mardi 27 mai 2008

Mort de Barka : “je dis non à la vengeance”

Lettre Ouverte au président de la République
27 May, 2008 02:00:00 LE REPUBLICAIN
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image Amadou Toumani Touré

Mort de Barka : “je dis non à la vengeance”
Au Président de ma République
Ce qui vient de se passer à Abeybara est hautement regrettable, sinon déplorable : affrontement fratricide entre Maliens en une année dure pour notre pays, et dans la plus pauvre de ses régions.
Hélas, ce n’est certainement pas l’avis des criminels auteurs du double assassinat odieux du 10/04/2008 aux portes mêmes de Kidal. Leur objectif était de reculer aussi loin que possible les possibilités d’un retour à la paix pour un pays qui en a aujourd’hui le plus grand besoin.
Leur forfait ne visait pas que cela. En assassinant deux membres influents de l’”Alliance Démocratique du 23 mai pour le changement”, le Commandant Barka Ag Alher et l’Imam Mahamad Ag Mossa, ils visaient aussi une rupture de facto de l’Alliance avec les autorités maliennes avec qui elle a signé l’Accord d’Alger, donc une remise en cause même de cet accord!
Déjà frustrée par sa mise à l’écart par rapport à la sécurité de la Région où elle peut être cependant d’une grande efficacité, et d’une grande utilité, j’en tiens témoins les nombreux Procès Verbaux des différentes réunions du Comité de Suivi qui à toutes les fois l’a bien souligné dans ses comptes rendus qui vous parviennent.
Ne disais-je pas dans un de mes articles sur ce même site que : « la mort du Cdt Barka et de l’imam Mohamed Mossa appartient déjà à l’histoire. Personne n’en parle plus comme si justice a été rendue. Seules les familles des victimes dans l’impuissance totale s’en souviennent. Ceux qui sont morts sont les seuls perdants. S’il arrive qu’ils reviennent sur terre, auraient ils crié à juste raison haut et fort notre silence coupable, notre méchanceté responsable, de la besogne ignoble. Puisse leur mort apporter lumière et paix chez nous sur cette terre où l’innocent est toujours coupable, où l’auteur des délits les plus sordides est le héros dont on chante la gloire. »
En effet, M. le Président devant ce crime odieux du 10/04/08, l’Alliance a été scandalisée, exacerbée, indignée, bouleversée, et surtout par le degré de cruauté et de barbarie de l’acte. Elle a alors enjoint à ses éléments armés, jusque là basés à Kidal, symboliquement au sein du Groupement Spécial de Sécurité, de sortir de cette localité : manière de protester et aussi raisonnable précaution pour échapper à des assassinats en série analogues.
Hier par Diabaly et aujourd’hui par Abeybara, l’Alliance croit être sur le meilleur chemin de se rendre justice, de venger Barka : je dis non, loin de là, la justice n’est pas synonyme de destruction ni d’horreur non plus synonyme de vengeance par mort d’hommes préméditée en substitut à un verdict .
Certes sur ce dossier, lumière a été promise : enquête suivie d’arrestation et comparution des coupables devant la justice. Vous n’avez que trop envoyé de missions , de commissions et d’émissaires j’exhorte que bilan soit fait. D’aucuns vous promettent le retour de l’Alliance même sans que justice ne soit faite et d’autres vous soutiennent une fausse thèse de probables meurtriers en dehors de l’armée rien que pour vous plaire. Devant l’opinion Nationale et Internationale qui veut tout savoir que de beaux discours standards bien parés de tous les qualificatifs juridiques dignes d’un état de droit. On veut bien y croire! Que Dieu le veuille aussi! Mais dès le lendemain du meurtre, beaucoup de gens, et d’ailleurs parmi les plus soucieux de la paix et de la concorde pour notre Nation, sachant bien comment se sont terminées bien d’enquêtes dans ce pays, ont craint de voir des agissements injustes constituer des ripostes à un manque de justice. Et cela, il faut craindre que ce ne soit l’explication au drame d’Abeybara de ce jour 21 mai 2008.
En sachant que cette attaque a lieu à deux jours, jour pour jour du second triste anniversaire de la prise de Kidal un certain 23Mai 2006, il urge que les assassins du 10/04 soient arrêtés pour que toute la mésaventure s’arrête là et que de douces mères ne grossissent plus le nombre exorbitant de veuves que connait ma région, d’ailleurs de part et d‘autre. Nous souhaitons que l’Etat Nation, mère de tous les Maliens, prenne un acte symbolique de justice afin que les attaques et incursions de 04h et 05 du matin dans nos casernes s’arrêtent à cette dernière. Cette dernière, nous souhaitons bien qu’elle le soit, vient elle aussi avec ses bavures (j’en doute fort qu’on vous rende fidèlement compte), l’assassinat par les siens du Cdt Oumar Ag Indatou et d’un autre soldat loyaliste touareg, est l’un des plus grands drames dans un pays dont l’attachement aux idéaux de justice a toujours été proclamé sans ambiguïté. Barrons donc rapidement et définitivement la route au règne de l’injustice par manque de justice! Si chacun se rendait justice, quelle horreur !
Un grand de notre proche histoire a très couramment habitude de nous dire de craindre que l’histoire ne nous interpelle pour faille à « notre devoir de génération ». Alors Monsieur le Président de la République, mon grand frère ATT,voulant croire à votre bonne volonté je vous interpelle, je vous interpelle pour que vous rendez justice, vous en sortirez grand j’en suis convaincu. De grâce, concrétisez par un acte loyal vos cris de cœur d’homme de dialogue et pour le dialogue .Vous qui aimez bien nous dire que vos efforts privilégient la voie du dialogue qui permet, à juste titre et selon vous de « laisser parler plus la raison que le cœur », afin d’éviter des conflits fratricides et moi je dirai “afin aussi que les populations, qui souffrent déjà de la sécheresse, de la pauvreté, des maladies, de l’ignorance, puissent s’occuper de leurs maux et cesser enfin d’être les victimes innocentes d’un conflit inutile et ridicule”.
Monsieur le Président, loin de formuler une offense à votre personnalité, si un acte de justice n’est pas urgemment posé c’est la grande histoire qui vous jugera un jour et cela même à titre posthume ensuite bannira vos beaux actes déjà posés et ternira votre réputation, votre image de père de la jeune démocratie malienne.
Monsieur le Président, ceci est un cri de cœur d’un minuscule opérateur économique, élu à juste titre Président de la Chambre de Commerce de Kidal et présentement à Paris par exil forcé passant d’hôpital en laboratoire d’analyse parisien pour diagnostiquer qui d’un diabète, qui d’un malaise cardiaque, qui d’un stress né des soucis du devenir de son terroir qui brûle au confins de notre pays.
Abdou Salam AG ASSALATT Président Chambre de Commerce de Kidal

Source: LE REPUBLICAIN

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