour ressemble à s’y méprendre aux travaux d’Hercule. Mais la raison de leur « modestie » se trouve ailleurs.

En effet, prenant des précautions de langage, eux et les bailleurs de fonds ont évité soigneusement que n’apparaisse le mot privatisation. « On ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu » nous enseigne la sagesse. Or en matière de privatisation, les Maliens en ont connu des vertes et des pas mûres. Elles ont été tellement coûteuses sur le plan économique et socialement douloureuses qu’à la seule évocation du mot, les poils des uns et des autres se hérissent.

Les partants volontaires et autres déflatés de cet épisode peu glorieux de la restructuration de notre économie courent encore derrière leurs droits pour certains, d’autres errent dans la cour de la Bourse du Travail et tous sont devenus presque des parias. Nos gouvernants et les bailleurs de fonds ont donc raison de choisir leur mot, surtout quand il s’agit de conduire les gens à l’échafaud.

Pour bénéficier des 3215 milliards, le gouvernement sera obligé de prendre des mesures douloureuses. Tant sur le plan politique que sur le plan social. Et on peut être sûr que ce n’est pas gagné d’avance. Parce qu’à écouter par exemple les travailleurs de la Sotelma et ceux de la CMDT, les aspects sociaux constituent une pomme de discorde de taille. En effet, il semble qu’aucun plan social n’ait encore réussi l’adhésion des concernés qui rappellent avec crainte ce qui est advenu des travailleurs de Huicoma qui, malgré toutes les assurances courent derrières leurs droits et vivent dans une véritable galère.

Il est clair que si le gouvernement parvenait à mobiliser les sous annoncés, notre pays ressemblerait à un paradis terrestre avec ces routes partout, de l’eau potable qui coule à flot, des produits agricoles en abondance et à suffisance, une école cinq étoile, etc. Mais le prix à payer pourrait être très lourd. Si le gouvernement ne partage pas cette vision avec les syndicats, la société civile, il est fort à parier qu’il connaîtra des moments difficiles. En termes de mouvements sociaux et d’agitations de toutes sortes.

Les Maliens peuvent encore comprendre qu’on leur explique le PDES qui est censé avoir été le programme du président de la République lors des campagnes électorales ; mais ils accepteraient difficilement qu’on les mette à la rue pour leur expliquer plus tard le pourquoi du comment. Nombreux sont nos compatriotes qui déclarent à haute voix que « les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions » craignant que le paradis qu’on leur promet ne soit en fait qu’un enfer déguisé.

Elhadj Tiégoum Boubèye Maïga

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